J'avais dit que j'arrêtais de poster à l'arrach' mais en fait, je pars en vacances demain donc voilà vite un bout pour vous.
Merci à tous ceux qui m'ont laissé des commentaires sur ma première partie et qui suivent et aiment mon histoire. Vraiment merci. Je ne pensais pas qu'il y avait vraiment des gens qui lisaient des fics françaises Supernatural ^o^
J'espère que cette partie vous plaira aussi.
Notes (oui je ne peux pas m'empêcher de mettre des notes) : Plusieurs personnes se sont étonnées dans ma première partie du Garth/Kevin ^o^ J'avoue que c'est un peu mon petit délire perso mais je trouve que c'est un pairing qui fonctionnerait bien. Il faudra un jour que je fasse un spin off dessus.
Note 2 : Je n'ai toujours pas de bêta lecteur. Désolée pour les éventuelles coquilles.
Bonne lecture!

"***"

_ Croquoi ? s'écria Dean en se tournant vers l'ange.

_ Krautergersheim, répéta calmement celui-ci.

Sam s'approcha d'eux à grandes enjambées.

_ Whoah ! C'est juste splendide. Je n'étais jamais venu en Allemagne avant.

Dean se tourna vers lui et fit une petite moue.

_ Nous n'allons jamais nulle part.

Sam soupira.

_ Ne me regarde pas comme ça, ce n'est pas moi qui ait peur de l'avion.

Dean se sentit sur le point de répondre quelque chose de très adulte du genre « gnagnagna » mais pour une fois, il préféra se taire. De toute façon, Castiel ne lui aurait pas laissé le temps de répliquer.

_ Ce n'est pas l'Allemagne, reprit l'ange en se tournant vers Sam.

_ Pas l'Allemagne ?

Castiel secoua la tête dans un geste très humain.

_ Krautergersheim, Alsace, France.

Dean éclata de rire et posa une main sur le bras de Castiel. Cela n'apportait absolument rien à la conversation mais il avait juste envie de le faire. Castiel reporta sur lui son regard qui, quelques secondes auparavant, se trouvait sur Sam et immédiatement Dean se sentit bien.

_ Mec, sérieux, tu as du faire une erreur dans tes calculs. Ce n'est pas la France.

Castiel eut un petit sourire désolé.

_ Si Dean, nous sommes en France.

Dean secoua la tête avec véhémence.

_ Non, non ! En France les villes s'appellent quelque chose comme Paris ! Ou... euh... hum... Paris !

Il jeta un regard de détresse à Sam qui lui fit une grimace dépitée mais qui prit quand même la parole.

_ Ou Paris... ou bien... Orléans !

Dean se tourna vers lui, les sourcils froncés. Sa main abandonna le bras de Castiel.

_ Orléans ?

Sam haussa les épaules.

_ Je suppose. S'il y a une Nouvelle-Orléans, il doit y avoir une vieille Orléans quelque part.

Dean croisa les bras l'air pensif.

_ Logique! Ou alors York !

Sam soupira.

_ Non, ça, ça ne marche pas. C'est l'Angleterre.

_ Tu es sûr ?

_ Positif.

_ C'est la France, les interrompit Castiel, visiblement agacé d'être remis en question. Nous sommes à proximité de la frontière allemande mais c'est bien la France.

_ Et tu as dit que nous étions à... demanda Dean, la main désignant les alentours.

_ Krautergersheim.

_ Et pourquoi nous as-tu emmenés à...

_ Krautergersheim.

_ Dean ! lâcha finalement Sam en levant les yeux au ciel.

Dean ne put cacher un petit rictus et gratta le béton du trottoir du bout de sa botte. Il avait presque l'air gêné.

_ J'y peux rien ! J'adore quand il dit ça ! Je ne comprends même pas comment il prononce ça !

Castiel soupira et contre toute attente, leur tourna le dos et s'éloigna d'un pas tranquille.

Sam grimaça de nouveau. Si l'ange avait vraiment voulu partir, il se serait téléporté, il ne prendrait pas juste son air de « je vais faire une petite balade au milieu des jolies petites maisons ». Mais Dean, quant à lui, plongea dans le piège la tête la première.

_ Cas ! Cas, où vas-tu ?

L'ange s'arrêta mais ne se retourna pas.

_ Puisque visiblement mes explications n'intéressent personne, je vais résoudre le cas moi-même. Je reviendrai vous chercher quand ce sera réglé.

Dean le rattrapa en trois grandes enjambées.

