C'est la première fois que je poste sur ce site du coup je galère un peu ahah. Il est possible que je cafouille tout ça, je m'en excuse d'avance. De ce fait là je n'ai pas trop présenté la fanfiction dans le prologue, je profite pour le faire ici !

DONC c'est une fanfiction qui va se passer en parallèle des tome de Harry Potter ! Je vais prendre le point de vue interne d'une OC - Victoria donc - pour relater les années de guerre. Donc pour vous situer elle rentre en 6e année à la rentrée 1994. Il y aura beaucoup de OC dans une fanfiction, je ne compte pas m'appesantir sur ces personnages qui sont déjà traités dans Harry Potter je vous avoue (et j'ai une peur bleue de les écrire aussi).

Voilà, j'espère que ça vous plaira, n'hésitez pas à me dire. Bonne lecture !

Chapitre 1 : La surprise de Poudlard.

-J'ai vu Cédric tout à l'heure, il a pris quelques centimètres encore …

-Toujours aussi canon ?

-Carrément … je ne sais pas où il allé en vacance mais ça lui a réussi !

-Tu ferais encore parti de l'équipe de Quidditch cette année Victoria ? Victoria ?

J'arrachai mon regard de la fenêtre pluvieuse pour le river sur ma meilleure amie, Emily Fawley en face de moi. Elle arqua un sourcil intrigué au dessus d'un œil brun inquisiteur. Je remarquai alors que les deux autres filles du compartiment, Octavia McLaird et Gillian Fawley, m'observait de leurs yeux curieux. Je me redressai alors devant l'attention dont je faisais l'objet en m'efforçant de reprendre le fil de la conversation. Le Quidditch. Parfait, une discussion à laquelle je pouvais participer.

-Oui, normalement je reprends mon poste.

-Quelle chance, soupira Gillian en logeant son menton dans sa main. Des heures passées avec Cédric …

Emily étouffa un grognement sourd et j'esquissai un sourire. Gillian était sa cousine, et avait été repartie à Serdaigle, où elle partageait le dortoir d'Octavia. Elles étaient arrivées tard au sur le quai de gare de King's Cross, étaient montées dans le Poudlard Express in extremis, au moment où tout les compartiments étaient occupés. C'était ainsi qu'elles s'étaient retrouvées avec nous, au grand malheur d'Emily qui avait du mal à supporter Octavia.

-Oh je ne sais pas si c'est une chance, c'est un capitaine intraitable, déclarai-je pour éviter à Emily de lâcher une remarque acerbe. L'an dernier avant le match contre Serpentard, il nous a fait travaillé sous la pluie pendant des heures, la moitié de l'équipe est revenue malade.

-Si c'est lui quoi vous soigne …, insinua Octavia avec un sourire malicieux.

-Tu ne sors pas avec Simon, toi ? attaqua Emily avec un sourire torve.

Octavia haussa les épaules avec un délicieux sourire. Il était vrai que cette fille était délicieuse : belle chevelure d'acajou, visage de porcelaine aux traits fins et harmonieux. Je comprenais parfaitement ce que les garçons de Poudlard pouvaient lui trouver. Mais je comprenais également pourquoi Emily avait une dent contre elle : elle était d'une perfection presque détestable.

-Ce n'est pas parce qu'on a choisi un plat qu'on ne peut pas regarder le menu, prétendit-t-elle.

-Ça se passe bien, d'ailleurs ? s'enquit Gillian. Je veux dire, tu l'as invité à la Coupe du Monde …

Je me figeai et échangeai un regard avec Emily. La Coupe du Monde. Elle me renvoya des yeux à la fois agacés et désolés. Octavia essuya un petit rire.

-Oui, un sacré moment ! D'ailleurs, je pense aller le rejoindre, tu viens ?

Je retins un rire devant la mine soulagée d'Emily et elles sortirent toute deux du compartiment avec force d'éclat de rire. Mon amie poussa un profond soupir quand la porte claqua derrière elle :

-Par Merlin j'ai cru qu'elles ne partiraient jamais ! Pourquoi tu leurs a dit oui ?

-C'est ta cousine, répliquai-je vertement.

-Ce n'est pas pour ça que je l'apprécie ! Maintenant parlons sérieux : tu as parlé à Miles pendant les vacances ?

