Pairing principal: Harry x Draco
Personnages principaux : Draco Malfoy, Harry Potter, Spike
Personnages secondaires : Hermione Granger, Ron Weasley, Lucius Malfoy, Narcissa Malfoy, Andrew Wells, Angel, Pansy Parkinson, Blaise Zabini, Vincent Crabbe, Gregory Goyle, Albus Dumbledore, Severus Rogue, Millicent Bulstrode, Aodhán Dwyre (personnage inventé), Neville Londubat, Pomfresh, Minerva McGonagall, Luna Lovegood, Rubeus Hagrid, Voldemort
Genres : romance, angst, suspense
Avertissements : slash, sexualité, mort (ni Harry ni Draco)
Temporalité : Post-OotP, après la saison 5 d'Angel
Disclaimer : Les personnages et le monde de Harry Potter appartiennent à J.K. Rowling, ceux de Buffy the Vampire Slayer à Joss Whedon. J'écris pour le plaisir et n'en tire aucun profit. Il est strictement interdit de mettre ma fanfiction sur votre site sans mon accord.

L'écriture de cette fic a commencé en décembre 2005 et elle a été remaniée plusieurs fois. L'idée de la fic est née d'un défi que ma meilleure amie, Mel-spangel sur ce site, et moi nous nous sommes lancées. Et si son personnage préféré, Spike de Buffy the Vampire Slayer et le mien, Draco, étaient frères? Tous les deux se ressemblent beaucoup, tant sur les plans psychologique que physique… On a tenté de relever le défi. Donc, Spike et Draco, dans cette fic, seront frères. N'ayez crainte, j'ai modifié le moins de détails possibles dans le passé des deux personnages.

Note importante : Vous n'avez PAS expressément besoin de connaître la série Buffy pour lire ma fic, puisque seulement trois personnages de la série sont présents et le tout se déroule dans le monde de Harry Potter.

Dernière remarque : Crabbe et Goyle sont trop stupides pour être crédibles, je sais, mais je me suis amusée!

N'oubliez pas que je suis une dévoreuse de reviews!

UNE HISTOIRE DE FAMILLE

Chapitre 1 : La fin d'un été

Le ciel pâlissait. Les nuages, dont la menace avait plané la nuit entière sans pourtant souiller les rues de la ville d'une seule goutte, trahissaient l'imminence d'une tempête. Le soleil n'osait s'infiltrer à travers leurs fissures et préféra se cacher à l'heure où les citadins attendaient son apparition.

Spike ne prit pas le risque de se faire surprendre par une envolée des nuages et entra dans son appartement de Los Angeles lorsque la nuit s'évanouit. Il jeta ses clés sur la table et se débarrassa de son manteau de cuir avant de remarquer le clignotant de son répondeur. S'allumant une cigarette, il alla s'asseoir sur le canapé et appuya sur le bouton de l'appareil. Le silence de l'espace restreint laissa place à une voix robotisée :

- Vous avez quatre nouveaux messages.

Spike fronça un peu les sourcils et tendit l'oreille. Quand la voix d'Andrew s'éleva dans l'appartement, le vampire ne put retenir un grognement agacé.

- Salut Spike! J'imagine que t'es sorti combattre. J'osais pas téléphoner pendant le jour, je me suis dit que tu méritais du repos après tes nuits d'exploits. Oh, t'inquiètes pas, ici non plus, on ne s'ennuie pas. Disons que je continue ton œuvre ici, grâce à tout ce que tu m'as appris lors de nos nombreux combats côte à côte, au temps où on se serrait les coudes comme des frères. Maintenant c'est à mon tour de transmettre mon précieux savoir aux Tueuses, comme Yoda avec Luke Skywalker. Ha, bien sûr, il y a des obstacles, ce n'est pas toujours facile. Hier encore, j'ai risqué ma vie pour sauver celle de Jessica, une des plus jeunes. Heureusement, elle a beaucoup appris de cette expérience et j'ai grande confiance que -

Andrew, au grand soulagement de Spike, fut interrompu par la voix furieuse de Giles.

- Andrew! Viens ici tout de suite! Tu vas m'expliquer les coulisses de bleuets sur le canapé du hall d'entrée!

Giles continua de vociférer mais Andrew conclut vite son entretien téléphonique :

- Il faut que j'y aille, le devoir m'appelle!

Spike poussa un soupir de soulagement et prit une nouvelle bouffée de sa cigarette. Il faillit s'étouffer quand, après le signal sonore, la voix d'Andrew retentit à nouveau.

- Salut, Spike! Je m'excuse pour tout à l'heure, on ne peut jamais prévoir quand le destin frappera. Écoute, si je t'appelais, c'est au nom du Conseil. Je sais que Giles t'en a parlé plusieurs fois, mais je lui ai fait comprendre que c'était mieux que je m'en occupe. Je sais que moi, je vais te convaincre. Bon, alors depuis ton honorable victoire à Wolfram & Hart, je me suis dit que tu serais très utile ici, au Conseil. On a plusieurs options à t'offrir, et il faut que tu saches que les appartements sont très confortables. D'ailleurs, c'est moi qui ai choisi toute la décoration et chaque nouveau visiteur s'extasie devant -

Il y eut un déclic comme si on avait raccroché, et Spike comprit sans grand effort qu'Andrew devait avoir accidentellement échappé le combiné. Il soupira au nouveau timbre sonore, s'attendant déjà à ce qu'Andrew revienne en ligne.

- Oh, désolé pour le contre-temps. Il y a eu une petite attaque de vampires, mais rien d'inquiétant et je m'en suis débarrassé assez rapidement.