_ Désolé ! Vraiment pardon. C'est juste que... enfin cette ville ! Promis, j'arrête. Explique-nous juste ce que nous faisons à... là !

Castiel se retourna finalement et eut un demi-sourire, entièrement dédié à Dean. Sam eut soudain l'envie de partir de l'autre côté de la ville, voire de la planète, mais puisque toute cette histoire était quand même importante il prit sur lui et se rapprocha de son frère et de l'ange.

_ Comme prévu dans le plan, je nous ai emmenés à quelques kilomètres de la cathédrale. Et depuis tout à l'heure je sonde les environs mais je ne ressens aucune présence maléfique. Le démon qui protège la cathédrale ne doit pas avoir beaucoup de soutien. Je pense que nous pourrons l'approcher sans grand danger.

Dean hocha la tête.

_ Ca me paraît bien.

Sam approuva mais eut quand même une petite moue.

_ C'est peut-être un démon isolé mais n'oublions pas qu'il a probablement plusieurs siècles, il vaut mieux être prudents et approcher lentement.

Dean était plutôt du genre à aimer foncer dans le tas mais ils n'étaient pas venus jusque là pour se faire avoir au dernier moment. Tant qu'ils n'étaient pas certains de ce à quoi ils avaient à faire, il valait mieux suivre les conseils de son frère. Mais il ne put retenir une grimace.

_ Tu as raison. Trouvons une voiture et allons-y.

Dean tourna quelques secondes sur lui-même, scrutant tour à tour les quelques voitures garées le long du trottoir.

_ Sérieusement ! s'écria-t-il soudain.

Sam haussa les épaules.

_ Nous ferons avec ce qu'il y a, dit-il d'un ton résigné.

_ Non ! protesta Dean. Je ne conduis pas... ça !

Castiel se rapprocha plus encore de Dean, qui ne se trouvait plus maintenant qu'à quelques centimètres de lui. Leurs bras se touchaient mais aucun des deux ne se décala.

_ Pourquoi Dean ? Que se passe-t-il ?

_ Mais Cas ! Regarde ! C'est pas des voitures ça ! C'est des pots de yaourt !

Castiel pencha légèrement la tête de côté.

_ Ce sont des boîtes de métal avec quatre roues Dean. Je ne vois pas où est le problème.

Dean secoua la tête.

_ Tu ne vois pas la différence entre ma voiture et... et ça !

_ Non.

Dean s'écarta vivement de Castiel, l'air complètement scandalisé.

_ Cas !

L'ange regarda Dean mais ne sembla pas plus conscient qu'avant d'où venait le problème.

Sam se passa une main dans les cheveux et soupira bruyamment pour attirer l'attention des deux autres.

_ On ne va pas y passer la journée non plus. Dean, choisis-en une et allons-y.

_ Non, je refuse de prendre part à ça ! Toi choisis !

Sam grogna et étudia à son tour les voitures. Effectivement, il n'y avait là que des petits modèles. Rien de comparable à l'Impala.

_ Prenons celle qui a l'air la plus neuve.

Il fit un geste vers celle qui se trouvait juste devant eux.

Dean se passa une main sur le visage.

_ Je n'y crois pas, commença-t-il en faisant le tour de la voiture, que je vais devoir conduire une... C3.

"***"

_ Dean, quand je disais d'y aller lentement, je ne pensais pas aussi lentement.

_ Je t'emmerde Sam, répondit Dean, la mâchoire complètement crispée.

_ Mais double-le ce camion !

_ Je ne peux pas aller plus vite !

Il était déjà le pied au plancher. Mais au moins, contrairement à Sam, il n'avait pas les genoux qui lui remontaient presque sous le menton. Mais il n'allait pas plaindre son frère, il avait choisi la voiture, il assumait.

Dans le rétroviseur, il observa Castiel. Celui-ci regardait par la fenêtre, complètement impassible.

_ Tu sens quand même la différence d'avec Baby non ?

L'ange reporta son regard sur Dean.

_ A part un certain inconfort au niveau des jambes, dans les deux cas, le trajet me parait incroyablement lent.

Dean se mordit l'intérieur des lèvres. De toute façon, Castiel était un idiot qui ne comprenait rien à rien !

_ Tu ne sens toujours aucune présence maléfique ? interrogea Sam, alors que Dean parvenait enfin à se rabattre devant le camion.

_ Non, Sam. Pour le moment, je ne sens rien. La région est calme. Je crois que notre démon est vraiment un cas isolé.

