Titre : Un regard glacial.
Auteur : Nandra-chan
Disclaimer : Rien n'est à moi, sauf les prises de tête.

Note : Une fin alternative à l'arc d'Infinity. Je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher le suspense. 12 chapitres. Pour me taper dessus, on clique sur reviews !! Plus vite vous me tapez dessus, plus vite je poste la suite, na !

Molly : Tu as tout compris ! Merci de m'avoir tapée, je continue donc mon petit récit !


Chapitre 2 – Colère.

Un bon feu crépitait dans la cheminée au centre de la pièce, mais Kurogane fixait les flammes sans les voir. Assis en tailleur à même le sol, un coude sur le genou, le menton dans la paume, il était absorbé dans des pensées peu réjouissantes si on en croyait l'expression de son visage. Sourcils froncés, bouche étirée en un rictus contrarié, il pianotait inconsciemment sur le parquet de sa main libre.

La lumière du foyer éclairait son visage de lueurs dorées et allumait des reflets flamboyants dans ses prunelles rouges, et, avec ses traits farouches tendus par la colère, il était tout simplement effrayant. Il dégageait une aura menaçante, qui aurait dissuadé n'importe qui de franchir le seuil de la pièce. N'importe qui ou presque.

La porte coulissa silencieusement et il leva les yeux. Deux femmes entraient. Il leur octroya son regard le plus noir, mais son ton était calme quand il salua la plus petite d'entre elles.

- Tomoyo…

La princesse lui fit un petit sourire, puis s'installa sans façons en face de lui, tandis que Sôma restait debout juste derrière elle.

La jeune prêtresse avait une mine préoccupée et ses yeux sombres exprimaient autant de douceur et que de tristesse. Elle prit son temps avant de se décider à rompre le silence qui était retombé autour de l'âtre.

- Je suis désolée. Je suis allée le voir, mais je n'ai rien pu tirer de lui. Pas un mot. Je ne suis même pas sûre qu'il se soit rendu compte de ma présence.
- Tu ne devrais pas y aller, grogna son vassal. Il est tout à faire capable de s'en prendre à toi.
- Voyons, tu ne peux pas penser ça. Il ne ferait pas une chose pareille.
- Détrompe-toi. Il est capable de n'importe quoi. Absolument n'importe quoi. Il n'a plus aucune limite.
- Je ne le laisserai pas faire de mal à la princesse, rétorqua Sôma d'une voix un peu hautaine.

Le ninja ricana amèrement et leva un regard moqueur sur elle.

- Parce que tu te crois de taille contre lui ?
- J'y laisserai la vie s'il le faut mais…
- Femme stupide ! Et une fois qu'il t'aura tuée, qu'est-ce que tu crois qu'il fera à Tomoyo ? Elle a bloqué sa magie, mais il reste très dangereux. Tu ne l'as jamais vu combattre, moi si. Tu ne peux pas le vaincre, même si tu es armée et lui non.
- Je suis ton maître ! Je ne suis pas sans défense.

Kurogane se leva pour la regarder de haut. Il la dominait et elle dut lever les yeux pour lui faire face, ce qui ne sembla pas du tout lui plaire.

- Sôma. Qui est le plus fort entre toi et moi ?
- Toi, je pense, admit-elle de mauvaise grâce.
- Eh bien, même moi, je ne suis pas sûr de pouvoir le battre. Il est trop imprévisible.

La jeune femme resta estomaquée. Ça, c'était nouveau. Un Kurogane admettant qu'il pouvait perdre un combat, c'était du jamais vu. Ça aurait pu être une chose positive, en d'autres circonstances. Mais là, cette idée lui laissait impression désagréable, une boule dans l'estomac.

- Je…

Elle ne termina pas sa phrase. Elle n'aimait pas le ton qu'il avait pris pour s'adresser à elle, et elle voulait lui rabattre un peu le caquet avec une réplique cinglante, mais elle ne trouva pas les mots, car il avait raison. S'il doutait de pouvoir gagner, elle n'était sûrement pas capable de neutraliser le magicien, et elle ne pourrait pas protéger la princesse s'il s'en prenait à elle.

- Cette situation n'a que trop duré, dit Tomoyo. Prenons conseil auprès de la Sorcière des Dimensions.

Le ninja la foudroya du regard.

- Je t'ai déjà dit que je ne voulais plus rien avoir à faire avec cette vieille garce ! cracha-t-il d'un ton coléreux.
- Kurogane… répliqua tristement la jeune femme.

Sans crier gare, il laissa exploser sa rage. Il était furieux, tout à coup, vraiment furieux. Il se pencha sur elle pour lui crier au visage.

- Tout ce qui est arrivé est de sa faute ! Si elle nous avait prévenus, jamais on n'en serait arrivés là ! Mais non, pas d'interférences ! Je t'en foutrai des interférences, voilà où ça nous a conduits ! Je te jure que la prochaine fois que je la vois, je me ferai un plaisir de lui tordre le cou à cette pu…

- Kurogane ! s'écria la princesse avant de poursuivre d'un ton plus mesuré. Elle ne pouvait rien vous dire. Tu ne dois pas le lui reprocher. Tout était écrit, et le savoir n'aurait rien changé.