Spike pouffa de rire et se calla dans le canapé en laissant échapper de hautes volutes de fumée.

- Bref, quand tu passeras au Conseil, il faudra que je te montre mon nouveau film. Il reste une scène à terminer, mais ça devrait se faire dans les prochains jours. Le titre temporaire est Spike, le champion qui sauva le monde mais je pense que ce sera aussi le titre définitif. Il est encore meilleur que Spike, le vampire avec une âme que j'ai fait quand j'étais encore à mes débuts en cinématographie. Le nouveau a beaucoup plus d'action, une belle histoire d'amour et plusieurs épisodes tragiques. J'ai hâte que tu le vois!

Spike entendit un brouhaha de voix passer près d'Andrew.

- Bon, c'est l'heure de la patrouille! Tu demanderas à me voir quand tu viendras au Conseil. Je serai sûrement sorti ; on me charge de toutes les missions importantes. Mais je reviendrai pour toi. À bientôt!

Enfin, le dernier timbre sonore se fit entendre. Spike s'attendait à ce qu'Andrew reprenne encore la parole, mais ce fut cette fois la voix d'Angel, agacé et même furieuse, qui résonna dans l'appartement.

- Spike, c'est toi qui a mis ma collection de 45 tours à vendre sur E-Bay?

Spike s'étouffa pour de bon avec sa cigarette en éclatant de rire.

- Si tu voulais passer incognito, fallait pas commander dix-huit produits dérivés de Passion avec le même compte. Tu viendras les chercher, parce que s'ils traînent encore ici dans deux jours, je veille moi-même à ce que les vidangeurs les amènent. Et en passant, pas la peine d'essayer d'utiliser ma carte de crédit à nouveau, je l'ai annulée.

Le vampire se remit à rire, bien amusé par sa propre plaisanterie et, surtout, par la colère qu'il avait réussi à provoquer chez Angel. Il étirer le bras afin de réécouter le dernier message et poussa un petit cri de surprise en apercevant deux grands yeux jaunes qui le fixaient. Sa cigarette lui tomba des doigts pour atterrir sur le canapé.

- Bon sang!

Il s'empressa de la ressaisir et frotta le tissu avec vigueur afin de s'assurer qu'il ne prendrait pas feu.

- Maître William, Monsieur! s'écria l'elfe de maison nouvellement apparu d'une voix aiguë. Soulock ne voulait pas vous effrayer, Monsieur!

La cigarette n'ayant laissé aucune trace sur le tissu, Spike se permit de relever les yeux vers l'elfe. Malgré lui, sa voix était irritée :

- Ça va, Soulock, ça va!

Le vampire éteignit sa cigarette avant de provoquer la catastrophe.

- Ça fait longtemps que tu ne m'as pas rendu visite.

- Oh! Soulock ne voulait pas vous faire attendre, Monsieur! Mais il devient de plus en plus difficile de venir, Monsieur!

Énervé, il tournait la tête de gauche à droite, faisant claquer ses longues oreilles, pour observer les alentours comme s'il craignait de voir surgir un monstre derrière le téléviseur. Il tortillait ses doigts machinalement.

- Difficile?

- Oh oui, Monsieur! C'est la guerre, Monsieur! Avec le retour de… de Vous-Savez-Qui!

L'appartement ne bénéficiant pas de la meilleure insonorisation, des bruits de pas leur parvinrent de la pièce voisine. L'elfe poussa un gémissement de terreur en se tordant les orteils sur le plancher.

- C'est rien, c'est bruyant ici, remarqua Spike, un peu ennuyé. Tu m'as déjà parlé du retour de Tu-Sais-Qui…

- Oui, Monsieur. Mais la guerre est devenue ouverte, parce que le Ministère… Le Ministère a décidé d'y croire.

L'elfe parut hésiter avant de continuer.

- Maître Lucius, Monsieur… Il a été envoyé à Azkaban. C'est à cause du célèbre Harry Potter, ça s'est passé au Ministère et Maître Lucius s'est fait piégé avec d'autres Mangemorts…

Spike n'arrivait pas à se décider si Soulock paraissait sur le point d'éclater en sanglots ou de s'effondrer sous la terreur. Ses grands yeux globuleux reflétaient l'angoisse et il venait de coincer sa lèvre inférieure sous ses dents jaunies. Le vampire, quand à lui, ne broncha même pas à l'annonce de l'emprisonnement de son père.

- Continue.

Soulock battit des paupières à plusieurs reprises avant de s'exécuter.

- Maîtresse Narcissa est très inquiète, Monsieur. Elle surveille beaucoup plus les elfes, maintenant. Elle a raison d'être aussi vigilante, Maîtresse Narcissa. Les Aurors peuvent débarquer n'importe quand au manoir. C'est pour ça que Soulock a mis autant de temps à revenir, Monsieur, Soulock aurait voulu revenir avant, mais -

- Et Draco? l'interrompit Spike. Draco, comment il va? Comment il prend tout ça?

L'elfe eut une exclamation étouffée et il baissa les yeux.

- Oh, Maître William, Monsieur, gémit-il.

Un nœud se forma dans la gorge de Spike à une vitesse telle qu'il faillit l'étouffer. Il s'efforça en vain de garder son air le plus calme.

- Quoi? Il lui est arrivé quelque chose?

Soulock releva ses horribles yeux vers son maître, l'air affolé.

- Ohhhh! gémit-il à nouveau. Soulock n'est pas censé savoir ça, Monsieur!

Il battit à nouveau ses longues oreilles afin d'observer autour de lui dans un geste nerveux. Il sautilla sur place et se mordilla la lèvre inférieure tout en s'emmêlant les doigts dans la nappe qui lui servait de chandail.