Soudain, l'ange se redressa sur son siège et son regard se fit perçant. Un vague sourire apparut sur ses lèvres.

Il tendit un bras.

_ Regardez, fit-il d'une voix ravie.

Sam et Dean se tournèrent à l'unisson vers la direction indiquée par l'index de l'ange. Au loin, un immense bâtiment à la tour unique se dressait. Ils en eurent le souffle coupé.

_ Un hommage des hommes à mon père, murmura Cas.

_ C'est juste... whaouh, fit Sam, pour une fois à court de mots.

Dean hocha la tête. Il se sentit sourire. Un sentiment non pas né de la vision, certes impressionnante, de la cathédrale, mais de l'air ravi de l'ange sur le siège arrière.

Il se racla la gorge pour tirer Cas de sa rêverie.

_ C'est donc là que se trouve le démon que nous recherchons ?

Castiel hocha la tête.

_ Oui.

_ Mais... comment un démon a-t-il pu rester autour de la cathédrale et que personne ne l'ait remarqué ?

_ Je suppose que cela fait partie des choses que nous allons devoir découvrir, répondit l'ange. Oh, Dean, prends la direction Strasbourg.

"***"

Dean claqua avec force la portière de la voiture et s'étira le dos.

_ Bordel ! s'écria-t-il quand son dos craqua. C'est la dernière fois que je monte dans un truc pareil !

Face à lui Sam grimaça et fit quelques pas pour désengourdir ses jambes. Au moins, s'ils avaient besoin d'une nouvelle voiture, ils n'auraient à présent que l'embarras du choix. Ils étaient dans un parking souterrain où étaient stationnées de nombreuses voitures, certaines beaucoup plus grandes que le véhicule qu'ils avaient été obligés de voler. Après, il fallait juste espérer qu'ils puissent fuir assez rapidement pour que le propriétaire ne remarque rien.

Circuler dans les petites rues centenaires et pleines de sens uniques avait été un calvaire pour les deux frères et ils avaient mis bien plus longtemps que prévu pour parvenir jusqu'au centre-ville de Strasbourg. Dean avait juste beaucoup grogné.

_ Et maintenant ? fit Dean en se tournant vers Castiel.

Ce dernier était paisiblement sorti de la voiture et attendait que les deux frères se décident à bouger.

_ Je sens une légère présence maléfique, pas très loin d'ici. Je ne sais pas si mes pouvoirs sont bridés par le fait que nous soyons en sous sol mais si je ne me trompe pas, la créature que nous recherchons est faible et n'a rien à voir avec le diable.

Dean s'approcha de Castiel et lui posa une main sur l'épaule.

_ Guide-nous Cas.

Castiel tourna sur lui-même et désigna à quelques mètres de là un panneau indiquant la sortie.

_ C'est par là je pense.

Les deux frères soupirèrent et lui emboîtèrent le pas.

"***"

Une fois à l'extérieur, il leur suffit de suivre le flot de touristes pour se diriger vers la bonne direction. La journée était vraiment belle et de nombreux groupes se pressaient sur la place où les deux frères et l'ange étaient sortis.

A quelques pas d'eux, un vieux carrousel tournait et Dean fut très tenté de grimper dessus. En fait, s'il y avait eu moins de monde et pas de mission à remplir, il se serait probablement jeté sur l'un des chevaux de bois. Sam lui jeta son regard le plus noir, comme s'il savait exactement à quoi son frère pensait. Dean tenta de se souvenir à quel moment Sam avait perdu son âme d'enfant. Probablement le jour où il avait trouvé Jessica au plafond et en flamme.

Il leva un sourcil en voyant Castiel s'approcher du manège.

_ Un petit tour te tente ? plaisanta Dean.

Castiel secoua la tête.

_ Non. Je me disais juste que c'est amusant la façon dont vous, les humains, vous aimez tourner en rond. Je...

Dean lui passa le bras autour des épaules et l'éloigna du carrousel. Il ne se sentait pas prêt pour une discussion sur la symbolique des manèges.

_ Allez viens, nous y sommes presque.

L'ange hocha la tête. Il suivit Dean, sans chercher une seconde à se débarrasser du bras toujours autour de ses épaules.

_ Sam ! cria Dean, sentant que son frère, apparemment fasciné par l'architecture locale, restait quelques pas derrière.

Alors que Sam les rejoignait, Dean relâcha Cas et à grandes enjambées, suivis un groupe de touristes qui se dirigeait vers une petite rue.

_ Par-là je pense !

