Soixante degrés
L'eau était chaude. La bouffe était bonne. La chambre était correcte.
Après avoir englouti la totalité du repas sans être dérangé par quiconque, Végéta s'était rendu dans la pièce indiquée par Bulma, pour y découvrir cinq ou six robots affairés à faire le ménage dans une pièce spacieuse aux murs blancs, dans laquelle se trouvaient un grand lit, une armoire et un placard. En constatant son arrivée, les robots avaient accéléré leur rythme de travail, l'un d'entre eux s'était approché pour expliquer : « Votre chambre sera prête dans 45 secondes, nouvel invité. » Et en effet quelques instants plus tard ils étaient partis. Quoique l'un avait fait une chute malencontreuse après avoir heurté le pied du saiyan (bien entendu délibérément positionné dans le passage) et était reparti lamentablement avec une seule roue.
Végéta était entré et avait fermé la porte. Premier défaut des lieux, celle-ci n'avait ni verrou ni code de sécurité : du jamais vu dans un espace pour dormir. Or, il avait envie d'être tranquille. Un rapide coup d'œil autour de lui lui avait permis de trouver la solution, et il avait placé l'étagère devant la porte. Il s'était avancé vers la baie vitrée qui servait de fenêtre. Un minuscule balcon pouvait servir de marchepied pour atterrir directement dans le jardin où trônait la capsule spatiale. Il avait souri puis tiré le rideau. Maintenant il était tranquille.
La chambre donnait accès à une petite pièce tapissée de carreaux de céramique bleue qu'il interpréta comme étant la salle de bains. Une salle de bains rien que pour lui. Une pensée agréable quand il se souvenait que son rang dans l'armée de Frieza lui permettait d'avoir une chambre pour lui seul, mais les douches et toilettes restaient collectives à tous les soldats d'élite secondaire. Nappa et Radditz partageaient la même chambre à deux. Mais cet inconfort n'était rien comparé aux vulgaires soldats qui dormaient entassés dans des dortoirs de vingt personnes et partageaient à cinq dortoirs une salle de douche collective. Une salle de douche qui n'avait rien à avoir avec celle dans laquelle il se trouvait à présent. Une baignoire, un lavabo, et un bac à douche. Trois robinets pour lui tout seul. Et étudiant le mécanisme, il constata qu'il pouvait non seulement faire varier la température, mais également faire varier le débit d'eau. Comme sur Vegetasei.
Il sourit : cette fois il était libre, et il était traité comme le méritait le prince et guerrier d'élite qu'il était. Laissant son armure et ses vêtements sur le sol, il entra dans la douche, puissance et température maximales. L'eau chaude lui brûlait la peau, emportant avec elle les souvenirs douloureux des jours passés. Combien de planètes avait-il détruites qui auraient pu lui offrir cela ?
L'eau était chaude. La bouffe était bonne. Il n'avait jamais vu une telle abondance de plats même sur la table de Frieza. Bien sûr, le lézard s'offrait les mets les plus raffinés, mais jamais une telle diversité. Quatre plats de viande tous différents. Une dizaine de plats de légumes et de crudités. Des tartes et de la soupe.
Tant de choix ne pouvait signifier qu'une chose : la paix. Ou l'inconscience. Ou les deux.
Un empire en guerre mobilisait ses ressources pour l'armée, alors que cette petite planète insignifiante se payait le luxe de cultiver et de cuisiner tout un panel de denrées alimentaires différentes. Et cela était d'autant plus impressionnant pour un soldat mercenaire. En campagne, lui et ses compagnons mangeaient ce qu'ils trouvaient le plus facilement et prenaient peu le temps de piller les maisons dont ils avaient tué les habitants : ils y trouvaient rarement de quoi se remplir l'estomac. C'est donc de viande fraîche, parfois grillée à coups de décharges énergétiques, qu'ils se nourrissaient le plus souvent. Et autant ne pas parler des séjours dans les quartiers de l'armée de Frieza, sur l'une de ses planètes ou dans l'un de ses vaisseaux. Les tickets bleus estampillés d'un point doré leur donnaient droit à des doubles rations de purée alimentaire par rapport aux autres soldats. Double ration c'est trop peu pour un saiyan. Tous trois troquaient leurs tickets jaunes contre des bleus, car ils n'avaient que faire d'alcool et de drogue. Par contre, Végéta était le seul à échanger aussi ses tickets rouges contre des tickets alimentaires. Voilà une autre raison pour laquelle ils étaient toujours si empressés de repartir en mission : pour manger. Manger, devenir plus forts et se tenir à l'écart des insultes humiliantes de Frieza et de ses soldats de haute élite.
