Aux reviewers anonymes :

Octt : ça m'a fait plaisir d'apprendre que j'avais un style. Pour ce qui est d'Ishida, j'avais très envie de rentrer dans sa tête. Kubo donne de lui une image un tantinet austère : le premier de la classe, très propre sur lui et qui veut tout diriger. Moi, je suis persuadée qu'il a de l'humour à revendre.

Sora-sama : ravie de te compter parmi ceux qui apprécient ce couple.


Je me réveille en… sueur ? Raté Uryuu ! Ce n'est pas de la sueur. Juste un rêve un peu trop réaliste. Direction la douche. C'est que ça deviendrait presqu'une habitude. Cette fois, je guette le moindre bruit avant de sortir. Rencontrer Ryuken deux fois de suite dans une situation extrêmement embarrassante, mon égo n'y survivrait pas. Aucun bruit, j'ouvre la porte, je franchis le seuil et…

- « Besoin de se rafraîchir de bon matin ? », dit la voix de Ryuken.

Bon sang, mais il a un sixième sens. Ou alors… Non pas ça. Ne me dîtes pas qu'il m'a entendu gémir cette nuit quand j'ai joui dans mon sommeil. Ou pire, qu'il m'a entendu prononcer le nom de Grimmjow. Non, impossible. Nos chambres sont à l'opposé l'une de l'autre. Il est impossible qu'il entende une fois les deux portes fermées. A moins qu'il ne se soit levé pendant la nuit.

- « Le petit déjeuner est prêt dans cinq minutes », dit-il en s'éloignant vers la cuisine. Heureusement car encore perdu dans mes pensées, je viens de sursauter lamentablement.

- « Il ne m'en faudra pas plus pour me doucher », je trouve le courage de lui répondre.

Constater que l'on est attiré par un homme alors qu'on est amoureux d'une femme, ce n'est déjà pas facile. Mais si en plus, mon père se doute de quelque chose, ça risque de devenir ingérable. J'ai bien dit 'mon père' ? Incroyable à quel point je peux m'étonner ces derniers temps. Remarquez, s'il apprenait que je l'affuble de ce titre qu'il revendique depuis si longtemps, ça lui ferait au moins une raison d'être content. Parce qu'à contrario, s'il apprend que je me branle en pensant à un mec, 'mon père' risque de ne pas apprécier du tout.

Une fois rafraîchi, je rejoins Ryuken dans la cuisine. Debout face à la plaque de cuisson, il me tourne le dos. Tant mieux, ça me donne le temps de prendre une contenance.

- « Ah Uryuu, tu es là », dit-il en se retournant. « Assied-toi, c'est prêt », ajoute-il en posant plusieurs plats sur la table.

- « Bon appétit. »

C'est la seule chose qu'il m'est possible de lui répondre. Je me saisis de mes baguettes et commence à manger.

- « Bon appétit. Tout se passe comme tu veux, à l'école ? »

Je relève la tête, surpris par la question. Cela fait trop longtemps que nous agissons comme de parfaits étrangers alors le fait de l'avoir appelé père ne serait-ce qu'en pensées, ajouté à cet intérêt sur ma personne, ça fait beaucoup d'un coup.

- « Oui, ça va. Pourquoi ? », je lui demande à mon tour un peu inquiet de ce que peut bien cacher sa question.

- « Pour rien. »

Rassuré, je recommence à manger.

- « C'est juste que tu parles la nuit », lâche-t-il comme si de rien était.

Mon cœur fait un bond dans ma poitrine et j'en lâche mes baguettes. Bravo Uryuu. Pour la maîtrise de soi, tu repasseras. Si Ryuken avait un doute jusqu'alors, maintenant ça doit s'éclaircir dans sa tête. Pourtant, il ne relève pas les yeux vers moi et continue de manger. Tant mieux. Je sens mes joues rougir alors autant qu'il ne me voit pas comme ça.

- « Ce doit être un peu de fatigue ou les restes de la guerre d'hiver. » Voilà une explication tout à fait plausible, qui me rassérène quelque peu.

