Chapitre 1 : Go outside !
Après une petite bagarre entre sœurs qu'Ema avait remporté haut la main, cette dernière décida de sortir faire un tour en ville, qu'elle n'avait toujours pas visité depuis leur emménagement, il y a une semaine.
- Où tu vas ?! Brailla Yugana encore étalée au sol, alors que son aînée s'apprêtait à franchir le pas de la porte.
- Je sors me balader.
- Je peux venir ? Demanda t-elle d'un ton enthousiaste, se levant d'un bond.
L'aînée poussa un soupir. Ce n'est pas qu'elle n'aimait pas la compagnie de sa sœur, mais elle appréciait la solitude. Elle lui permettait de faire le vide dans son esprit, de se sentir bien tout simplement. Tout le contraire de la cadette, qui elle, préférait être mal accompagnée que seule...
Comment lui dire sans la vexer ? Dans tout les cas, elle bouderait surement un peu, histoire de jouer les victimes, mais ne lui en voudrait pas.
- Non. J'y vais seule, déclara t-elle d'un ton plus sec qu'elle l'aurait voulu.
Pour la douceur, on repassera.
- Pff, t'es pas sympa... marmonna la cadette.
Aie, c'était raté. Ema marqua une pause, puis, en lui faisant un petit sourire, lui dit :
- Allez fais pas cette tête, je te ramènerais un petit truc si tu veux.
«Je sais pas encore quoi, mais bon...»
Son visage s'illumina. Pour une fois que cette radine lui proposait de lui acheter quelque chose.
- Dans ce cas, ça va ! S'enjoua t-elle.
- A tout à l'heure alors !
Il était dix heures lorsqu'elle prit son sac à main, puis sortit.
Un soleil radieux régnait dehors, ponctué par une brise légère. C'était une belle journée.
L'Akashiwa prit une grande inspiration, puis contempla le paysage qui s'offrait à elle.
Elle avait emménagé dans un lotissement, d'où les pavillons qui s'étalaient sur plusieurs mètres. Ils se ressemblaient tous, à un ou deux détails près. Chacun disposait d'un étage, d'un garage, d'un petit jardin et d'une allée toute en gravier.
La rue était plutôt fréquentée, car quelques voitures y circulaient, ainsi que quelques enfants à vélo. Plusieurs personnes promenaient leurs chiens, d'autres leur bébés en poussettes.
L'adolescente passa le portail et partit en suivant les différents panneaux sur son trajet, qui indiquaient tous le centre-ville.
Si son lotissement était fréquenté, ce dernier était bondé. Difficile de marcher sur le trottoir sans se faire bousculer par des passants pressé, qui ne prenaient même plus la peine de s'excuser.
Elle interpella une personne au hasard pour lui demander comment se rendre au Lycée Hashirama. Autant connaître la route pour s'y rendre demain matin, jour de la vraie rentrée. Il désigna du doigt le chemin, puis elle continua tout droit, avant de finalement arriver à destination.
L'établissement était divisé en différents bâtiments ; une énorme cour les surplombait, avec deux grands chênes isolés à chaque extrémités. C'était tout simplement immense. Yugana allait hurler quand elle allait voir ça, n'étant dotée d'aucun sens de l'orientation.
Alors qu'elle revenait sur ses pas, elle se fit héler par un «Mademoiselle !» venu de derrière elle.
Elle se retourna pour apercevoir un jeune homme, qui avançait vers elle.
- Hm ? Fit la demoiselle en question.
- Excuse moi de te déranger, mais je voulais juste te dire que tu es tout simplement magnifique. Tu vas peut-être trouver ça stupide, mais je n'ai pas souvent l'occasion de croiser de beautés tel que toi. Susurra t-il avec un sourire charmeur.
Il se permettait de la tutoyer car elle avait l'air d'être du même âge que lui, voir plus jeune. Mais la jeune fille trouvait tout de même cela un peu déplacé, étant donné les circonstances.
«Effectivement, c'est totalement stupide.» se dit-elle en se faisant violence pour ne pas lui rire au nez, ayant tout bonnement horreur des dragueurs. Elle le détailla de la tête au pied.
Il avait des cheveux roux, de la même couleur que ceux de sa sœur, et des yeux noisettes.
Il était vêtu d'un long manteau noir ayant pour motifs des nuages rouges. Dans l'ensemble, il était plutôt mignon. Il devait être à peu près du même âge qu'elle. Sauf qu'elle n'était pas intéressée par lui.
- C'est gentil, merci.
Le roux parut déçu, car elle avait dit ça d'un ton cassant, qui voulait dire : «Tu m'énerves, va t-en.» D'habitude, ses «proies» s'empourpraient, bafouillaient, jouaient avec une mèche de leurs cheveux. Elles bavaient toutes sur son physique. Il n'avait apparemment pas l'habitude de tenter sa chance avec des filles comme elle.