- Savoir quoi?

L'elfe lança un regard vers la porte, énervé par de nouveaux bruits dans le couloir.

- Il n'y a personne ici, parle, bon sang!

Après de nombreuses excuses et révérences, il se décida à parler :

- Soulock préparait à manger, Monsieur. Maîtresse Narcissa avait demandé des poivrons farcis, vous savez comment elle apprécie les poivrons farcis, et Soulock prépare de bons poivrons farcis, Maîtresse Narcissa l'a dit -

Le regard courroucé que lui lança Spike suffit à lui faire comprendre de couper les détails. Il s'inclina à nouveau devant son maître.

- Soulock préparait les poivrons, Monsieur, lorsque Maîtresse Narcissa a poussé un cri. Soulock s'est inquiété. Les autres elfes ont continué leurs tâches, Monsieur, comme il convenait de faire, car Maîtresse Narcissa n'avait pas appelé d'elfes. Mais Soulock a eu peur, Monsieur, et il n'aurait pas dû lâcher les poivrons, parce que Soulock est un elfe de maison et les elfes de maison doivent obéir à leurs maîtres et –

Il se racla la gorge, s'interrompant lui-même sous l'air meurtrier de son maître.

- Soulock est allé voir ce qui se passait, Monsieur, poursuivit-il d'une voix tremblante et très aiguë. Quand Soulock est arrivé près du grand salon, il a entendu des voix. Maîtresse Narcissa n'était pas seule. Il y avait quelqu'un avec elle, et Soulock a vu que c'était la sœur de Maîtresse Narcissa, oui, c'était Madame Bellatrix. Et Soulock aurait dû partir, mais Soulock est resté dans l'ombre pour regarder! Soulock a désobéi!

Il se frappa la tête d'un poing et piétina sur place.

- Soulock n'aurait pas dû écouter, Monsieur, mais Soulock était inquiet pour Maîtresse Narcissa, et aussi pour Maître Draco! Soulock ne voudrait pas perdre ses maîtres, Monsieur, Soulock ne saurait pas quoi faire s'il n'avait plus ses maîtres, Monsieur!

Lorsque l'elfe saisit la télécommande de la télévision pour s'infliger des coups sur la tête, Spike, de plus en plus agacé, lui prit le bras et l'obligea à lâcher l'objet.

- Continue à parler! Qu'est-ce que tu as entendu?

L'elfe gémit et trembla de tout son corps, terrorisé. Spike laissa son bras dans l'espoir de le calmer.

- Maîtresse Narcissa était très fâchée, Monsieur! balbutia Soulock au bord des larmes. Elle a dit que c'était dangereux, que le manoir pouvait être sous surveillance et que Madame Bellatrix ne devait pas être là. Madame Bellatrix a dit que c'était trop important pour attendre. Et ensuite, et ensuite…

Il s'approcha un peu de Spike, de plus en plus nerveux.

- Madame Bellatrix a mentionné Maître Draco, Monsieur. Elle a parlé du Seigneur des Ténèbres également. Elle a dit que Vous-Savez-Qui allait choisir Maître Draco!

Spike aurait juré qu'il venait de sentir son cœur battre.

- Le choisir?

L'elfe trembla.

- Oui, Monsieur, c'est ce que Soulock a entendu!

Le vampire avala de travers. Il prit son paquet de cigarettes de ses doigts tremblants et en alluma une. Il eut du mal à la porter à sa bouche sans la laisser tomber.

- Ensuite, Monsieur, Maîtresse Narcissa est devenue très pâle. Soulock avait peur qu'elle s'évanouisse. Madame Bellatrix est parti après un moment, et… et… Maîtresse Narcissa s'est mise à pleurer!

L'esclave imita sa maîtresse et envahit l'appartement de ses sanglots bruyants. Spike dût éteindre sa nouvelle cigarette après une seule bouffée qui lui donna envie de vomir. Il ne regardait plus l'elfe, les membres figés par l'inquiétude.

- Qu'est-ce qu'elle a dit d'autre? Elle a donné des détails? Elle a parlé de ce qui allait se passer?

Soulock moucha son énorme nez à l'aide de sa nappe-chandail. Il secoua la tête et reprit :

- Non, Monsieur. Madame Bellatrix a seulement dit que c'était un honneur, et Maîtresse Narcissa lui a dit de partir, car c'était dangereux. Et Soulock est retourné aux poivrons farcis, Monsieur, sinon Maîtresse aurait été malheureuse, et Soulock ne voulait plus la voir pleurer.

Il renifla et s'essuya grossièrement le nez de sa petite main velue, relevant ses yeux tristes vers Spike.

- C'était quand? Quand as-tu entendu ça?

- C'était au début de l'été, Monsieur! Soulock n'a pas pu vous prévenir avant, mais il voulait, il voulait! C'est que Maîtresse Narcissa -

- Assez!

Spike se passa une main dans les cheveux en soupirant. Il ferma les yeux et tenta de réfléchir en vitesse.

- Va t'en, Soulock. Tu es resté trop longtemps, déjà.

- Oh, vous êtes trop bon de vous préoccuper de la sécurité de Soulock, Monsieur!

CRAC! L'elfe avait transplané.

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Le pire été de sa vie. Un été isolé au manoir, passé à regarder les mouches crever à travers les rideaux de pluie. Un été aux journées trop longues, pas même égayées par les lettres de Blaise qui se trouvait en Italie depuis deux mois. Ses lettres ne servaient qu'à faire regretter à Draco ses vacances peu habituelles. Il lui semblait que l'été n'aurait être plus maussade, pas même s'il avait été enfermé entre les quatre murs d'une cellule à Azkaban.