Je me mis à mon tour à grogner et replongeai mon regard par la fenêtre. La pluie tombée drue au nord de l'Angleterre plus on s'approchait de l'Ecosse, pire c'était. Je plaignais les pauvre premières années qui devraient passer le Lac Noir par un temps pareil. Emily me donna un coup de pied et je glapis d'indignation :

-Mais ça va pas !

-Je déteste quand tu joues la stratégie de l'évitement, marmonna-t-elle, une lueur mutine dans le regard. Alors ?

Mes lèvres se tordirent. Miles était un de mes amis de Serpentard. Je ne lui avais jamais apporté d'attention, jusqu'à qu'il me sauve en Potion l'an dernier. Depuis, malgré tout ce que les membres de sa Maison avaient pu me faire, nous avions noués des liens qui, aux dires d'Emily, n'étaient pas parfaitement nets.

-Je suis déconnectée chez moi, lui rappelai-je sans quitter la vitre des yeux. Mes parents s'évanouissent à la vue du moindre hibou.

-Je sais, admit-t-elle d'un ton plus doux. Et je me doute qu'après ce qui est arrivé à la Coupe du Monde de Quidditch …

Sa phrase retomba dans le vide, et elle finit par à son tour plonger son regard par la fenêtre. Nous en avions parlé, avant qu'Octavia et Gillian n'arrivent. La famille d'Emily était une vieille famille sorcière, avec tous les réseaux qui allaient avec. J'avais déjà interrogé Susan, puis sa sœur Caroline, qui venait de trouver un emploi au Département de la Justice Magique, mais elles n'avaient rien pu m'apprendre. Malheureusement, Emily n'en savait pas d'avantage : ses parents pensaient qu'avec l'euphorie de la Coupe et l'effet de groupe, un groupe d'ancien Partisans de Tu-Sais-Qui s'étaient réunis et n'avaient su résister à un petit coup d'éclat. Les persécuteurs s'étaient évaporés dans la nature une fois que la marque était apparue, ce qu'Emily avait justifié par le fait qu'un grand nombre de ces partisans encore en liberté ne l'étaient que parce qu'ils avaient reniés leur maître. Alors le revoir réapparaitre de manière inopinée n'était pas plus une bonne nouvelle pour eux que pour moi. Mais pas de quoi s'inquiéter selon elle : c'était un coup d'éclat d'ancien Mangemort un peu alcoolisés, une sorte de réunion d'anciens. Cela me révulsait prodigieusement alors pour tromper la colère, je regardais par la fenêtre.

-Mes parents m'ont parlé d'autres trucs, aussi, enchérit Emily, sourcils froncés. Un truc qui se passerait à Poudlard cette année.

-Caroline Bones y a fait allusion vite fait à la Coupe du Monde, confirmai-je en hochant la tête. Mais sa mère lui a jeté un regard noir, et elle en a plus parlé de l'été.

-J'ai essayé de cuisiner mon père, rien à faire. Je suppose qu'on saura au banquet. Une idée ?

-Le mariage de McGonagall avec Flitwick ?

Emily me jeta un regard incrédule avant d'éclater de rire. Je la suivis dans son hilarité et pendant quelques temps nous imaginâmes quelle robe aux motifs écossais McGonagall pourrait porter, qui jouerait de la cornemuse et si Flitwick devrait utiliser une échelle pour pouvoir embrasser la mariée. Je jetais un regard à la dérobée à ma meilleure amie. Ses cheveux blonds ondulaient sur ses épaules et ses yeux bleus brillaient toujours d'un éclat malicieux. C'était incroyable de pouvoir la qualifier ainsi à présent, alors qu'il y avait encore deux ans à peine elle me détestait cordialement – et inversement, bien que je le montrais moins. Elle me trouvait trop placide quand je la trouvais crue et excentrique. Il avait fallu la quatrième année et l'histoire de la Chambre des Secrets pour que l'on enterre la hache de guerre, puis l'année d'angoisse des BUSEs pour que nos liens se soudent enfin. Si j'avais pu obtenir de si bonnes notes en Sortilège et Métamorphose, c'était grâce à elle.

Nous venions à peine de nous redresser quand la porte du compartiment s'ouvrit. Je relevai les yeux sur un garçon brun au visage d'albâtre et aux yeux gris et rieurs. Mais cette fois, les yeux rieurs lançaient des éclairs.

-Je ne vous remercie pas de m'avoir envoyer les deux glousseuses.

-C'est de la faute de Simon, prétendis-je immédiatement avec un léger sourire.