Un sourire passa sur son visage. Il ne s'était jamais pris de râteau, et ce n'est pas aujourd'hui qu'il s'en prendrait un.
- C'est la première fois que je te vois. Tu es nouvelle dans le coin ?
Il avait dit ça sans savoir. Bien sûr, Konoha comptait plus de 8 000 habitants, il ne pouvait pas retenir tout les visages qu'il croisait, même s'il avait une excellente mémoire.
- Oui, j'ai emménagé la semaine dernière.
Elle ne fut nullement flattée ou surprise par sa question. Les tactiques de la drague, ça la connaissait. Surement parce qu'elle avait lu un livre du même nom...
- Tu veux que je te fasse visiter ? Proposa t-il en lui lançant son regard de séducteur.
- Non merci, je suis pressée.
Un petit rire se fit entendre, qui semblait venir de derrière le rouquin. Ce dernier serra le poing, puis, ignorant totalement le fait de s'être pris un vent, poursuivit son objectif.
- Tu dois surement aller à ce lycée non ? S'enquit-il en montrant le bâtiment.
- Oui, en terminale, précisa t-elle.
Et voilà que maintenant, elle lui racontait sa vie. Un petit détail lui avait échappé, et il allait en profiter au maximum pour peaufiner sa technique.
- Cool ! S'exclama-t-il. Je rentre moi aussi en terminale demain dans ce lycée. Peut-être seront nous dans la même classe, qui sait ?
Qu'est-ce que je vous disais ?
- Peut-être, répondit-elle d'un ton désintéressé en haussant les épaules. Bon, comme je te l'ai dit y a même pas deux minutes, je suis pressée. Ah oui, et pour ton information, j'ai déjà un petit-ami. Allez salut.
Bien sûr, c'était un mensonge. Elle était célibataire et n'avait pas pour objectif de se caser, loin de là. Seulement, il n'y a que comme ça qu'ils comprenaient. Sinon, ils ne vous lâchaient plus pendant des heures entières jusqu'à ce que vous acceptiez le rendez-vous qu'il vous propose.
Elle tourna les talons et, cette fois-ci, le rire se fit entendre plus distinctement.
Le rouquin était tout simplement sous le choc. Premier refus dans une longue liste de chasse, c'est sûr, il y avait de quoi déprimer.
Après qu'elle se fut éloignée, l'éclat de rire se trouvait désormais tout prêt du jeune homme, qui se retourna en maugréant :
- Ferme la Deidara. C'est pas ma faute si c'est un glaçon. Et puis elle est casé.
- Ahah, qu'est-ce que t'en sais ? Pouffa son ami. Moi je dis que tu t'es juste pris une bonne grosse veste ! Ah, et tu me dois vingt balles.
- Elle a un petit ami !
- Ce que t'es mauvais joueur ! Railla t-il. Et je veux mon fric !
- Ça va ça va...
- N'empêche que je suis sûr qu'elle t'as menti.
- Hmpf ! N'importe quoi !
- Regarde la vérité en face... Ah, et puisque tu veux pas me donner mes sous, t'as qu'à me payer une glace.
Il lui tendit son argent en marmonnant des paroles incompréhensibles.
Ema n'en pouvait plus. Elle était fatiguée de cette marche interminable avec des chaussures qui lui comprimaient les pieds, elle n'avait pas trouvée une babiole pour Yugana, et le jeune homme l'avait profondément agacée.
Pourquoi fallait-il que tout les mecs mignons soient soit des délinquants, des coureurs de jupons, ou des idiots finis ? Elle ne leur faisait plus confiance de toute façon. Elle avait eu une assez mauvaise expérience, et pour rien au monde elle ne voudrait revivre ça. Et elle se devait de protéger sa sœur contre ce genre d'hommes, ce que celle-ci avait plutôt du mal à comprendre.
Elle se laissa aller sur un banc, en poussant un grand soupir. Bon dieu, ce qu'elle avait mal aux pieds ! Tout ça à cause de ces foutues chaussures neuves !
Elle sortit un livre de son sac, l'incontournable : «Paradis du batifolage», de Jiraya. Elle l'avait lu des dizaines et des dizaines de fois, et ne s'en lassait jamais. Elle passait du rire au larmes en le lisant.
Alors qu'elle eut fini de lire les deux premiers chapitres, la jeune fille entendit un «Yo !» près d'elle. «Oh non pitié, pas encore !» pria t-elle intérieurement.
Pourtant, elle tourna la tête de droite à gauche : rien.
Elle haussa les épaules et reprit sa lecture.
- Yo !