L'emprisonnement de son père avait tout déclenché. Le manoir sombrait dans la décrépitude depuis le départ de Lucius Malfoy. C'était comme si l'absence de ses ordres vociférés arrachait aux murs toute leur capacité à faire résonner les voix. L'espace se remplissait de silence. On n'entendait plus le bruit ferme de ses pas dans l'escalier. Seulement celui, précipité, des elfes de maison qui eux-mêmes se laissaient surprendre à tourner sans but dans les couloirs déserts, perdus sur un chemin qu'ils connaissaient pourtant à la perfection. Les murs se décoloraient. La peinture glissait sur les parois en hurlant de désespoir. Derrière elle, de lourds sillons s'enracinaient. Des larmes suintaient de temps en temps des meubles abandonnés. La lumière se butait aux fenêtres qui refusaient de se laisser nettoyer. La pluie, qui chaque jour se fracassait avec un peu plus de force sur leurs cloisons, désirait sans doute étendre un marécage dans le bureau vide de Lucius afin de célébrer sa défaite. Même la chambre de Draco sanglotait parfois, lorsqu'il se réveillait la nuit.

L'inquiétude. Partout. Dans les yeux des elfes. Sur le front anormalement plissé de Narcissa Malfoy. Dans les visages des personnages sur les tableaux accrochés aux murs. L'inquiétude filait dans l'air comme un moustique qui bourdonnait aux oreilles des occupants et chatouillait leur peau de ses pattes piquantes.

L'inquiétude avait transformé la mère de Draco. Ses gestes, qui toujours n'avaient été que grâce et élégance, devenaient plus rapides, parfois même saccadés. Elle arborait un regard nerveux et il lui arrivait de sursauter lorsque Draco ou l'un des elfes se présentait dans la pièce où elle se trouvait. Ses paroles se limitaient bien souvent à des ordres adressés aux esclaves. L'air se condensait et le plancher givrait sous ses pas. Ses absences se multipliaient. Non seulement avait-elle ses réunions de femmes influentes auxquelles Draco n'avait jamais vu aucun intérêt, mais elle devait également regagner la confiance de centaines de gens importants en leur prouvant que jamais elle n'avait participé aux activités des Mangemorts. Le comité de parents de Poudlard, dont elle était la présidente, avait organisé de nombreuses rencontres inhabituelles, considérant la saison estivale, afin de discuter de la nomination d'un nouveau président. Jusqu'à maintenant, elle avait réussi à éviter le pire. Le nom de Malfoy n'assurait plus le même prestige. Narcissa rentrait souvent au manoir les traits tirés et l'air abattu, dépourvue de toute envie de communication.

Draco ne se plaignait pas tant de la distance de sa mère que de l'atmosphère qui régnait au manoir. Il lui arrivait de ne pas même avoir envie de la voir, sa mère. Pendant des journées entières, il restait enfermé dans sa chambre avec pour seule compagnie ses pensées et son cadran bavard qui avait perdu l'envie de parler.

Au matin de la rentrée, Draco fut, pour la première fois, réjoui de voir une nouvelle année scolaire poindre à l'horizon. Il valait mieux supporter un Gryffondor à chaque détour de couloir qu'un elfe de maison à la mine déconfite dans sa propre demeure. Il descendit en vitesse pour prendre son petit déjeuner qu'un serviteur lui mit sous le nez dès qu'il fut assis. Sa valise, préparée la veille par un elfe sous ses commandements, attendait près de l'entrée principale.

Sa mère entra dans la salle à manger alors que Draco achevait son repas. Après les salutations d'usage, Narcissa lui annonça que Soulock et Krimus, deux de leurs esclaves, se chargeraient de le reconduire à la gare de King's Cross.

- Vous (1) ne viendrez pas? s'étonna le jeune Malfoy devant cette tournure inusitée.

Narcissa semblait préoccupée et lisait un bout de parchemin qu'elle avait entre les mains.

- Pas cette fois. J'ai une importante réunion du comité de parents qui commence à midi, je n'aurai pas le temps de t'accompagner pour onze heures à la gare.

- Le comité de parents de Poudlard? demanda sèchement Draco. Mais je croyais -

- Draco, je t'en prie, le coupa sa mère d'un ton ennuyé. Tu peux très bien te débrouiller seul une fois à King's Cross.

- Parfait, trancha-t-il, amer.

Il avait l'habitude de se présenter à la gare flanqué fièrement de son père et de sa mère. À présent, il redoutait les commentaires de ceux qui le verraient se présenter accompagnés bêtement par deux elfes de maison. Sa mère lui donnait l'occasion idéale d'offrir aux curieux un aperçu de la déchéance des Malfoy. Il ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir.

Un grand-duc vola soudainement à travers la fenêtre ouverte et, dans un battement d'aile à peine perceptible, laissa tomber deux lettres adressées à Draco. Narcissa ne leva pas même les yeux alors que les longs doigts fins de l'adolescent se précipitaient sur son courrier. Il reconnut l'écriture ronde et claire de Pansy et celle, serrée et presque illisible, de Blaise. Il les ouvrit rapidement, jetant à peine un regard sur la nouvelle dissertation de voyage de Blaise, et s'intéressa sans beaucoup plus d'enthousiasme à la lettre plus courte de Pansy.

Draco,

Ma mère va me déposer à la gare une-demie heure avant le départ du train. Veux-tu qu'on se rejoigne au petit café près du quai 9¾ vers 10h30?