Cédric Diggory fronça son joli nez droit en nous considérant, Emily et moi.

-Oh je veux bien croire que tous les maux du monde sont à cause de Simon pour toi, Victoria.

-Arrête de nous accuser et balance les bonbons qui tu as ramené, lança Emily avec un sourire malicieux.

Cédric fixa un instant Emily avant de soupirer profondément et de sortir divers paquets des poches profondes de sa cape. Mon amie battit des mains avant de rattraper un Chocogrenouille que Cédric lui jetait.

-Je te connais trop, déclara Emily avec un grand sourire.

-Allez, assis-toi, proposai-je charitablement. On va te sauver des glousseuses.

-Je te remercie, soupira Cédric en se laissant tomber sur la banquette aux côtés d'Emily. Franchement, je n'aurais pas supporté les regards aguicheurs de ta cousine une seconde de plus. Octavia vous a parlé de la surprise de Poudlard ?

Et c'était reparti. Le père de Cédric travaillait également au Ministère et Emily et lui croisèrent leurs informations pendant quelques minutes. S'ajoutaient à cela les informations fournies par Simon et nous dûmes nous rendre à l'évidence : visiblement, McGonagall n'allait pas épouser Flitwick. Emily fut de bien meilleure humeur sur cette seconde partie et pour cause, Cédric était de bien meilleure compagnie. Nous étions dans la même Maison, dans la même année et la première fois que je m'étais assise à la table des Poufsouffles, vite suivie de Simon, il avait été mon premier et plus fidèle soutien. C'était lui qui avait pris le relai de Caroline Bones pour expliquer le fonctionnement de Poudlard, du monde Magique, et de la magie en elle-même. Alors que mes premières années avaient été solitaires du fait de mon froid avec Emily et de mes conflits récurrents avec Simon, deux élèves bien plus doués et plus populaire que moi et de qui il était proche, Cédric avait été l'un des seuls camarades de classe à me parler de façon amicale. Il m'avait même forcé à passer les essais de Quidditch et j'avais fini par réussir. Et pour ces années de soutiens, je lui restais reconnaissante.

Le train finit par s'ébranler et Cédric retourna dans son compartiment rechercher ses affaires. Je me tournai vers Emily, l'air vaguement songeuse. Elle dressa un sourcil interloqué.

-Quoi ?

-Rien. Tu crois que Flitwick porte bien la jupette écossaise ?

Pour toute réponse, elle m'envoya son écharpe dans la figure et, mue par mes reflexes de gardienne, je la réceptionnai en éclatant de rire.

C'était ma sixième rentrée à Poudlard, et je n'avais jamais vu un tel déluge. La pluie battait si fort que j'avais l'impression de recevoir des piques glacés qui traversaient capes et vêtements, et il faisait si sombre que j'éprouvai des difficultés à regarder où je marchais, sauf quand un éclair déchirait les nuages, nous faisant tous sursauter. Le seul équivalent dont je pouvais me souvenir avait été le match de Quidditch contre Gryffondor l'an dernier : il y avait si sombre et le vent avait été tel que l'ensemble de mon équipe avait été surpris qu'une crevette telle que moi ne ce soit envolée. Emily avait glissé dans une flaque de boue et s'était raccrochée à moi, envoyant valser son hibou et sa valise que son petit frère, Sullivan, avait fini par lui rapporter.

Et comme si le trajet dans les diligences branlantes n'avaient pas suffi, Peeves, cet esprit frappeur par ailleurs si charmant, nous attendait de pied ferme dans le Hall de Poudlard, bombe à eau à la main – comme si nous n'étions pas assez trempés … Le professeur McGonagall, directrice de Gryffondor et professeur de métamorphose, avait fini par le courser pour le chasser, mais elle avait glissé sur une flaque d'eau et avait dû se rattraper au cou d'une quatrième année de Gryffondor. Je dus tirer de force une Emily hilare vers la Grande Salle.

-Voir la grande Minerva McGonagall se casser la tronche, s'esclaffa-t-elle en tordant ses cheveux blonds, d'où des trombes d'eaux sortaient.

-Elle aurait été ravie de te mettre ta première heure de colle pour t'être moquée d'elle, répliquai-je, réprimant néanmoins un sourire.

