Hello~ ! Face au nombre impressionnant de review /ironie profonde/ je me suis dit que j'allait publier le deuxième chap. Je vous vois passer sur la page vous savez xD (oui oui, vous, petits lecteurs qui venez et ne laissez aucune (ou presque) trace de votre passage.). Un peu de d'informations sur ce que vous avez pensé de ma fic serait le bienvenu. Parce que je suis vraiment débutante dans le fandom d'FMA.
Enfin bon, les deux reviews que j'ai reçu ont été vraiment très encourageantes, et c'est pour ça que je publie la suite. Donc merci Karasu-Dess et Matsuyama ! Bonne lecture :)
Explication du titre (oui oui, je le ferai à chaque chapitre.) : Toujours tiré de la chanson This is War de 30 seconds to mars. Et ça veut dire "Les bons et les mauvais" (littéralement, le bien et le mal en fait, mais si on remet dans le contexte...). Et comme vous allez pouvoir le constater, ça va très bien au chap. Héhé.
Chapitre 2 – The Good and the Evil
Roy Mustang était un homme occupé. Il remplissait encore plus de papier que lorsqu'il était colonel et ce n'était pas peu dire. Il sortait rarement de son bureau, sauf lorsque sa fidèle Riza le tirait dehors. Et le tirait à l'intérieur une fois qu'il s'était aéré la tête. La vie après les Homonculi s'organisait, lentement. Il n'était plus aveugle mais avait gardé quelques améliorations du peu de temps qu'il avait passé sans vue. Son ouïe s'était améliorée, il était devenu extrêmement sensible au toucher et encore plus à l'odorat. Il n'en était pas peu fier. Pouvoir reconnaître Riza à son parfum ou au bruit de ses pas. Le Major Armstrong à sa voix même lorsqu'il était trois pièces plus loin.
En revanche, il s'inquiétait pour le Fullmetal – Enfin l'ancien Fullmetal. Renoncer à son Alchimie était… Dangereux. Edward vivait pour l'Alchimie autrefois, même s'il ne s'en rendait pas compte. Les livres, son expression quand il comprenait une nouvelle expérience ou qu'il réalisait un tour de force. C'était l'expression d'un enfant qui redécouvrait un peu plus son don. Roy n'avais pas osé aller voir comment il s'en sortait sans. Riza lui avait dit que le mariage d'Ed et Winry s'était bien passé mais… Roy avait un mauvais pressentiment. Il hésita à demander à Riza d'appeler Alphonse… Puis décida d'aller le voir. Ça ne pourrait pas lui faire de mal et son sixième sens le titillait depuis trop longtemps.
« Riza ? » Appela-t-il. Il entendit des pas et la porte s'ouvrit. Ce n'était pas Riza.
« Führer ? » Breda. Ce cher Breda. « Hawkeye est partie chercher des cafés. Vous voulez que j'aille la chercher ? »
« Nonon… Je voulais juste la prévenir que je sortais. »
Breda ouvrit de grands yeux. Roy haussa les sourcils. C'était si étonnant qu'il sorte ? Pourtant il le faisait très régulièrement quand il n'était que Colonel… Ce temps était loin maintenant. Il s'esclaffa doucement. Il était devenu un gentil garçon, qui remplissait ses papiers et passait plus de temps à travailler qu'à draguer les filles. Enfin, maintenant qu'il pouvait voir chaque jour Riza en minijupe, il n'en avait plus trop l'utilité…
« Euh… Très bien Führer… Vous voulez qu'on vous accompagne ? Je peux prévenir Havoc… » Continuait Breda.