Alors qu'ici, sur ce tas de boue perdu dans un coin de la galaxie, la bouffe était gratuite, bonne et abondante. Il pouvait accompagner sa viande avec des légumes. Plusieurs types de légumes même ! Mettre de la sauce dessus. Plusieurs plats salés et sucrés ! Il n'avait pas la moindre idée du nom des denrées alimentaires qu'il venait d'engloutir, mais une chose était sûre : la femme aux cheveux bleus ne lui avait pas menti. Ils savaient comment nourrir un saiyan comme il se doit.
Les yeux rivés sur la pomme de douche au dessus de lui, le visage sous l'eau brûlante, il ricana : il avait été traité si longtemps comme un vulgaire soldat qu'il en arrivait à trouver luxueux l'accueil des habitants pathétiques de cette planète minable. Ou bien peut-être qu'après tout c'était vraiment le mieux qu'il puisse trouver dans cette galaxie ? Et dire qu'il avait failli détruire cette planète sans en profiter ! Maintenant c'était sûr il allait le faire !
ooooo
Bulma sortit de sa chambre parfaitement revigorée et animée d'une gaieté nouvelle. Tant d'aventures, tant de stress, mais comme d'habitude le génie qu'elle était avait su se tirer de toutes les situations dangereuses dans lesquelles elle s'était trouvée. Aucun doute que sans elle, ils ne s'en seraient pas sortis aussi facilement ! Elle savait toujours gérer toutes les situations ! Et cela méritait récompense : une fois toutes les tâches les plus urgentes réglées, elle avait pris deux heures pour elle. Elle avait pris un bon bain à bulles, changé de vêtements et s'était remaquillée. Quel plaisir d'être de retour chez soi !
En jetant un coup d'œil à la fenêtre elle constata avec satisfaction que les gymnases qui serviraient de dortoirs aux nameks avaient été installés dans le jardin, proches de la porte d'entrée. Mais apparemment, il n'y avait personne dehors. Elle n'eût pas à chercher longtemps ses invités verts, car elle les trouva rassemblés dans le jardin intérieur en compagnie de ses parents, Pua'r et Oolong, plongés dans une discussion animée :
« Et quand la nuit tombe, on voit des milliers d'étoiles dans le ciel, expliquait son père.
-Nous vous montrerons ce soir le coucher de soleil c'est magnifique, s'enthousiasmait sa mère.
-Mais, interrogea un des nameks, vous n'avez plus de lumière alors ?
-C'est pour cela que nous dormons la nuit, expliqua le scientifique
-Tous en même temps ?
-Oui, pourquoi, pas vous ?
-Non, lui répondit l'être vert.
-Nous nous relayons pour qu'il y ait toujours certains d'entre nous actifs et que les autres puissent dormir, poursuivit le sage des nameks.
-Mais que faites-vous de vos journées ? Interrogea madame Briefs
-Nous entretenions nos cultures et construisions des maisons pour accueillir nos prochains enfants, lui répondit-on. Notre planète a été victime d'un cataclysme naturel il y a quelques années, et nous faisions tout pour la reconstruire. »
Sur ces mots, il soupira et s'arrêta de parler. Sa planète entière avait définitivement disparu quatre heures auparavant, réduisant toutes ces années d'efforts à néant.
Bulma sentit que c'était le bon moment pour signaler sa présence et se joindre à eux : « Me revoilà ! Lança-t-elle gaiement. Alors, êtes-vous bien installés ? » Elle se joignît au groupe qui l'accueillit joyeusement, mais reçut une tape sur les fesses et un commentaire d'une personne dont elle n'avait pas remarqué la présence :
« Hé petite Bulma ! Ce short te va beaucoup mieux que ta combinaison !