- « Et qui est Grimmjow ? L'un de tes opposants, pendant la guerre d'hiver ? »

Mais il veut quoi à la fin ? Vérifier si je ne suis pas sujet à une crise cardiaque, parce que toutes ces questions ne sont pas innocentes. J'ai l'impression de subir un interrogatoire. Au moins, il ne me regarde toujours pas. Mais le ton qu'il vient d'employer semble vouloir dire 'vas-y, prend-moi pour un con'.

- « Je… ne l'ai jamais combattu. En fait,… je… ne l'ai même jamais vu. C'est Ichigo qui s'est battu contre lui… »

- « Etrange alors, que tu rêves de lui », ajoute-t-il en levant les yeux vers moi. Je déglutis péniblement et me remet à manger.


La journée à l'école s'est bien passée. Enfin, on va dire qu'il n'est rien arrivé d'inhabituel par rapport aux deux derniers jours. C'est fou ce que je suis devenu ironique en si peu de temps. De toute façon, il est plus qu'évident que je ne contrôle plus rien de ma vie. J'étais censé tombé de manière somme toute classique, dans une dépression suite à un amour non partagé, et me voilà enrôlé dans une sorte de jeu de la séduction avec un ancien espada, et tout ça en devant jonglé avec des amis envahissants qui ont décidé de me caser et la curiosité de Ryuken. Ça doit être le retour de bâton : j'ai dû sacrément être un chieur dans une vie antérieure pour en baver autant en ce moment.

Début du flashback

Nous sommes à nouveau sur le toit de l'école. Encore me direz-vous. Parfois, je me demande si avec nos habitudes réglées comme du papier à musique, on n'est pas devenu des vieux avant l'heure. La journée est agréable. Il fait beau et chaud, avec une brise agréable. Ce qui me laisse à en penser que ça ne va pas durer, c'est certain.

Je mange mon déjeuner sans trop m'occuper de ce qui se dit autour de moi. Un tort parce que du coup je suis interloqué quand Orihime (pour rappel, le grand amour de ma triste vie) me pose la question suivante :

- « Je disais, tu as une préférence particulière en matière d'homme ? »

Non seulement elle n'est pas amoureuse de moi, mais en plus elle a décidé de me torturer. Oui, exactement me torturer. Elle s'ingénue à m'abreuver de questions idiotes dont les réponses ne la regardent en rien, avec un air angélique sur le visage. Un aspect de sa personnalité que je ne lui connaissais pas.

- « Hime, tu vois bien que tu l'embarrasses avec tes questions », ajoute Ichigo.

Merci Ichigo. Si tu voulais bien museler TA petite amie une bonne fois pour toute, je t'en saurai gré éternellement. Je ne suis vraiment pas dans mon état normal pour aller jusqu'à remercier éternellement un shinigami.

- « Mais Ichi, c'est important que l'on sache pour qu'on ne fasse pas de gaffes en lui présentant des garçons qui ne correspondraient pas à son type. »

Trop drôle ! Elle craint de faire une gaffe alors que depuis deux jours elle ne cesse de mettre les pieds dans le plat avec ses questions insidieuses sur ma vie privée. Et attendez, je rêve où elle vient de me révéler son intention de me présenter des … hommes ? Non, je ne rêve pas et en plus, en voyant l'air gêné des trois autres, il faut me rendre à l'évidence : elle n'est pas la seule dans le coup. C'est un complot. Trop, c'est trop. Je me dois de mettre les points sur les i une bonne fois pour toutes.

- « Je n'ai nullement besoin de vous pour me trouver un petit ami », dis-je avec aplomb.

Le ton que j'ai employé ne laisse aucun doute. Après toutes ces hésitations et ce silence, je viens de retrouver une partie de cette suffisance qui me caractérise : Uryuu is back, qu'on se le dise ! Ma réponse a le mérite d'être claire. D'ailleurs, ils sont estomaqués : on pourrait presque entendre les mouches voler. Peut-être aussi parce que je viens d'affirmer haut et fort que j'étais gay. Ce que ne manque de me confirmer Chad.

- « Ah. Donc tu es vraiment gay, Uryuu. »

Quand je vous dis que je suis maudit !