Cas hocha la tête pour confirmer. Il sentait lui aussi qu'ils se rapprochaient de la présence maléfique.

_ Dean, fais attention. Je pense que nous y sommes presque.

_ J'ouvre l'œil, plaisanta Dean en ouvrant de gros yeux vers Castiel.

Ce dernier parut ne pas comprendre la blague et resta parfaitement impassible. Sam dépassa Dean en lui donnant un coup de coude dans les côtes.

_ Arrête de faire l'idiot et... OH MON DIEU !

Immédiatement Dean stoppa net et porta la main à sa ceinture où était dissimulée son arme.

_ REGARDE COMME C'EST TROP BEAU ! poursuivit Sam, qui venait de pénétrer dans la petite rue.

Dean roula des yeux, se détendit légèrement et à son tour s'avança jusqu'à l'angle de la rue.

Oui, il devait admettre que c'était pas mal. Pas mal du tout même. Si ce n'est pour le flot de touristes en short et en tongs qui déambulaient dans tous les sens, Dean eut presque l'impression pendant quelques secondes d'être tombé en plein Moyen-Age. Il était entouré de maisons certainement plus anciennes que les Etats-Unis, pleines de poutres sculptées. Ca avait un petit style, il devait bien l'admettre. Même si le bas de ces maisons avait été transformé en boutiques de souvenirs.

_ Classe les poutres ! fit-il simplement.

_ Colombages, le reprit Sam, la voix lointaine.

Dean réalisa que son frère ne regardait pas du tout, comme il l'avait d'abord cru, la rue mais le bout de la rue. Et Castiel scrutait exactement le même endroit, l'air bizarrement extatique. Il avait le torse gonflé de fierté et Dean se figura un paon en train de faire la roue. Il imagina les ailes de Cas fièrement dressées dans son dos et ricana. Ricanement qui resta coincé dans sa gorge quand à son tour il se tourna pour regarder là où la rue débouchait. En plein devant la cathédrale. Et Dean en eut le souffle coupé.

Il n'avait jamais vu un édifice aussi majestueux. Et pourtant, il avait vu beaucoup de choses au cours de sa vie. Mais il ne s'attendait pas à un spectacle aussi grandiose. La vue de loin qu'ils avaient eu depuis l'autoroute était bien pâle en comparaison. La cathédrale était immense, incroyablement sculptée et toute en pierres roses.

Du coin de l'œil, il vit Castiel s'avancer très lentement, d'un pas révérencieux jusqu'au parvis où il stoppa net. Il semblait vouloir enregistrer la moindre sculpture, le moindre détail.

Sam et Dean le rejoignirent et Dean lui posa une main amicale sur le bras. Castiel tourna la tête vers lui. Il avait un réel sourire.

_ L'humanité, fit-il simplement, d'une voix pleine de chaleur.

Dean se sentit répondre à son sourire et il hocha la tête. Il avait envie de dire quelque chose d'intelligent, de spirituel, quoique ce soit qui aurait pu égaler l'état d'esprit de l'ange à l'heure actuelle mais il se sentit soudain beaucoup trop stupide. Comment avoir une telle discussion avec un être cosmique ? Il était loin d'être au niveau. Il resta silencieux.

_ C'est incroyable, fit Sam.

_ Je sais, répondit Cas. Fut une époque où le souci premier de l'humanité était de rendre hommage à mon père. Les hommes ont créé de véritables chefs-d'œuvre en son nom.

Ils restèrent encore quelques minutes à contempler la façade de la cathédrale. Dean fut le premier à se lasser. D'accord c'était magnifique mais ils avaient une mission à remplir et s'il laissait Cas, complètement subjugué, et son frère, un fou d'histoire, prendre la direction des opérations, ils allaient encore être plantés là à la prochaine apocalypse.

_ Cas, appela-t-il doucement.

_ Oui Dean.

Enfin l'ange quitta des yeux la cathédrale pour le regarder.

_ Le démon ? lui rappela Dean.

Aussitôt les yeux de l'ange se durcirent et son visage reprit une parfaite neutralité.

_ Je peux le sentir Dean, il n'est pas loin.

_ Et il est seul ?

_ Pour autant que je puisse en juger, oui.

Dean donna simultanément une petite frappe dans le bas du dos de son frère et de l'ange.

_ Alors allons-y !

Tous trois s'avancèrent le long du parvis vers l'immense édifice rose. La place était vraiment bondée et Dean scrutait tous les visages, à la recherche d'un potentiel démon. Il trouva très suspect l'accouplement des chaussettes et des sandales mais Castiel lui confirma qu'il ne s'agissait nullement de démons mais de touristes allemands.

