Un deuxième chapitre posté très vite histoire de vous plonger un peu plus dans l'univers de ma fic.
Un Albus délirant, un Scorpius diabolique, une Minerva dépassée… Je ne vous en dis pas plus. Enjoy !
Chapitre 2 : réflexion irréfléchie :
Un rayon de soleil déclinant éclairait le lit d'hôpital si banal d'Astoria Greengrass Malfoy. Les draps de soie lui manquaient. Elle avait exigé de la soie comme cadeau de mariage, si représentative de la classe sociale à laquelle elle appartenait.
Draco essayait de lui sourire, séparé d'elle par le bord du lit médicalisé. Cette frontière lui était de plus en plus difficile à franchir au fur et à mesure que le teint de sa femme s'afférait à ressembler aux draps de coton livides qui l'entouraient. La beauté qui avait caractérisée sa fiancée s'était envolée. Daphné Greengrass appartenait ainsi au commun des mortels. C'en était presque révoltant.
Les lèvres tremblantes, le sourire crispé, Draco essayait de ne pas entendre le râle qui sortait de la bouche de sa femme à chaque inspiration. Il assistait à chaque soulèvement de sa poitrine comme à un miracle. Il espérait et en même temps redoutait l'apparition du prochain.
- Comment va Scorpius ?
La question tomba comme dans un précipice. La voix grinçante d'Astoria n'avait plus rien à voir avec les souvenirs de la jeune fille aux cheveux blonds chantant doucement par-dessus un piano hors de prix. Draco sursauta, une nausée incompréhensible lui enserrant l'estomac.
Comment pouvait-elle gâcher ses derniers jours à penser à un ingrat pareil ? Il repensa à la beuglante qu'il lui avait envoyée le matin même après que son fils lui ait renvoyé la lettre qu'il lui avait écrite. La rage qu'il l'avait saisi l'emplissait. C'était à cause de lui qu'Astoria n'était plus qu'une caricature de celle qu'elle avait autrefois été. Il l'avait épuisée, avec ses remarques cyniques et sa façon de prendre la vie à la légère. Un Malfoy devait avoir une attitude respectable en toute situation ; il le lui ferait comprendre.
- Il nous fera honneur. Je te le promets. Il sera un vrai Malfoy.
Les pupilles d'Astoria semblèrent s'assombrir et son râle s'intensifia. Elle aurait préféré que son fils trouve le bonheur.
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- Pssst ! Qu'est-ce que tu écris ?
Premier cours de métamorphose. Ca doit être passionnant d'apprendre à métamorphoser des allumettes en aiguilles, mais Albus, lui, peut transformer ses cauchemars en rêves. Il lui suffit de prendre une plume et son fameux carnet.
- Eh ! Al ! Tu écris quoi ?
- Cinq points en moins à Serpentard !
Le regard du professeur jetait suffisamment d'éclairs pour électrocuter Albus, mais celui-ci s'était heureusement entouré de son super bouclier anti-regards-mauvais : il regardait droit devant lui, les yeux vagues, sans rien voir. C'était très reposant.
Scorpius, lui, essayait de ne pas sentir la brulure du regard laser que lui jetait cette sang-de-bourbe qui leur servait de professeur. Elle n'avait rien d'intéressant, il n'avait même pas retenu son nom. De toute façon, son père lui prendrait un professeur particulier pendant les vacances, alors pourquoi faire des efforts maintenant ? A quoi bon ?
La seule chose qui l'intéressait, c'était ce que son nouvel ami avait encore inventé. A chaque fois qu'il lui faisait lire une de ses histoires, il riait comme jamais. Lui qui pensait que la vie était morne et sans intérêt, il en découvrait un : l'imaginaire d'un Potter.
Le déjeuner dans la Grande Salle se passa pour une fois sans encombre : pas de hibou Grand Duc à l'horizon. Pas de Beuglante de son père. Donc la possibilité d'entrer en contact avec planète Albus.
- Allô Mars, ici la Terre !
- Mars ? Non, je ne veux pas être associé à la guerre. Disons que je suis Vénus, pour aujourd'hui : beauté superficielle, sans aucune réflexion, à part celle de mon image.
- Tu veux dire que pour aujourd'hui, nous n'enrichirons pas notre être intérieur ?
- Qui est ce traitre et pourquoi n'a-t-il pas un corps à lui ?