Fin du flashback


Je marche dans la rue pour rentrer chez moi. Et pour une fois, je ne suis pas perdu dans mes pensées. Tant qu'à faire, j'aimerais bien ne pas percuter à nouveau Grimmjow. A chaque fois, ça me coupe tous mes moyens. Pour être précis, disons que c'est sa présence qui me coupe tous mes moyens. Donc, si je pouvais ne pas avoir à gérer en plus l'effet de surprise, ce serait idéal. Je suis le chemin habituel, tout en concentrant mon esprit pour détecter son énergie spirituelle. Tellement concentré que je suis déjà arrivé chez moi. Je marque un temps d'arrêt devant la porte de la maison. Dire que je suis déçu est un euphémisme. J'insère la clé dans la porte parce que rien ne sert de rester planté là comme un piquet à attendre l'arrivée de mon espada.

J'ôte mes chaussures et je dépose mes affaires dans le couloir. Je gagne la cuisine où je me sers un grand verre d'eau. J'en ai grand besoin. Je ne me suis pas rendu compte que j'avais la gorge sèche. Certainement le stress de l'attente. Mon dieu, je suis pitoyable.

Ding dong. Une visite, qui ça peut être ? Je ne suis pas d'humeur à recevoir qui que ce soit. Je me dirige vers la porte d'entrée avec la ferme intention de me débarrasser au plus vite du gêneur. J'ouvre brutalement la porte pour découvrir…

- « Salut », me dis Grimmjow avec son désormais légendaire sourire carnassier.

Il m'a encore eu ! La bouche ouverte, les yeux écarquillés, et le cœur qui bat à cent à l'heure, je dois donner l'image du parfait crétin. Quoique pour les battements de cœur, il n'a pas pu les percevoir. Nan, il sait. Je le vois dans son regard.

- « Dis, tu comptes m'laisser dehors ? »

Je reviens à moi et m'écarte machinalement. Pourquoi me direz-vous ? Oui, pourquoi je le laisse entrer ? Après tout, nous ne sommes pas amis, ni même en relations. Ah oui, parce que t'appelles ça comment embrasser un mec et fantasmer sur lui toutes les nuits, Uryuu ? Je referme la porte et je me retourne pour le trouver à moins d'un mètre de moi. Il est dans le passage, et je suis dos à la porte. En résumé, je suis coincé entre la porte et lui. Il s'approche un peu plus et je suis incapable de détacher mon regard du sien, comme hypnotisé. Il doit avoir un pouvoir sur moi, parce qu'en sa présence, je perds totalement mes repères. Je suis incapable d'aligner trois mots cohérents, et je suis comme statufié. Il est maintenant collé à moi, toujours avec ce sourire, ses yeux dans les miens. Soudainement, il sort sa langue et lèche lentement ses lèvres. Et mes yeux suivent mécaniquement cette langue rose. Il me tient et il le sait. Il penche la tête et vient caresser ses lèvres sur les miennes. A ce moment précis, j'entends péter le dernier fil qui retenait mon esprit. J'ouvre mes lèvres et enroule mes bras autour de son cou. Le baiser devient vite passionné. Peu importe ce qu'il peut arriver maintenant. La seule chose qui compte, c'est qu'il me serre contre lui et que sa langue fouille ma bouche avec sensualité.

- « L'est où ta chambre ? », me demande-t-il en s'écartant de moi subitement.

J'ai tellement envie qu'il m'embrasse encore, que je lui réponds qu'elle se trouve à gauche au bout du couloir. Il passe alors ses bras sous mes genoux et me soulève comme si j'étais un sac de plumes. Puis il se dirige vers le lieu indiqué en quelques pas. Je n'ai pas le temps de réfléchir plus loin, puisqu'il reprend possession de mes lèvres tout en marchant. Cela dit, même si j'avais eu le temps de la réflexion, je n'aurais probablement pas réagi autrement, surtout compte tenu de l'état d'excitation dans lequel je me trouve.