Je soupirai d'aise en passant les portes de la Grande Salle. Malgré les nuages menaçants, les éclairs et la pluie qui ne nous atteignait pas, il y régnait une ambiance beaucoup plus chaleureuse et je sentis mes membres se réchauffer au fil des secondes. Je me débarrassai de ma cape lourde d'eau et secouai mes boucles dans tout les sens. Mes cheveux avaient beau être plus courts que ceux d'Emily, les avoir mouillé était tout aussi désagréable.

-Arrête de faire le caniche, Bennett.

-Oh Seigneur, râlai-je, reconnaissant cette voix avec un certain déplaisir. Dès la rentrée, Simon, sérieusement ?

Simon Bones me servit un sourire effronté qui me fit souffler d'agacement. J'étais une personne patiente, pacifique et qui détestait les conflits. Mais j'avouai que mes nerfs avaient depuis toujours été mis à rude épreuve quand il s'agissait de Simon Bones, et ce avant même que j'ai conscience d'être une sorcière – et que lui soit un sorcier. C'était un garçon filiforme, pas franchement athlétique, aux cheveux d'un blond-châtain dont je m'amusais à dire qu'ils tiraient vers le roux. Son visage m'évoquait celui d'un lutin, avec son nez pointu, ses tâches de rousseurs et son sourire malicieux qui faisait certes craquer Octavia, mais qui à moi me donnait envie de le gifler à toute volée – et le connaissant depuis un certain temps (toute ma vie), j'étais certaine d'être celle qui avait la bonne réaction.

-Pas dès la rentrée, les gars, nous prévint Cédric, qui arrivait derrière Simon avec un sourire désabusé. Je suis trempé, et je n'ai pas la force d'endiguer vos disputes.

-Moi non plus ! renchérit Emily, déjà installée à la table des Poufsouffle. Alors taisez-vous.

-Mais c'est lui qui …

Cédric me jeta un regard teinté d'avertissement, et je ravalai mes protestations avec amertume. Amertume qui ne fit que s'aggraver quand Simon passa devant moi avec un léger sourire supérieur. Cependant, je fus ravie de voir Emily lui donnait une claque derrière la tête quand il s'installa à ses côtés et je m'assis d'humeur plus légère en face d'elle avec Cédric. Simon essuya vigoureusement ses cheveux couverts d'épis, noyant presque son assiette.

-Foutue averse, grimaça-t-il alors puisqu'il ne pouvait pas pester sur moi. Et foutu Peeves.

-Tes parents t'ont parlé de la surprise de Poudlard ? s'enquit alors immédiatement Emily.

-Oh ne m'en parle pas, Caroline m'a nargué avec ça tout l'été dès que ma mère avait le dos tourné. J'ai fini par en déduire que c'était juste une ruse pour me faire enrager.

-Une sainte fille, murmurai-je, récoltant le coup de coude de Cédric.

-Si quelque chose se passe à Poudlard, Dumbledore en parlera bien au banquet, trancha celui-ci, avant de se tourner vers moi. Tu n'as pas perdu la forme pendant l'été ? Prête pour une nouvelle saison ?

J'eus un sourire carnassier qui parut satisfaire Cédric. Une des raisons qui faisait de lui l'un des élèves les plus aimés de Poufsouffle était qu'il avait redonné de la gloire à notre Maison grâce au Quidditch : il était capitaine depuis de l'année dernière et je n'avais jamais vu une si belle équipe depuis que j'étais arrivée. Notre manquement l'an dernier n'était dû qu'à la malchance, mais j'avais bon espoir que cette saison soit meilleure – et peut-être, pourquoi pas, pouvoir brandir un jour la Coupe.

McGonagall finit par apparaître alors que nous parlions de la Coupe du Monde, suivie d'une file d'élève de première année trempés jusqu'aux os – l'un d'entre eux était même emmitouflés dans le manteau en taupe de Hagrid.

-Je ne me souviens pas d'avoir été si petit en première année, commenta Simon quand ils passèrent à notre hauteur.

-Ça Bones, c'est parce que tu n'as pas grandi depuis.

-La ferme, Bennett.

-Fermez-la tout les deux ! râla Emily en posant un doigt sur ses lèvres. La chanson commence !

