Prologue
Regulus se regarda fixement dans le miroir, retenant un soupir profond.
Il souleva quelques une de ses mèches grisonnantes parsemées de fils blancs et essaya de les cacher derrière ses cheveux bruns clair avec dégoût. Fronçant le nez et ses yeux rougissant dangereusement, il s'affaissa sur le siège en face du miroir.
Il n'avait que 18 ans et pourtant sa vie entière était un foutoir extraordinaire dont il n'arrivait pas à se dépêtrer. Il portait ostensiblement en ce 31 juillet radieux une robe à manches longues qui, si elle l'étouffait de chaleur, au moins préservait sa dignité et l'empêchait de croiser le regard froid et vide dans les creux du crâne qu'il portait au bras.
"Tu as une tête affreuse ! Mais enfin regarde-toi !"
Son reflet transformait toujours sa voix avec ces tons haut perchés qu'il abhorrait. Néanmoins il n'avait pas tord.
"Tais-toi, dis sinistrement Regulus. Occupe-toi de tes affaires."
Le reflet lui lança un regard plein de dédain et renifla pour montrer sa désapprobation. Regulus porta sa main aux ridules de stress qui s'étaient formées aux coins de ses yeux. Il ne contenait plus beaucoup son émotion. Il avait les paupières gonflées et les yeux brillants. Il les frotta légèrement avec ses paumes avant de poser ses coudes sur la coiffeuse. Il couvrit complètement son visage dans ses mains retenant à grand peine un sanglot.
Il posa la main sur son meuble et ouvrit doucement le tiroir. Il y avait un grimoire sinistre et un peu sale avec un petit médaillon et un mot soigneusement griffonné et signé de ses initiales. Il caressa le métal lisse du bout du doigt, sentant des sueurs froides couler dans sa nuque, terrifié de ce qu'il pourrait lui arriver si qui que ce soit ou quoique ce soit pouvait lire en lui et rapporter ses pensées au Seigneur des Ténèbres. Il plia soigneusement le mot qu'il glissa prestement dans le médaillon.
Il allait lui voler son essence, il allait dérober sa puissance.
"J'ai besoin d'aide..." soupira faiblement Regulus, une main sur son estomac douloureux.
"Oui Maître Regulus ?"
Regulus sursauta si fort qu'il sentait son cœur cogner contre sa cage thoracique. Il posa immédiatement la main sur sa baguette alors qu'il se détendit à la vue de Kreattur dans son reflet.
"Ah, Kreattur... tu m'as fait peur"
Immédiatement l'elfe eut un air mortifié qui fit Regulus se sentir coupable.
"C'est rien ! Vraiment, tout va bien. Pourquoi es-tu là ?"
"Maître Regulus a demandé de l'aide, alors Kreattur est là."
Regulus regarda Kreattur d'un air interdit. Il soupira alors du nez, triste. Kreattur tremblait encore.
Il y avait quelques temps, le Seigneur avait dit qu'il avait besoin d'un elfe, sans préciser pour quelle tâche. Regulus avait senti son regard amusé froid et scrutateur sur lui, et il se rappelait des paroles de sa mère quand il était beaucoup plus jeune. Il n'était pas bien vu, loin de là, d'avoir une quelconque affection pour les elfes de maisons. Alors naturellement, il avait proposé le sien, ignorant de toutes ses forces son instinct qui hurlait 'Non!' au fond de ses entrailles.
Il avait eu tord de faire ça. Mais après tout il avait eu tord de beaucoup de chose. Regulus inspira profondément et secoua sa tête hanté par des images sanglantes.
Kreattur était revenu détruit de son voyage avec le Seigneur, et face à l'ordre de son maître direct, il avait accepté de tout raconter.
Regulus ferma les yeux.
"Comment m'aiderais-tu Kreattur ? Il y a simplement quelque chose que je dois faire, quelque chose que je peux faire mais je n'y arrive pas."
C'était limpide. Regulus avait compris d'où venait la pseudo invincibilité de son maître et la nausée lui était venue. C'était ainsi qu'il tenait tous les grands hommes de son époque sous son joug, par l'admiration ou par la terreur ? Etait-ce là le secret de sa mystification ? Il était un homme mutilé et pitoyable au plus profond de lui et Regulus le haïssait plus que jamais désormais.
"Kreattur peut vous aider Maître."
