Cuddy se réveilla parfaitement reposée. Elle ne s'était pas sentie aussi bien depuis …sa disparition. D'ailleurs en y réfléchissant, ce n'était pas normal. Pas dans l'état de tension nerveuse où elle se trouvait la veille. Elle prit la direction de la salle d'eau en souriant.
Elle se promit d'avoir une discussion avec Wilson. Elle était certaine qu'il avait joué au 'marchand de sable'. Mais comment lui en vouloir, de prendre soin d'elle. Alors que lui aussi était affecté par la disparition de Greg. Dix sept mois après la mort d'Amber, il avait dû faire face à cette tragique situation.
Une fois prête, elle mit la liste qu'elle avait faite dans son sac et quitta sa chambre. Elle frappa à la porte de Wilson deux minutes plus tard. Celui-ci ouvrit, il la fit entrer.
_ Bonjour Lisa, bien dormi ?
_ Oui, à ce propos….
_ J'avoue, je vous ai donné un de mes somnifères.
_ ……
Lisa le fixa, elle avait raison. Lui aussi n'allait pas bien. Elle s'en voulut aussitôt de ne pas l'avoir vu plus tôt. De ne jamais lui avoir demandé comment il se sentait. James lui sourit et la rassura.
_ Ne vous en voulez pas. Je ne vous en ai pas parlé car vous aviez déjà vos propres soucis.
_ Vous êtes un ami, j'aurais dû….
_ Vous avez la liste ? demanda-t-il, changeant de sujet.
_ Dans mon sac, ainsi que ceci.
Elle prit une photo dans son sac. C'était une photo de House, une des rares qu'il avait accepté qu'elle fasse. Il tenait Rachel dans ses bras. C'était celle de son bureau.
_ Allons prendre notre petit déjeuner d'abord.
_ Je vous suis. Il y en a beaucoup, ça risque de prendre du temps.
_ Nous avons tout le temps. Allez venez.
Deux heures plus tard, Lisa et Wilson entraient dans un café pour se réchauffer un peu. Ils venaient de se rendre dans trois asiles de jours. Dans l'espoir que quelqu'un reconnaisse House sur la photo. Ils en avaient encore une bonne dizaine à voir. Wilson se chargerait de ceux de nuit. Lisa avait aussi fait la liste de tous les dispensaires médicaux.
C'est le fait que Wilson parle de la blessure de Greg, qui lui avait donné cette idée. Quoiqu'il lui soit arrivé, qu'il soit capable ou non de communiquer ou de se déplacer. Une seule chose était sûre, il aurait besoin d'antalgiques pour sa jambe.
Ils reprirent leur recherche. Wilson veillant à ce que Lisa se ménage. Il espérait tout autant qu'elle le retrouver. Le bruit de sa canne sur le sol, sa porte de bureau s'ouvrant à la volée et tout le reste, lui manquait cruellement.
Ils prirent le temps de déjeuner vers midi. Et commencèrent la visite des dispensaires. Jusque là, rien. Il était à peine 5h30 du soir, mais il faisait nuit.
_ Rentrons Lisa, nous continuerons demain.
_ Encore un, il est juste à côté…
_ Lisa ce n'est pas raisonnable. Vous êtes fatiguée.
_ James…s'il vous plait.
_ Allons- y, soupira-t-il. Mais après on rentre.
_ Oui, c'est d'accord.
Dans l'appartement de Cloé, plus tôt dans la matinée.
Cloé fut réveillée par une claque énergique sur les fesses. Elle ouvrit les yeux en rouspétant.
_ Je suis de repos, laisses moi dormir !
_ Debout fainéante ! Il est plus de 11h00 !
_ Au non ! J'avais promis à Luke que j'irais avec lui voir le médecin de la clinique
_ Je m'en suis chargée. Il n'a pas voulu que je te réveille.
_ Alors ?
_ Il faudrait qu'il passe un scanner cérébral…
_ Sans assurance ? Ce n'est pas pour tout de suite.
_ Nous trouverons une solution….allez viens, il a préparé le repas.
Cloé regarda Karen sortir de la chambre, qui accentua intentionnellement son déhanchement. Elle sourit en repensant à la nuit précédente. Elle se leva enfin et alla les rejoindre. Luke se débattait avec un ouvre bouteille. Apparemment le bouchon avait décrété de rester à sa place. Ce qui fit sourire Cloé. Elle allait parler quand son portable sonna.
_ Oui ?
_ ……
_ D'accord, je serais là à 1h30.
Elle raccrocha et regarda Luke et Karen, ils faisaient la tête tous les deux. Ils avaient compris qu'elle irait au dispensaire aujourd'hui. Alors qu'ils avaient prévu d'aller au cinéma. Elle était vraiment désolée.
_ Peter est malade, je vais le remplacer.
_ On ira au …cinéma tous les….deux. Avec Karen.
