Elle l'avait amené sur l'île Tenro, personne n'y venait jamais et elle adorait cet endroit.
Il lui avait demandé pourquoi elle faisait ça pour lui, lui cet être malfaisant et noir jusqu'à la moelle.

-Parce que tu ne veux plus tuer, que tu ne peux voir personne, et qu'en te sauvant, je sauve aussi tous ceux qui auraient pu avoir la malchance de croiser ton chemin.
- Tu n'as pas peur que je te tue ? je pourrais le faire en moins d'une seconde si il m'en prenait l'envie. J'ai tué des centaines, des milliers de personnes. Une fille en plus ou en moins, ça ne ferait pas de différence.
- J'ai confiance.

Sur ces mots, elle lui avait souri, comme elle le faisait toujours, peut être même mieux. Le mage noir qui ne l'était pas tant que ça, senti alors quelque chose qu'il croyait oublié. Pour la première fois en plus de quatre siècles, son cœur avait battu. Un infime battement, un tout petit sursaut hésitant, timide et impercétible. Un signe de vie qui avait, l'espace d'une seconde, fait passer le plus sanguinaire mage noir de l'histoire du monde du côté de la lumière. Sa lumière à lui, étincelle minuscule qui tendait à briller de mille feux, avait désormais un nom : Mavis.

IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII

Les semaines, les mois ont passé sur l'île Tenro. Mavis a délaissé Magnolia pour veiller sur Zeref. Elle l'a installé dans une grotte, où il n'y a rien à tuer, rien à détruire. Là, elle est parti chercher à manger. Des fruits, à l'est de l'île.
Zeref pense à elle, comme toujours pour dire vrai. Elle est son quotidien, et il n'en veut pas d'autre. Il aime sa petite silhouette mince, qui lui donne une apparence frêle et fragile, tout le contraire de ce qu'elle est vraiment. Il aime sa determination, sa volonté, sa force de caractère, à toute épreuve. Elle ne flanche jamais, elle qui vit désormais seul avec lui, qui est si sinistre. Il aime ses ongs cheveux blonds qui lui fond comme une robe de lumière. Il se dit qu'elle pourrait presque les porter comme uniques vêtements… A cette pensée, il rougit. Comme rougirait n'importe quel garcon de vingt ans. Certes, ça fait 400 ans qu'il a vingt ans. Mais il n'y a pas d'âge pour les premiers émois.

- Zeref !

Elle est là, elle arrive du haut de la colline, tout sourire.
Il est là, devant la grotte, il l'attend. Elle sait qu'elle ne risque rien, qu'elle ne sera pas attaqué par la force maléfique qui rode parfois au tour de lui. Elle dévale la pente à tout allure, lache son chargement et saute dans ses bras. Elle sent une petite douleur sourde, mais ce n'est rien. Ca fait de moins en moins mal. Son cœur à lui s'emballe, il a peur de lui faire mal, mais il profite aussi du moment, du petit corps chaud et insouciant niché dans ses bras.

-Mavis, je voudrais te parler.

En guise de réponse, elle sourit. Elle l'emmene en silence au milieu d'une clairière et elle s'assoit. Il se demande si elle n'a pas prévu ce qu'il a à lui dire, elle qui calcule toujours tout.

-Je voulais te dire merci. Je veux dire, tu sacrifie beaucoup pour moi, et je ne sais pas pourquoi tu le fais mais tu le fais. Grâce à toi, j'ai l'impression que la mort me rend visite moins souvent, je me sens en vie quand tu es là, Mavis. Je veux rester sur cette île jusqu'à ce que je disparaisse, je te promets de ne plus jamais tuer personne. Pour que ton aide n'ai pas été inutile. Pour te remercier d'avoir été une petite fée avec moi.

Une petite fée.

Une fée. C'est la plus belle chose qu'on ne lui ai jamais dite, et pourtant, elle avait de nombreux prétendants et amis qui lui susurrait des mots doux. Mais jamais ça. Elle savait qu'elle devait rougir jusqu'aux oreilles. Elle était aux anges, elle était ailleurs, dans un endroit plus beau que cette île verdoyante au milieu des flots azurs.

- Tu es le plus grand mystère de ma vie Zeref.

Elle avait dit ça sans réfléchir, elle avait tout juste entendu sa propre voix, mais elle ne s'était pas senti parler. Mais elle avait dit vrai. Ce garçon était une énigme qu'on ne pouvait pas résoudre. Tous ces calculs complexes sur lesquels elle basait sa vie s'affolaient quand elle pensait à lui. Elle fit alors quelque chose de spontané, sans rien calculer.
Elle planta ses grands yeux verts dans les siens, s'approcha de lui, et posa ses levres sur celle de Zeref.

Ce fut comme être frappé par la foudre. Le bonheur absolu, brut. Une déferlante de vie. La fin de la fin du monde.

Il se noyait dans ses grands yeux verts, sans fin, qui brillaient. Il sentait ses lèvres fraiches et sucrées sur les siennes. Elle l'embrassait comme si il était un garçon comme les autres, comme si il n'avait jamais voulu anéantir l'humanité. Son cœur battait à tout rompre. Pour la première fois de sa vie, il crut qu'il allait mourir. Et pourtant, la mort n'avait jamais été aussi loin de lui.

Elle, elle déraillait, littéralement. Ses calculs tournaient à toute allure, sans réussir à trouver un sens. Sa magie bouillonnait en elle, en rythme avec son sang. Elle avait l'impression que ses cheveux entamaient une valse folle avec le vent. Elle sentait la douleur, habituelle à tout contact avec le mage noir, s'infiltrer en elle, mais elle aimait ça. Ca la rendait vivante.

Ils s'interrompirent et dirent d'une même voix : Je t'aime.
Et c'est toujours ensemble qu'ils pensèrent que se le dire était presque stupide, qu'ils le savaient depuis longtemps, depuis même leurs rencontres, au milieu des arbres noirs. Mais toute la noirceur du monde, tous les crimes, tous les morts, tous les maux ne pourraient jamais entamer ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre.

Alors dans la lueur du soir, elle l'enlaca en souriant, en faisant tomber dans l'herbe fraiche.
Et au diable la mort qui rodait, cette nuit serait leur nuit. La nuit de deux grands enfants qui réunissaient à eux deux tout ce qui était présent dans l'Univers. La nuit de deux personnes qui s'aiment, contre la mort, contre les autres, contre leurs différences, contre le temps, contre tout.