Arrivée devant la porte, il la pousse du pied et en franchit le seuil, moi toujours dans ses bras. Alors que je m'attendais à quelque de chose de singulièrement plus violent, il me pose délicatement sur mon futon et vient aussitôt me surplomber de toute sa stature. Il se penche à nouveau pour me donner un nouveau baiser. Je glisse mes mains au niveau de sa taille. Je sens la musculature sous mes doigts et je trouve ça tellement agréable. Il descend ensuite ses lèvres le long de ma mâchoire en direction de mon cou, puis du lobe de mon oreille. A ce moment-là, je ne suis que gémissements. Tout doucement, il enlève mes lunettes et il repose alors son corps sur le mien, faisant s'effleurer nos entrejambes. C'est plaisant au point que j'en émets un petit cri de surprise. Je réalise aussi avec effroi ce que nous nous apprêtons à faire. Il le comprend tout de suite puisqu'il vient instantanément reposer ses lèvres sur les miennes. Le ballet de nos langues est incessant et hypnotisant. Il a ainsi ouvert ma chemise sans que je ne me sois aperçu de rien. Le baiser est rompu et sa bouche descend grignoter ma clavicule. Je pose une main devant mes lèvres gonflées, gêné par les sons qui sortent de manière incontrôlée de ma bouche.

- « J'veux t'entendre, Uryuu », susurre-t-il en écartant ma main.

Je suis tellement surpris qu'il connaisse mon prénom, que j'en perds le fil et que je ne peux faire autrement que crier quand sa bouche s'empare de l'un de mes tétons. Le bruit de succion tellement indécent, la langue râpeuse autour de ce petit appendice que je n'aurais jamais cru aussi sensible, me laissent tout pantelant. Il en profite pour baisser mon pantalon et mon boxer, révélant alors ma verge gonflée et suintante. J'émets un grognement d'insatisfaction car je ne sens plus ses caresses sur moi. Mais je cesse à l'instant même où je prends conscience de la vision que je dois offrir.

- « Pas la peine d'rougir, j'suis comme toi, » me dit-il en se débarrassant de ses vêtements.

Bon sang, il est magnifique. Ces épaules carrées, ce torse plat et imberbe, ces abdos finement ciselés, ce sexe érigé et… énorme ? Kami, je vais la sentir passer. Mais aurais-je encore des doutes que je ne peux plus faire machine arrière. Avant de pouvoir terminer ma pensée, il a déjà descendu sa tête au niveau de mon entrejambe et gobé mon sexe tout entier dans sa bouche. Je pousse un cri rauque en rejetant la tête en arrière. Jamais, je n'aurai pensé recevoir une sensation de plaisir pareil. Tant qu'on ne les pas connues, les relations sexuelles ne sont basées que sur l'imagination et sur l'apprentissage tactile et peu expert de nos mains. Mais la réalité est tout autre. Je redescends de mon orgasme en ayant un peu honte car je me suis répandu dans sa bouche. Il me regarde en s'essuyant les lèvres et m'offre son plus beau sourire de prédateur.

- « Ça été rapide », me lance-t-il taquin. Puis il ajoute devant mon air piteux : « C'est toujours comme ça, la première fois. »

Il vient de dire ces mots avec tellement de tendresse que j'ai le cœur au bord de l'explosion. Pourquoi faut-il que la personne capable de m'émouvoir le plus, de me comprendre aussi bien, ce soit lui, un espada avec un trou de hollow ? La vie est étrange, mais j'arrête là mes pensées philosophiques pour replonger dans un tourbillon de plaisir quand il m'embrasse à nouveau avec sensualité. Il passe alors ces mains le long de mes cuisses, écartant légèrement ma jambe gauche. La sensation de la caresse me fait aussitôt durcir, ce qui le fait aussitôt sourire. A nouveau sa bouche est face à mon entrejambe. Va-t-il répéter la fellation qu'il vient de me faire subir ? Non, sa langue vient taquiner mon gland par de petits effleurements, et je sens un doigt s'insérer avec douceur dans mon anus. Je comprends alors que nous passons à une autre étape, qui, de prime abord, me semble plutôt désagréable. Je n'aime pas beaucoup la sensation surtout quand il ajoute un deuxième doigt. En même temps, sans vouloir être vulgaire, qui aimerait avoir deux doigts dans le c… ! Malgré le plaisir que procure sa langue sur mon sexe, je sens distinctement les mouvements de ciseaux qu'il effectue avec ses doigts. Il est en train de scrupuleusement préparer mon anatomie à la sienne et…

- « Aaah ! »