_ Ne t'en fait pas, on comprend très bien. C'est important pour toi.
A l'instant présent
Cloé avait bien été occupée. Les malades s'étaient succédés sans interruption. Elle partait dans vingt minutes. Elle vérifiait des dossiers quand elle vit une femme et un homme entrer. A leurs vêtements, ils ne semblaient pas dans le besoin pour venir se faire soigner dans un dispensaire. Elle leur sourit quand ils s'avancèrent vers elle. Mon Dieu, la jeune femme avait l'air épuisée.
_ Bonsoir, que puis-je faire pour vous ?
_ Bonsoir, je suis le Dr Wilson et voici le Dr Cuddy.
_ Vous venez pour le centre ?
_ Non, non. Nous recherchons un ami et collègue, précisa Wilson.
_ Il a disparu depuis quelques semaines. Dans cette ville, peut-être que vous l'avez vu. Expliqua Lisa en lui tendant la photo.
_ ….Mais, c'est Luke !
Cloé tenait la photo, et regardait fixement le visage de House. Il y avait tant de choses qui prenaient un autre sens maintenant.
Cuddy ne retint qu'un mot 'c'est'. Il était vivant ! Elle fut incapable de prononcer un mot. Elle agrippa le bras de Wilson, des larmes s'échappèrent de ses yeux. Mais pour une fois depuis bien longtemps Wilson y vit l'espoir et un grand soulagement. Lui aussi éprouvait un soulagement immense. Le doute n'avait plus lieu d'être, House était vivant.
_ Dr Cuddy, vous vous sentez bien ?
_ Bon sang ! Lisa !
La fatigue conjuguée au stress et enfin au choc de cette bonne nouvelle, eurent raison de Cuddy qui venait de s'effondrer dans les bras de Wilson. Aidé par Cloé, il la transporta dans une des salles d'examen et l'allongea sur la table. Wilson l'ausculta, elle n'était qu'évanouie. La Lisa Cuddy qu'il connaissait n'aurait pas perdu connaissance aussi facilement quelques mois plus tôt. Toute cette histoire l'avait presque détruite émotionnellement, sa réaction était compréhensible. Il s'adressa enfin à l'infirmière.
_ Luke ?
_ C'est une longue histoire. Mais c'est bien la personne de la photo.
_ Vous savez où il est ?
_ Oui, chez moi…
_ Oh….
_ Ce n'est pas ce que vous croyez. Ecoutez, je termine ma garde dans cinq minutes….
_ Vous allez nous conduire à lui….
_ Et bien, il serait plus sage d'attendre…Cela risque de lui causer un choc et vu son état…
_ Son état ? Que…qu'est-ce qu'il là ? S'inquiéta-t-il.
_ Il souffre d'amnésie et d'aphasie …
_ Mais il….
_ Voilà ce que nous allons faire Dr Wilson. Dès que votre collègue sera revenue à elle, nous irons dans un bar pas très loin. Je vous raconterais tout.
Wilson accepta sa proposition, malgré le désir de se rendre auprès de son ami. Il resta près de Lisa, le temps que Cloé appelle Karen pour lui dire qu'elle aurait un peu de retard. Qu'ils ne s'inquiètent pas pour elle. Lorsque Cuddy reprit ses esprits, Wilson lui parla de la proposition de Cloé. En omettant de parler de l'état de santé de House.
Dix minutes plus tard, ils étaient installés dans un box, au fond du bar. Ils attendirent que la serveuse leur apporte leur commande. Puis Cuddy pria Cloé de raconter son histoire.
_ Comme ça Luke est médecin ? Au fait c'est quoi son nom.
_ Gregory House, mais pourquoi l'appeler Luke. Interrogea Lisa.
_ Parce qu'il est amnésique. Donc c'est un médecin, je comprends mieux comment il a pu sauver Andrew. Devant leur air surpris, une autre longue histoire rajouta-t-elle.
_ Comment l'avez rencontré ?
_ Disons que je suis tombée sur lui par hasard, enfin c'est plutôt lui qui m'est tombé dessus.
Elle ferma les yeux quelques secondes tout en s'appuyant contre le dossier de la banquette. Essayant de mettre de l'ordre dans ses souvenirs. Elle rouvrit les yeux et commença son récit.
*Flash back*
Chicago 5 semaines plus tôt.
Cloé Evans jeta un œil à sa montre, il était plus de minuit. Elle avait hâte de retrouver son lit. Elle était épuisée. Elle gara sa voiture sur sa place de parking et se dirigea le plus vite possible vers l'entrée de son immeuble. La pluie qui tombait depuis la matinée était glacée. Et ce vent froid annonçant un hiver précoce n'arrangeait rien. Elle marchait tête baissée pour protéger son visage de la morsure du froid.
