Lanie revint de sa cuisine avec une bière dans chaque main. Elle en tendit une à Kate, la regarda d'un air soupçonneux, puis s'assit dans son canapé, face à son amie.

« Alors ? » demanda-t-elle un peu abruptement.

« Alors... quoi ? » éluda Beckett en détournant le regard.

« Qui est le gars ? »

« Il n'y a pas de... Tu ne le connais pas » se ravisa Kate en voyant que son amie n'avait pas l'air de gober l'histoire « il n'y a aucun homme dans ma vie ».

Les yeux de Lanie se plissèrent. Mieux que personne, Kate savait que ce n'était pas bon signe. Elle n'avait probablement pas gobé un seul mot de son histoire.

« Ne joue pas à ça avec moi ma sœur, je sais très bien qu'il y a quelqu'un, et je suis quasiment sûre que je le connais ».

« Lanie... »

« Depuis quand tu te fais Castle ? » l'interrompit la médecin légiste avant qu'un autre mensonge ne sorte de la bouche de Beckett. « Et ne me fais pas cette tête innocente, je sais que lui et toi avaient partagés plus qu'un café. Il y a la même étincelle dans vos yeux ».

Kate resta la bouche entrouverte, incapable de répondre quoi que ce soit. Elle n'avait jamais aimé mentir à Lanie. Peut-être qu'il était temps d'arrêter. Castle ne lui en voudrait probablement pas. Mais Lanie allait probablement lui en vouloir.

« Six mois » osa-t-elle avouer du bout des lèvres.

« Six mois ! » s'étrangla à moitié Lanie. « Et tu ne me l'avoues que maintenant! »

« Oui, oui, je sais, et je suis vraiment, vraiment désolée » s'excusa aussitôt Kate. « Vraiment vraiment désolée. Mais tu sais... l'éthique et... les règles... on ne devrait pas coucher ensemble et euh... et j'ai vraiment eu envie de te le dire, mais je n'osais pas et euh... je suis vraiment vraim... »

« Dis encore un seul « vraiment », et tu seras la prochaine que j'autopsierais ».

« Oui, d'accord, désolée, vraim... »

Kate réussit à s'interrompre avant de dire un nouveau « vraiment » et elle fixa honteusement ses orteils, l'air coupable.

« Ryan et Esposito sont au courant ? »

Kate lâcha toute une flopée de jurons dans son esprit. Elle allait vraiment se retrouver à la morgue. Qu'elle n'ait rien révélé de sa relation, ça Lanie pouvait l'accepter. Mais que Ryan et Esposito aient pu être au courant avant elle... ça, elle ne lui pardonnerait jamais.

« … Oui ? » marmonna-t-elle, comme si elle attendait le jugement de son amie, sans savoir si c'était vraiment la bonne réponse.

Les yeux de Lanie se plissèrent encore un peu plus, et Kate remarqua que ses doigts s'étaient crispés sur sa bouteille de bière.

« Je veux tout savoir. Combien de fois vous avez couché ensemble, où vous l'avez fait, si c'est ton meilleur coup, absolument tout ».

« Euh... »

« Ne pense même pas à répliquer quoique ce soit ma grande. Tu me dois bien ça alors raconte-moi tout ! »

[***]

Les doigts de Castle tapotaient nerveusement la surface de la table. Il allait rencontrer son père. Il n'avait quasiment pas fermé l'œil de la nuit. Il allait rencontrer son père. D'un instant à l'autre, il allait franchir la porte et s'avancer vers lui. Castle décida de se secouer, mentalement tout du moins. Tout allait bien se passer. Son père était simplement son père. Ce n'était pas un ogre, juste un ancien agent de la CIA.

