Quand l'autre homme avait refermé la porte, Albel avait préféré feindre son indifférence. Il refusait d'admettre que la présence de cet idiot le contentait. Il refusait d'imaginer que la présence de quiconque le contentait.
Sale hypocrite de bœuf. Croyait-il réellement que l'Elicooréen ne percevait aucun de ses manèges ? Qu'il ne repérait pas ces yeux qui admiraient son dos et beaucoup plus ?
Albel se mit d'un bon sur son séant, se frottant rudement la tête. S'il ne l'ignorait pas, alors pourquoi le laissait-il faire ? "Qu'est ce qui débloque chez moi ? !" Cogitait t-il. Un autre homme que ce grand blondinet se serait déjà fait crever les yeux. C'était déjà arrivé ! Alors pourquoi est ce qu'il appréciait de ressentir ces yeux céruléens longer son corps ?
Albel quitta son lit et alla s'accroupir au pied de celui de son compagnon de chambre. Le matelas contenait encore la fragrance du prétendu ingénieur de Greeton. L'épéiste se mordit la lèvre en se rappelant avoir manqué de réclamer au blond de rester. Stupide idée, à se demander pourquoi elle lui avait traversé l'esprit.
Toutes ces folles histoires de mondes avec une super-technologie et de Créateur fou lui faisaient perdre la tête. Ces stupides aliens, leurs vaisseaux célestes et leurs armes qui tirent comme les flammes de l'enfer, tout le dépassait. C'était peut-être là, l'origine de ce sentiment insolite qui grandissait dans sa poitrine dans ces prolongements de contact avec ce Fittir.
Un mal auquel le jeune capitaine n'avait jamais été confronté, voilà ce que c'était. Le cœur qui bat la chamade à chaque fois que ce terroriste se trouve à moins de trente centimètres de lui, des chauds froids, l'impression que tout son être se resserre quand ce même homme s'éloigne.
« Aucun contact physique d'aucune sorte » Albel s'était toujours barricadé derrière cette phrase pour se protéger de tout le monde et probablement surtout de lui-même. Il refusait d'affronter des émotions qu'il ne voulait pas comprendre.
"Quel minable ver de terre je fais. Je peux ôter la vie de quiconque sans me préoccuper de la douleur que j'inflige aux familles ou aux amis, et pourtant je ne suis même pas capable d'écraser des sentiments aussi incontrôlables… Cela me fais horreur !"
"De quels sentiments parles-tu ?"
Albel, immergé dans ses pensées, n'avait pas réalisé le son de la porte s'ouvrant, ni même, qu'il venait de s'exprimer à haute voix. D'abord abasourdi, il scruta son interlocuteur, maudissant ces yeux si bleus qui le questionnaient encore. Il fallait qu'il se défende.
"Je croyais que tu allais au bar, tu fais cela en deux minutes toi, stupide bœuf ?"
"Je venais chercher quelque chose."
"Quoi donc ? A part le lit dans lequel tu dors, tu n'as aucune affaires ici !"
"Et d'ailleurs pourquoi y es-tu accosté ?"
Silence mortel.
"Merde !" Rugit Albel, intérieurement. Il allait s'écarter vivement mais le Klausien l'avait anticipé et était déjà accroupi à ses cotés. Le capitaine, enragé contre lui-même, s'insultait dans sa tête.
" 'Bel ?"
"Quoi, imbécile ? !"
"Ca te dit de venir boire un verre avec moi ?"
END
