À peine arrivée, j'avais déjà eu droit à un séjour gratuit à l'infirmerie. Suite à l'épisode de ma transformation en limace géante, j'avais conservé quelques petites séquelles qui demandaient l'attention de madame Pomfresh et comme si c'était la norme ici, elle non plus n'était pas venue au monde avec un capital sympathie très élevé.
Pour tout lot de consolation, un simple petit cadeau fut posé sur ma table de chevet accompagné d'un mot.
"Léo,
l'usage aurait voulu que je vous offre quelques bonbons de réconfort mais étant donné les circonstances qui ont mené à votre repos forcé, ceci me paraissait plus approprié. Faites en un usage sage et mesuré.
Dumbledore"
Je déballais le petit paquet de soie dorée et y découvrit tout un assortiment de farces et attrapes à faire blémire de peur le plus chevronné des farceurs. Dumbledore était notre directeur, était-ce bien lui qui venait de m'offrir une vengeance puérile sur un plateau? J'examinais les plumes ensorcelées, de vraies petites saloperies. Un usage sage et mesuré disait-il. Il aurait été tentant de les réserver pour les examens de fin d'année, mais peut-être était-ce excessif?
Je quittais mon lit et traversais les couloirs, il faisait nuit noir et pas un chat ne rodait. Ce qui était tellement idiot de faite, était plutôt due à mon ignorance. Je ne connaissais pas les lieux et l'obscurité grandissante ne faisait qu'accroître mon égarement. Une heure passait et je continuais d'errer dans les couloirs sans but précis.
-Mademoiselle Cavalieri, encore vous!
Je me retournais instinctivement, je reconnaissais cette fichue voie. Le professeur Rogue... L'homme traversait les couloirs à grands pas dans un semblant de colère.
-Est-ce que je devrais vous retirer des points avant même de savoir à quelle maison vous appartenez?! Il me semblait pourtant avoir été claire dans votre lettre d'admission mieux vaut que vous vous teniez à carreau.
J'avais envie de lui répondre, de lui dire que c'était tellement injuste ou que juste pour cette fois, on me fiche la paix, mais j'avais pas la plus compréhensive des personnes en face de moi. Je me sentais assez misérable à me contenter de le regarder avec une mine de chien battu, les lèvres pincées.
-Voyons Severus. Comme vous l'avez si justement fait remarquer, mademoiselle Cavalieri n'a encore aucune maison. Il me semble d'ailleurs vous avoir entendu dire que vous vous occuperiez personnellement de cette élève. J'en déduis que pour l'heure, elle est sous la tutelle de Serpentard, tout points ôtés iront directement à votre maison.
Un vieillard venait d'apparaître juste derrière cet insupportable professeur Rogue. Dumbledore! J'éprouvais déjà une immense sympathie pour cet excentrique bonhomme. Je pensais de suite à cacher les modestes présents qui m'avaient été offerts derrière mon dos. Ils auraient pu nous mettre dans une situation fâcheuse et puis comme cela, j'aurais tout le loisir de décider si oui ou non, il y aurait une situation adaptée pour faire l'usage de ces objets avec "parcimonie".
-Mais cette élève ne peut continuer à dormir à l'infirmerie puisque, de toute évidence , elle se sent déjà mieux. Cela indisposerait fortement madame Pomfresh. Voulez-vous la reconduire à une des chambres des anciennes annexes. -Après ce petit discours qui ne m'était pas destiné, Dumbledore se tournait dans ma direction et affichait un fin sourire avant de me dédier un clin d'œil.- Et demain après-midi nous essayerons d'enfin savoir quelle sera votre maison pour rendre tout ceci plus formel. Mais, allez vous reposer , des cours vous attendent et vous plus que quiconque ne pouvez vous permettre de vous y absenter.
Rogue affichait un rictus moqueur sur cette dernière remarque, tandis que je prenais quelque peu la mouche. J'acceptais toute fois la suggestion.
Les couloirs semblaient affreusement long en compagnie de ce sinistre professeur, et ils l'étaient. Nous nous trouvions dans une aile très éloignée du château.
-Sincèrement, je ne suis pas certaine de ne jamais retrouver mon chemin.
Rompre le silence me parut difficile et l'homme à qui j'avais confié un nouveau possible échec s'apprêtait probablement à me taxer d'une nouvelle remarque cinglante , mais il est probable qu'il ne trouva rien d'assez méchant à redire puisqu'il se ravisa , claquant ses lèvres pour les garder parfaitement closes. D'un geste vif, il pointait sa baguette sur le mur, le tapotant trois petite fois et alors seulement une porte apparue.