« Bonne idée. Comme ça Riza crisera moins quand elle verra que je ne suis plus là. »
Breda s'exécuta et ils partirent tous les trois vers la maison d'Alphonse, à l'est de la ville. Le trajet fut court et silencieux : Havoc fumait, Breda somnolait et Roy… Ruminait. Il ne savait pas trop ce qui le poussait à venir parler ainsi à Alphonse. Ça faisait quelques années qu'il ne l'avait pas vu. Pourtant, il y avait ce sentiment bizarre qui le faisait frissonner… Et la dernière fois qu'il avait eu ce sentiment, c'était juste avant la mort de Maes. Il soupira et se laissa aller contre la banquette de la voiture. Il se faisait des idées. Il avait juste à parler un peu à Alphonse et son inquiétude disparaîtrait. Il pourrait repartir et s'occuper de choses plus importantes – la ville d'Ishval retombait en famine et il devait faire avec un groupe de dissident militaires qui refusaient l'arrivée éventuelle d'une démocratie à Amestris. Sans parler des tensions toujours présentes avec Drachma. Une bonne partie de la population du Nord, souffrant toujours des conséquences de l'attaque du pays voisin, insistait pour qu'Amestris déclare la guerre…
S'il avait su qu'être Führer serait aussi fatiguant…
« On est arrivé Führer. » Dit Havoc. Il avait l'air de s'emmerder ferme le pauvre.
« Merci d'avoir l'air aussi emballé par l'idée de venir chez Alphonse Elric ! » Ricana Roy. Il savait ce qui dérangeait Havoc. « Rendez-vous annulé ? »
Havoc fronça les sourcils. Touché.
« Non, largué si vous voulez savoir. »
« Aaah, je suis désolé… Mais aussi, vous ne savez pas garder les femmes mon pauvre Havoc. Il faut les flatter, les couvrir de cadeaux… Il n'y a que comme ça que vous pouvez satisfaire la gente féminine. » Ricana Mustang.
C'était trop facile de se moquer d'Havoc. C'était un sensible, quelqu'un dont l'ego était aussi fin qu'une feuille de papier. Il n'avait pas énormément d'ambition, passait ses journées au travail et ses dons de communications avec le sexe opposé était plutôt limités… La seule relation longue que Roy lui connaissait était avec Solaris… Lust. C'était dommage quand même. Ils avaient l'air très amoureux… Mais ce n'était qu'un jeu pour Lust. Un jeu malsain destiné à faire tomber Havoc dans ses filets pour avoir des informations sur les mouvements de Roy. Il soupira.
« On y va ou on couche dehors ? » Intervint Breda, déjà devant la porte, prêt à sonner.
« C'est parti. » Répondit-il. Il ajusta sa casquette de militaire.
Juste avant que la porte ne s'ouvre, il aperçut la plaque de médecin alchimiste qui brillait au soleil. Alphonse Elric, médecin alchimiste, élève des Docteurs Knox et Marcoh. Il ne savait pas grand-chose des études d'Alphonse. Juste que ces fameux Docteurs Knox et Marcoh l'avaient personnellement recommandé pour qu'il puisse exercer à Central en tant que « médecin du peuple » à la manière de Marcoh, parti à Ishval.
« Oui, en quoi puis-je… Colonel ! Enfin, je veux dire, Führer ! » S'exclama Alphonse en ouvrant la porte. « Mais entrez, qu'est-ce qui vous amène ? » Ajouta-t-il en les guidant à l'intérieur.
Le jeune médecin portait un costume de très bonne qualité, et ses cheveux étaient fraichement coupés. Il les mena à travers plusieurs pièces toutes richement décorées avant de les faire asseoir dans un petit salon qui devait lui servir de salle d'attente et leur proposa du thé. Havoc refusa et demanda s'il pouvait fumer – il ne pouvait pas – Breda accepta et Roy demanda directement ce qui l'intéressait, ignorant la question :
« Tu as des nouvelles du Fullmetal ? Enfin, d'Edward ? »
Alphonse faillit en laisser tomber son plateau. Il trébucha et posa de justesse ce qu'il portait sur la petite table. Un peu de thé se renversa. Le jeune homme se gratta la nuque et se mordit la lèvre. Gêné et maladroit. Roy fronça les sourcils : il avait raison, quelque chose clochait.
« En fait… Je n'ai… Plus beaucoup de nouvelles… Nous… Nous avons eu quelques différents et… Je suppose qu'on peut dire que nos routes se sont séparées. J'ai bien quelques coups de téléphone de Winry qui me tient au courant mais… Pas d'Ed lui-même. » Admit-il.