Scorpius resta muet devant la dernière réplique. Si Albus avait été autre chose qu'un illuminé dans un collège, il aurait été une Lumière au XVIIIème siècle. Trop fatiguant de réfléchir aux implications de cette phrase, on pourrait en remplir un livre entier. Et tout ça pour perdre un peu plus son temps dans ce monde stupide.
- Alors, Potter, tu t'amuses déjà à nous faire perdre des points avec tes trucs de filles ?
Nott, soixante vingt huitième du nom (comment ça ce nombre n'existe que dans les méandres de mon imagination ?) s'avançait dangereusement vers Albus. Il lui arracha violemment son carnet et l'ouvrit dans le but de le lire à toute la table. Mais James, plus rapide que la lumière, arriva en courant de la table des Gryffondors et cassa le nez de l'affreux Serpentard qui avait eu l'audace de menacer son frère. Il ne se rendit juste pas compte que le Serpentard en question était en cinquième année et était particulièrement baraqué, même pour un batteur. Avant de tomber dans les pommes, il gargouilla quelque chose comme « on ne touche pas à mon petit frèr… gloup ! »
Dans la tumultueuse bagarre qui s'en suivit, Scorpius se saisit du carnet puis essaya d'extraire le corps inanimé d'Al de la Grande Salle avant qu'il ne soit à son tour victime d'un coup de poings ou d'un sort. Inanimé… Pourquoi au fait ?
- Al, tu pourrais pas essayer de bouger un peu, avant qu'on ne se fasse écraser ?
- Peux pas. J'suis en mode économie d'énergie…
- Alors viens un peu par ici, on voit mieux le carnage. C'est déjà assez agaçant de devoir interrompre mon repas, autant en profiter un peu en contemplant l'évolution du sorcier qui tend à devenir Troll. Tu crois que Nott retrouvera l'usage de son nez ?
- Pas dans mon carnet, en tout cas.
- Pourquoi tu écris sur tout ce qui t'arrive ?
- Parce que je passe mon temps à me faire marcher dessus, et que je suis pas assez fort pour me défendre. Alors, dans mon carnet, je me venge un peu de ce qu'on m'a fait.
La compassion est une maladie contagieuse. Quand on nait Malfoy, on sait que personne n'osera s'en prendre à nous, ou en tout cas pas trop méchamment. Sinon Père va vous tomber dessus. Mais quand on nait Serpentard dans une famille Potter ? Et qu'en plus on n'est pas musclé, pas sociable, et qu'on passe notre temps dans notre monde imaginaire ? Scorpius ressentit une bouffée de pitié.
- Laisse-moi lire ce que tu écris. En échange, je t'aide à te venger en vrai.
- Mais alors, quel sera l'intérêt d'écrire ?
- Tu n'auras qu'à écrire nos aventures en tant que redresseurs des torts causés uniquement à nous-mêmes ! En attendant de trouver une meilleure idée !
- Je peux inventer un peu si c'est plus marrant ?
- Du moment que tu me fais rire, ça me va.
Un fantôme passa à toute vitesse devant eux. Pardon, l'infirmier en blouse blanche. Il se précipita vers le groupe d'élèves plus ou moins sérieusement blessés contenus par une armée de professeurs courroucés et fit léviter les élèves trop atteints pour se trainer d'eux-mêmes à l'infirmerie. Scorpius tendit le carnet à Al.
- Cap ou pas Cap de t'enfuir avant qu'on soit convoqués par la directrice pour expliquer ce qu'il s'est passé ?
Deux petits première année prirent la poudre d'escampette en direction du parc du château. Direction le lac. Al était sûr d'avoir vu un passage secret sous l'eau lorsqu'il était tombé dedans lors de la traversée en barque.
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Deux nouvelles statues ornaient le bureau directorial du professeur McGonnagall. Deux merveilleuses sculptures qui semblaient presque vivantes. On aurait presque cru qu'elles respiraient, de temps à autre.
Minerva McGonnagall était furieuse. Dix-sept élèves blessés plus ou moins gravement dans une émeute. Une émeute dont les deux jeunes gens en face d'elle semblaient être les instigateurs. Autrefois, elle aurait déploré l'incitation à la violence des Serpentards. Aujourd'hui, elle essayait désespérément de paraitre sévère malgré l'horrible nostalgie qui l'envahissait. Fred et Georges Weasley auraient été contents : leur relève avait été assurée. Un Potter et un Malfoy œuvrant main dans la main. N'est-ce pas émouvant pour quelqu'un ayant vécu la guerre ?