C'est moi qui viens de crier en arquant mon corps sous le coup d'un pic de plaisir. J'entends Grimmjow rire. Je pose mes yeux sur lui et son regard gourmant me fait de suite penser à un chat qui viendrait d'attraper une souris. Evidemment, la souris, c'est bibi. Il ôte ses doigts et comme ça ne me plaît pas, je le fais savoir par un grognement. Je sens alors quelque chose de beaucoup plus gros se présenter devant mon antre et me pénétrer. Je ferme les yeux sous le coup de la douleur. J'ai l'impression d'être déchiré de l'intérieur. Ce doit être ça que devaient ressentir les condamnés à être écartelés durant le Moyen Age. Vous allez me dire comment je peux avoir de telles pensées dans un moment pareil, mais je voudrais bien vous y voir à ma place !

- « Détend-toi, sinon t'vas avoir mal », me dit alors Grimmjow.

Non, sans blague, parce qu'il croit que je fais de la couture, là ?

- « Ouvre les yeux, Uryuu. J'veux que tu m'regardes, Uryuu »

Putain, comment fait-il pour prononcer mon prénom d'une façon aussi sensuelle. Ça me retourne littéralement. Ça m'a surtout fait oublier pendant un instant la douleur vive dans mes reins. Je plonge mes yeux dans les siens quand il commence lentement à bouger. Puis il accélère légèrement, et soudainement, il frappe cet endroit qu'il a touché avec ces doigts et une vague de plaisir déferle en moi. J'en veux plus.

- « Encore », je laisse échapper dans un gémissement.

A ce moment, c'est bien dans son esprit à lui, que le fil vient de rompre, car je l'entends émettre un « Oh putain » en accélérant à nouveau ses va-et-vient. A chaque fois, il frappe l'endroit magique et je ne sais plus qui je suis, où je suis. Tout ce qui m'importe c'est quand il tape au fond de moi. A tel point que j'accompagne désormais ses mouvements, sentant le plaisir monter toujours plus fort.

- « Je vais venir… », ai-je à peine le temps de dire avant de me répandre entre nos deux ventres.

Il frappe encore une fois avant d'être lui aussi frappé et de se répandre en moi. Petit à petit, nous redescendons de notre nuage et reprenons tous les deux notre souffle. Il m'écrase de tout son poids mais peu m'importe. Je passe mes bras autour de son corps. Je suis tellement bien. Je n'ai pas envie de penser à l'après. Il se redresse pourtant et me regarde avec attention. Puis après m'avoir donné un dernier baiser, j'entends « T'es à moi, Uryuu » avant de sombrer dans le sommeil.


J'entends une voix dans mon sommeil. Je n'ai pas envie de savoir si je rêve ou si quelqu'un me parle. Si c'est la deuxième option, merci de repasser plus tard. Mais il n'est pas dit qu'on me laissera tranquille.

- « Uryuu, bon sang, réveille-toi. Tu es malade ? »

J'ouvre lentement les yeux. Ryuken me dévisage avec un air concerné. Et quand je dis concerné, je fais allusion à sa profession de médecin. Parce que concerné par moi, il ne l'a jamais été.

- « Non, je vais bien. Pourquoi cette question ? »

- « Si tu n'es pas malade, pourquoi tu t'es mis au lit en rentrant de l'école ? »

Au lit en rentrant de l'école ? Bon sang Grimmjow. Je regarde autour de moi mais je ne trouve à aucun endroit trace de l'espada bleuté. Je suis bien conscient que je dois avoir l'air d'un fou aux yeux de Ryuken, mais de toute façon, c'est plus fort que moi.

- « Bien, puisque tu n'es pas malade, je suppose que tu pourras te lever pour le souper. Enfile tout de même un t-shirt. Ça ne te ressemble guère de te coucher torse nu, Uryuu », me dit-il en se tournant et en sortant de la chambre.

Après qu'il soit sorti, je soulève le drap pour constater qu'il n'y a pas que le torse qui soit nu. Oups, si tu savais, Ryuken. Quand j'y pense, Grimmjow a quand même eu la gentillesse de m'essuyer et de me mettre sous les draps. Si ça, ce n'est pas de la prévenance ! Je me lève avec un sourire sur les lèvres en pensant à mon espada. Sourire qui disparaît aussitôt avec la douleur qui me vrille les reins. Je me recouche en appelant Ryuken au secours et en maudissant les espadas trop bien bâtis !