-Bonne nuit.
Ce n'était pas de la tendresse, ni même de la politesse, ces mots étaient une invitation à disparaître. Soit! J'ouvris la porte et la refermais prestement derrière moi.
-Lumos!
La baguette tendue pour seule source de lumière, j'entrevis une chambre plus que décente avec un lit centrale imposant. J'allais le rejoindre et fondit de plaisir en découvrant qu'on y était si bien. Ce duvet épais et pourtant aussi léger qu'une plume, la tête qui s'enfonçait sur un coussin présentant les même qualités avec d'avantage de moelleux, tout cela était tout bonnement merveilleux.
Le lendemain, on entreprit de tambouriner à ma porte avec énergie, ce fut peine perdue pour un long moment. Quand enfin ce son trouva sa place dans le creux de mon oreille, j'en bondis presque hors du lit, réalisant que la veille je m'étais endormi sans prendre de précautions pour le réveil. J'allais ouvrir rapidement pour découvrir la tête d'un jeune homme outré.
-Vous n'êtes pas encore habillée? Dépêchez-vous!
-Excusez-moi?
Dans l'urgence de mon retard j'en pensais tout de même à chercher à savoir qui était en face de moi.
-Qu'est-ce que vous ne comprenez pas bien dans le faite de s'habiller et de se dépêcher? Allez, on est en retard!
Je ne comprenais toujours pas, mais je fis signe à cet élève de patienter , lui claquais la porte au nez et jetais mon pyjama sur le lit, avant d'essayer de récupérer une tenue plus convenable. Je réalisais encore en sous-vêtement que cela n'était pas ma chambre. De le même empressement, je retournais à la porte , l'entrebâillais et observais pitoyablement l'homme qui ne se laissait visiblement pas attendrir. J'avais vraiment la poisse.
-Vous cherchez peut-être ceci?
Il sortit mes affaires d'une petite sacoche de cuir et je tendais alors les bras prenant le risque de m'exposer, mais l'heure n'était pas aux petits détails. Je pouvais aussi bien prendre le risque de montrer la dentelle de mon soutien gorge et même celle de ma culotte et trouver cela un millier, voir un million de fois moins humiliant que de risquer le renvoie.
-Merci!
Et je refermais encore la porte pour m'apprêter une bonne fois pour toute. L'espace d'un instant l'envie de rentrer à la maison me traversait l'esprit, puis je repensais à mes parents. Je ne voulais pas les décevoir, je m'efforçais de rentrer dans le moule, assumant études et autres devoir qui m'incombait comme seule descendance.
Il me fallut bien une demi-heure, je sortais prestement et mon acolyte me décochait un regard mauvais.
-Tu as vraiment réussis à nous mettre en retard! Tu en assumeras l'entière responsabilité!
Je ne bronchais plus à cette pique et me contentais de suivre le pas pressant de ce nouvel inconnu. J'avais vaguement espéré trouver en quelques sortes ma place ici, mais cela ne débutait pas sous les meilleurs hospices. En quelques minutes et une dizaine de couloirs plus loin nous arrivions enfin devant la salle de cours. L'élève me jetait à l'intérieur.
Une professeure donnait son cours avant de nous percer du regard.
-Puis-je connaitre les raisons de votre retard?
L'autre jeune homme s'empressait de répondre:
-C'est la nouvelle! Monsieur Rogue m'a demandé d'aller la chercher dans la tour annexe, j'ai du l'attendre.
-Vous n'avez pas bien fait votre travail monsieur Pucey, je ne vous félicite pas. Quand à vous, mademoiselle Cavalieri, je ne saurais que trop vous conseiller de vous faire oublier. Allez, dépêchez-vous de prendre place.
J'entendais des murmures, les transferts d'école étaient peu courants chez les mages et mon épisode de transformation en limace faisait jaser. Je pris place à un bureau seule, au devant de la salle de cours, et tâchait de faire ce que la professeure McGonagall venait de me recommander. Bien évidement, la journée se poursuivit sous une teinte morose mais quelque chose de plus gros encore semblait retenir l'attention générale, me permettant de me fondre dans la masse.
-Harry Potter va participer à la coupe de feu...
-Ce n'est pas normal, en plus avec lui ça nous fait deux élèves de Poudlard. Les autres nations vont nous prendre pour des moins que rien...