Il prit une profonde inspiration et essaya de prendre une position décontractée sur la banquette. Il croisa ses coudes sur la table, mais se sentit idiot. Il essaya de caler son dos contre la banquette, tout en posant un bras dessus, gardant sa tasse entre ses mains pour se donner l'air cool, mais il trouvait cette pose trop forcée, pas assez naturelle. Il décida finalement de s'asseoir normalement, face à la table. Et il s'aperçut soudain qu'il ne savait pas quoi faire de ses mains. Zut. Il n'arrivait pas à se souvenir de l'endroit où il mettait d'ordinaire ces mains, dans ce genre de situation. Il essayait de les poser à plat sur la table, de les croiser sur sa poitrine, hésita, puis se décida à changer une nouvelle fois de position. Sauf qu'au passage, il tapa contre sa tasse et son contenu se renversa sur la table.

« Et zut ! » pesta Castle en s'empressa de tout éponger.

Il était tellement occupé à nettoyer la table à grands renforts de serviettes en papier qu'il ne remarqua même pas que la porte s'était ouverte en tintant. Il ne remarqua pas non plus l'homme qui s'approcha de lui, jusqu'à ce que son ombre s'immobilise devant lui. Il eut un moment d'hésitation, puis releva timidement la tête.

Il déglutit nerveusement lorsqu'il croisa enfin le regard de son interlocuteur. il avait les mêmes yeux bleus que lui. Les cheveux blancs, une barbe de plusieurs jours... Castle dut s'avouer qu'il n'avait jamais visualisé son père ainsi. Enfin... pas aussi âgé. Dans sa tête, il s'était toujours imaginé son père comme un homme qui avait continuellement quarante ans. (Pour ceux que ça intéresse, je visualise bien Donald Sutherland en père de Castle)

« Bonjour Richard » le salua son père, la main tendue.

Il sembla enfin réagir, et il se leva d'un bond. Il tendit la main vers son père, puis s'aperçut qu'il tenait toujours entre ses doigts serrés un tas de serviettes rendues humides par le café qu'il venait de renverser. Il jeta le tout sur la table, s'essuya rapidement la main sur son pantalon et serra enfin la main de son père.

« Euh... bonjour. Ravi de... de vous rencontrer ».

« Cela faisait longtemps que j'attendais ce moment ».

« Moi aussi » répondit maladroitement Richard.

Il voulut ajouter quelque chose, mais sans savoir quoi. Il resta donc plusieurs secondes, la bouche béante. Il parvint enfin à trouver quelque chose d'intelligent à dire, mais avant qu'il n'ait le temps de le dire, il entendit un retentissant « Bonjour ! » venir approximativement de son genou. Il baissa les yeux, et resta hébété pendant une trentaine de secondes.

« Je te présente Alexis. Alexis, voici Richard ».

« Oh, ravie de te rencontrer » s'empressa de dire Rick en serrant la main que la fillette lui tendait.

« C'est rigolo, tu as le même nom que mon papi » s'exclama la petite fille en se hissant sur la pointe des pieds pour lui tendre la main.

« Et toi tu as le même nom que ma fille ».

Castle sentait que son sourire était un peu raide et forcé, comparé à celui d'Alexis. Mais cette dernière lâcha soudain la main de son père pour se hisser sur la banquette.

« Tu l'as amenée pour que je sache qu'elle allait bien ? Après... ce que tu as menacé de lui faire ? » s'enquit-il à voix basse auprès de son père.

« En réalité... je n'avais pas de baby-sitter » confia son père sur le même ton, un sourire amusée étirant ses lèvres.

« Oh » lâcha Castle, la bouche en rond.

Il se sentait idiot. Il connaissait son père depuis approximativement deux minutes, et il venait déjà de l'accuser d'être un dangereux maniaque.

« Tu prends quelque chose ? » s'enquit gentiment celui-ci en s'asseyant sur la banquette à côté d'Alexis.

« Euh... juste un café ».

Il se laissa retomber sur la banquette, le cœur battant à toute rompre. Il allait parler avec son père. Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir lui dire pour faire la conversation ?