-Espèce de sale pervers ! S'énerva-t-elle instantanément en giflant le vieux maître Roshi. Qu'est-ce que vous fabriquez ici, vous, d'abord ?
-Je te signale, répondit-il la main sur sa joue gonflée, que nous nous apprêtions à partir à votre secours.
-Mais bien sûr ! S'exclama-t-elle, en se rappelant de ce que lui avait raconté son père sur le chemin du retour à propos de ce qui s'était passé sur Terre depuis son départ. Et qu'est-ce que vous auriez pu faire ? On s'est retrouvés au milieu du plus grand rassemblement des guerriers les plus flippants de l'univers, et qui est-ce qui part à notre secours ? Un vieux, un lâche et une hystérique ?
-Et nous ! intervint Pua'r joyeusement
-Ouais, compléta Oolong, on venait aussi !
-Eh ben heureusement qu'on a trouvés un autre moyen pour revenir ! Soupira-t-elle avant de reprendre son attaque sur le vieux maître-tortue. Enfin c'est bon, merci d'être venu et d'avoir voulu venir nous sauver, après tout c'est l'intention qui compte. Mais merci, on n'a plus besoin de vous, vous pouvez rentrer chez vous.
-Bulma, interrompit sa mère, qu'est-ce que c'est que ces manières ?
-Non ce n'est rien madame, s'excusa le vieux combattant qui sentait venir la gifle suivante, cette demoiselle a tout à fait raison, il est temps que je vous laisse. »
ooooo
La conversation avec les nameks se poursuivit pendant quelques temps. Ils étaient fascinés par tout ce qu'ils pouvaient leur raconter concernant la Terre. Pua'r et Oolong se transformaient à tour de rôle pour illustrer les descriptions de la famille Briefs : les animaux, les constructions, les machines, les objets. Leur compétence semblait tout particulièrement impressionner les enfants namek, qui bientôt les prirent à part pour jouer avec eux. Certains des adultes s'excusèrent et allèrent se coucher, en promettant de se caler sur le rythme de sommeil terrien très prochainement. D'autres tentaient de communiquer ou de caresser les animaux domestiques, chiens, chats et dinosaures, qui vivaient dans le jardin. Certains furent entraînés par un monsieur Briefs très enthousiaste vers le terrain de golf. Piccollo était parti méditer du côté de la rivière artificielle, et les autres restaient assis à discuter avec Bulma et sa mère, un verre à la main.
« Au fait ma chérie, demanda la mère, où est passé ce jeune homme charmant que tu avait invité aussi ? Il n'est pas venu boire un verre avec nous.
-Euh, tu parles de Végéta là ? S'inquiéta Bulma
-Ah oui c'est ça ! Végéta ! Un prénom charmant pour un jeune homme charmant !
-Je ne sais pas si tu vas le trouver charmant longtemps maman, mais évite de trop t'enthousiasmer à son sujet, d'accord ? Il n'est pas du genre très cordial.
-D'accord ma chérie, répondit sa mère en gardant son expression angélique, mais alors dis-moi, vous sortez déjà ensemble ou pas encore ?
-MAMAN ! S'énerva Bulma. Je te l'ai déjà dit tout à l'heure ! Végéta est notre invité et rien de plus, et je sors avec Yamcha et tu le sais !
-D'ailleurs où est-il donc ? S'enquit la blonde qui n'avait rien écouté. Tu crois qu'il se serait perdu dans la maison ?
-Non maman, ça m'étonnerait. Aux dernières nouvelles il a mangé puisque les robots ont débarrassé la table.
-Oh ! Il a mangé tout seul ? Si j'avais su je serais allée le voir, au moins pour savoir si le repas était bon ! Comment as-tu pu le laisser tout seul ma chérie ?! Le pauvre ! Ça ne se fait pas !
-Maman, si il avait voulu notre compagnie il aurait su nous trouver.
-Mais enfin ma chérie, on ne laisse pas un invité manger tout seul ! Où sont tes manières ?