Elle arrivait aux escaliers du perron lorsqu'elle sentit une main se refermer sur son bras. Elle n'eut pas le temps de crier, car elle tomba par terre en même temps que la personne qui venait de se retenir à elle. En plus elle se retrouvait coincée en partie sous elle. Elle s'apprêtait à l'engueuler quand elle remarqua que quelque chose n'allait pas.
L'inconnu, avait roulait sur le côté, mais n'essaya pas de se relever. Au contraire il se recroquevilla sur lui-même resserrant un morceau de bâche plastique trouée autour de lui. Son corps était secoué par des tremblements. L'infirmière lui posa une main sur son épaule, mais il fit un geste brusque pour se dégager. Levant un de ses bras au-dessus de sa tête comme pour se protéger.
Elle n'essaya pas de le retoucher, mais examina son apparence. Elle fut choquée par ce qu'elle vit, le plastique transparent laissait voir ses vêtements. Il n'avait qu'un Tee-shirt, un jean et il n'avait pas de chaussures. Pas étonnant qu'il tremblait, il devait être gelé. Pourtant lorsqu'il osa enfin la regarder, elle comprit qu'il n'y avait pas que le froid. Les yeux de l'homme étaient brillants de fièvre. Et il semblait complètement perdu, paniquait même. Elle le vit se replier un peu plus sur lui-même le visage crispé par la douleur. Mais chose étrange aucun son n'était sortit de sa bouche.
Le fait qu'il ait bougé, fit que le réverbère l'éclaira un peu mieux. Elle vit alors son crâne, il y avait une substance brunâtre sur le côté gauche. Elle ne réfléchit pas plus longtemps, elle prit son portable et composa un numéro.
_ Karen descend, j'ai besoin de ton aide. Puis à l'homme.
_ Vous comprenez ce que je dis ?
Il hocha la tête.
_ Je suis infirmière, vous avez besoin de soins. Je vais vous amenez chez moi, d'accord ?
Nouveau hochement d'acceptation.
_ Que se passe-t-il Cloé ?
_ Viens m'aider à amener cet homme chez nous.
_ Tu es sûr que c'est prudent ?
_ Crois moi il n'est pas en état de se battre. A l'homme, allez on y va, on va vous aider.
Elles l'amenèrent directement dans la salle de bain. Cloé lui dit qu'il devait prendre une douche bien chaude, pour se réchauffer. Elle l'aida à se déshabiller et à se placer sous la douche. En voyant sa cuisse, elle sut ce qui le faisait souffrir. Elle dût lui donner le tabouret pour qu'il puisse s'asseoir.
Avec une serviette elle frotta délicatement sa tête pour faire partir le sang. Il avait une plaie d'une dizaine de centimètre environ, et qui suppurait. Elle était assaillie par des tas de questions, mais pour l'instant elle se devait de soigner cet homme.
Elle coupa l'eau et l'aida à passer un drap de bain autour de sa taille. Son amie Karen entra dans la salle de bain à ce moment là.
_ Met le tabouret devant le lavabo, et aide moi à le soutenir.
_ Comment va-t-il ?
_ Il est brûlant de fièvre, il a les pupilles dilatées et une plaie inquiétante sur le crâne.
_ On devrait peut-être l'amener à l'hôpital, tu ne crois pas ?
_ On verra ça plus tard, tu veux bien lui préparer une soupe le temps que je soigne sa blessure.
Elle avait alors nettoyé la blessure, lui rasant les cheveux tout autour et refermant la plaie avec des passements suturaux. Ensuite aidée par Karen, elle l'avait amené jusqu'au canapé, converti en lit. Il ne parlait toujours pas, et gardait la tête basse.
Il faillit s'étouffer en avalant trop vite un morceau de la tranche de pain que Karen lui avait donné avec son bol de soupe. Elles se demandèrent à sa façon d'agir, depuis combien de temps, il n'avait pas mangé.
Lorsqu'il eut fini, Cloé lui donna deux comprimés d'hydrocodone. Espérant que cela l'apaiserait et ferait baisser sa température qui s'élevait à plus de 39°C.
Elle resta près de lui jusqu'à ce qu'il s'endorme. Ce qu'il fit rapidement. Elle le veilla toute la nuit.
*Fin de flash back*
Cloé interrompit son récit un moment. Elle observa les deux médecins, ils étaient littéralement suspendus à ses lèvres. Elle remarqua aussi le léger tremblement de la main de la femme. Qui avait mis en pièce sa serviette pendant qu'elle l'écoutait.
Cuddy était à cran, elle avait envie de le rejoindre, de le prendre dans ses bras, de le sentir vivant contre elle. Imaginer House dans cet état lui était insupportable. Elle sentit un bras se poser sur ses épaules. Encore une fois Wilson la réconfortait, bien que lui-même éprouva les mêmes sentiments.
D'un signe de tête il invita Cloé à continuer son récit.