Effectivement, l'antique Choixpeau sur son tabouret venait d'entamer son annuelle chanson déclamant quelles étaient les qualités de chaque Maison. Je souris avec nostalgie en songeant à ma propre chanson, celle que le Choixpeau avait déclamé lors de ma Répartition. A l'époque, je n'avais trop osé m'éloigner de Simon alors que nous avancions dans la Grande Salle, les yeux insistants de tout Poudlard braqués sur nous. L'immensité de la salle, ainsi que toute cette attention, m'avait intimidé, d'autant plus que je ne savais pas quoi attendre de la Répartition. J'avais été rassurée de constater qu'il ne fallait que porter le Choixpeau, mais l'angoisse de l'épreuve avait été remplacée par l'angoisse de l'indécision – d'autant plus que j'étais la première à être appelée. Dans quelle Maison allais-je atterrir ? Certainement pas à Gryffondor, la façon dont je me collais à Simon malgré notre mésentente montrait bien que je manquais de courage, et il ne manquait pas de me le rappeler. Ni Serpentard, je n'avais pas particulièrement d'ambition, et j'étais loin d'être vicieuse. J'avais hésité entre Serdaigle et Poufsouffle, et le Choixpeau avait fini par suivre mon raisonnement. J'étais une fille avec une certaine créativité et je pouvais être qualifiée de sage, d'après lui. Mais j'étais loyale, juste et travailleuse – perfectionniste, comme pourrait le dire mon frère Alexandre. Et ce fut cette partie de moi qui l'emporta car au bout de quelques secondes à peine, le « Poufsouffle » avait retenti dans la salle.

La file d'élève se mit à diminuer au fur et à mesure que les noms défilaient, suivis des « Serdaigle ! » « Gryffondor ! » « Serpentard ! » « Poufsouffle ! », et quand le dernier élève fut envoyé chez nous, Dumbledore se leva. Les applaudissements et les voix moururent et allèrent se perdre dans les murs du château. J'avais toujours été impressionnée par l'autorité qui émanait de ce vieil homme à la barbe blanche et aux lunettes demi-lunes. J'avouai que la première fois que je l'avais vu, après tout ce que j'avais lu sur lui dans les livres que les Bones m'avaient prêtés, son apparence m'avait arraché un rire étranglé. Mais l'hilarité avait fini par se muer en admiration quand j'avais pu me rendre compte de l'aura que le professeur dégageait, une aura à la fois sereine mais emplie de puissance. Un sourire fendit le visage parcheminé de Dumbledore et il nous ouvrit les bras :

-Je n'ai qu'une chose à dire : bon appétit !

Un grand cri d'approbation retentit dans la Salle et les plats se mirent aussitôt à se remplir.

-Amen, me réjouis-je en me jetant sur les pommes-de-terre.

-Comment tu peux rester une crevette en mangeant autant ? me demanda Simon les sourcils froncés. Calme-toi, c'était une vraie question ! ajouta-t-il précipitamment alors que je pointais sur lui une pomme-de-terre menaçante.

-Crevette toi-même.

-Ce n'est pas faux, rit le Moine Gras, le fantôme de Poufsouffle qui passait justement derrière nous. Il faudra vous remplumer un peu, Mr. Bones.

-Comme vous, vous voulez dire ?

Emily fit les gros yeux à Simon devant son manque de délicatesse, mais le Moine Gras ne parut pas offusqué car il éclata de rire.

-Le professeur Dumbledore n'a pas trouvé de professeur de Défense contre les Forces du Mal ? demanda Cédric.

Je fronçai les sourcils et me tournai vers la table des professeurs pour constater qu'effectivement, une chaise restait vide et force était d'admettre qu'aucun visage ne m'était inconnu. Normalement, nous devrions avoir un nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal – comme tout les ans – après la démission de notre enseignant l'année dernière. Le visage rond du Moine Gras esquissa une moue.

-J'avoue ne pas avoir d'information à ce sujet …

-Et concernant la « surprise de Poudlard ? » s'enquit Emily, qui décidément n'en démordait pas.

Cette fois, le Moine Gras sourit avec malice, et nous assura que nous aurions notre réponse à la fin du banquet, puis repartit saluer les premières année. Emily rayonnait d'avoir enfin eu une réponse, mais Simon fronçait toujours les sourcils, le regard rivé sur la table des professeurs.

-Ce serait inquiétant que Dumbledore n'ait pas trouvé de professeur …

-Oh, tu sais bien que le poste est maudit, maugréa Emily d'un ton blasé. Il n'y a qu'à voir ce qui est arrivé à Lockhart.

-Peut-être qu'il est simplement en retard, hasarda Cédric.

-Vous croyez que s'il n'en a pas trouvé, il rappellera Lupin ?