Chacun avait son avis sur la question et moi-même j'éprouvais une certaine curiosité. Même hors de Poudlard, "Harry Potter" était sur toutes les bouches seulement, en contre partie, "Voldemort" aussi. Certains juraient qu'il était revenu, au match de quiditch de cette année une marque des ténèbres avait été vu dans le ciel, cela ne pouvait vouloir dire qu'une chose. Mais tout ces histoires n'avait en réalité que peu de poids, entendre dire était une chose, mais être ici à Poudlard et côtoyer Harry Potter lui-même, cela était une preuve irréfutable qu'au moins une partie des racontars étaient vrais. Je ne l'avais croisé que une ou deux fois, je l'aurais cru populaire mais sa participation à la coupe de feu allait contre le règlement et c'était perçu d'un très mauvais œil. On aurait pu dire qu'à cet instant, il avait davantage du pariât.
-Arrête de le regarder, vous n'êtes pas du même monde. -Adrian Pucey mon guide improvisé m'avait accompagné la semaine durant. Un serpentard qui avait la langue un peu trop bien pendue, quand il ne se complaisait pas à me rabaisser, il me rappelait à quel point il était bon joueur de quidditch.
-Fout-moi la paix, tu veux! Toi, tu le regardes jamais peut-être?
-Harry Potter me fiche la trouille, il a clairement la poisse. Et ses amis se retrouvent souvent dans des situations délirantes. Ne l'approche pas trop, si tu ne veux pas qu'il t'arrive malheur aussi.
-J'en avais pas l'intention...
Il devait me prendre pour une sorte de groupie, mais à dire vrai, Harry Potter était une légende vivante. Il était amené à faire de grandes choses. Avoir l'œil dessus était normal, car nous serions probablement témoins de choses tout aussi grandioses.
-Tu en as peur... -je songeais soudainement à ce qu'il venait de dire.- C'est à cause de celui dont on ne doit prononcer le nom?
Embêté, le poursuiveur sourcillait. Il me regardait longuement, d'abord molesté, puis avec condescendance, avant de quitter prestement les lieux.
-Hé, attends!
Je tentais vainement de le rattraper à travers la foule d'élèves qui flânaient dans les couloirs. Essoufflée, je finis par me rendre à l'évidence, je ne le rattraperais pas. Je ne savais pas trop quelle mouche l'avait piqué. Tout le monde semblait si susceptible!
Je n'avais toujours pas été convoquée pour savoir dans quelle maison je me trouverais, mais par chance le professeur Rogue passait par là. Il s'apprêtait probablement à donner son prochain cours.
-Monsieur! Monsieur Rogue!
-Pensez-vous que je sois sourd? Qu'est-ce qui vous prends de crier comme cela à travers les couloirs?
Intentionnellement , je m'arrêtais en face du professeur de potions pour lui barrer la route. Vu de si près , l'homme semblait plus hostile encore.
-Excusez-moi, mais il me semblait que nous devions éclaircir mon statue d'élève ici...
-Je vous arrête tout de suite mademoiselle Cavalieri. Vous n'êtes certainement pas le centre du monde. Nous verrons cela en temps voulu. Maintenant, voulez-vous me laisser passer avant qu'il ne me prenne l'envie de vous ajouter des heures de colles jusqu'à la fin de vos longues années parmi nous. Ah! Certes, mais j'oubliais vous, n'êtes ici qu'en période d'approbation. Je n'aurais peut-être pas besoin de me donner cette peine.
Je chancelais, avant de lui céder la place. Au moins, quand Pucey était là, sa bêtise et ses bavardages incessants comblaient cette impression de solitude immense.
Les jours qui suivirent, furent silencieux, dans un rythme bien marqué de pauses et de cours qui se succédaient sans qu'ils n'eurent le moindre sens. J'étais distraite, j'avais essayé d'échanger quelques mots avec d'autres élèves, sans accueillir la moindre bienveillance de leur part.
-Mademoiselle Cavalieri?
Je levais le regard, surprise d'avoir été interpellée par madame McGonagall.
-Oui?
-Pourriez-vous rester un instant, je vous pris?
Les autres élèves sortirent les uns après les autres, nous laissant finalement seules.
-Vous semblez mal en point, est-ce qu'il s'est passé quelque chose? -demandait-elle distinctement.
-Non, je vais bien, madame. Est-ce qu'il y a un soucis?
-Tout d'abord, je tiens à vous féliciter, de toute évidence le cours de métamorphose ne semble pas vous poser le moindre soucis. Et puis, il me semble que vous avez une affaire en cours avec Dumbledore.
Elle sortit de derrière son bureau pour se diriger vers la porte de la salle.