[***]

Depuis que la serveuse lui avait apporté son café, Castle n'avait pas prononcé un autre mot que « merci ». Il se sentait néanmoins un peu rassuré puisque son père semblait tout aussi gêné que lui. Après tout, il mélangeait son café avec application depuis cinq bonnes minutes. Seule la petite Alexis semblait parfaitement détendue, et elle mangeait son assiette de crêpes avec appétit.

« Le... le temps est plutôt froid en ce moment... pas vrai ? » lâcha Castle, dans une tentative pitoyable de lancer la conversation.

« Oui, en effet » approuva son père.

« Plus de vent que d'habitude. Et euh... »

« Richard, après toutes ces années, as-tu vraiment envie de parler de météo ? »

Rick ne répondit rien, son regard bleu rivé dans celui de son père. Non, il n'avait pas envie de parler de la météo. Mais il ne savait pas quel autre sujet il pouvait aborder. Sa relation avec sa mère ? Son lien avec la mort de celle de Beckett ? Adria ? Arianna ? Mais ce fut une question différente qui franchit les lèvres de Castle, presque malgré lui.

« Pourquoi tu n'as pas cherché à me rencontrer plus tôt ? »

Son père cessa enfin de remuer son café, égoutta soigneusement sa cuillère sur le bord de la table et prit le temps de la poser soigneusement à côté de sa tasse, côté bombée vers le haut.

« Quand tu es né... j'étais encore un agent actif. Il aurait été trop dangereux de faire ta connaissance à ce moment-là ».

« L'excuse classique de l'espion. C'est pour ça que tu as quitté ma mère ? »

« Tu espérais autre chose de plus grandiose ? »

« Tu aurais pu démissionner ».

« On ne démissionne pas de la CIA. On vit et on meurt pour elle. Officiellement, je suis mort depuis la chute du mur de Berlin ».

« Plutôt bien conservé pour quelqu'un qui est mort depuis 23 ans ».

Castle s'était toujours senti un peu en colère, de ne pas avoir de père. Même s'il avait toujours affirmé le contraire à sa mère, il aurait aimé en avoir un. Mais là, il avait simplement l'impression qu'il ne valait pas la peine que son père se batte pour lui.

« J'étais un agent de catégorie élevé. J'aurais pu faire s'effondrer plus que le bloc de l'est pendant la guerre froide. Une rencontre aurait été dangereuse. Les souvenirs d'un agent sont dangereux pour beaucoup trop de monde, et tu étais un moyen de pression efficace si on avait un jour découvert ton existence ».

La partie rationnelle de son cerveau avait envie de lui soutenir que c'était une raison plutôt acceptable. Mais une autre partie n'avait pas tellement envie de se satisfaire de ce raisonnement. Il se leva pour partir, mais alors qu'il venait tout juste de faire un pas, son père le retint.

« J'ai lu tous tes livres tu sais. Depuis le premier que tu as édité ».

« Vraiment ? » s'étonna Castle, figé en plein mouvement.

« Vraiment. Je suis venu plusieurs fois à des séances de dédicaces ».

Rick essaya de fouiller sa mémoire. Il n'avait pas le souvenir d'avoir déjà croisé son père. Il rencontrait tellement de monde lors de ces journées qu'il était impossible de se souvenir du visage de tout le monde. Mais une partie de lui-même culpabilisait de ne pas avoir conservé le souvenir du visage de son père. Même si à l'époque il ne savait pas que c'était son père.

« Et... tu as trouvé ça comment ? »

« Et bien... à part quelques petites incohérences sur le monde de l'espionnage... excellents. J'ai aussi assisté à ta remise des diplômes. De loin. Mais j'étais là. Quand tu es monté sur scène, tu as trébuché, tout le monde a rit, mais tu as dit « Tout cela était parfaitement volontaire ». Et quand tu es redescendu de la scène, tu as de nouveau fait semblant de tomber. Sauf que tu t'es vraiment étalé de tout ton long sur le sol ».