-Ne t'inquiète pas maman, c'est un saiyan comme Goku, donc il aura certainement à nouveau faim sous peu. D'ailleurs, je lui avais dit de passer pour nous dire ce dont il avait besoin, c'est bizarre... Je vais aller voir où il est. Je lui proposerai de venir manger ce midi avec nous si tu veux.
-Bien entendu ma douce, répondit joyeusement la blonde avant de s'adresser aux nameks qui écoutaient poliment l'échange, vous viendrez bien à table avec nous ce midi, même si vous ne buvez que de l'eau, n'est-ce pas ?
-Euh, c'est que... lui répondirent-ils gênés, cela ferait beaucoup de monde à votre table non ?
-Nous avons déjà eu assez à boire pour la journée, ajouta un autre
-Nous pouvons très bien rester ici si cela ne vous offense pas.
-Non pas de problème, leur répondit Bulma avec un sourire, comprenant que la proximité du guerrier les mettait sans doute mal à l'aise. J'y vais. À tout de suite ! »
ooooo
Trouvant la porte fermée, Bulma déduisit que son hôte sayian avait trouvé sa chambre. Elle frappa à la porte. Rien. Elle frappa plus fort et appela « Végéta ? Tu es là ? ». Rien. « Je viens juste voir si tu as tout ce qu'il te faut ! » Toujours rien. « Bon, si tu ne réponds pas j'ouvre la porte ! » Rien. Elle colla son oreille contre la porte. Rien. Aucun bruit. Donc la douche ne coulait pas. Elle appuya sur la poignée. La porte était bloquée. Elle essaya de pousser plus fort. Non, décidément quelque chose bloquait de l'intérieur. Que s'était-il passé ?
Elle commença à s'énerver, en se demandant qui était cet arrogant personnage qui se permettait de s'enfermer comme ça dans l'une des pièces de SA maison, sans même prévenir personne. Un doute lui traversa l'esprit : s'il ne lui avait pas répondu, allait-il bien ? Il n'y avait aucune raison que ce ne soit pas le cas, mais dans ce cas, pourquoi ne répondait-il pas ? Ou bien dormait-il ? Mais il l'aurait entendue tout de même ! Et puis il était presque midi ! « Oh ! Tu m'entends ? On va bientôt manger ! Est-ce que tu as encore faim ? » Rien. « Eh ! Réponds-moi au moins ! C'est la moindre des politesses ! » Rien « Bon eh bien j'espère pour toi que tu n'avais besoin de rien d'autre ! » S'énerva-t-elle avant de tourner les talons.
Non mais pour qui se prenait-il ? Ça commence bien, songea-t-elle. Puis elle s'arrêta pour réfléchir alors qu'une idée amusante lui passait par la tête. C'était SA maison. Elle avait le droit d'aller où elle voulait. Il était très incorrect de la part de son hôte de ne pas lui répondre, de plus, si jamais par le plus grand des hasards il lui était arrivé quelque chose (qui savait quels effets secondaires pouvait avoir une résurrection-téléportation?), il fallait qu'elle le sache. Ou au moins qu'elle sache si il était bien dans sa chambre ou si elle avait crié sur une porte. Il avait très bien pu s'envoler par la fenêtre après tout. Il fallait qu'elle sache.
Elle descendit donc à la volée les escaliers jusqu'à sa propre chambre où elle se dirigea vers le meuble où elle rangeait tous ses trésors. Elle ouvrit le deuxième tiroir et commença à fouiller parmi ses inventions accumulées au fur-et-à-mesure des années, jusqu'à trouver ce qu'elle cherchait : son bracelet à rétrécir. Ou du moins, le modèle numéro 2, car elle avait offert gracieusement le premier aux vieux pervers avec sa carapace de tortue, quelques années auparavant. Elle sourit avec malice avant de se diriger à nouveau vers le haut des escaliers.
Arrivée devant la porte, elle fut prise d'un doute : était-ce une bonne idée ? Que se passerait-il s'il découvrait qu'elle était entrée dans sa chambre pourtant délibérément bloquée ? Était-ce dangereux ? Mais elle repoussa bien vite ses doutes en se rappelant que c'était lui qui était le premier en tors, et non l'inverse. Sur cette pensée, elle fixa le dispositif sur son poignet et appuya sur le bouton. Comme elle l'avait supposé, elle était désormais suffisamment petite pour pouvoir se faufiler à quatre pattes sous la porte.