Je n'en reviens toujours d'avoir réussi à faire gober à mon père que je m'étais blessé le bas du dos en faisant de la couture à mon club. Faudrait d'ailleurs que j'arrête de le prendre pour un naïf, sinon ça pourrait bien se retourner contre moi plus vite que prévu. Le principal, c'est que ce matin, je ne ressente quasiment plus aucune douleur. Efficace cette crème qu'il m'a donnée. Quoique je n'aie pas bien compris, pourquoi à un moment donné, il m'a conseillé d'utiliser la prochaine fois (au cas où je n'aurai rien d'autre sous la main), un gel qui détende, 'type lubrifiant', a-t-il ajouté. Quand je vous dis qu'il est devin.

Ce qui s'est passé entre moi et Grimmjow aura eu au moins le mérite de me permettre de me concentrer à nouveau sur mes cours. Et surtout, d'être moins gêné par la proximité avec le couple d'amoureux. Suis-je amoureux de Grimmjow ? Tout est allé si vite entre nous, que je ne me suis pas posé la question. Il y encore trois jours, j'étais désespérément amoureux d'Orihime. Et aujourd'hui, la voir dans les bras de Kurosaki ne me fait pratiquement plus rien. Enfin si, ça me pousse à me demander si je ne me suis pas trompé en interprétant mes sentiments vis-à-vis d'elle. Tous ces papillons dans le ventre quand je m'approchais d'elle, l'accélération des battements de mon cœur quand elle me souriait. Et de là à penser que c'est aussi peut-être le cas avec Grimmjow, il n'y a qu'un pas. Un pas lourd de sens.

C'est la fin des cours et nous gagnons tous ensembles le portail.

- « Et si on allait au bowling, samedi ? », propose une Orihime visiblement remontée à bloc. L'amour lui va bien.

- « Je dois me préparer pour le championnat », répond aussitôt Tatsuki.

- « Oh, comme c'est domma… » La phrase meurt sur les lèvres de la rousse dont les yeux semblent ne pas quitter un point dans mon dos.

Que se passe-t-il encore ? Voyant un air grave s'afficher sur le visage de mes trois autres amis, je pivote d'un seul coup et aperçoit la carrure d'athlète de Grimmjow s'avancer vers nous, tel un félin. Je devrais être en train d'imaginer une explication plausible, ou lancer à mon amant un regard du genre 'tu vas la mèche et t'es mort', mais je suis incapable de faire autre chose que de river mes yeux sur sa démarche chaloupée. Il porte un jean délavé, un t-shirt blanc et un blouson en cuir. Il est beau comme un dieu et il est à moi.

- « lut », dit-il une fois arrivé à notre hauteur.

- « Grimmjow, qu'est-ce-que tu fais là ? », demande Kurosaki d'une voix neutre.

- « J'suis venu voir Uryuu », répond sans l'ombre d'une hésitation mon espada.

- « Uryuu ? Tu l'appelles Uryuu ? », demande-t-il complètement sur le cul, puis en me regardant : « Il t'appelle Uryuu ? »

Et là, parce qu'on n'est plus à ça près, Grimmjow glisse une main autour de ma taille dans un geste possessif. Et ça Kurosaki, ça te convient comme réponse? Puis mon apollon nous régale de son sourire carnassier. Des fois que mes amis n'auraient pas encore capté quelle sorte de liens nous unit.

- « Mais… vous… êtes en… ensemble ? », demande une Orihime avec le regard intelligent d'un veau.

Bah non, ils n'avaient pas tous capté. Orihime est restée à la traine. D'ailleurs, je trouve qu'elle a eu beaucoup plus de mal aujourd'hui qu'avant-hier, lorsqu'elle a posé exactement la même question à Tatsuki et Chad. Il est peut-être temps que j'intervienne. Je remonte mes lunettes et me lance.

- « En effet… Grimmjow et moi… »

- « … on baise », finit Grimmjow à ma place.