Un grognement s'éleva dans son dos, qui ressemblait à « déchéance absolue, un Potter on s'en serait douté, mais un Malfoy comme complice… Si j'étais en vie, ça ne se passerait pas comme ça. », suivi par des pouffements de rire.
Elle fusilla du regard le portrait de Severus Snape, et rappela à l'ordre Albus Dumbledore, apparemment ravi par les exploits de son homonyme, et se retourna vers les deux enfants, toute sévérité retrouvée.
- ALORS ?!
- Professeur, si je puis me permettre, commença pompeusement le blond, nous ne sommes pour rien dans…
- TAISEZ-VOUS ! Vous rendez-vous compte du désordre que vous avez engendré ?
Une voix lunaire s'éleva aux côtés du jeune aristocrate.
- On pourra y retourner pour le dessert ?
Après avoir supporté sans flancher le déluge de postillons qui se concentra sur eux, tout en se retenant de se boucher les oreilles sous le cri inhumain qui les assaillit, les deux garçons retrouvèrent leur immobilité de statue. Minerva, frisant l'apoplexie, s'éclipsa un instant pour contacter les parents par hibou (prendre une potion calmante). Scorpius fit mine d'enlever une poussière sur son uniforme, tandis qu'Al feuilletait distraitement son carnet, comme si ses doigts brûlaient d'envie d'écrire et prenaient peu à peu possession de son corps.
- … Déshonorent la maison Serpentard…
- Qu'est-ce qu'il a, le vieux bougon de portrait ? demanda Scorpius d'une voix désagréable.
- Je vais t'apprendre, à te moquer de la maison qui fut la mienne ! Lorsque j'étais professeur, les élèves s'écrasaient devant moi, affirma le tableau de Snape.
- Ah, attendais, vous ne seriez pas Severus Snape, par hasard ? demanda Albus comme s'il venait tout à coup de se réveiller. Mon père m'a donné Severus comme deuxième prénom en hommage à vous.
La rage se matérialisa soudain dans une succession de cris étouffés. Avisant cette fâcheuse situation, Albus tendit son carnet sans trop y penser, obnubilé par la contemplation de la plus belle crise de rage qu'il n'ait jamais vue. Une main s'en saisit vivement, dans l'attente d'instructions.
- Donne un peu d'eau à ce pauvre monsieur Snape, avant qu'il ne s'étouffe.
Un sourire mauvais poussa sur le visage du jeune Malfoy, qui tendit sa baguette, fier du tout nouveau sortilège qu'il avait réussi à apprendre.
- Aguamenti !
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« Cher papa, chère maman.
Non, je ne suis pas déçu de ne pas être à Gryffondor. Trop fatiguant d'être courageux, mieux vaut se trouver un emplacement sûr en hauteur pour être certain de profiter du carnage en laissant les autres se battre à notre place. Mais je m'égare.
Ce que vous a raconté James est vrai, je suis tombé dans le lac, mais ce n'est pas parce que je me suis trop penché. C'était juste un courant sous-marin provenant d'un passage secret au fond du lac qui a déstabilisé la barque.
Je me suis fait un ami. Il s'appelle Scorpius Malfoy et aime lire ce que j'écris. A propos, j'aurais besoin d'une nouvelle plume anti-tâches, sinon mes chemises deviendront toutes noires avant Halloween.
Est-ce que le farfadet italien vit toujours sous le lit de Lily ou bien est-ce qu'il est retourné au Pays imaginaire avec son ami le Troll des océans ? Dans tous les cas, dites-lui de m'écrire, elle me manque. Vous aussi, d'ailleurs, même si j'aime bien pouvoir écrire toute la nuit sans entendre quelqu'un taper à la porte de ma chambre pour que j'éteigne la lumière.
Au fait, peu importe ce que la directrice vous a dit, ce n'est pas moi qui ait provoqué une émeute dans la Grande Salle, c'était James qui essayait de me protéger d'un cinquième année. Heureusement que les dents, ça repousse.