Roy grimaça. Si même le frère du Fullmetal ne savait pas ce qu'il advenait de lui… Il supposait que ça avait à voir avec l'Alchimie. Edward n'avait peut-être pas supporté que son frère affiche autant sa réussite tandis que lui en était réduit à ne plus avoir le moindre pouvoir ? Roy pouvait se vanter de savoir analyser les gens… Et il avait déjà remarqué que cette relation de confiance absolue et d'amour des deux frères Elric ne tenait qu'à un fil : l'Alchimie. Que l'un des deux frères se sente jaloux et c'en était fini. Ils étaient trop différents pour pouvoir s'entendre. Al, gentil et calme par nature, ne s'était peut-être pas rendu compte de l'effet que son succès pouvait avoir sur son frère. Ou alors il y avait une forme de jalousie enracinée qu'il avait repoussée plus jeune et qui se dévoilait maintenant sous la forme d'une vantardise sous-jacente… Aka la plaque brillante bien en vue sur la porte, la décoration intérieure et des costumes de très bonne facture.
Roy avait toujours détesté les histoires de famille.
« Et… Tu ne pourrais pas appeler Miss Elric pour qu'elle nous renseigne un peu ? » Réclama-t-il avec un regard sévère.
« Pourquoi vous vous intéressez soudain à Edward ? » S'écria Alphonse, les joues rosies. « Vous n'êtes jamais venu à Resembool, et c'est la première fois que je vous vois à ma porte ! »
« Contrairement à certain, je suis un homme occupé. » Répliqua froidement Roy. Al recula de quelques pas, pâle.
« … Très bien, je vais… » Il fut coupé par la sonnerie du téléphone. « Oh… Je dois répondre, c'est peut-être… Urgent. » Sa phrase se termina dans un chuchotement plaintif devant le regard glacial de Roy. Breda et Havoc observaient la scène en simples spectateurs, apparemment pas très intéressés par l'idée d'intervenir.
Al décrocha et parla le premier : « Allo, Alphonse Elric à l'appareil ? Winry ? C'est drôle, j'allais t'appeler, comment vas-tu ? Tu as accouché ? Quoi ?... Attends, je n'entends pas… Parle moins vite s'il te plaît… Mais… Mais tu pleures ? Winry calme-toi et… WINRY ! Bien. Respire profondément et explique-moi ce qu'il se passe exactement. C'est Edward ? Ton bébé ? Oh… Je… Je suis désolée Winry… Comment tu prends la nouvelle ? Mal, oui, c'est normal je suppose. Et… Et Edward ? Il était très enthousiaste à ce que tu m'as… Quoi ? Il… Il a disparu ? »
A ces mots, Roy et ses acolytes se regardèrent, alarmés. Ils ne parvenaient pas à entendre ce que disait Winry mais à en voir la couleur du visage d'Alphonse qui passa lentement de normal à blanc comme à un linge puis verdit légèrement, le problème était plutôt sérieux. Ils se penchèrent pour écouter avec encore plus d'attention.
« Ecoute Winry, j'ai le Führer Mustang – tu te souviens du Colonel ? Il est Führer maintenant – à côté de moi. Tu vas m'expliquer tout ce qu'il s'est passé depuis la mort de Pinako et je le leur répèterai, d'accord ? Je leur expliquerai le reste après. » Il jeta un coup d'œil à Roy qui acquiesça gravement. « Bon, c'est parti. Alors… Depuis l'enterrement, Ed était encore plus bizarre que d'habitude. Il… Il ne te parlait plus, restait enfermé jours et nuit dans son bureau. Il ne prêtait plus du tout attention à toi… Vous faisiez chambre à part… Il parlait tout seul… Et il disait que c'était son fils ? Comment il voulait l'appeler ? Solf ? Tu es sûre ? Non, non pour rien… Et ensuite ? Tu l'as traité de malade ? Enfin Winry… Il a QUOI ? Il a failli te frapper ? Tu es certaine… Non, oublie, bien sûr que tu es certaine. D'accord. C'est tout pour la grossesse ? Ah, il n'avait pas l'air d'être triste de la mort de Pinako… L'accouchement maintenant. Shh, ça va aller Winry. Raconte. »
Roy soupira. Pour l'instant, à part le nom du gamin et le fait qu'il ait failli frapper sa femme – mais Edward n'était pas non plus réputé pour sa galanterie, sans compter qu'il n'avait pas choisi la plus douce et frêle des femmes comme petite amie – il ne voyait rien de plus qu'une querelle de couple qui avait dégénéré.