Joli la délicatesse, Grimmjow. Après le veau, Orihime ressemble désormais à une carpe privée d'oxygène, Kurosaki affiche le même air que lorsqu'il a fait face à Zaraki pour la première fois, Tatsuki fronce les sourcils comme Ichigo (s'ils se mettent à s'emprunter leur tic, on ne va pas s'en sortir) et Chad émet un 'Mm' des plus douteux. Grimmjow continue de sourire de toutes ses dents. Au moins, il y en a un qui est bienheureux. Quant à moi, je reste zen. Allez savoir, j'ai découvert tant de choses sur moi en si peu de temps, je suis peut-être devenu sage avant l'âge!

Kurosaki est le premier à reprendre pied. Ce n'est pas pour rien qu'il est notre héros.

- « T'aurais pu nous le dire avant-hier, quand t'as dit que t'avais cru sentir une énergie spirituelle d'espada », lâche-t-il sur un ton de reproche.

Je n'ai même pas le temps de répondre que Tatsuki embraye aussitôt avec un « Ça fait longtemps que vous êtes ensembles ? » Je ne parviens pas à savoir si c'est pour détourner la conversation et par la même occasion, faire retomber la tension, ou si c'est par simple curiosité.

- « Nan. Mais ça a été tout de suite l'coup de foudre, hein bébé ? », répond Grimmjow en resserrant la prise de sa main sur ma taille

Bébé ? Il est sérieux là ou il cherche juste à provoquer Kurosaki. Ces deux-là se sont battus tellement de fois, qu'on pourrait interpréter ça comme une autre manière de poursuivre leur combat, par une joute verbale.

Une fois de plus, je me décide à intervenir, en espérant cette fois, que Grimmjow ne lâche plus de nouvelle bombe.

- « C'est en effet assez récent, Tatsuki », dis-je en levant la tête vers Grimmjow pour lui signifier 'par pitié' de ne pas répliquer.

Ce qu'il ne fait heureusement pas. Au lieu de ça, il se penche et prend mes lèvres pour me rouler le patin du siècle, devant mes amis, et pour ne pas faire de demi-mesure, devant l'école au grand complet. Quand on se sépare enfin, je dois faire face à l'air catastrophé de Kurosaki, Tatsuki et Chad. Orihime fait toujours la carpe. Faudrait peut-être que Kurosaki lui fasse du bouche à bouche parce que sinon, on va la perdre. Non mais qu'est-ce que je dis, moi ?

- « Bon… eh bien… je pense qu'on va rentrer…, hein Grimmjow ? », dis-je en bégayant.

- « Parce que Grimmjow vit avec toi ? », là c'est Orihime qui nous est revenue. Alléluia !

- « Nan, j'ai mon propre appart. » Soulagement du côté de la rousse. « Faudra qu'on teste aussi le futon chez moi », ajoute-t-il en me faisant un clin d'œil. L'apoplexie guettant à nouveau la jeune fille rousse, je salue rapidement mes amis et tracte derrière moi mon insupportable amant.


La maison est en vue, et nous continuons de marcher côte à côte en silence. De toute façon, il n'y a grand-chose à ajouter à ce qui vient d'être dit ou montré. Et puis, ça ne rimerait à rien de faire des reproches à Grimmjow car je n'ai pas non plus cherché à cacher à tout prix notre relation.

- « Tu m'en veux pour c'que j'ai dit ? »

- « Non, Grimmjow. Je ne t'en veux pas. Il l'aurait appris un jour ou l'autre. »

Il s'arrête brusquement et me tire par le bras, m'obligeant à le regarder en face.

- « T'envisages donc une vraie relation avec moi ? »

J'ai répondu d'un coup d'un seul. Je n'avais pas pensé ça en ces termes, mais il a raison. L'idée semble avoir fait son chemin dans ma tête. Il se rapproche doucement de moi, prend mon menton entre ses doigts et me relève la tête. Il va m'embrasser en pleine rue, et tout ce à quoi je pense, c'est qu'il se dépêche, parce que je n'en peux plus. Au moment où ces lèvres vont se poser sur les miennes, j'entends un « Hum »

Je tourne la tête sur le côté en même temps que Grimmjow pour découvrir Ryuken. Et là, j'ai soudainement une furieuse envie d'éclater de rire.


Alors z'êtes toujours avec moi, euh... avec Grimmjow et Uryuu ?