2.
Ne pouvant expliquer l'angoisse qu'il ressentait Albator s'était dirigé à la rencontre de sa visiteuse.
- Bienvenue à bord, Maetel. Ta venue me surprend…
- Ne mens pas, tu n'as jamais su le faire, hormis bluffer tes adversaires en situation de combats. Et tu sais très bien que je lis dans ton âme comme dans un livre ouvert.
- Pas plus que Mimee, tu n'en as jamais abusé, je t'en sais gré. Mais n'use pas de ma faiblesse, surtout en ces moments, je ne peux pas te résister.
- Puis-je rendre hommage au jeune héros trop tôt tombé ? questionna la jeune femme blonde, toute de noire vêtue.
- Tu l'honores. Je te conduis à lui.
Devant le caisson conservant le corps d'Alphang, l'éternelle voyageuse s'était recueillie un long moment, silencieuse. Et juste avant de se retirer, elle avait déposé une chaînette et un médaillon fermé sur la paroi de verrière, le visuel étant le seul contact qu'Albator pouvait avoir avec son fils.
Bien que Mimee se soit proposée, c'était Albator qui avait débouché une bouteille et rempli les verres, servant sa visiteuse.
- Trois mois pour faire la jonction, attaqua-t-il le premier. Tu ne m'as pas habituée à cela…
- J'ai dû récupérer mon nouveau Tetsuro Hoshino, je perds un peu le fil de quelle génération il s'agit, mais ils ont tous une destinée tragique, et autant pour lui que pour moi c'est un éternel recommencement ! Mais à chaque fois, à chacun des Tetsuro, ma proposition de mécanisation se heurte au final à un refus !
- Mais bien sûr ! protesta Albator. Les humains ont une vie, courte, ou longue si les dieux les bénissent en leur permettant de voir s'épanouir leur descendance ! La mécanisation est aussi monstrueuse que la Matière Noire ! Ces Tetsuro ont un profond bon sens pour de si jeunes garçons que tu emmènes depuis tant de temps dans un voyage initiatique, même si le final évoqué n'est pas celui souhaité par La Prométhium !
- Ma mère me le fera payer un jour. Mais je suis prête. Je ne fais que ce que mon âme immortelle, passant d'un corps mortel à un autre, celui depuis longtemps de la mère du premier de mes Tetsuro, juge juste ! Râ-Métal n'a nul besoin de corps humains et mécanisés supplémentaires pour se développer ! Que du contraire…
Albator reposa son verre, toujours plein au demeurant, ses inquiétudes lui revenant, le cœur étreint de ce qu'il pouvait encore entendre, et que sans le savoir il le refusait déjà de toute son âme !
- Prométhium est un monstre qui ravage des univers, grogna Albator. Mais j'ai déjà bien assez à faire avec la Coalition Gaïa ! Je n'ai ni le temps et encore moins les moyens de me mesurer aux pouvoirs surnaturels de ta mère.
- Je ne te le demande pas, Albator, sourit doucement Maetel, mais ses prunelles marron emplies d'une tristesse encore plus prononcée qu'à l'habitude.
Albator se leva, faisant les cent pas durant quelques minutes.
- Alors, qu'es-tu donc venue me demander ? gronda-t-il, en grand fauve déjà blessé, mais toujours prêt à mordre !
Maetel vida pour sa part son verre, le contemplant, vide, un moment, comme hésitante, ce qui ne lui ressemblait guère.
- Confie-moi le caisson d'Alphang ! jeta-t-elle.
- Jamais ! aboya Albator en réagissant au quart de tour, à fleur de peau depuis trop de semaines de mortelles inquiétudes pour l'avenir, ou non, de son fils. Ceux de l'Arcadia ont veillé sur moi vingt ans durant. Alphang m'a ranimé. J'ai à protéger son caisson, et je ne l'abandonnerai jamais !
- Même si je pouvais le sauver, lui rendre la vie ? glissa Maetel.
- En ce cas, qu'attends-tu ?
- Pas ici… Pas de manière médicale… Pas comme Doc pourrait l'envisager… gémit Maetel. Tu n'accepteras jamais…
- Quel supplice supplémentaire veux-tu faire subir à mon fils ? se désola encore Albator. Comment pourrais-tu le ramener à la vie, alors que le meilleur Doc que je connaisse en est incapable et que Toshiro n'a rien trouvé comme guérison bien qu'il ait parcouru des Archives Universelles !
Maetel se leva, s'essuya délicatement les lèvres de sa serviette.
- Je veux le ramener sur Râ-Métal. En le mécanisant, il sera aussi immortel que presque tous ceux à ce bord ! Il vivra !
- Mais je n'ai plus de Matière Noire en moi. Je vieillis, je reporte mon mariage, semaine après semaine, mois après mois, se désola Albator. Je ne veux pas d'un fils immortel, alors que ma femme à venir et ma fille…
- C'est ma seule proposition, Albator. Je te la ferai une fois, et pas plus !
- Et mon fils ne sera pas transformé en monstre mécanique, je refuse !
- Bien, je m'en doutais. Je ne voulais qu'agir pour le bien d'Alphang. Toi, non ! Adieu, Albator.
- Je ne te raccompagne pas. Comment as-tu seulement osé me faire cette proposition… ?
- Mais, je ne réclamais pas ton avis, Albator. Claire et le Contrôleur sont en train de transférer le caisson à bord du Galaxy Express durant notre conversation !
- Tu m'as distrait, tu m'as trahi !
- Oui, pour le petit ! Je te le rendrai, vivant !
- Pas mécanisé, je refuse !
Maetel se troubla.
- Je dois trouver autre chose ?
- Oui, sinon ne te représente jamais devant moi, sans compter que je poursuivrai le GE jusqu'au bout des univers et que je le détruirai alors !
- Et si je promets… ?
- Ta parole ?
- Oui.
- En ce cas, je te laisse emmener mon fils, céda Albator.
Et quelques minutes plus tard, le caisson d'Alphang était transféré de l'Arcadia au Galaxy Express 99, vers un avenir inconnu et incertain.