Emily me jeta un regard pénétrant, entre gêne et tristesse.

-Ne rêve pas trop, Victoria. C'est un loup-garou, les parents d'élèves ne voudront plus de lui ici maintenant que cela ce sait.

Je hochai la tête en signe de compréhension, même si en réalité je ne comprenais pas. Remus Lupin était le meilleur professeur que j'avais eu en Défense contre les Forces du mal depuis que j'étais arrivée à Poudlard. Un homme adorable qui m'avait permis d'aborder sereinement mes BUSEs dans cette matière. J'avais une grande estime pour lui, et le fait d'apprendre en fin d'année que cet homme au sourire aimable était un loup garou n'avait en rien altéré mon jugement. Il se transformait certes en monstre une fois par mois, mais premièrement, la Tue-Loup rendait ce monstre inoffensif, et secondement, le fait qu'il soit ce loup une fois par mois ne changeait en rien l'homme qu'il était le reste du temps. Mais visiblement, je devais avoir l'esprit plus ouvert que la plupart des sorciers. Peut-être était-ce dû au fait que je ne venais pas de ce monde.

Les assiettes finirent par se vider et les discussions à se faire plus paresseuses. Seule Emily continuait à être sur le qui-vive, scrutant la table des professeurs de ses yeux perçants. Quand Dumbledore se leva enfin, elle ne tenait plus en place et Simon devait la maintenir de force sur le banc pour contenir son exaltation. Les premières informations furent si banales que je remis à discuter avec ma voisine, ma camarade de dortoir Mathilda Bale, jusqu'à ce que j'entende :

-Je suis également au regret de vous annoncer que la Coupe de Quidditch des Quatre Maisons n'aura pas lieu cette année.

-Pardon ?!

Cédric et moi ne fûmes pas les seuls à frémir d'incompréhension et d'indignation. A la table voisine, Harry Potter, attrapeur de l'équipe de Gryffondor, avait également vivement réagi avant de se retourner vers Fred et Georges Weasley, ses coéquipiers dans l'équipe. J'échangeai un regard alarmé avec Cédric au moment où Dumbledore poursuivait :

-Cela est dû à un évènement particulier qui commencera en octobre et se poursuivra tout au long de l'année scolaire, en exigeant de la part des professeurs beaucoup de temps et d'énergie. Mais je suis persuadé que vous en serez tous enchantés. J'ai en effet le grand plaisir de vous annoncer que cette année, à Poudlard...

Mais il ne put aller plus loin : un retentissant de tonnerre ébranla les murs de la pièce, et les portes de la Grande Salle s'ouvrirent avec un fracas qui me fit bondir de mon banc. Un homme se découpait dans l'encadrement de porte, massif, trempé … et terriblement sinistre. Un silence assourdissant s'était abattu sur la pièce et chaque œil était rivé sur le nouvel arrivant. Il s'avança entre les tables de Gryffondor et de Serdaigle, un claquement sourd et régulier accompagnant chacun de ses pas. Un nouvel éclair déchira le ciel, éclairant brusquement le visage scarifié de l'homme, sa crinière grisonnante et son nez amputé. Un long frisson qui n'avait rien à voir avec le froid me parcourut l'échine alors que je remarquai que son second œil n'était qu'un immense globe artificiel à l'iris bleue électrique, retenue dans son orbite par un bandeau.

-Par Merlin, souffla Simon, visiblement impressionné. Ne me dites pas que c'est Fol Œil ?

Personne n'eut la foi de lui répondre, jusqu'à ce que l'homme sinistre n'atteigne la table des professeurs. Le fait que son œil artificiel puisse regarder dans une direction opposée à celle de son œil sain, petit et sombre, était déstabilisant et j'arrêtai vite de dévisager le nouvel arrivant.

-Je vous présente notre nouveau professeur de Défense contre les forces du Mal, déclara Dumbledore, sa voix fendant le silence qui s'était installé. Le professeur Maugrey.

-Bon sang j'y crois pas, jura Emily alors que seul le directeur et Hagrid, le garde-chasse, applaudissait le nouveau professeur.

-Qui s'est ? demandai-je en un filet de voix.

-Le plus grand Auror de tout les temps, me répondit Simon sans relever mon ignorance. Si Azkaban est plein, c'est notamment grâce à lui. C'était un ami mon oncle, tu sais, avant.