« Il a… Insisté violemment pour entrer dans la chambre… Mais on ne pouvait pas parce qu'il fallait faire une opération… On l'entendait dans tout l'hôpital et il a failli se faire jeter dehors… Puis tu as appris que ton fils était… Etait mort-né. »
Roy se redressa brusquement. Ça c'était intéressant. Du peu qu'il en savait, Edward rêvait, fantasmait même à l'idée d'avoir un fils. Si le gamin était mort, ça pouvait expliquer son départ… Mais pas la perte de sa relation avec sa femme – qui semblait durer depuis plus longtemps – et son frère.
« Comment il a réagi ? Tu dormais ? D'accord… Mais tu sais qu'il a… Agressé un médecin ? Et ce fameux mé… Mort ? Okay… Je vois. Et ensuite… Il a… Il a brulé votre maison et il est parti… Les gens de Resembool qui t'hébergent disent qu'il riait et pleurait en même temps… Et qu'il parlait seul et appelait son fils… D'accord. Winry, je veux que tu sautes dans le premier train pour Central dès que tu peux. Je te laisse pas toute seule là-bas. Je vais voir ce qu'on peut faire pour le retrouver… Shh. Ça va aller. »
Et il raccrocha. Il paraissait nauséeux.
« Asseyez-vous Alphonse, vous avez l'air secoué. » Proposa Breda d'un air inquiet.
Roy était surtout curieux de ce qui avait pu provoquer cette réaction chez Alphonse Elric, celui qui avait quand même vu pas mal de choses terribles. Le fait qu'Ed répète un acte d'exorcisme qu'ils avaient commis enfants ? La façon dont il avait traité sa femme – Roy avait toujours suspecté une relation ambiguë entre les trois jeunes gens de toute façon – ? S'il avait bien entendu, on soupçonnait Edward d'avoir tué un médecin – sans doute celui qui lui avait annoncé la mauvaise nouvelle… Mais pourquoi en arriver à de telles extrémités ?
« Raconte Alphonse. Raconte tout. » Dit-il en accentuant le dernier mot.
Il fallait qu'il sache tous les derniers évènements qui avaient bouleversé la famille Elric. Qu'il comprenne chaque maillon du raisonnement d'Alphonse pour pouvoir trouver où était parti l'ancien Fullmetal. Alphonse soupira et s'assit plus confortablement dans le sofa, baissant les yeux sur ses mains jointes. Sa voix était faible et mal-assurée.
« Eh bien… Tout a commencé au mariage de Winry et Ed. Enfin, ils avaient quelques problèmes mais rien de bien méchant. Winry m'a pris à part pendant la fête pour me dire qu'elle s'inquiétait du comportement d'Edward. Il mangeait peu, se couchait de plus en plus tard… Rien d'inquiétant à priori. Mais après… Après elle m'a dit que tout ça, c'était parce qu'il lisait des tonnes de livres sur l'Alchimie… Vous connaissez mon frère. J'avais peur qu'il fasse une bêtise… Qu'il cherche… Bref. Finalement, nous l'avons confronté – moi, Mei, Winry et Pinako – le soir-même… Et il l'a mal pris. Très mal. Il s'est mis à hurler… Des choses blessantes. C'est à partir de ce moment-là que notre relation s'est dégradée. Même si on s'est excusé le lendemain… Le cœur n'y était plus. Et après, je suis venu de plus en plus rarement… Puis plus du tout. A chaque visite je voyais Ed de plus en plus pâle ou bizarre. Il ne sortait quasiment pas du bureau, là où il lisait tous ses livres. Et quand il le faisait, il nous adressait à peine la parole, il sortait de longues heures dehors. Je l'ai suivi une fois. Il partait visiter la tombe de notre mère et lui parlait. Et ensuite il quittait le village et allait se promener dans la région. Mais son regard… C'était… Effrayant. C'était celui d'un… D'un malade, de quelqu'un d'obsédé. C'était malsain croyez-moi. »
Al but une gorgée de thé et reprit son souffle. Ses mains tremblaient un peu, remarqua Roy. Tout n'était pas perdu entre les deux frères… Si Ed était encore assez sain d'esprit pour reconnaître Alphonse.