Ils étaient presque parvenus au pied du fronton quand un vent froid traversa Dean. Il vit les cheveux de Sam voler en tous sens.

_ Le démon ! grogna Castiel.

Il s'élança vers le côté droit de la cathédrale, dans le sens du vent qui venait de les frapper.

_ Cas ! appela Dean en se jetant à la suite de l'ange.

Il dépassa Sam, occupé à remettre en place ses mèches.

_ Sam ! cria-t-il.

Ils n'allaient pas être de trop à trois.

Pendant quelques secondes, il perdit de vue l'ange lorsque celui-ci tourna à l'angle et son cœur s'accéléra. Dean mit cela sur le compte du sprint qu'il était en train de faire.

A peine avait-il pris le tournant qu'il vit Castiel, planté à quelques mètres de là, regardant en tout sens.

_ Je l'avais presque ! cria-t-il à Dean.

Ce dernier s'approcha de lui en observant les environs. Nulle trace d'un quelconque démon.

_ Vous l'avez perdu ? demanda Sam en les rejoignant.

_ Cas l'a perdu, confirma Dean.

L'ange lui jeta un regard noir et Dean dissimula un petit sourire.

_ Je ne comprends pas, reprit Castiel, très agacé. Il était là et soudain, disparu !

_ Tu sens encore sa présence ? fit Dean, redevenu sérieux.

Castiel hocha la tête.

_ Oui, il est encore dans le coin et... attention !

Dean vit juste les cheveux de Sam s'ébouriffer et Castiel bondir à une vitesse incroyable. Puis ce dernier roula à terre sur plusieurs mètres, en plein lutte avec... quelque chose.

Quand enfin ils s'immobilisèrent, Dean discerna des bras et des jambes sortant de sous le corps de Castiel. Il fut près d'eux en un instant.

_ Cas ! appela-t-il.

Castiel se tourna vers lui et eut un sourire... fier.

_ Je l'ai eu Dean, lui fit-il comme s'il s'agissait d'une évidence.

Dean approuva. Il eut alors conscience de la foule autour d'eux qui les observait.

_ Ce n'est rien messieurs-dames ! lança-t-il à la cantonade, son sourire le plus faux plaqué sur le visage.

_ Dean, grogna Sam, qui arborait le même sourire, personne ne comprend ce que tu dis.

_ C'est un film ! Film ! tenta Dean.

Il jeta un coup d'œil à son frère.

_ Film tout le monde comprend non ? C'est international.

_ On manque juste de caméra.

_ Cas ! appela Dean, à court d'idée.

Castiel se relevait juste, sa prise toujours contre lui.

_ Par-là, appela-t-il.

Ils s'esquivèrent le plus discrètement possible à quelques mètres de là.

"***"

_ C'est quoi ce truc ? demanda Dean, les sourcils levés.

_ Un démon paysan du Moyen-Age ? hasarda Sam.

Castiel tenait toujours fermement le démon par les épaules et ce dernier n'en menait pas large. Il avait la tête baissée et tremblait. Et il était habillé de façon pour le moins inhabituelle. Il portait une tunique brune, un pantalon sale mal ajusté et sur la tête, il avait un genre de calot de cuir. Il était aussi pieds nus.

_ Quel est ton nom, paysan ! demanda Dean qui se voyait presque en armure sur un cheval.

Le démon trembla plus fort encore.

_ Réponds ! cria Castiel dans son dos.

Le démon eut un petit couinement et bredouilla quelque chose d'intelligible.

_ Plus fort ! fit l'ange.

_ Willielmus.

Dean fronça les sourcils.

_ C'est quoi ce nom ?

Sam haussa les épaules.

_ Quelque chose... d'ancien, je suppose.

_ Ok, Willielmus. Dis-moi, qu'est-ce que tu es ?

_ Un démon, répondit Willielmus qui apparemment les comprenait bien.

_ Un démon, oui. Et que fais-tu là, démon ?

Dean trouvait ça presque trop facile. Il n'avait jamais vu un démon aussi terrifié. Le pauvre n'avait jamais vraiment du connaître l'adversité.

Willielmus hésita quelques instants.

_ Je viens chercher une âme, admit-il enfin.

_ Une âme ? demanda Dean, perplexe.

_ Je croyais que les chiens de l'enfer venaient chercher les âmes, intervint Sam.

Willielmus secoua la tête.

_ Trop de monde. Le roi m'a demandé de faire ça plus discrètement.