J'ai hâte de te revoir!

Pansy

Draco poussa un long soupir, agacé de voir que Pansy n'avait rien compris à sa correspondance très peu fréquente et aux nombreuses rencontres qu'il avait reportées ou annulées au cours de l'été. Il froissa sa lettre dans sa main et ne prit pas la peine de lui envoyer un message en retour.

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Le Poudlard Express partit du quai 9 ¾, comme à chaque année, à onze heures précises, pas une seconde plus tard. Comme Ron et Hermione devaient se rendre dans le compartiment des préfets au début du trajet, Harry se dénicha seul un compartiment au fond du train. Il fut réjoui de ne pas le partager avec d'autres, en profitant pour s'installer contre la fenêtre et se reposer. Par la faute de Dudley qui l'avait enfermé dehors par un temps pluvieux, sans ressource et sans baguette, Harry s'était enrhumé jusqu'à la moelle. Il avait du mal à respirer sans se déchirer les deux poumons, et il va sans dire que chaque parole lui arrachait un effort terrible. À peine avait-il posé la tête contre la fenêtre qu'il s'endormit, rêvant à l'infirmière Pomfresh et à ses remèdes miraculeux.

Il fut réveillé au cours de l'après-midi par un bruit si terrible qu'il crut que sa valise remplie de livres venait de lui tomber sur la tête. Dans un sursaut qui envoya valser son oreiller sur les genoux de Ron, Harry se réveilla. Il ouvrit la bouche pour demander ce qui venait de se passer, mais la soudaine entrée d'air l'étouffa et il se mit à tousser à s'exploser la cage thoracique.

- Harry! s'exclama Ron, sursautant lui aussi lorsqu'il reçut son oreiller sur les genoux. Tu m'as fait une de ses peurs, j'avais presque oublié que tu étais là!

Un rafale de pluie se déversa d'un coup contre la fenêtre du compartiment avec un vacarme épouvantable, menaçant de faire éclater la vitre. Harry comprit à ce moment-là que le tonnerre devait l'avoir éveillé.

- Ça va, Harry? s'inquiéta Hermione quand il s'arrêta de tousser.

- Il est quelle heure? Il est quelle heure? s'énerva Ron.

- Quatorze heures dix, répondit calmement Hermione en tendant ses lunettes à Harry.

Celui-ci les mit et battit des paupières.

- J'ai gagné! J'ai gagné! s'exclama Ron en brandissant fièrement sa main qui tenait toujours l'oreiller de Harry.

- Ça va, ça va…

Hermione tendit deux mornilles d'argent à Ron, qui les saisit avec empressement. Harry les regarda sans comprendre. La jeune fille soupira avant d'expliquer d'un ton las :

- On avait parié sur l'heure du commencement de l'orage…

- Et comme il n'est pas encore quinze heures, j'ai gagné!

Ron paraissait surexcité alors qu'Hermione, qui visiblement n'appréciait pas la défaite, arborait un air qu'elle tentait de garder neutre.

Heureusement pour Hermione, la petite sorcière avec son chariot de friandises arriva à ce moment-là devant leur cabine. Ron se leva d'un bond pour dépenser sa nouvelle fortune et proposa à ses deux camarades de leur acheter quelque chose. Hermione déclina son offre et Harry toussa en secouant la tête en guise de réponse. Il jeta un œil à l'extérieur, mais ne put rien distinguer à travers l'épais voile de pluie.

- Il y a un article sur Poudlard, déclara Hermione en se plongeant dans La Gazette du Sorcier qu'elle venait de déplier.

- Encore sur les nouvelles mesures de sécurité? demanda Ron en mordant dans une galette de caramel sifflante.

Hermione parcourut l'article rapidement.

- Non, on parle des nouvelles mesures pour « favoriser l'harmonie entre les élèves et les maisons ».

- Hein?

Harry témoigna d'un semblable sentiment de confusion en se répandant en éclats de toux.

- Albus Dumbledore, directeur de l'école de sorcellerie Poudlard, leur lut Hermione, a déclaré à l'un de nos journalistes que le climat de tension qui règne dans le monde des sorciers depuis le retour de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ne franchirait pas les portes de son académie. En effet, des mesures destinées à amenuiser le sentiment d'angoisse de nos enfants pendant cette période sombre seront entreprises dès la rentrée de ce premier septembre. « Les enfants doivent se sentir en sécurité entre nos murs, déclare le célèbre directeur, et cet objectif ne peut être atteint qu'en créant un sentiment d'appartenance et de camaraderie entre tous les élèves indépendamment de leur maison. L'augmentation des mesures de sécurité à elle seule ne suffit pas à rassurer les enfants. » Minerva McGonagall, professeur de métamorphoses et directrice-ajointe du collège Poudlard, ajoute : « Diverses activités seront proposées aux élèves afin de renforcir les liens qui les unissent et de les distraire de tout le chahut qui sévit présentement dans le monde extérieur. » Les deux dirigeants sont confiants quant à la réussite de leurs initiatives et affirment que tous les professeurs ont accepté de contribuer.

- « Indépendamment de leur maison »? s'enquit Ron en blêmissant. Vous croyez qu'ils vont nous faire dormir avec les Serpentard?

Harry eut une grimace qui se transforma en excès de toux.

- Tu sais, poursuivit Hermione d'un ton presque supérieur, ce n'est pas étonnant. Dumbledore a parlé de l'importance de l'unité entre les maisons, au début de l'année dernière.

- Il n'y a bien que toi pour écouter les discours de Dumbledore, grogna Ron.