- Tu ne vas pas t'y mettre ! J'en ai par-dessus la tête des histoires de destin et de rencontres inéluctables. Ce sont MES amis qui sont tombés à cause de toutes ces manigances, c'est MON ami qui est enfermé dans un cachot glacial, et c'est MOI qui l'y ai enfermé ! Toi, et cette sorcière, et les autres, vous nous avez envoyés à l'abattoir en nous faisant un gentil sourire et en agitant votre petit mouchoir blanc… Sayônara, va apprendre ce qu'est la vraie force ! Foutaises !! Ça m'a juste permis de me rappeler à quel point il est douloureux de perdre les gens qu'on aime. C'est tout, Tomoyo.

- Ça suffit, Kurogane ! Personne n'avait envie que les choses tournent de cette façon !

- Mais vous saviez… Toi peut-être pas, mais la vieille peau, elle savait. Alors, s'il était écrit que ce voyage nous mènerait à notre perte, que des gens allaient mourir, il aurait été plus simple de les assassiner directement, une lame sur une gorge pendant la nuit, et le tour était joué ! Plutôt que de nous torturer de cette façon…

Il savait que c'était un raisonnement simpliste, tout comme il savait que rejeter les torts sur les autres n'était qu'une preuve de mauvaise foi. Mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Il se sentait coupable de ce qui était arrivé à Infinity, cet horrible événement qui les avait conduits à cette situation. Il s'en voulait de n'avoir pas réagi assez vite quand il avait vu le magicien s'élancer…

Tout était de sa faute, pensait-il, mais s'il l'avait dit devant Tomoyo, il savait ce qu'elle lui aurait répondu : qu'il n'y était pour rien, que c'était la malédiction, le destin, qu'il devait arrêter de culpabiliser. Il connaissait parfaitement ce discours, pour l'avoir lui-même prononcé des dizaines de fois depuis ce jour-là. Et s'il y avait une chose dont il n'avait vraiment pas envie, c'était qu'on essaie de le consoler.

- Ce n'est pas ainsi que les choses se passent, et tu le sais bien, poursuivait la jeune femme d'un ton de mère qui fait la leçon à son enfant. Arrête un peu de ressasser le passé, ce n'est pas ça qui résoudra tes problèmes d'aujourd'hui. Et ça ne te ressemble pas de t'apitoyer sur ton sort comme ça.

- Je ne m'apitoie sur rien du tout. J'analyse, je tire des conclusions, et j'en recueille des enseignements.

- Et quels enseignements as-tu donc tiré de ces événements ? demanda la princesse, sans être vraiment sûre de vouloir entendre la réponse.

- Les mots doux cachent d'amères vérités. Voilà ce que j'ai appris. On ne peut avoir confiance en personne. Voilà ce que j'ai appris. Il ne faut s'attacher à personne. Voilà ce que j'ai appris.

- Tu es en colère, tu ne le penses pas.

Il négligea de répondre. Il lui lança un coup d'œil furibond, se leva et se dirigea vers la porte.

- Où vas-tu ?
- Je sors !

Il referma sèchement derrière lui. Restées seules, les deux jeunes femmes échangèrent un regard désolé.

Rien n'allait plus depuis que, deux mois plus tôt, un portail dimensionnel s'était ouvert dans les jardins pour laisser passage à un Kurogane bouleversé serrant dans ses bras un jeune homme blond inconscient, maculé de sang de la tête aux pieds.

Tomoyo avait été heureuse de revoir son chevalier servant, et elle avait pensé que, même s'il venait de vivre des moments vraiment difficiles, une fois son compagnon soigné et en sécurité, il perdrait ce regard hanté, cette expression un peu perdue si triste à voir, mais ça n'avait pas été le cas. Bien au contraire. Les choses étaient allées en empirant.

On avait octroyé une chambre à Fye et on lui avait apporté des soins, mais il était resté longtemps à osciller entre des phases d'égarement de plus en plus violentes et des moments de lucidité où il ne songeait qu'à une chose, se supprimer. Finalement, Kurogane avait décidé de l'enfermer, tant pour le protéger de lui-même que pour protéger les autres, car le magicien pouvait se montrer extrêmement brutal.

Depuis son retour, et en particulier depuis qu'il avait mis son compagnon dans cette cellule, le guerrier n'était plus que l'ombre de lui-même. Il arpentait les couloirs du palais avec un air sauvage qui effrayait tout son entourage, se mettait en colère dès qu'on lui adressait la parole, mais ce n'était pas ce qui inquiétait le plus la jeune femme. Elle préférait qu'il lui crie dessus, plutôt que de voir ce visage hagard qu'elle surprenait parfois quand il se croyait seul.

C'était un puissant guerrier, le plus puissant et le plus brillant des hommes de son pays, qu'elle avait envoyé en voyage, et c'était un homme brisé, ne croyant plus en rien, qui lui était revenu. Elle avait toujours cru que rien ne pourrait jamais affecter Kurogane, qu'il était inébranlable, qu'il avait juste besoin d'apprendre à aimer les autres pour devenir plus fort, et c'était la raison pour laquelle elle l'avait envoyé vers la Sorcière.

Mais son plan avait un peu trop bien marché. En chemin, il avait croisé un ange. Un ange blond et frêle, qui avait su trouver une fissure dans la muraille qui protégeait son cœur et qui s'y était introduit. Seulement à présent, les ailes de l'ange avaient cédé la place à des griffes, et il déchirait de l'intérieur le cocon où il s'était lové.

Et lorsque Tomoyo essayait de consulter les astres pour deviner ce que l'avenir leur réservait, le ciel bouché se refusait à elle. Elle ne voyait que du noir.