En face d'elle tout était très sombre, elle n'arrivait pas à voir devant elle. Elle attendit quelques instants que ses yeux s'habituent à l'obscurité mais sans succès. Elle soupira et fit demi-tour. Soit son hôte avait fermé les volets, soit elle se trouvait sous un obstacle bloqué de la lumière, et dans les deux cas elle n'osait pas s'aventurer plus loin dans la chambre. Qu'à cela ne tienne, tout ce dont elle avait besoin c'était de voir clair !
Si l'idée de la lampe-torche paraissait un peu dangereuse, elle savait exactement comment contourner le problème. Reprenant sa taille normale, elle dévala à nouveau les escaliers jusqu'à son meuble à trésors qu'elle recommença à fouiller. Des radars. Des jumelles à ultraviolets. Des capsules contenant divers véhicules. Un transmetteur. Une boucle d'oreille-caméra-enregistreur-lecteur de musique... Ah les voilà ! Ses lunettes à voir dans le noir ! Rien de plus facile ! Elle gloussa d'amusement avant de reprendre son ascension vers la chambre de son hôte. Trois étages. C'était fatigant. Elle souhaita secrètement ne pas avoir à refaire ce genre d'allers-retours trop souvent à l'avenir, car sinon elle n'allait pas tarder à regretter d'avoir logé son hôte si loin.
Elle chaussa les lunettes, et soudain le monde autour d'elle s'afficha en niveaux de gris. De petits indicateurs lui affichaient les types de matériaux qu'elle regardait, les niveaux d'humidité et la température. Elle appuya sans regarder sur le bouton de son bracelet, puis se glissa entre les deux obstacles labellisés « sol » et « bois ».
Elle était sous un meuble. Un meuble en bois. Quelle information intéressante, ironisa-t-elle. Devant elle, un tas de « tissu » et de « matériau inconnu » bloquait sa route. Elle sortit donc de sous le meuble par un des côtés, pour découvrir qu'elle avait été sous l'armoire. Jetant un coup d'œil autour d'elle, elle constata que les volets étaient en effet fermés, la porte de la salle de bain ouverte et le sol « humide ». Un tas de vêtements gisait au sol devant l'armoire, et le « matériau inconnu » se révéla avoir la forme de l'armure du guerrier. Un « tissu humide » gisait au sol au pied du lit duquel dépassait une forme affichée en jaune sur ses lunettes : « être vivant ». Elle retint son souffle. Il était là, et il dormait.
Peut-être n'était-ce pas une si bonne idée d'être venue finalement. Au moins, il semblait ne pas l'avoir repérée. Elle pouvait repartir sans qu'il ne se doute de rien... Mais au lieu de ça, elle régla les lunettes pour un simple affichage en lumière augmentée. La forme jaune s'afficha à son tour en niveaux de gris et les indications chiffrées disparurent. Elle put distinguer le visage du saiyan dépassant de sous les draps, tourné vers la porte. Ses paupières étaient serrées : il dormait vraiment, mais apparemment pas d'un sommeil calme.
Encore une fois, la curiosité eut raison de la jeune scientifique et elle se rapprocha à pas de loups. Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle faisait cela. Elle savait à quel point c'était imprudent de sa part, malpoli et inutile puisqu'elle savait maintenant pourquoi il ne lui avait pas répondu tout à l'heure. Mais elle ne pouvait pas s'empêcher de se demander à quoi pouvait ressembler ce visage au regard mortellement perçant, lorsqu'il dormait. Et ce qu'elle voyait l'intriguait d'autant plus. Ce matin même elle était encore terrorisée par cet homme qui n'accordait aucune valeur à la vie et semblait tout détruire sur son passage. Et voilà qu'elle le regardait dormir, avec cette curieuse impression qu'il n'était peut-être pas si différent d'un humain finalement. En tous cas, il laissait cette même impression de vulnérabilité lorsqu'il avait les yeux fermés. Cette impression qui donne la sensation à une femme qu'elle se trouve en présence d'un enfant.