« Eh bien... je suis presque sûr que des vidéos de cette événement ont dû finir sur youtube ».

« J'étais aussi présent à la remise des diplômes de ta fille. Elle a fait un discours très émouvant ».

« Il y a aussi des vidéos de ça sur youtube ».

« Aucune ne te montre en train de pleurer d'émotion ».

« Eh bien je... »

Castle s'interrompit. Il marquait un point. Enfin... peut-être qu'une vidéo le montrait effectivement en train d'avoir une poussière dans l'oeil parce qu'il n'aurait eu aucune raison de pleurer à ce moment-là. En attendant de pouvoir vérifier, il était prêt à accorder à son père le bénéfice du doute. Il pesa le pour et le contre pendant encore quelques secondes, puis il revint s'asseoir.

« … Pourquoi avoir dit à ma mère que tu t'appelais Richard Alexander ? »

« C'était mon alias, à l'époque où je l'ai rencontré ».

« D'où ça vient ? »

« Eh bien je n'ai pas choisi le prénom de Richard. Mais Alexander était mon prénom et je l'ai utilisé comme nom de famille ».

« Tu veux dire... le prénom que t'as donné ta mère ? »

« Oui ».

« Oh ».

Il y eut un nouveau moment de silence que son père combla en buvant une gorgée de son café et en caressant gentiment les cheveux bruns d'Alexis. Castle n'avait toujours pas touché à son propre café.

« Et... concernant... la mère de... »

« Je te serais reconnaissant de ne pas aborder ce sujet maintenant » coupa son père.

Il avait eu un ton à la fois très ferme et très gentil. Rick se demandait où il avait pu apprendre à faire ça. C'était un peu comme avoir quelqu'un qui vous souriait tout en vous fusillant du regard. Son père eut un regard légèrement insistant en direction d'Alexis, puis il but une nouvelle gorgée de café.

« Est-ce que... cela signifie que nous pourrons en parler... plus tard ? »

« Peut-être ».

« Est-ce que c'est un peut-être pour me donner de l'espoir où un peut-être qui veut dire que non ? »

Il vit son père sourire, derrière sa tasse, puis il dit :

« C'est un peut-être ».

Une sonnerie de téléphone empêcha Castle de dire quelque chose de nouveau.

« Désolé » s'excusa son père. « Je dois prendre cet appel » ajouta-t-il après avoir regardé l'écran de son téléphone, qu'il venait de sortir de sa poche. « Ça t'ennuie de la surveiller une minute ? »

« Non, non pas du tout ».

Rick essaya de sourire, mais les coins de ses lèvres se rétractèrent brusquement lorsqu'il s'aperçut qu'Alexis le regardait fixement, tout en mangeant sa crêpe. Elle termina sa bouchée, ses yeux bruns fixés sur lui.

« C'est toi l'ami de ma tata ? Elle m'a un peu parlé de toi ».

« Vraiment ? Et... qu'est-ce qu'elle a dit ? »

« Que tu étais pas très doué pour certaines choses. Mais que tu étais gentil ».

« ...Vraiment ? »

« Oui. Elle me manque. Papi dit qu'elle ne va pas revenir tout de suite ».

« Ah euh... »

Castle se sentit rougir. Il ne lui avait pas dit qu'elle était morte. Alexis ne savait pas, qu'en plus de sa mère, elle avait perdu sa tante. Et c'était de sa faute, dans les deux cas.

« Je t'ai fait un dessin. Tu veux le voir ? »

« Oui, avec plaisir » s'enthousiasma Castle.

La petite fille reposa sa fourchette sur la table, et commença à fouiller dans la poche de son manteau. Elle finit par en sortir une feuille de papier pliée en quatre et un peu froissée. Elle la déplia soigneusement et prit le temps de la défroisser avant de faire glisser le dessin vers Castle.

