Comment ça j'exagère? Comment ça j'ai pas posté depuis quarante-douze ans? Bande de menteurs. Non vraiment, je suis navrée de mon inaction. C'est la faute du bac, je vous jure. Voici donc le second couplet. Je ne sais finalement pas si je ferais le refrain, et si je continuerais cette fic. Mais vous inquiétez pas, c'est l'été, je vais faire un effort et écrire un peu. Sur ce, des poutous, en espérant que ça vous plaise.
Fixant le plafond dans le noir
Toujours ce même sentiment de vide dans ton cœur
Parce que l'amour vient lentement et repart tellement vite
C'était l'aurore et sa tête était lourde. C'était l'aurore, les fleurs s'éveillaient et Regina tentait de faire de même. Pitoyable. Elle se trouvait pitoyable, la langue pâteuse, les volets tirés, les cheveux emmêlés. Sa robe avait été belle, elle était bonne à jeter en haut d'une tour. Regina aussi, elle était devenue bonne à se jeter du haut d'une tour. Mais ce matin, malgré son ventre qui grognait, et son cerveau qui se révoltait, elle fixait le plafond. Aujourd'hui, elle avait eu envie de s'en sortir, le temps que ses paupières s'ouvrent. Elle avait eu envie de sortir de sa chambre, de se sauver dans les couloirs, de voir Snow et peut-être même Charming. Elle avait eu des envies qui ne tiennent pas du suicide ou du meurtre. Mais l'obscurité l'avait assaillie, l'obscurité avait happé ses espérances comme un sabre fou coupe des têtes. Si elle avait rêvé de beau cette nuit, si elle avait rêvé d'espoir, ce dernier s'était éteint, écrasé comme une cigarette par une main haineuse. Alors elle fixait le plafond. Et elle pensait.
Penser était mal, penser faisait mal. Elle en était parfaitement consciente, et bizarrement, ça lui faisait du bien. Elle se sentait vivante à penser. C'était comme s'enfoncer des bouts de verres dans la main, ou se déchirer le dos avec les ongles. Elle ressentait quelque chose, quand elle pensait. Elle ressentait cet horrible vide dans son coeur, ce trou creusé par la malédiction, agrandie par Henry, agrandie par Emma. Regina voyait ce trou comme un dragon, un bébé dragon installé dans sa poitrine, qui s'amusait à enfoncer ses griffes dans sa chair à vif, à brûler son estomac (non, non, ce n'était pas l'alcool, c'était le dragon. Toujours le dragon.) Et quand elle pensait, le dragon devenait fou, il secouait ses piques, enfonçait ses griffes, cherchait à s'enfuir et brûlait son corps entier. Parce les images qui tournaient dans sa tête la rendait folle. Emma la rendait folle. Elle se souvenait de tout dans ces moments, de la haine qui avait ravagé ses veines quand la petite blonde s'était présenté, avec son «hey» et son sourire stupide et sa coccinelle jaune et son horrible veste rouge et ses bouclettes de princesse, elle se souvenait l'avoir détesté toutes ces fois où elle avait la maman parfaite pour Henry avec ses airs de gamines, sa maturité d'adolescente et son vocabulaire de rue, elle se souvenait l'avoir apprécié quand elle prenait sa défense, et elle se souvenait avoir aimé son regard, avoir frémit parfois à ses sourires, avoir commencé à bien aimé ses bouclettes de princesse, ses réflexions immatures, son horrible coccinelle jaune et ses doux yeux verts. Puis elle avait aimé ses lèvres, et rêver d'elle. Et elle était partie.
Tu la vois lorsque tu t'endors
Mais jamais tu ne la touches, jamais tu ne la gardes
Car tu l'as trop aimée et t'es trop précipité
La journée avait été longue, mais Regina avait la fierté d'être sortie. Elle avait revêtue sa plus belle robe émeraude, parce que le vert c'est couleur espoir, parce que sa journée lui avait redonné l'espoir. Sa journée était l'Espoir. Elle avait vu Tink et Ruby, elle avait souri un peu, elle avait bu mais beaucoup moins, et ses mains n'ont pas tremblées quand elles se sont baladées dans les écuries. Elle n'a pas pleuré, ni cueilli de fleurs, ni regardé les tours comme si elle pouvait en sauter. Regina avait vécu une journée. Juste une journée, et le soir venait, la belle couleur orangée envahissait sa chambre et embrouillait son esprit. Elle s'allongeait sur son lit, la tête tournée vers la fenêtre. Au loin les nuages filaient, au loin les oiseaux dansaient et Regina s'éteignait doucement, comme une bougie oubliée.
Ses paupières tombaient peu à peu, et elle laissait l'obscurité l'envahir. Elle voyait Emma. C'était comme des visions, des visions d'Emma vivante, dans cet autre monde, avec ces autres gens, et Henry qui grandissait certainement à coup de hamburgers et autres sucreries. Elle voyait Emma faire brûler le gâteau d'anniversaire d'Henry, elle voyait Emma sur le canapé, battre son fils à un quelconque jeu vidéo, et puis parfois elle voyait juste des boucles blondes danser au rythme du vent. Chaque fois, Regina tendait la main. Chaque fois, Regina ne rencontrait que le vide. Ce soir encore, il n'y avait rien. Rien d'autre que le bois du lit. Dans ses pires cauchemars, Regina voyait Emma sous un autre homme, elle la voyait l'embrasser et s'abandonner à lui tard le soir. Et ça lui vrillait le cerveau, ça la tuait de voir ses mains d'homme sur le corps parfait de sa belle Emma. De voir un tel paysan toucher une princesse. Dans ces moments, Regina pleurait, elle s'effondrait sur une commode, contre un mur, seule. Elle priait pour que ce ne soit que des rêves. Du faux, rien de concret. Juste un mensonge et une illusion de plus. Elle priait pour que son amour en trop soit lui aussi faux, une illusion. Qu'il ne lui mange pas l'esprit une fois les couvertures tirées. C'était venu trop vite, trop stupidement. C'était trop, trop d'amour et trop d'impossible. Trop de tendresse et trop de distance. Toujours trop. Mais trop ne suffit pas quand on laisse partir les gens, et Regina n'avait su aimer que lorsqu'Emma était partie au loin. Trop tard.