- C'est justement à cause des gens comme toi, Ronald, dit encore Hermione sur le même ton hautain, que Dumbledore a décidé de nous faire « dormir avec les Serpentard ».

- Tu crois qu'il va vraiment le faire? gémit le rouquin, maintenant plus pâle que son bonbon Blanche-Neige.

Hermione soupira bruyamment.

- Je veux simplement dire que, comme personne n'a écouté ses avertissements l'année dernière, Dumbledore a décidé d'imposer des mesures concrètes afin de rapprocher les maisons.

Elle haussa les épaules.

- Je pense que c'est une excellente idée et je suis certaine que certaines activités seront très plaisantes.

Harry doutait que passer du temps supplémentaire avec des Serpentard correspondait à son idée de plaisir, mais il ne prit pas la peine d'ouvrir la bouche.

- Oh! Ce n'est pas tout, renchérit la jeune fille en s'intéressant à nouveau à son journal. On parle également du poste de professeur de Défense contre les Forces du Mal…

Elle tourna quelques pages.

- Ce sera qui? On le connaît? demanda Ron en pigeant dans son sac de friandises pour en ressortir une énorme boule de gomme qui se mettait à fredonner l'air préféré de son propriétaire au contact de sa salive.

- À l'approche de la rentrée -

Hermione s'interrompit lorsqu'un air de musique pop envahit le compartiment. Harry et elle tournèrent la tête vers Ron, qui venait d'engloutir la gomme chantante.

- Oh, mon dieu! s'écria Hermione en reconnaissant la chanson.

Ron s'empressa de recracher la gomme alors que Harry éclatait d'un rire rauque entrecoupé de toux.

- Ce machin ne fonctionne pas du tout! se défendit le rouquin alors que ses oreilles se teintaient d'un rouge vif.

- Les Spice Girls? Wannabe? continua Hermione, horrifiée. C'est ton air préféré?

- Non!

Ron lui arracha le journal des mains, son visage entier passant à l'écarlate.

- J'ai dit que ça ne fonctionnait pas! Ah, voilà. À l'approche de la rentrée scolaire, le conseil d'administration de l'école de sorcellerie Poudlard commence à manifester de l'inquiétude. En effet, le poste de professeur de Défense contre les forces du Mal, vacant comme à chaque nouvelle année, n'est toujours pas comblé. C'est du moins ce que la porte-parole du conseil, Madame Everette Abbey (2), nous a confirmé il y a trois jours. Le directeur de l'école, Monsieur Albus Dumbledore, s'est abstenu de tout commentaire sur le sujet. Le professeur Severus Rogue a quant à lui affirmé que le détenteur du poste serait connu dans les délais convenus. La rentrée a lieu aujourd'hui même et aucun nom ne nous a encore été confirmé.

- Vous croyez qu'ils n'ont encore trouvé personne? demanda Hermione, interloquée.

Ron haussa les épaules et posa la gazette à côté de lui.

- Rogue doit jubiler.

Il eut soudainement l'air horrifié.

- Ils vont peut-être lui faire enseigner deux cours!

- Oh, non! réussit enfin à murmurer Harry.

Hermione secoua la tête.

- Vous n'y pensez pas! Deux cours obligatoires, ce serait une charge de travail beaucoup trop importante, même pour un professeur expérimenté comme Rogue. Non, ça n'a aucun sens.

- Ils peuvent peut-être lui procurer un remonteur de temps, à lui aussi, renchérit Ron, livide.

- Mais non! protesta Hermione qui ne paraissait plus aussi convaincue.

Harry réprima un nouvel excès de toux, se moucha puis se leva.

- Toilettes…

Ron avait les yeux ronds et le regard fixe, pétrifié par sa propre hypothèse.

- Toi aussi, ça t'a donné envie de vomir…

Harry ignora le commentaire de son meilleur ami et, tout en sortant du compartiment, tenta de chasser la pensée de Rogue les torturant deux fois plus fréquemment, d'autant plus qu'il craignait que Dumbledore insiste pour que les cours d'Occlumancie reprennent. Harry n'avait pas oublié le véritable fiasco de leur dernière séance et la réaction de son professeur lorsqu'il avait plongé dans la pensine…

- C'est lui! C'est Harry Potter!

Harry sursauta, sortant sans tarder de son tourbillon de pensées. Il se tourna vers la provenance de la voix et vit deux petits garçons qu'il n'avait jamais aperçus auparavant ; sans doute des première année. L'un d'eux le dévisageait avec de grands yeux étonnés et Harry ne put s'empêcher de le trouver mignon. Lorsqu'il croisa son regard, le petit déguerpit à toute vitesse, suivi de son copain, et laissa tomber un exemplaire du Chicaneur par terre. Harry se pencha pour le ramasser mais l'enfant était déjà hors de vue. Tout en reprenant son chemin vers les toilettes, il parcourut le journal du regard. Il fronça les sourcils, incertain à savoir s'il devait rire ou s'inquiéter, lorsqu'il aperçut un article sur les mites mangeuses de cerveau qui menaceraient la survie des sorciers de moins de dix-sept ans.

Il n'eut pas même le temps de commencer à s'y intéresser qu'il sentit une importante décharge dans son bras gauche et sur une partie de son torse. Il crut pendant un instant qu'il s'agissait de son rhume qui venait de lui faire exploser un poumon ou une mite mangeuse de cerveau qui s'était attaqué à sa motricité, puis il vit que ce n'était que Malfoy qui venait de lui foncer dessus avec la puissance d'un Éclair de feu.

- Fait chier, marmonna malgré lui Harry en réprimant une nouvelle avalanche de toux.