« T'as vu, je t'ai fait des angry birds » expliqua la petite fille en se mettant à genou sur la banquette pour pouvoir pointer du doigt les petites boules rouges qu'elle avait dessiné.

Castle eut un sourire. Elle avait même écrit « angry boy » d'une main maladroite dans un coin du dessin. Cela lui rappelait le temps où son Alexis avait le même âge et lui faisait des tonnes et des tonnes de dessins. Il les avait tous conservés. Il les avait même classé par année et par occasion. Il y avait tout un dossier spécial « anniversaire ».

« Il est très beau. Merci » dit-il en repliant la feuille pour la glisser dans sa poche.

Alexis se rassit pour terminer de manger sa crêpe au moment où son père revenait. Dès le premier coup d'œil, Rick sut que quelque chose n'allait pas.

« Un contretemps dont je dois m'occuper. Alexis, chérie, termine ta crêpe s'il-te-plait ».

« Oui papi » répondit docilement la fillette en avalant une nouvelle bouchée et en remettant son manteau.

« Qu'est-ce qui se passe ? » s'inquiéta Castle en se mettant debout.

« Il vaut mieux que tu n'en saches rien ».

« Peut-être que je pourrais aider ».

« Richard, laisse-moi gérer cette affaire. S'il-te-plait ».

Rick hésita, puis céda. Sans trop savoir quoi faire, il regarda son père aider Alexis à boutonner son manteau, puis dégager ses longues nattes dans son dos. Puis son père se tourna vers lui.

« Je vais avoir besoin du portable d'Adria ».

« Oh, oui. Bien sûr » s'empressa de répondre Castle.

Il fouilla frénétiquement ses poches. Il était certain de l'avoir pris. C'était la première chose qu'il avait fait ce matin. Il finit enfin par dénicher l'objet dans la poche intérieur de sa veste.

« Merci » répondit son père en le faisant aussitôt disparaître dans une poche. « Tu ne t'en ai pas servi ? »

« Juste pour diriger le satellite sur la maison de mon ex-femme ».

Les sourcils de son père se froncèrent, et il précisa aussitôt :

« Je plaisante. Juste... une simple plaisanterie ».

Son père écarta les pans de son manteau et en sortit un vieux téléphone portable qu'il tendit à Castle.

« Ligne ultra-sécurisée. Je veux que tu le gardes avec toi, et que tu m'appelles en cas de problème ».

« Ok ».

« On reste en contact » ajouta son père. « Tu viens Alexis ? »

« Au revoir ! » le salua joyeusement la fillette en agitant la main dans sa direction.

Castle répondit par automatisme à son geste. Ça y est. Il avait rencontré son père. Et il ne savait pas trop quelle réaction il devait avoir.

[***]

Un café dans chaque main, Rick était dans l'ascenseur du bureau de police de New York. Les portes s'ouvrirent avec un tintement, et avant qu'il n'ait eu le temps de faire un pas pour sortir, Kate pénétra à l'intérieur.

« Génial, tu es là ».

Les portes de l'ascenseur s'étaient à peine refermées sur eux qu'elle s'empressa de l'embrasser.

« Tu n'as pas répondu au téléphone ».

« Oui. Désolé. J'étais... occupé » marmonna Castle en lui donnant son café. « Lanie a du nouveau ? » s'enquit-il en voyant que Kate avait appuyé sur le bouton de l'étage de la morgue en entrant.

Elle répondit d'un hochement de tête. Rick fronça les sourcils, mais ne fit aucun commentaire. Pourtant, il lui semblait qu'il y avait quelque chose de bizarre, mais il n'arrivait pas à se souvenir quoi.

« Tu... vas bien ? »

« Oui, parfaitement » répondit Kate, peut-être avec un peu trop d'empressement.

Rick préféra ne rien répondre, et il lui emboîta le pas lorsque l'ascenseur arriva à destination.