_ Le roi ? demanda Dean, de plus en plus perplexe. Quel roi ?

_ Rampa. Le roi des démons des croisements.

_ Crowley ?

_ Non Rampa, confirma Willielmus.

Dean et Sam se regardèrent.

_ Une succursale européenne ? hésita Sam. Ou le prédécesseur de Crowley...

Son frère eut une petite moue.

_ Et de qui viens-tu chercher l'âme ? demanda Dean.

_ L'architecte, répondit Willielmus.

_ L'architecte ? L'architecte de quoi ?

Willielmus parut reprendre du poil de la bête. Il tendit la main vers la cathédrale.

_ L'architecte ! Vous ne croyez quand même pas que quelqu'un peut concevoir une chose pareille sans vendre son âme !

_ Who who who ! l'arrêta Dean d'un geste de la main. Tu veux dire que tu viens chercher l'âme du type qui a conçu la cathédrale c'est ça ?

Le démon approuva.

_ Mais depuis quand es-tu là ! s'écria Sam qui avait de grands yeux ronds.

_ Environ sept siècles, bredouilla Willielmus.

_ Sept siècles ! s'écrièrent en chœur les deux frères.

Même Castiel derrière le démon eut l'air décontenancé. Willielmus grinça des dents.

_ S'il vous plaît, ne vous moquez pas ! C'est la première mission que me confie le roi ! Je veux bien faire !

_ Mais qu'est-ce que tu attends pour la récupérer, cette âme ? demanda Dean en se grattant le menton.

Il ne tentait plus d'être ni menaçant, ni méfiant. Willielmus était de toute évidence l'idiot du village des démons.

_ Je ne peux pas ! s'écria Willielmus avec un geste désespéré. Le corps de l'architecte est dans la cathédrale ! Son âme est parfaitement protégée ! Alors je surveille ! Je surveille ! Mais rien !

_ Et donc tu es planté là depuis sept siècles ? fit Dean avec une grimace.

Willielmus eut l'air offusqué.

_ Je suis loin d'être planté ! Je tourne autour de la cathédrale ! Pour être sûr qu'il ne s'échappe ni par un côté, ni par l'autre !

_ Donc le vent, c'est toi ?

_ Oui, c'est moi.

Dean soupira. Il doutait que cette piste donne quoique ce soit.

_ Et les gargouilles ? fit-il soudain, désireux d'en finir au plus vite.

_ Quoi les gargouilles ?

_ La rumeur dit que tu es le diable et que tu protèges les gargouilles.

Willielmus gloussa.

_ Moi le diable ? C'est flatteur !

_ Et tu protèges les gargouilles ?

_ Non ! Les gargouilles protègent la cathédrale et donc l'architecte. Elles passent leur temps à m'insulter et moi, je leur lance des miettes dessus pour attirer les pigeons.

Dean eut soudain envie d'être loin, très loin.

_ Et tu n'as pas entendu de rumeur sur quelque chose qui menace les gargouilles ?

Willielmus soupira.

_ Je les ai senties inquiètes mais comme je suis là, elles n'osent pas partir.

_ Et tu ne sais pas ce qui les inquiète ?

_ On ne m'inclut pas vraiment dans les conversations.

Sam soupira.

_ Je suppose que nous n'avons plus qu'à demander directement aux gargouilles.

Le démon secoua la tête.

_ Elles ne vous répondront pas.

_ Pourquoi ? demanda Sam.

Dean fit un geste du menton vers Castiel.

_ Je connais un gars très fort en interrogatoire de gargouilles.

Castiel prit ce que Dean identifiait maintenant comme sa position du paon.

_ Elles ont ordre de ne pas parler aux humains.

_ Ordres ? s'écria Sam. Mais par qui ?

_ La municipalité, répondit Willielmus, comme si c'était évident.

_ Je... quoi ? Quoi la municipalité ?

Willielmus soupira et Dean eut soudain l'impression que c'était lui, l'idiot du village.

_ Vous avez déjà entendu parler d'attaque de gargouilles dans le coin ? Non ! La municipalité les nourrit, en échange de quoi, elles laissent les humains tranquilles. La plupart des gens ne savent même pas qu'elles sont vivantes !

_ C'est n'importe quoi, soupira Dean.

_ Et toi, elles te parleraient ? demanda Sam. Tu pourrais les interroger pour nous ?

_ Tout ce que je vais pouvoir vous rapporter, c'est un chapelet d'insultes.

Dean reprit alors son visage le plus sérieux.