Là, cette sensation disparut aussi vite qu'elle était venue lorsqu'il s'écria avec force « Fous-moi la paix ! ». Ce faisant, il se retourna vers le côté opposé, levant son bras et frappant le matelas dans son mouvement, ce qui eut pour effet de faire trembler et grincer toute la charpente du lit.
La terreur et la stupeur lui sauvèrent la vie car ce fut ce qui l'empêcha de crier.
Suffisamment de temps pour qu'elle comprenne qu'il avait parlé dans son sommeil : une série de grommellements incompréhensibles continuait de sortir de sa gorge. Bulma ferma les yeux et inspira profondément pour calmer la vague de panique qui s'était emparée d'elle. Il était temps de partir cette fois. Lorsqu'elle se sentit à nouveau capable de faire fonctionner ses jambes sans s'effondrer, elle rouvrit lentement les yeux et tenta quelques pas hésitants vers la porte. Elle contourna le tas de vêtements par l'autre côté de celui par lequel elle était arrivée, puis jeta un dernier regard derrière elle... et resta figée sur place. Il dormait toujours, dos à elle, mais dans son mouvement, il avait à moitié emporté le drap avec lui, découvrant une grande partie de son dos. Un dos aux muscles finement dessinés et aux formes exacerbées... et couvert de cicatrices. Elle frissonna à cette vue et décida qu'elle y réfléchirait plus tard, et qu'il était vraiment, vraiment temps qu'elle parte. Et qu'elle parte avant que ses yeux ne la trahissent à nouveau et ne glissent le long de ce dos musclé pour chercher jusqu'où le drap avait été enlevé... Oui partir. C'est ce qu'elle fit sans plus attendre.
Une fois à l'abri dans sa chambre, Bulma s'autorisa à nouveau à penser. Elle-même n'apprécierait pas d'apprendre qu'un inconnu se serait incrusté dans sa chambre et l'aurait regardée dormir. Elle n'aurait sans doute pas dû faire cela. Et si elle avait su qu'il irait dormir si tôt, elle aurait ordonné aux robots ménagers de lui trouver un pyjama... Mais elle préféra ne pas s'arrêter sur cette pensée qui en amenait d'autres bien plus indésirables. Elle rangea le bracelet et les lunettes dans leur tiroir avant d'aller rejoindre les autres au rez-de-chaussée, et annoncer que le saiyan ne se joindrait probablement pas à eux pour le déjeuner.
ooooo
Un cocon. Végéta se réveilla avec la désagréable impression d'avoir dormi d'un sommeil de plomb. Un sommeil très dangereux pour un guerrier, car il ne permet pas de rester complètement sur ses gardes. Lui qui avait juste compté s'allonger quelques secondes pour vérifier si le lit était correct... Il ricana en se tournant sur le dos et bougeant sa tête de droite à gauche. Matelas confortable. Pas trop mal. Il se souvenait vaguement avoir entendu quelqu'un frapper et appeler à sa porte, mais s'était rendormi instantanément sans avoir le temps de réfléchir à une réponse. Il n'y avait plus qu'à espérer qu'il n'avait pas dormi si profondément à cause du matelas, sinon il serait plus prudent qu'il dorme par terre. Mais c'était sans doute plus probablement dû à l'accumulation de fatigue de ces derniers jours, et à son mal de crâne qui n'était d'ailleurs pas complètement parti. Mais ça suffirait pour le moment : il avait faim.
Il ré-enfila son armure trouée et ouvrit les volets pour découvrir un ciel étoilé. Apparemment, il avait dormi toute la journée. Curieux, il resta un instant à observer la nuit claire. La ville était étonnamment illuminée alors qu'il sentait très peu d'humains à l'extérieur. Apparemment, les terriens pouvaient se permettre de gaspiller l'énergie assez facilement... Quelle bande d'inconscients ! Ils le regretteraient en temps de guerre... si bien sûr ils avaient le temps de le regretter.