« Quelques mois plus tard, j'ai reçu un appel de Winry. Elle m'appelait régulièrement, pour pleurer un peu, parce qu'Ed était cassant avec elle ou simplement absent. Elle n'arrêtait pas de dire « Il va se laisser mourir pour cette stupide Alchimie… On va me l'enlever… » J'avais peur Colo… Führer. Peur pour elle et pour mon frère. Mais je n'osais pas revenir vers lui… Je craignais ce que j'allais découvrir. Enfin bref. Elle m'a donc appelé. Elle rayonnait. Ed était redevenu l'homme qu'elle aimait. Elle m'a dit qu'il était fou de joie à l'idée de devenir père. Je me suis dit « tant mieux, ça y est tout va bien » mais quand elle m'a décrit le comportement d'Ed j'ai compris qu'il reportait simplement son obsession sur quelque chose d'autre. Je suis content quelque part, que cet enfant soit mort-né. Je ne sais pas comme Winry aurait réagi en se rendant compte qu'Ed idolâtrait son fils et qu'il la délaissait de nouveau. Parce que c'est ce qu'il aurait fait, sans aucune hésitation. »
Nouvelle gorgée de thé. Le silence était glacial, devant ce portrait d'Edward Elric, que personne n'osait reconnaître. Roy frémit en pensant à ce qu'aurait effectivement vécu le gamin.
« En tout cas, j'ai tenté de raisonner Winry mais rien à faire. Elle nageait dans le bonheur et puis, je n'ai pas trop forcé… Ça faisait si longtemps que je n'avais pas entendu autant de joie dans sa voix. Donc j'ai laissé passer… Et puis il y a eu l'accident d'Ed, et la mort de Pinako. Ed s'est cassé le bras en réparant le toit un jour de pluie – de ce que j'ai compris, c'est Winry qui le lui avait demandé et elle s'en sentait coupable… Et donc Pinako s'occupait de tout. Je ne connais pas la raison de la mort de Pinako mais… Mais je sais qu'elle se poussait à bout parce qu'elle devait gérer Ed et Winry à la fois, plus toute la maison. C'est une crise cardiaque qui l'a tué je crois. Ed l'a trouvé… Winry m'a dit qu'il hurlait à la mort, comme si on était en train de le torturer… Il faisait des cauchemars réguliers aussi, maintenant que j'y pense. Enfin, après la mort de Pinako, vous avez entendu comment il était. »
Il se tut.
« Doooonc… Edward Elric, ancien Fullmetal Alchemist est devenu barjot ? » Demanda finalement Havoc en soufflant la fumée qu'il venait d'avaler. Alphonse détourna les yeux.
« N'allons pas trop loin dans les conclusions. Pas d'offense, Alphonse, mais je n'ai pas confiance en ton jugement. » Répliqua Roy en prenant son menton entre ses doigts. « On devrait demander à un médecin spécialisé dans ce genre de… Le Docteur Knox pourra nous aider je pense. » Il se leva, prêt à partir.
« Je viens avec vous ! » S'écria Alphonse en se levant à son tour. Roy hocha négativement la tête.
« Non. Tu n'es pas militaire et ton jugement n'est pas fiable à cause de tes liens avec Edward. Reste ici, prépare l'arrivée de Miss Elric et… Protège-toi surtout. Si Ed est vraiment devenu un fou à tendance violente… Tu pourrais très bien être l'une de ses cibles. » Dit-il avec lassitude.