Cette fois ci elle se retourna, et ne vit rien non plus. «Si je me mets à entendre des voix, c'est que je dois vraiment être fatiguée...»
- Yo !
Elle leva finalement la tête et découvrit un homme nonchalamment assis sur une branche d'arbre.
- Et ben il en aura fallu du temps ! S'esclaffa t-il.
L'homme portait un masque et un bandeau qui lui couvrait les trois quarts de son visage.
On aurait dit qu'il venait de se prendre un coup de vent en pleine figure, car ses cheveux étaient hérissés sur sa tête, et légèrement inclinés sur le coté. Ils étaient blancs, de la même couleur que ceux de l'Akashiwa, et aussi les siens...
Elle haïssait désormais cette couleur. Cette couleur, qui à sa simple vue lui remémorait sa personne, sa voix, lui ; ce qui la mettait dans tout ses états. Elle avait souvent songé à se les teindre, histoire de pouvoir supporter son image dans un miroir. Mais pour une raison qui lui échappait, Yugana lui avait supplié de ne pas le faire...
- Est-ce que ça va ? S'inquiéta l'inconnu, s'étant aperçu de son absence.
- Euh, oui oui, s'empressa t-elle de répondre. Qu'est-ce que vous me voulez ?
Il se laissa agilement retomber à coté d'elle, et malgré son masque, elle put clairement voir qu'il souriait.
- Pardonnez-moi si je vous ai surprise, s'excusa t-il en se grattant l'arrière du crâne. Mais ça fait un moment que je vous observe sans oser vous aborder.
Il avait l'air d'avoir la trentaine, d'où la question : Que faisait-il dans un arbre ? Drôle d'énergumène...
L'adolescente le fixa d'un regard suspicieux. Que lui voulait-elle ?
- Vraiment ? Et pourquoi m'observiez-vous ?
- C'est à cause de votre livre... C'est la première fois que je rencontre une femme qui lit cette série. C'est la première fois que je rencontre quelqu'un qui lit cette série tout court en fait.
- Vous aussi vous lisez les livres de Jiraya ?! S'écria t-elle, agréablement surprise.
Pour une surprise, c'en était une. Peut-être était-ce une tactique pour l'attirer dans ses filets, mais dans ce cas elle déjouerait bien vite son plan.
- Il fait même parti de mes amis.
- Vous... Vous le connaissez ?!
- Absolument. Et je peux vous dire que son caractère colle parfaitement au genre de livres qu'il écrit, ria t-il.
Et ils restèrent là un moment à discuter de leur «idole». Combien de temps durèrent leur conversation ? Aucun des deux ne virent le temps passer. 30 minutes , une heure peut-être.
Ema oublia momentanément tout ses préjugés sur les hommes, comme quoi ils n'étaient intéresses que par des aventures sans lendemain, qu'ils étaient violents, ou même stupides, et tenta tant bien que mal de ne pas fixer ses cheveux, chose difficile car il étaient assez... Imposants. Elle trouvait l'homme au masque très charmant, et elle appréciait sa compagnie.
Ce sont lorsque les douze coups de midi sonnèrent qu'ils furent brutalement ramenés à la réalité.
- Déjà midi ! Et ma sœur qui m'attend depuis deux heures à la maison ! Je suis désolé, mais il faut vraiment que je m'en aille, s'excusa t-elle à l'intention de l'homme aux cheveux blancs.
- Pas de soucis. Ce fut vraiment un plaisir de discuter avec vous.
- Je... Je ne connais même pas votre nom ! Réalisa t-elle soudainement.
- Je m'appelle Kakashi Hatake. Et le vôtre ?
- Ema Akashiwa. J'espère que l'on se reverra !
- J'en suis persuadé. A la prochaine !
Elle s'éloigna rapidement en courant, pensant à Yugana, qui devait se faire un sang d'encre. Elle jeta un rapide coup d'œil derrière elle : Kakashi avait disparu.
Il s'était révélé être très gentil, apparemment dénué de mauvaises intentions. Si il l'avait été, il lui aurait réclamé son numéro de téléphone, un rendez-vous, ou n'importe quoi pour tenter de la revoir, mais ça n'avait pas été le cas. Et puis, il était bien plus âgé qu'elle. Ça serait impensable d'imaginer quoi que ce soit entre eux.
Elle avait passé un très bon moment, et eut un léger pincement au cœur à la pensée que c'était peut-être la dernière fois qu'elle le voyait. Ils pourraient devenir de très bon amis.
Elle dévala comme une furie le chemin qui la séparait jusqu'à chez elle, se fichant royalement du nombre de gens qu'elle bousculait dans sa course folle.
Lorsqu'elle arriva sur le palier de sa maison, elle ouvrit violemment la porte en hurlant :
- Yu' ! Je suis enfin rentrée !