-Allons, suivez-moi.
Je lui emboîtais le pas, intriguée.
Toujours de plus de couloirs, Poudlard était un enchevêtrement de couloirs interminables. Tout cela menait tout droit au bureau du directeur lui-même.
-Pardon, madame, est-ce que je peux être ici?
J'étais très intimidée.
-Bien sur, que vous le pouvez!
Dumbledore venait lui-même interrompre la conversation tenant dans sa main un vieux choixpeau magique. C'était donc cela! Dans mon ancienne école, il n'y avait pas de systèmes de maisons -peut-être cela nous rendait-il finalement plus individualistes- mais enfin, je n'avais encore jamais vu cet artefact magique, à moins qu'il ne soit considéré comme une créature.
-Venez donc vous asseoir!
Le vieille homme sortit un petit tabouret de velours mauve, il le désignait alors la main tendue. Je pris place sans me faire prier, les regardants , l'un et l'autre.
-Je suis désolé de l'informalité de cette cérémonie, mais les préparations de la coupe de feu ne me permettent guère d'avoir le temps de célébrer votre admissions comme il se doit.
Je le comprenais. La main pale et ridée de l'ancien saisit une fois encore le choixpeau avant de le faire glisser sur ma tête.
-AH!
La bestiole s'agitait là haut.
-Hm, oui, je vois de la détermination... de la crainte et l'hésitation aussi! Penses-tu donc n'être digne que de médiocrité? Non, n'est-ce pas? Tu peux dignement suivre les pas de ton père, car ta place est bien certainement au cœur des fiers Serdaigles.
Serdaigle? Oui, c'était ce que je voulais, même si mon paternel m'y avait tellement destinée que je n'étais plus certaine que cela soit réellement mon vœux.
Je n'étais complètement soulagée après ce choix mais, comme pour le reste, il s'agissait désormais de tenir mes engagements.
-Et bien, tu ne sembles pas si heureuse de ce verdict. Sache que le choixpeau ne se trompe jamais. -Dumbledore souriait avec une certaine compassion avant de me tendre un bol remplis de bonbons.- Crois-le ou non, au file du temps, je suis certains que nous aurons beaucoup à t'apporter, mais cela ne sera probablement rien en comparaison de la contribution que toi que tu ajouteras à ce bel édifice qu'est Poudlard.
Malgré l'emploie du temps chargé du directeur de ce "bel édifice", le reste de l'après-midi s'étendit tranquillement autours d'une tasse de thé. Les deux adultes voulaient connaître mes intérêts, il était encore temps pour que je suive des cours facultatifs -qui n'avaient de facultatifs que le nom-. Le professeur Rogue nous rejoignit en milieu d'une conversation sur mon intérêt pour "l'art ensorcelé" d'où mes prédispositions pour la métamorphose.
-Severus! Mon ami, rejoins-nous, je t'en pris!
Le brun semblait pris au dépourvu, voir même un peu débraillé. Il ne pouvait pas vraiment refuser cette invitation. C'est pourquoi il prit place à son tours, mais cela ne l'obligeait aucunement à se détendre. L'homme se tenait voûté, loin d'être avenant ou d'engager la conversation.
-Nous ne nous sommes pas encore donné la peine de t'expliquer le rôle du professeur Rogue dans ton parcours scolaire. Il va faire office de professeur de soutien pour toi. Toutes les écoles de magies suivent dans les grandes lignes un enseignement sensiblement similaire, mais toute fois pas toujours au même rythme et avec quelques spécificités. -Dumbledore parlait en sirotant son thé, me regardant par dessus ses lunettes en demi-lune.- Alors à la moindre chose qui te paraîtrait incertaine ou qui nécessiterait d'avantage d'explication , c'est vers lui que tu te tourneras.
Je regardais moi-même le professeur "de soutien" et à la lumières de nos dernières entrevues, il m'était difficile de croire un seul instant, qu'il fournirait une part de son précieux temps pour qu'une élève telle que moi puisse suivre correctement le cursus de Poudlard. Et puis, il ne cessait de me le répéter en cours de potions, pas même Dumbledore lui-même ne pourrait me rendre un tant soit peu meilleure, à cet art compliqué de mesures et de mélanges précis.
-Bien nous débuterons par une séance d'une heure tout les jeudi après vos cours de potions. Il y a déjà tant à faire... -Rogue venait de clore le sujet comme si cela était tellement anodin. Il se proposait de lui-même, cela n'avait aucun sens! Mais le directeur étant présent, il ne pouvait probablement en faire autrement.