Deux créatures poilues dotée d'ailes faisaient des cabrioles dans les airs, visiblement à la chasse aux insectes. Elles émettaient des sons très aigus désagréables. Une douce brise souffla dans les branches de l'unique arbre du jardin, faisant danser les feuilles. Trop de calme. Trop de tranquillité. Quelle planète pathétique ! Songea-t-il énervé, avant de tourner les talons, déplacer l'armoire qui bloquait la porte et descendre par les escaliers.
Il localisait la majeure partie des nameks dans le bâtiment installé à l'extérieur, mais une dizaine d'entre eux se trouvait dans le jardin intérieur. Il n'avait pas envie d'aller leur parler. Il n'aurait sans doute d'ailleurs pas à le faire, car il localisait un autre ki encore plus faible, dans la salle où il avait mangé précédemment.
Il y trouva sans surprise la femme aux cheveux bleus, installée sur le canapé avec un ouvrage en papier sur les genoux. Elle avait changé de vêtements, et ceux-ci étaient étonnamment plus courts que sa précédente tenue. Il grogna pour signaler sa présence et croisa les bras. Elle leva la tête, surprise, avant de lui sourire : « Ah ! Te voilà enfin ! Bien dormi ?
-Qu'est ce qui te fais croire que je dormais, femme ? » Répliqua-t-il.
Elle fronça les sourcils et marqua une pause avant de lui répondre :
« Tes volets étaient fermés, ta porte bloquée, et tu n'as pas répondu quand je t'ai appelé pour venir manger. Donc on en a déduit que tu préférais dormir pour le moment.
-Et moi j'en déduis que j'ai bien fait de bloquer ma porte.
-Il fallait le dire si tu voulais un verrou. On pourra t'en installer un demain matin si tu veux.
-Maintenant, exigea-t-il.
-Quoi ?
-J'ai dit installe-moi un verrou maintenant.
-Eh ! Tout le monde dort à cette heure, et les robots vont faire du bruit en travaillant.
-Et toi pourquoi tu ne dors pas ? Renchérit-il stoïquement
-Parce qu'il y avait un invité chez moi qui dormait, soupira-t-elle, et que j'attendais qu'il se réveille pour lui demander s'il avait bien tout ce qu'il lui fallait, et aussi parce que, pour si peu que je connaisse des saiyans, j'ai supposé qu'à son réveil il aurait faim. Donc, comme une bonne hôtesse, je l'attendais. Mais j'espère bien aller dormir bientôt maintenant !
-Je présume que tu parles de moi ?
-Les nameks ne mangent pas, répondit-elle. Fais le calcul.
-Bien, alors oui j'ai faim, et il me manque un verrou à ma porte, que je veux maintenant. » Il parlait d'un ton neutre et imposant, bras croisés et regard méprisant.
Bulma le dévisagea un instant, pesant le pour et le contre, avant de fermer son livre et de commenter « T'es pas très conciliant comme mec ! ».
Mais elle n'obtint pour réponse qu'une regard méprisant. Elle se leva donc et claqua des doigts une fois au dessus de son épaule pour ordonner au robot de servir le dîner qui était gardé au chaud, et deux fois pour ordonner à un autre robot d'aller chercher un petit verrou, modèle simple et de le visser sur la porte de la chambre n°34.
« Modèle simple ? Interrogea Végéta une fois le robot parti
-C'est un verrou basique qui se fixe avec trois vis, expliqua la jeune femme, comme ça ça ne fera pas trop de bruit dans la maison et tu l'auras immédiatement. Demain si tu veux on te mettra un verrou plus sophistiqué.
-Et pourquoi tu ne fais pas directement fixer ce modèle-là?
-Parce que ça nécessite de scier une partie de la porte pour y installer la serrure à la place, ça prend du temps, ça fait du bruit, et les robots ménagers ne sont pas capables de faire ça tous seuls. Donc demain.
-Quand ? S'enquit-il, énervé
-Dès que tu seras levé.
-Comment est-ce que tu le sauras ?
-Écoute, s'énerva-t-elle à son tour, si tu veux un meilleur verrou tu viendras me le demander demain, et j'irai te le fixer moi-même, d'accord ?
-Je te le demande maintenant.