Pas de réponse. Elle pensa tout de suite que le pire était arrivé.
Elle se précipita dans la cuisine : personne. Personne non plus dans le salon. Elle monta à l'étage, la chambre de la cadette était allumée, et entrouverte.
Les souvenirs lui revenaient en tête... La chambre de ses parents entrouverte... Une flaque de sang dépassant de sous la porte...
Elle enfonça la porte avec son pied, pour y découvrir un spectacle affligeant.
Yugana, enfouie sous une montagne de couverture, son doudou bien installée entre ses bras, somnolant la bouche grande ouverte. Cette imbécile s'était recouchée, et n'avait même pas pensé à éteindre la lumière. Déjà qu'elles avaient du mal à payer les factures...
L'aînée s'approcha lentement d'elle, et lui arracha sa peluche, une sorte de bouillie immonde de coton imbibé d'une odeur qui ferait fuir la mort elle même, avant de la jeter du haut des escaliers.
La rousse roula sur le coté, avant de s'écraser par terre, suivi du tas de couverture.
- Mais euh Ema, qu'est-ce que tu fais ? Pourquoi t'as jeté Monsieur Pop ? Ronchonna l'endormie.
- Tu sais très bien que j'ai horreur de ce... Ce truc.
- Mais tu m'as réveillée !
- Je peux comprendre que tu ai sommeil, mais là il est midi. Et puis si tu vas te recoucher, laisse moi un mot au moins, ça m'évite de frôler la crise cardiaque.
- Moui... marmonna t-elle sans avoir écouté un traître mot de ce qu'elle avait dit. Ah oui, se souvint-elle, tu m'as ramené quelque chose ?
L'adolescente se frappa le front. Elle avait complètement oublié ça. C'était mauvais ça, elle allait encore lui piquer une crise. Elle tenta de faire diversion.
- Tu sais pas quoi ! J'ai rencontré un garçon, mais alors, super sympa !
- Euh... T'es malade ? S'inquiéta Yugana en lui touchant le front.
- Arrête. C'est pas parce qu'il y a eu cette histoire que je dois boycotter toutes les personnes de sexe opposé.
- Et... Il est mignon ?
- Tout de suite cette question...
- T'as eu son numéro ?
Un véritable interrogatoire. Mais au moins sa diversion avait marché.
- Ne commence pas à te faire des films Yu', on a juste discuté.
- Et alors ? Tu connais le cycle de l'amour : un étranger, puis un ami, un meilleur ami, un petit-ami ! Récita t-elle en secouant ses jolies boucles.
- Engueulades, rupture. Oui je connais, merci, soupira t-elle.
- Ce que t'es rabat-joie ! Toute façon, je suis sûre que vous vous reverrez ! A mon avis il doit être au même lycée que nous !
C'est à ce moment là qu'Ema se remémora un détail important de cette rencontre.
- Ah oui, j'ai oublié de te dire... Je pense qu'il doit avoir la trentaine.
La cadette resta sous le choc, bouche grande ouverte et yeux écarquillés pendant deux bonnes minutes. Dans certaines situations, deux minutes, c'est très long.
- TRENTE ANS ?! S'égosilla t-elle enfin. Mais Ema, t'es même pas capable de te faire des amis normaux ?! Tant c'est qu'un vieux pervers ce gars !
- Je suis ton aînée, c'est pas à toi de me faire des leçons de morales sur les personnes à fréquenter !
- Ah ben oui c'est sûr, Madame est la plus âgée, alors elle se croit supérieure.
- Tais-toi ! Mais les gens «normaux» comme tu dis, ils tournent autour du lycée et essaient de se faire la première fille qu'ils croisent !
- De quoi tu parles ?! Et puis tout de suite tes foutus préjugés ! Je sais que ça s'est mal passé la dernière fois, et tu sais que si ça ne va pas, je suis là pour toi. Mais les mecs ne sont pas tous comme lui ! C'est à cause de toi que je n'ai jamais pu sortir avec quelqu'un ! J'en ai marre que tu sois sur mon dos, MARRE !
La gueulante qu'avait poussé la frisée eu pour le don de la refroidir. Oui elle la maternait trop, elle le savait. Mais étais-ce mal de se soucier du bien-être de sa sœur ?
- Va dans ta chambre. Tout de suite.
- Je suis déjà dans ma chambre.
Ah ben oui c'est vrai.
- Alors n'en sors plus jusqu'à nouvel ordre.
- J'ai pas d'ordres à recevoir de toi.
- C'est comme ça que tu le prends ? Très bien.
Elle claqua la porte et la ferma à clé de l'extérieur.
Yugana ouvrit de grands yeux et tambourina à la porte en suppliant :
- EMAAAAAA ! J'M'EXCUUUUUSE !