Merlin comme c'était difficile. Il se recroisa dans le miroir et se leva d'un bond, emportant avec lui le grimoire rétréci et le leurre.
" Plus tard Kreattur."
Il s'en alla vers les escalier prêt pour les adieux qu'il faisait dans son coeur.
Depuis que Sirius s'en était allé, sa vie n'avais plus était la même. D'abord emprunt de vertiges profonds à sa seule mention, sans comprendre pourquoi exactement, il avait appris à le haïr par instinct de survie dans sa propre maison.
Quand ils avaient été de retour à Hogwarts, Regulus avait tout simplement choisi de faire comme si son grand frère n'existait pas. Bien sûr, il avait fallu qu'il l'évite plusieurs fois ou celui-ci l'avait attendu au détour d'un couloir ou à la sortie d'un cours mais Sirius avait vite renoncé.
Evidemment qu'il avait renoncé, il pensait probablement que je reviendrais de moi même se flagella de nouveau Regulus.
Il était évident que Regulus allait finir par comprendre ce qu'il était, le pantin désarticulé de sa mère castratrice. C'était sans compter sur son profond besoin d'amour et d'attention qui l'avaient aveuglé sur le compte du monstre qui l'avait élevé. Au final, Sirius et Kreattur étaient les deux seules personnes qui lui avaient jamais témoigné de l'amour et il avait abandonné un et livré l'autre à un malade tortionnaire.
Regulus sentit pointer une migraine contre son front.
Il passa devant l'écriteau "Sirius" en allant vers l'escalier et il s'arrêta. Si tout se passait comme prévu il ne reviendrait probablement pas ici avant très longtemps, peut-être même qu'il ne reviendrait jamais. Il appuya son dos contre le bois solide et ferma les yeux.
" J'AIME UN GARÇON ! "
Il avait laissé tomber Sirius pour une chose aussi idiote que ça se rappela-t-il en se mordant la lèvre. Son grand frère qui l'avait toujours aimé et protégé envers et contre tout. Qu'est-ce que ça pouvait bien faire après tout ? En plus, Regulus était certain que le garçon qu'il aimait était Severus Snape. C'était d'une évidence si cuisante pour lui qu'il ne savait pas comment personne n'en avait la moindre idée.
Snape n'avait jamais cherché à lui reparler, probablement sur demande se Sirius vu comment il lui lançait des regard froids et pleins de pitié qu'il avait ignoré superbement.
Bien entendu, il savait que Snape était un suivant de son Maître et s'il avait une réputation irréprochable, Regulus était certain qu'il voyait encore Sirius et qu'il n'avait au QG qu'une façade très trompe l'œil. Et trompe-la-mort. Heureusement néanmoins qu'il n'avait pas encore le statut nécessaire pour s'approcher de Snape. Il se sentait rendre de la bile rien qu'à penser à ce qu'il devrait accomplir en atrocité pour y arriver. Non merci pour lui, il ne voulait pas assister à d'autres Fenwick, il ferait cavalier seul.
Regulus cogna une première fois sa tête contre le bois de la porte de la chambre condamnée de Sirius. De toute façon à présent il avait pris sa décision.
"Dark Code, Mini. Tu me rejoins quand tu veux."
Il ne lui restait qu'une chose à faire. Il descendit les escalier où le souvenir vague et fantomatique d'un Sirius adolescent, au cheveux très longs tombant à la taille le regardant d'un air profondément triste, s'évanouissait doucement.
Il passa devant le porte parapluie en forme de de pied de troll et se dirigea vers le Salon principal où il trouverait probablement sa mère. Gagné.
Avec toute la raideur qui la caractérisait, elle tenait sur ses genoux un magazine dont elle tournait les pages de temps à autres, d'un air pincé. Le remarquant elle leva la tête.
"Regulus."
"Mère."
Il s'approcha sans qu'elle ne lui accorde plus d'attention. Il s'assit légèrement avec toute la bonne éducation dont il était empreint. Sirius lui se serait affalé bruyamment dans le fauteuil avec défi, mais il n'y pensa que plus tard. Il était bien dressé après tout, pensa-t-il avec dégoût.
Sa mère, qui était pourtant celle qui l'avait dirigé toute sa vie, choisissant pour lui tout au tout, y compris la tenue jusqu'au choix politique, s'était considérablement refroidi à son égard à la montée de la terreur de Voldemort.