Et puis ce n'est pas moi qui aie versé de l'eau un peu tout partout sur les dossiers hyper importants de McGonnagall, comment un première année pourrait maîtriser un tel sortilège ? Je n'arrive même pas à faire léviter ma plume à tous les coups ! Non, vraiment, cette retenue était injustifiée.
Je vous embrasse,
Al ».
Ginny serra tendrement la missive contre elle. Al… Toujours aussi drôle dans son étrangeté, même si elle n'avait jamais réussi à le cerner. Il n'avait jamais vraiment porté d'intérêt à quiconque, il lui avait toujours échappé ; parfois, elle venait le voir dormir, dans sa chambre, les yeux battant furieusement derrière ses paupières de gauche à droite, comme s'il écrivait en dormant. Sans doute le faisait-il. Il ne s'arrêtait jamais d'écrire.
Elle se rappela le petit garçon qu'il avait été, toujours le nez en l'air, qui n'avait pas besoin de jouets pour s'inventer des histoires. Il s'asseyait juste contre un arbre et se parlait à lui-même. Jusqu'à ce que les autres enfants commencent à se moquer de lui. Il était si sensible… Bien sûr, James l'avait toujours protégé, mais la réplique de James Potter premier du nom se sentait un peu dépassé, démodé par rapport au troupeau de lutins qui venait paître sous le crâne de son frère.
Et puis un beau jour, James était entré à l'école pour jeunes sorciers et avait appris à lire. Al avait voulu y aller aussi, même s'il était trop jeune. Cela semblait tellement vital pour lui que Ginny avait fait des pieds et des mains pour qu'il y entre malgré son jeune âge. Depuis lors, il avait passé sa vie à écrire des histoires et à les cacher un peu partout. On en retrouvait encore dans des vieux placards, sous des lames de parquet… Alors Harry avait offert à son fils un carnet magique avec un nombre de pages illimité. Ainsi, Al pourrait rassembler toutes ses inventions, et conserver toujours son carnet avec lui, limitant les risques d'intrusion.
Lorsque Minerva les avait contactés pour leur expliquer que leur fils avait provoqué une émeute avec l'aide du jeune Malfoy, elle avait d'abord cru qu'il s'agissait d'une bagarre entre deux ennemis naturels. Quoi de plus normal qu'une bagarre entre un Malfoy et un Potter ? Mais apparemment, Minerva les avait plutôt décrits comme une réplique de Fred et Georges. Elle sourit tendrement : qui aurait cru que son oisillon sortirait un jour de sa coquille ? Malfoy Senior allait s'en mordre les doigts. Elle espérait juste qu'il soit le seul. Elle avait déjà bien assez de problèmes comme ça.
Ginny regarda la grande horloge au-dessus de l'évier de la cuisine. Déjà sept heures du soir et elle n'avait toujours pas servi le dîner. Elle se prépara à aller rappeler à son mari qu'il devait se nourrir s'il voulait vivre. Elle soupira. Peut être ne le voulait-il pas.
- Harry ? Il y a une lettre d'Albus qui vient d'arriver ! Il a encore fait des siennes ! Je te la lis ? Chéri ?
L'escalier qui descendait sur la cave dans laquelle Harry avait établi son bureau était parsemé d'emballages de biscuits moldus. Elle les évita frileusement. Autrefois elle se serait baissée pour les ramasser, mais depuis quelques temps, Harry n'était plus… lui-même. Elle n'osait plus toucher à quoi que ce soit lui appartenant.
- Harry ?
- C'est déjà le matin ? Kingsley a dit qu'il voulait me voir dans son bureau à 8h tapantes.
Le cœur de Ginny se serra. Elle s'approcha doucement de son mari et posa sa main sur son bras. Il sursauta et leva les yeux des journaux datant de dix-neuf ans en arrière éparpillés sur la table.
- Ginny ?
Il l'avait reconnue, il était dans un bon jour. Elle lui sourit, sans oser lui rappeler que ça faisait plus de deux ans qu'il avait été remercié, après qu'il ait volé un retourneur de temps dans le but de retourner à l'époque de Voldemort pour pouvoir changer le futur. Kingsley avait dit qu'il pourrait revenir lorsqu'il se sentirait mieux. Il n'avait qu'à prendre quelques mois pour se reposer…
N'hésitez pas à me donner vos impressions ! Merci d'avance !