Je hochai doucement la tête sans insister. On m'avait expliqué que l'oncle des Bones, le frère aîné de leur père, avait été tué avec toute sa famille pour s'être opposé à Tu-Sais-Qui. Mon cœur dévala ma poitrine. La Marque, l'Auror qui avait mis la plupart de ses Partisans derrière les barreaux …

Cela commençait à faire beaucoup à mon humble avis.

-Mais … Il n'est pas un peu fou ? s'enquit Cédric en un murmure prudent.

-Mon père dit juste qu'il est devenu paranoïaque avec les ans. Mais rien d'étonnant avec le nombre d'ennemi qu'il doit s'être fait … Ça reste un grand sorcier.

-Regardez-moi son visage …

Oui son visage était hideux, songeai-je sans trop osé y regarder. Couvert de cicatrice, avec une bouche si mince qu'elle ne paraissait être qu'une balafre de plus. Et Seigneur, ces yeux. J'allais avoir des difficultés à suivre les cours de Défense contre les Forces du mal si je n'arrivais pas à le regarder.

-Comme je m'apprêtais à vous le dire, poursuivit Dumbledore avec un sourire rassurant. Nous allons avoir l'honneur d'accueillir au cours des prochains mois un évènement que nous n'avons plus connu depuis un siècle. J'ai le très grand plaisir de vous annoncer que le Tournoi des Trois Sorciers se déroulera cette année à Poudlard.

-Vous PLAISANTEZ ! s'écria l'un des jumeaux Weasley à la table voisine.

Si certains éclatèrent de rire devant l'exclamation du Batteur de Gryffondor, les murmures exaltés commencèrent à parcourir les tables, dissipant totalement l'atmosphère pesante qui s'était installée avec l'arrivée de Maugrey. Mais moi, je fronçai les sourcils d'incompréhension, et me penchai vers Emily pour chuchoter :

-Le Tournoi de quoi ?

Mais elle était bien trop occupée à sourire d'un air extatique et à bondir sur sa chaise pour me répondre. Je dus donc attendre patiemment que Dumbledore reprenne :

-Non, je ne plaisante pas, Mr Weasley. Mais si vous aimez la plaisanterie, j'en ai entendu une très bonne, cet été́. C'est un troll, une harpie et un farfadet qui entrent dans un bar...

Le professeur McGonagall s'éclaircit bruyamment la gorge et j'essuyai un petit rire.

-Heu... c'est vrai..., se reprit Dumbledore avec un sourire presque penaud pour la directrice-adjointe. Le moment n'est peut-être pas venu de... Où en étais-je ? Ah, oui, le Tournoi des Trois Sorciers... Certains d'entre vous ne savent pas en quoi consiste ce tournoi, je demande donc à ceux qui savent de me pardonner d'avoir à donner quelques explications. Pendant ce temps-là, ils sont autorisés à penser à autre chose.

J'adressai un merci silencieux au directeur. Cela m'agaçait de ne pas comprendre pourquoi toute l'école semblait si excitée. Dumbledore expliqua ainsi que le Tournoi des Trois Sorciers était une compétition amicale entre les trois plus grandes écoles de sorcellerie d'Europe – Poudlard, Beauxbâtons et Dumstrang. Un élève était sélectionné par école pour accomplir trois tâches magiques, et les dirigeants y avaient vu là l'occasion d'établir des relations entre des sorciers de différents pays. Le principe me semblait intéressant et je commençai moi aussi à me sentir exaltée quand Dumbledore évoqua que beaucoup de candidats étaient morts durant la compétition. J'eus un haut-le-cœur, mais il semblait bien que j'étais la seule, car Simon et Cédric à côté de moi continuaient d'en parler avec animation.

-Au cours des siècles, il y a eu plusieurs tentatives pour rétablir le tournoi, poursuivit Dumbledore en élevant la voix pour couvrir les murmures. Mais aucune n'a rencontré un grand succès. Cette année, pourtant, notre Département de la Coopération Magique internationale et celui des Jeux et Sports magiques ont estimé que le moment était venu d'essayer de le faire revivre. Nous avons tous beaucoup travaillé au cours de l'été́ pour nous assurer que, cette fois, aucun champion ne se trouvera en danger de mort. Les responsables de Beauxbâtons et de Durmstrang arriveront en octobre avec une liste de candidats et la sélection des trois champions aura lieu le jour de Halloween. Un juge impartial décidera quels sont les élèves qui sont le plus dignes de concourir pour le Trophée des Trois Sorciers, la gloire de leur école et une récompense personnelle de mille Gallions.