-Eh bien il fallait te lever plus tôt, répliqua-t-elle, il est trois heures du matin pour ton information.
-Je me fiche de l'heure. »
Elle soupira puis recommença à le dévisager. Il avait l'air plus immobile qu'un mur de pierre et tenait ses positions. Ce n'était qu'une question de secondes avant qu'il ne lui reproche de ne pas être la bonne hôtesse qu'elle avait prétendu être.
« Ça ne fait pas de différence Végéta, tenta-t-elle sur un ton plus doux. Pour cette nuit tu auras un bon verrou, et personne n'essaiera de venir t'embêter avant que tu ne viennes m'informer que tu es levé et qu'on peut te mettre le meilleur verrou. Mes parents dorment s'il te plaît. Et puis ce sera toujours mieux que de bloquer ta porte avec ton armoire. Si je ne te l'avais pas proposé, tu n'aurais pas demandé de verrou, je me trompe ? »
Sur ces mots, il fronça les sourcils : « Femme, qu'est ce qui te fait dire que j'ai bloqué la porte avec l'armoire ? »
Bulma sentit une sueur froide descendre le long de son dos, pendant que son esprit se mettait à tourner à toute vitesse à la recherche d'une réponse logique. Elle pria intérieurement pour que l'expression sur son visage ne la trahisse pas. Elle fronça les sourcils et prit un air énervé :
« On s'en fiche de quel meuble tu as utilisé pour bloquer ta porte ! Tu comprends bien ce que j'ai voulu dire !
-Femme, comment est-ce-que tu as su que c'était l'armoire ? Articula-t-il lentement d'un air menaçant.
-Je m'appelle Bulma.
-Réponds !
-Alors appelle-moi par mon nom.
-Femme, continua-t-il d'un air de plus en plus menaçant, comment as-tu su que c'était l'armoire ?
-Mais je n'en sais rien ! Mentit-elle en se maudissant elle-même pour son étourderie. J'ai dit ça au hasard ! Et puis c'est ce que j'ai présumé vu que c'est le meuble le plus proche de la porte... si je me souviens bien.
-Tu présumes beaucoup de choses, terrienne. » Remarqua-t-il sur un ton suspicieux.
À une telle remarque, par contre, elle avait sa chance de dévier le sujet : « Je suis une scientifique. C'est mon métier d'inventer et de deviner. » Puis elle décida de forcer sa chance et son sourire en ajoutant : « Donc j'avais vu juste ? »
Sur ce, elle se retrouva sur la pointe des pieds, soulevée par une main à la poigne de fer serrée autour de sa gorge, avec deux yeux noirs et menaçants plantés dans les siens, à quelques centimètres seulement. « Bien, annonça-t-il, alors que ce soit clair : je n'apprécie pas que l'on ''présume'' à mon sujet. » Puis il la lâcha en la repoussant légèrement ce qui la fit tomber par terre deux mètres plus loin.
« Eh ! Mais ça va pas non ? S'écria-t-elle, paniquée. Fais attention un peu !
-C'est plutôt toi qui dois faire attention quand tu m'adresses la parole, répliqua-t-il d'un air narquois en la regardant de haut. Et puis ne crie pas si fort, je croyais que tu voulais éviter de réveiller tes parents. »
Elle ouvrit la bouche pour répliquer, mais ne trouva rien à dire, et resta stupidement assise sur le sol tandis qu'il la dévisageait d'un air hautain. Il venait de gagner cette manche, mais au moins, malgré son étourderie, elle avait réussi à dévier le sujet concernant son intrusion dans sa chambre. Elle tâcherait d'être plus prudente à l'avenir.
Voyant qu'elle ne répondait plus, le visage du saiyan se tordit en un rictus moqueur, puis il annonça « Bon, je vais manger, tu peux partir. » Sur ce, il lui tourna le dos.
Elle se releva avec précautions et le regarda s'installer à table. Sa mère avait bien insisté auprès d'elle pour qu'elle reste avec lui pendant le repas, comme une bonne hôtesse... Mais manifestement il n'y tenait pas. Et la concernant... Oui partir, loin de ce psychopathe, et aller dormir c'était sûrement la meilleure chose à faire.
