Chapitre 2

Je n'avais pensé à rien. A aucune destination en particulier. Je regardais autour de moi, rien ne m'était familier. Où étais-je? Je m'avançais vers un panneau, espérant reconnaître un nom de lieu, quelque chose... C'était... C'était écrit en français! Du moins, je croyais... Il faisait noir, il n'y avait personne dehors. Je déambulais dans les rues, à la recherche de quelqu'un, d'un repère, de n'importe quoi qui me fasse oublier. Severus était mort. Puis James, et mon bébé, Harry. Je n'arrivais pas à réaliser. Tout ça me semblait tellement irréel... Une voiture passa à côté de moi, je le hélais pour qu'il s'arrête. Je marchais rapidement jusqu'à arriver à sa hauteur. Il avait baissé sa vitre.

- Excusez-moi, Monsieur, pourriez-vous me dire où je suis?, je demandais.

- Euh... Désolé mademoiselle, mais je ne comprends pas., me répondit-il avec un accent abominable. J'étais bien en France.

- Euh... Quelle ville?, tentais-je. ... Est-ce que vous savez où je pourrais trouver quelqu'un qui parle anglais?, dis-je finalement, le plus lentement et distinctement que je pouvais.

Il n'avait pas l'air de comprendre. Je lui fis signe de me donner un papier et un crayon et je dessinais grossièrement ce que je voulais: un bonhomme perdu au milieu des panneaux, et un autre qui cherche un bonhomme parlant anglais. Il comprit enfin et me fit signe de monter dans la voiture. Il m'emmena dans un commissariat de police. Heureusement, dans mon sac, j'avais mes anciens papiers moldus. Ils avaient tout juste dix ans. Je remerciais le conducteur et entrais. Je m'avançais jusqu'au comptoir.

- Excusez-moi? Monsieur?

- Oui?, répondit-il.

- Ah, merci seigneur, vous parlez anglais!, fis-je, soulagée.

- Qu'y a-t-il, mademoiselle?, demanda-t-il, tout de même avec un fort accent.

- Pouvez-vous me dire où je suis exactement, s'il-vous-plaît?

- ...

Il ne répondit rien. Je comprenais. Comment expliquer que je me retrouve dans un endroit sans même savoir où?

- Comment êtes-vous venue ici?

- Pardon?

Cette faculté incroyable qu'ont les français à rendre notre langue maternelle incompréhensible. Finalement, grâce à un travail de déduction intense, je compris qu'il me demandait comment j'étais arrivée ici. J'aurais mieux fait de ne pas comprendre.

- Euh...J'ai... pris le train. Pour la France. Et je... me suis endormie. Quand je me suis réveillée... où suis-je?, dis-je d'un ton peu assuré.

- Vous devriez être plus prudente quand vous prenez le train., répondit-il, à présent plus mécontent que suspicieux. Vous êtes à Paris.

Paris? Pourquoi est-ce que j'avais atterri ici? Je n'étais pourtant jamais venue!

- Vous avez l'air gelée, mademoiselle, vous voulez un café?, me demanda-t-il.

- Oui, s'il-vous-plaît.

- Gérard, tu fais un café à la demoiselle?, balança-t-il au-dessus de son épaule. Vous pouvez vous asseoir là.

Il m'indiqua un siège et je m'y assis. C'est vrai qu'il faisait froid. J'attendais là jusqu'à ce qu'il m'apporte le café, le buvait le plus lentement possible: aussitôt fini, je reviendrais au point de départ. Ou presque. Je savais où j'étais, mais je ne savais pas où aller. J'avais tout juste de quoi prendre une chambre dans un hôtel pour cette nuit, mais après... Je toisais les dernières gouttes du café de commissariat. Une fois définitivement terminé, je m'avançais vers le comptoir.

- Est-ce que vous connaissez un hôtel dans le coin, monsieur?, demandais-je.

- Oui, il y a le Kyriad Hotel, pas loin. Je peux appeler si vous voulez?

J'acquiesçais et prononçais quelques mots de remerciements, en regardant ailleurs. Il appela, réserva une chambre et fit appeler une voiture pour m'y amener. Je m'apprêtais à récupérer mes valises quand je réalisais que je n'en avais pas. Je n'avais rien. Il faudrait que je trouve un travail. Que je recommence ma vie. Passées ces considérations sur mon avenir, si j'en avais un, je m'avançais vers la voiture de police et m'y engouffrais. En route, je regardais par la fenêtre. Il n'y avait rien. Des lumières, il y en avait un peu, mais pas tant que je m'en imaginais. Mais c'était beau, tout de même. La voiture s'arrêta rapidement, et le chauffeur me souhaita bonne chance. Comme s'il en avait quelque chose à faire. Je restais plantée devant la façade de l'hôtel pendant quelques secondes pour finalement entrer dans le hall et avancer au comptoir.

- Bonsoir?, dis-je d'une voix fatiguée.

- Mademoiselle, nous vous attendions. Si vous voulez bien?, dit-il en me précédant, d'un accent presque parfait.

Il me fit monter quelques étages dans l'ascenseur. Quatre. Je ne prêtais presque pas attention à lui et fermais la porte derrière moi. Je m'affalais enfin sur le lit et fixais le plafond comme si j'attendais de lui une réponse. Mais il restait muet. Comment ma vie avait-elle basculé du jour au lendemain? J'avais une famille heureuse, des amis merveilleux, j'avais une vie. Et en une seconde je me retrouvais privée de tout, y compris de ma propre vie. Je ne trouvais plus aucun repère. Et dans ces considérations sur mon passé détruit, j'éteignis la lumière.