-Mille Gallions ? souffla Emily, incrédule. Mais c'est énorme !

-Tu devrais te lancer, me dit Cédric avec un coup de coude. Au moins tu n'aurais pas à ne compter que sur ta bourse.

-Pour les deux ans qui me restent d'étude ici, grommelai-je, la joue contre le poing.

J'avouai que cette histoire de mort m'avait quelque peu refroidie. Je jetai un coup d'œil à mon groupe. L'œil d'Emily brillait de convoitise : c'était bien son genre de se lancer dans une pareille aventure. Cédric avait aussi l'air intéressé : je le voyais dans son sourire mais également dans le sérieux de ses iris. Je m'attendais à ce que Simon soit également séduit – il était l'un des meilleurs de notre année, si quelqu'un pouvait réussir des épreuves magiques c'était lui – mais il semblait un peu plus prudent. Mais nombre de personne à notre table et sur les tables voisines semblait se voir en champion de Poudlard. Malheureusement, le chœur d'excitation se mua en chœur de protestation quand Dumbledore annonça qu'il faudra avoir plus de dix-sept ans au moment d'Halloween pour pouvoir prétendre être le champion de Poudlard et qu'il veillerait personnellement à ce que personne d'âge inférieur à cette limite ne puisse s'inscrire – il lança notamment un regard appuyé à Fred et George Weasley, qui avaient protesté le plus fort. Simon eut un rire moqueur.

-C'est mort, les gars.

-C'est mort pour toi aussi, fit remarquer Emily en un grognement. Tu es d'août. Et moi de décembre, quelle injustice ! Cédric, tous nos espoirs reposent sur toi !

-Tu vas le faire ? s'enquis-je en me tournant vers mon ami.

Cédric esquissa un léger sourire qui en soit, ne disait en rien ce qu'il songeait. Il était né début octobre : il pouvait parfaitement soumettre sa candidature à ce « juge impartial ». Et Cédric avait a cœur de redorer le blason de notre Maison : il nous trouvait, à raison, sous-estimé, malmené. Et en tant que préfet et capitaine de l'équipe de Quidditch, je ne pouvais m'empêcher de bien le voir en champion de Poudlard.

Et c'était loin de me faire plaisir.

Dumbledore finit par nous libérer et la salle commença à s'agiter. Cédric bondit aussitôt sur ses pieds et quelques élèves de notre Maison vinrent l'entourer pour lui parler du Tournoi. Evidemment. Aux yeux de tous, il représentait notre meilleure chance – la chance ultime de montrer les Poufsouffle au firmament. Je remarquai qu'Emily était restée à table, rageant toujours d'être née trop tard et sur la stupidité des décideurs.

-Em' ! l'apostrophai-je en lui donnant un coup de pied par dessous la tête. Pour l'amour du ciel, tu es préfète, réveille-toi !

-Hm ?

-Les premières années !

Emily sortit enfin de sa torpeur et remarqua qu'une troupe d'élève plus petit que les autres se massait devant Cédric. Elle poussa un juron et s'élança vers les premières années. Simon s'esclaffa bruyamment alors que les préfets et leur petite troupe passaient devant nous, ouvrant de grands yeux impressionnés. Je plantai un coude dans ses côtes, et il grimaça.

-Ne te moque pas, Bones. Tu n'étais pas mieux.

-Et toi tu me collais comme un chaton à sa mère !

-Pas la peine de rappeler ça à tout bout de champs …

Je jetai un regard à Emily et Cédric, qui souriaient d'un air rassurant aux premières années. Les pauvres devaient être éprouvés avec leur passage sur le Lac Noir sous le déluge, l'entrée spectaculairement terrifiante de Maugrey Fol-Œil, et l'annonce du Tournoi. Je voyais Cédric endosser ce manteau de leader qui lui allait si bien, les autres lui donner de grandes tapes encourageantes sur l'épaule, lever le pouce d'un air triomphant. Mon cœur se serra dans ma poitrine et je jetai un regard inquiet à Simon.

-Il va le faire, hein ? Il va se porter candidat.

Les lèvres de Simon se pincèrent et je compris qu'il n'était pas plus rassuré que moi quant à l'idée que Cédric participe au Tournoi.

-Il y a de grande chance, oui.