« Bonjour ! » lança-t-il avec un entrain un peu forcé en entrant dans la morgue. « Comment va ma légiste préférée ? »

« Ne commence pas » gronda celle-ci en débarquant d'une pièce adjacente.

Elle jeta presque la tablette qu'elle tenait en main sur la table à côté d'elle, et leur tourna soigneusement le dos pendant qu'elle enfilait des gants en latex.

« Euh... quelque chose ne va pas ? »

Rick déglutit nerveusement lorsque Lanie se retourna pour lui lancer un regard noir. A côté de lui, Kate s'efforçait de se faire toute petite.

« Alors euh... du nouveau ? » s'enquit-elle sans regarder son amie.

Rick eut la furtive impression que le regard de Lanie devint encore plus noire lorsqu'il se posa sur Kate, mais sans en avoir la certitude. Mais la légiste sembla prendre sur elle de contenir sa colère.

« Les analyses toxicologiques sont revenues. Ils montrent que la victime a absorbé de la fumée régulièrement au cours des derniers mois ».

« Tabac ? » s'enquit Castle en tendant la main pour vérifier si les doigts de la victime n'étaient pas un peu jaunâtre.

« Encens » répondit Lanie en lui assénant une tape sèche sur les doigts pour l'empêcher de toucher à son cadavre. « Les gens ne se rendent pas compte d'à quel point ces trucs peuvent être dangereux pour la santé. Tout comme le mensonge ».

« Euh... le mensonge ? »

« Y a-t-il une manière quelconque de trouver l'origine de cet encens ? » demanda Kate.

« Je ne suis pas une magicienne. Je vous appelle si j'ai du nouveau » grogna presque la légiste.

[***]

« Pourquoi est-elle fâchée contre toi ? »

Surprise, Kate pivota vers Rick, à la sortie de l'ascenseur.

« Tu ne te souviens pas de l'accusation d'hier, sur la scène de crime ? »

« Tu veux dire... sur la possibilité de toi... ayant un petit ami ? »

Elle hocha la tête, se détourna, et gagna son bureau.

« Et... quoi ? »

Kate fronça les sourcils pendant qu'elle s'asseyait à son bureau. Etrange. Elle s'attendait plutôt à ce qu'il lui sorte des tas d'hypothèses farfelues.

« Elle... elle m'a invité chez elle pour... une petite discussion. Et... elle savait. Pour toi et moi ».

« Oh... » lâcha Castle en s'asseyant à sa place. « Et... elle est fâchée ? »

« Fâchée ? Pourquoi serait-elle fâchée ? Parce que nous -elle baissa la voix- sortons ensemble depuis six mois ou parce que Ryan et Esposito le savent depuis des mois et pas elle ? »

« N'importe qui serait fou de rage, en effet » confirma Castle.

Kate leva les yeux au ciel, attrapa son feutre, et alla inscrire « encens » sous la photo de la victime qu'ils n'avaient toujours pas eu la possibilité d'identifier. Après tout, c'était une piste comme une autre. Même s'il y avait probablement des millions de personnes utilisant de l'encens à New York, c'était leur seul piste.

« Et toi, qu'est-ce qui ne va pas ? »

« Moi ? Tout va bien enfin ! » s'exclama Castle avec un rire forcé peu crédible.

Kate pivota vers lui et lui adressa le regard qui voulait dire « Castle, je t'en prie. Je suis flic, et je couche avec toi tous les jours ou presque depuis des mois, tu ne peux rien me cacher ». Rick hésita. C'était le moment parfait pour tout lui avouer. Enfin... parfait, peut-être pas. Mais elle avait l'air de l'encourager. C'était toujours mieux que de tout lui balancer de but en blanc. Il ouvrit la bouche et au dernier moment, il sentit tout son courage s'envoler.

« Rien, vraiment. Juste... des problèmes d'écrivains ».

Il se leva et s'approcha du tableau, espérant détourner l'attention de Kate.

« Et donc... quoi de nouveau sur notre ange aux ailes brisées ? »