- Surveille ton langage, Potty. Il paraît que c'est pas bien vu pour un Gryffondor.

Sans lui adresser un seul regard, Harry reprit le Chicaneur qui lui avait glissé des mains sous l'impact et frictionna son bras endolori, maudissant son rhume qui rendait sa peau beaucoup plus sensible.

- Si j'étais toi, lui dit encore Malfoy en baissant le ton de sa voix traînante, je ne m'éloignerais pas trop de mes amis.

Ennuyé, Harry le regarda enfin et vit une lueur rageuse au fond de ses yeux gris. Il devina, à voir le coin de ses lèvres tressaillir, que Malfoy ressentait la même colère viscérale envers lui qu'à la fin de l'année dernière, lorsqu'il lui avait témoigné toute sa fureur pour avoir entraîné l'emprisonnement de son père.

Harry eut l'envie d'éclater de rire devant son ton menaçant ou de le faire taire d'une seule réplique, mais il se retint par crainte de sa toux. Il se contenta de lui lancer un regard dédaigneux puis, se plongeant dans l'article sur les mites mangeuses de cerveau, reprit son chemin vers les toilettes.

- Tu cherches quoi, là-dedans? se moqua Malfoy derrière lui. La nécrologie? Tu veux voir si t'as encore tué un de tes petits chiens de poche avec une de tes maladresses?

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La cérémonie de la Répartition venait de se terminer. Le dernier des petits élèves de première année alla s'installer à la table des Poufsouffle. Draco, entre Pansy et Blaise, devait supporter le long récit de voyage de ce dernier, qui d'ailleurs n'avait pas fermé la bouche pendant tout le trajet en train. Ses paroles se répercutaient contre les oreilles de Draco sans jamais y pénétrer, et pourtant le jeune Serpentard avait l'impression de connaître son histoire sur le bout des doigts.

Dumbledore se leva pour prononcer son habituel discours de bienvenue. Draco retint difficilement un grognement, ennuyé, le ventre hurlant de faim. Après les salutations, les souhaits et les présentations d'usage, le directeur de Poudlard enchaîna :

- Comme les anciens l'ont sans doute remarqué, aucun nouveau visage n'a joint l'équipe des professeurs cette année. En effet, j'ai le plaisir de vous annoncer que les cours de Défense contre les forces du Mal seront cette année partagés entre deux de nos plus chers professeurs : le professeur Minerva McGonagall et le professeur Severus Rogue.

Un murmure étonné parcourut l'assemblée.

- Le professeur McGonagall enseignera la Défense contre les forces du Mal aux première, deuxième et troisième année, alors que le professeur Rogue sera en charge des quatrième, cinquième, sixième et septième année.

Un sourire satisfait se dessina sur les lèvres de Draco alors qu'il balayait la table des Gryffondor d'un regard supérieur. Il remarqua Potter dont le visage avait blêmi et Weasley, désespéré, qui laissa tomber sa tête sur la table devant lui.

- En ces temps sombres, continuait Dumbledore, je n'ai pas besoin de vous rappeler la prudence et la vigilance. Il est toujours strictement interdit de s'approcher de la lisière de la forêt ou de s'aventurer hors de vos salles communes après le couvre-feu de vingt-deux heures.

Le bras de Pansy frôla celui de Draco. Il tourna la tête vers elle ; elle avait manifestement approché sa chaise de la sienne. La jambe de la jeune fille frémissait à quelques millimètres de celle de Draco. Il décida de l'ignorer et retira son bras pour se verser un peu de jus de citrouille. Il en profita pour glisser vers l'autre extrémité de sa chaise.

- …C'est pourquoi nous avons décidé, les professeurs et moi, d'animer la vie étudiante à l'aide de plusieurs activités visant à vous rapprocher les uns les autres et à créer une unité entre les maisons de Poudlard.

- Une unité entre les maisons? s'indigna Draco à voix basse. Ils vont nous faire danser en rond en se tenant par la main?

Pansy eut un petit rire discret, supportant comme à son habitude le jeune Malfoy, et Crabbe gargouilla :

- Je veux pas toucher aux Gryffondor!

- Vos professeurs vous informeront en temps et lieu des nombreux projets scolaires qui seront créés cette année, dit encore Dumbledore. Nous avons également pensé à organiser des festivités très surprenantes tout au long de l'année!

Le directeur eut un petit rire pour lui-même, le regard vague.

- Je vous souhaite à tous une merveilleuse année à Poudlard, et que le festin commence!

Sur ces dernières paroles, les assiettes se remplirent de nourriture exquise (3) – poulet campagnard, côtelettes d'agneau, roast-beef, pâtés divers, filets de saumon, côtes levées, pâtes assaisonnées, légumes grillés, salades luxuriantes, pommes de terre sautées – sans oublier les fameux bonbons à la menthe. Le délicieux repas suffit presque à faire oublier à Draco cette journée dont le commencement désastreux avait donné le ton pour la suite. L'humiliation subite à la gare de par ses accompagnateurs répugnants s'évaporait peu à peu au rythme des enfournées de pâté aux fruits de mer – son préféré.

Draco se surprit lui-même à préférer le vacarme assourdissant des rires et des cliquetis de couverts au silence du manoir. Jamais il n'aurait cru se sentir soulagé de retrouver ce brouhaha familier et éprouver une hâte d'arpenter à nouveau les salles de classe de la vieille école.

Les oreilles du jeune homme rejetèrent la conversation partagée par ses amis jusqu'à ce qu'elle s'éloigne des récits de voyage et dévie vers un sujet pertinent.

- Ok, lança soudain Blaise, j'ai un défi vraiment intéressant pour vous et Malfoy, je veux absolument ton avis.