_ Ecoute, on te laisse en vie et en échange, ce soir, tu interroges les gargouilles pour nous. Si tu refuses, nous avons un ange avec nous qui mettrait bien fin tout de suite à sept siècles de veille.

Willielmus ne prit même pas le temps de réfléchir.

_ D'accord ! D'accord ! Je vais essayer ! Je vais le faire ! Vous pouvez juste demander à votre ange de me lâcher ! Il a une sacrée poigne !

_ Je sais, confirma Dean en portant la main sur sa propre épaule.

_Cas ?

L'ange relâcha le démon qui s'enfuit à la vitesse du vent.

_ Et ne disparais pas ! hurla Dean à la volée. Nous te retrouverons où que tu sois !

Sam posa les mains sur ses hanches.

_ Vous croyez qu'on peut lui faire confiance ?

_ Sam, c'est un démon, répondit Castiel.

Dean hocha la tête.

_ Nous verrons bien. De toute façon, nous n'avons pas de meilleur plan, non ?

Les deux autres restèrent silencieux.

_ Et maintenant, fit Dean.

A son grand désarroi, Sam et Castiel eurent un bref échange de regards puis lui tournèrent le dos pour se diriger vers l'entrée de la cathédrale.

Dean soupira et les suivit en traînant des pieds. Vue la taille du machin, il allait y en avoir pour des heures.

"***"

La visite de la cathédrale leur avait pris toute la journée. Toute la journée ! Castiel s'était arrêté devant chaque vitrail avec une bonne anecdote en énochien pour chacun d'eux. Sam s'était précipité vers l'horloge astronomique tous les quarts d'heure. Au final, Dean avait pris place sur l'un des bancs et avait attendu que les deux autres se lassent. Ils ne s'étaient pas lassés. Et c'est seulement lorsque la cathédrale avait fermé ses portes que le calvaire de Dean avait pris fin.

En attendant, il avait mal aux fesses d'être resté trop longtemps assis sur un banc en bois et il avait sacrément faim. Il avait failli intervenir et faire remarquer aux deux autres qu'ils s'extasiaient devant un truc conçu par un homme ayant vendu son âme au diable mais finalement il renonça. Après tout, il n'avait pas de leçons à donner. Il était le premier à ignorer tout ce qui pouvait le mettre mal à l'aise.

En sortant, ils avaient senti le courant d'air de Willielmus mais le démon ne s'était pas arrêté. Il n'avait sans doute rien pour eux et attendait la fin des visites pour approcher les gargouilles.

_ Et maintenant ? demanda Sam.

_ Nourriture ! s'écria Dean, son enthousiasme retrouvé.

Sam et Castiel ne protestèrent pas. Maintenant qu'il était sorti de la cathédrale, Sam sentait aussi la faim arriver. Après tout, ils n'avaient rien mangé de la journée. Quant à Castiel, il était prêt à tout pour effacer l'air grognon que Dean avait eu pendant toute la visite de la cathédrale.

_ Trouvons un bon restaurant, approuva-t-il.

Après avoir déambulé quelques minutes dans les petites rues sinueuses, ils étaient entrés dans un restaurant qui leur avait paru typique, avec des poutres partout et des nappes carrelées.

_ Hey Sam, tu vas pouvoir te faire une chemise ! plaisanta Dean quand on les installa à leur table.

Son frère lui jeta un regard noir.

On leur donna aussi des cartes en français dont les deux frères ne surent que faire.

_ Cas, tu comprends ?

L'ange eut l'air troublé.

_ Pas tout. Une partie est en français, le reste je ne comprends pas. Ca ressemble à de l'allemand mais... ça doit être quelque chose de trop local pour vraiment...

Dean éclata de rire.

_ C3PO mis en échec !

Castiel pencha la tête de côté.

_ Dean, je...

_ Je sais. Bientôt, bientôt, promis.

Sam soupira.

_ Cas, prends-moi une bière et quelque chose qui pourrait être une salade.

Il était hors de question qu'il laisse s'installer un nouveau concours de regards, surtout dans un restaurant à la lumière tamisée.

Castiel approuva sans même regarder le plus jeune des Winchester.

_ Et toi Dean ?

Dean hésita.

_ Une bière aussi et... peu importe. Quelque chose de copieux.

Quand la serveuse arriva, Castiel passa la commande et Dean se retrouva de nouveau à sourire comme un idiot. Ces derniers temps, il avait eu Castiel parlant allemand et maintenant Castiel parlant français. Et il trouvait ça juste incroyable.