Il n'avait fait que lui obéir, ne cherchant la que sa reconnaissance et (si idiot que ce fusse ) son amour. Il n'avait récupéré que la fraîcheur polaire d'une femme qui n'était déjà pas bien chaleureuse. Elle pouvait bien prétendre haïr Sirius, elle qui l'avait renié, mais au fond de son cœur, Regulus savait qu'elle l'admirait. Dans tout le dégoût qu'elle portait à ses décisions, elle avait une estime étrange pour l'homme affirmé qu'était son fils indiscipliné.
Regulus retint un soupir. Y'avait-il des vies si exemptes de bons choix que la sienne ? Mais cette fois-ci il ferait amende honorable, même s'il fallait y perdre la vie.
"M'aimez-vous mère ?"
Le mouvement des doigts de Walburga Black sur sa page de magazine s'arrêta brusquement. Elle leva des yeux surpris bien qu'encore dédaigneux vers son fils. Regulus lui s'inspectait soigneusement les ongles en continuant sur sa lancée.
" J'ai toujours pris grand soin de tout faire selon votre convenance, il n'y a pas un pas de ma jeune vie que je n'ai fait sous votre dictée ou celle de mon père. Et pourtant je sais et je sens que vous ne me portez aucune espèce d'affection. Pourquoi ?"
Regulus sentit un ange passer. Dans un élan de courage il leva la tête et trouva le regard froid et pensif de sa mère.
"Je ne sais pas." dit-elle enfin.
Regulus se senti glacé tout d'un coup. Sa raideur se mua en hilarité et il eut un petit rire qui fit hausser les sourcils de sa mère si haut sur son front qu'il en ricana encore un peu plus. Il détendit sa pose, s'avachissant sur le fauteuil sou l'œil outré de sa mère puis releva les manches, dévoilant ainsi un tatouage honni qui la fit déglutir.
"Bien, très bien. Eh bien dans ce cas, je vous donne le bonjour."
Elle le toisa, toujours surprise et irritée. Il se releva et ébouriffa ses cheveux gris.
"Cessez vos enfantillages, ce n'est pas comme cela qu'on vous a élevé."
Regulus eut un rire sec. Il retint à grand peine un "c'est comme ça que Sirius m'a élevé" et fit un sourire sinistre.
Elle baissa de nouveau les yeux vers son magazine et siffla :
"Savez-vous quand rentre votre père ? Il est si peu à domicile ces derniers temps."
"Vous savez qu'il est occupé, cracha Regulus, debout dans le cadre de la porte. Vous n'avez qu'à lui envoyer un hibou."
Il s'avança dans le corridor, furieux. Il savait à présent. Sa mère était comme une enfant qui s'était lassé d'un jouet. Elle l'avait modelé à l'image qu'elle voulait, s'était bien amusée et quand elle en avait fini, l'avait jeté de côté, embarrassée par sa seule présence.
Très bien. Très très bien.
Et il avait fallu qu'il envoie Kreattur se faire torturer et qu'il assise au découpage en morceau de Benji Fenwick avant de s'en rendre compte ? Vraiment, il se donna quelques autres claques mentale qui lui donnèrent l'impression de s'ajouter quelques autres cheveux blancs. Etait-il seulement possible d'en avoir autant à son âge ?! Son ventre lui faisait si mal que même les potions anti-acide qu'il prenait chaque jour ne suffisaient plus.
Le poids de sa conscience se faisait très lourd.
Il s'avança dans le jardin et soupira.
"Y allez-vous Maître ?"
Kreattur, encore. Regulus s'abaissa à son niveau, faisant tressaillir son serviteur.
"J'y vais oui."
"Je peux vous aider, Maître !"
Regulus soupira et regarda le ciel bleu qui s'obscurcissait de nuages. Détraqueurs, pensa-il avec dégoût.
"A vrai dire, je n'ai besoin que de courage à présent Kreattur."
"Je peux vous en donner ! dit immédiatement l'elfe à la voix nasillarde. Je ferais tout pour Maître Regulus."
Regulus sourit doucement.
"Et comment tu ferais, tu en mettrais sur mon dîner ?"
"Je peux rester auprès du Maître et je l'accompagnerai au devant de tout les dangers, fit l'elfe fidèle, une étincelle dans les yeux. On est plus courageux à deux."
Regulus sentit sa gorge se serrer.
"Oui, dit-il enfin, faisant signe à Kreattur de le suivre. J'imagine qu'on l'est."