Draco terminait justement sa dernière bouchée de côtelette. Il hocha la tête en reposant sa fourchette, le regard fixé sur son ami. Les yeux de Blaise brillaient et ses lèvres s'étirèrent en un sourire émincé.

- C'est mon oncle qui m'a posé cette énigme cet été pendant qu'on était à Venise. Ça m'a vraiment poussé à remettre des trucs en question. Vous devez donner une réponse précise, rien d'évasif. Alors voilà. Trois personnes sur le point de se faire bouffer par des dragons… Un Gryffondor au sang pur, un Poufsouffle au sang mêlé, et un Serpentard au sang-de-bourbe… Vous devez absolument en sauver un. Lequel?

Toute la bande le fixa avec des yeux ronds. Crabbe brisa le silence pensif :

- On les laisse tous crever.

- Je viens de dire qu'il fallait absolument en sauver un.

- Mais pourquoi? s'étonna Goyle.

- C'est l'énigme, c'est tout!

- Ce serait plus simple de les laisser crever, répéta Crabbe.

- Bon, disons que tu dois en sauver un pour sauver ta propre peau! soupira Blaise.

- Mais comment ça? demanda Goyle, interloqué.

- Les dragons ont décidé ça comme ça!

- Mais -

Draco jeta un regard noir en direction de ses deux acolytes et leva la main pour les faire taire. Ils gardèrent la bouche scellée.

- Malfoy?

Draco haussa les épaules, pensif.

- Logiquement, j'irais avec le sang pur sans hésiter. Le problème, c'est que les seuls Gryffondor au sang pur que je connaisse sont Weasley et Londubat…

- Des traîtres, précisa Pansy en jetant un regard vers Draco, cherchant l'approbation.

- Exactement, continua-t-il. Weasley, je plongerais moi-même dans la gueule du dragon pour le voir s'enflammer alors que Londubat, même si j'essayais de le sauver il trouverait le moyen de se laisser engloutir – et peut-être même de m'entraîner avec lui.

Blaise le fixait en hochant la tête d'un air pensif.

- C'est brillant. Mais suppose qu'il y ait d'autres Gryffondor au sang pur – dans les première années, par exemple. Tu ferais quoi?

- Je sauverais le sang pur.

- Et tu laisses complètement tomber les Serpentard? s'indigna Millicent de l'autre côté de la table.

- Si c'est un Sang-de-Bourbe, sans hésitation.

- Même si tu le connais très bien? demanda encore Millicent, visiblement ébranlée.

Draco se contenta de hausser les épaules en lui jetant un regard de travers.

- Je suis pas amis avec des Sang-de-Bourbe. Je me tiens loin d'eux.

Pansy hocha la tête avec un sourire timide, s'efforçant de croiser le regard du blond.

Les réponses de Draco étaient venues sans questionnement, inscrites depuis toujours dans un coin de sa mémoire. Aucune objection – mise à part celle de Millicent – ne s'éleva face à sa conviction. Il ne fut pas même question du Poufsouffle au sang mêlé.

- Avec cette histoire d'harmonie entre les maisons, j'ai bien peur qu'on soit confronté à des Gryffondor et des Sang-de-Bourbe, soupira Blaise en s'appuyant lourdement contre le dossier de sa chaise.

- Je dirais pas non à un duel en tête à tête avec Granger, fit remarquer Draco. Y'a un tas de sortilèges de torture que j'aimerais mettre en application…

Pansy sembla se forcer à rire une nouvelle fois, incertaine à savoir si elle devait s'inquiéter de l'intérêt soudain de Draco pour Granger. Crabbe et Goyle poussèrent quand à eux quelques gloussements euphoriques. Comme si leur état d'excitation était un présage, les couverts se remplirent de desserts plus appétissants les uns que les autres – des gâteaux au glaçage mousseux aux coupes glacées en passant par des chocolats aux couleurs de l'arc-en-ciel. Les deux gloutons se jetèrent dans la nourriture fraîchement apparue alors que Draco prenait le temps d'admirer les desserts et de se demander lequel il préférait.

Soudain, une voix suraiguë retentit à la table des Serpentard.

- J'ai croisé Harry Potter dans le train!

Draco, qui venait tout juste de choisir un gâteau chocolaté à la garniture à la menthe, se pencha vers l'arrière afin de repérer le petit – un élève de première année, sans aucun doute, dont il n'apercevait que le derrière de la tête aux cheveux broussailleux.

- C'est mon idole, Harry Potter! J'ai lu tous les livres sur lui!

Sa voix se perdit au milieu des autres et Draco reporta son attention sur son dessert avant que la main de Goyle, qui se dirigeait dangereusement vers son assiette, ne l'atteignit.

- Qui c'est, celui-là? demanda Pansy, intriguée, sans attendre de réponse.

- Le premier résultat de cette folie de rapprocher les maisons, s'exaspéra Draco. On envoie des fans du balafré chez Serpentard…

- Je paris que c'est un Sang-de-Bourbe, ajouta Blaise.

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Notes :

(1) Dans la version française, Draco ne vouvoie pas ses parents et les appelle « papa » et « maman ». Dans la version originale, il les appelle « père » et « mère ». J'ai fait le choix de rester plus près de la version originale et j'ai ajouté le vouvoiement parce qu'il me semblait plus approprié pour accompagner les « père » et « mère ».

(2) Personnage inventé.

(3) Je n'ai consciemment pas respecté les habitudes alimentaires dont Rowling nous fait part dans ses romans, allez savoir pourquoi!

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S'il vous plaît, une review!