Lorsque la serveuse revint avec trois bières, la conversation avait repris sur leur rencontre avec le démon médiéval.

_ Whow ! s'écria Dean devant le demi litre de bière qu'on venait de lui déposer sous le nez. Voilà un endroit où ils savent vivre !

Il jeta un coup d'œil à Cas qui avait lui aussi reçu un verre.

_ La bière locale est réputée, se justifia l'ange.

Et cette réputation n'était pas usurpée. D'ici à ce que les plats arrivent, Sam et Dean avait bu la moitié de leur verre. Celui de Castiel était complètement vide.

_ Whow ! fit de nouveau Dean devant son plat. Cas, tu m'as pris une... comment ça s'appelle... une choucroute c'est ça ? Tu m'as pris une choucroute.

Castiel lui fit son demi-sourire.

_ C'est la spécialité de la maison. Et c'est copieux.

Dean voulait bien le croire. Il avait devant lui un énorme tas de chou, des pommes de terre et de la viande sous six ou sept formes différentes.

Castiel pointa du doigt une saucisse.

_ Ca c'est du porc. Et ça, c'est aussi du porc mais sous une autre forme. Et là, aussi du porc mais encore différemment. Et là le porc est...

_ Les mecs, les interrompit Sam, pourquoi j'ai comme une demie jambe de porc au milieu de mon saladier de salade ?

Dean haussa les épaules mais il était hilare.

_ Je suppose que le porc est la base de l'alimentation locale.

Sam soupira. Pour la petite salade légère, il pouvait repasser.

Ils avaient à peine entamé leur plat qu'un énorme bruit résonna. Le sol trembla. Les vitres et les ampoules éclatèrent. Par réflexe, les deux frères se jetèrent à terre et Castiel s'interposa pour les protéger des éclats de verre. Tout le monde n'eut pas cette chance et de partout, du restaurant comme de la rue, des hurlements s'élevèrent.

Sam, Dean et Castiel furent sur pied en un instant et s'élancèrent à travers les rues sombres et dévastées vers l'origine du bruit. Ils auraient aimé courir mais le sol était plein de débris de pierres, de verre et de corps prostrés.

En quelques minutes, ils avaient atteint la cathédrale. Sur les bords du parvis, de petits groupes se serraient, couverts de poussière, la bouche ouverte et les yeux écarquillés.

Tous trois se frayèrent un passage au milieu des badauds choqués. Sam fut le premier à stopper net et Dean manqua de lui rentrer dedans. Il contourna le large dos de son frère pour découvrir un spectacle de désolation.

Le parvis n'était plus qu'un tas de gravas. L'unique tour de la cathédrale avait fait une chute vertigineuse pour venir s'écraser devant le fronton qui avait été partiellement soufflé. Un épais nuage de poussière flottait encore et il était difficile de juger des dégâts mais ils paraissaient énormes.

Prudemment, Dean, Sam et Castiel pénétrèrent dans le nuage de poussière. Dean avait sorti son arme et Sam le couteau de Ruby. Celui qui avait fait ça était peut-être encore dans le coin.

Le premier corps qu'ils rencontrèrent était celui d'une gargouille. Et le second. Ainsi que le troisième.

Sam se passa une main dans les cheveux.

_ Mais qui ? Et pourquoi ?

_ Willielmus n'est pas assez puissant pour avoir fait ça, confirma Castiel.

Ils virent alors deux pieds qui dépassaient de derrière une pierre.

_ Willielmus ! cria Dean en s'agenouillant près du corps.

Castiel vint se poster à ses côtés et posa la main sur le crâne du démon. Il secoua la tête et confirma ce que Dean pensait déjà.

_ Ce n'est plus qu'une coquille vide.

Sam s'approcha en toussant. La poussière rendait l'air irrespirable.

_ Mais qui peut vouloir tuer des gargouilles et un démon ? demanda-t-il entre deux quintes.

Dean secoua la tête. Il n'en avait pas la moindre idée.

Castiel s'était déjà remis debout et étudiait le périmètre à la recherche d'indices.

Soudain, il se figea.

_ Regardez.

Il pointait du doigt un endroit, au bout du bras de Willielmus.

_ Apparemment ce qui l'a tué n'a pas été assez rapide. Il nous a laissé un message.

Sam et Dean s'était précipités près de l'ange.

Avant de mourir, Willielmus avait réussi à tracer quelques lettres dans la poussière du sol.

_ Terr... lut Castiel.

(à suivre...)