L'Alchimie pouvait être addictive quand on possédait trop de pouvoirs… Kimblee en avait été la preuve formelle. Ed avait été aussi puissant que lui… Et on lui avait retiré brutalement ce pouvoir… Peut-être était-ce ce qui avait déclenché son obsession pour l'Alchimie ? Et plus il en découvrait, plus il en voulait. Ces cauchemars… Etaient-ils liés à sa condition ? A la dégradation de sa santé mentale ?
Ou était-ce autre chose, quelque chose d'entièrement propre à ce mystère qu'était devenu Edward Elric ?
« Alphonse Elric m'a prévenu que vous alliez arriver. » Fut la phrase d'accueil du chirurgien militaire Knox.
Roy ne perdit pas de temps en blabla inutile et posa directement la question qui l'intéressait :
« Est-ce que vous savez si l'Alchimie ou le manque d'Alchimie peut rendre fou ? »
Knox haussa les sourcils.
« Le manque d'Alchimie ? Rien que la formulation de votre question m'indique que vous parlez de l'ancien Fullmetal Alchemist, Edward Elric. Ça veut donc dire que mes inquiétudes étaient fondées finalement. » Il soupira. « Je ne sais pas grand-chose voyez-vous. Les Alchimistes trop puissants ont la fâcheuse tendance à perdre une partie de leur santé mentale à force d'utiliser leur capacité, en particulier les Alchimistes d'Etat qui en usent sans discontinuer et à des fins offensives… Sans parler de ce qu'on leur fait voir. Mais bon, vous, Führer êtes bien la preuve que l'on peut aussi sans sortir en étant parfaitement sain d'esprit. »
Il farfouilla dans ses papiers et en sortit un vieux dossier, nommé Patient XXXX Edward Elric.
« En revanche le cas du jeune Elric est… Nouveau. J'aurais bien aimé le garder sous la main au moins quelques mois pour voir comment évoluait son esprit mais il était parti avant que je puisse faire la suggestion… Et puis, il fallait que je vous soigne votre cécité. D'ailleurs, tant que j'y pense, le docteur Marcoh partageait mes inquiétudes. »
« Pourquoi ne pas l'avoir signalé plus tôt alors ? » Roy grinçait des dents. On aurait peut-être pu éviter ce qui semblait être une véritable catastrophe.
« Parce que rien ne semblait prouver qu'elles étaient fondées. » Knox haussa les épaules. « Et puis, Marcoh parti à Ishval, je devais m'occuper du cadet Elric alors l'aîné… S'il était content sans Alchimie, je n'allais pas remuer le couteau dans la plaie. Mais apparemment, la blessure était plus profonde que ce que nous pensions et a fini par pourrir. »
Sa métaphore ne fit sourire que lui.
« Vous vous rendez compte qu'on a maintenant un psychopathe ancien alchimiste qui se balade en liberté dans le pays ? » Demanda Breda, exaspéré.
« Je doute qu'il soit un très grand danger vous savez… Sauf pour lui-même. Et puis le mot psychopathe est sans doute très exagéré… Mais je suppose, si vous êtes là, qu'il y a eu un… Problème. »
Roy acquiesça et lui résuma la situation. Au fur et à mesure du récit, le visage de Know s'assombrissait comme s'il comprenait soudain à quel point ils étaient… Eh bien pour parler franchement, dans une merde noire.
« … Je vois. Il a donc agressé – et tué semblerait-il – un médecin, brûlé sa maison et s'est enfui à pied pour une destination inconnue… Pour commencer, l'obsession envers son fils doit être liée à un traumatisme d'enfance, sans doute dans sa relation avec son propre père. Pour l'Alchimie… Eh bien, il devait y être accro sans le savoir et le brutal manque de ce qui lui servait de source vitale a déclenché le réveil ce que j'appellerai simplement des « gènes de folie latents » même si l'appellation n'est pas tout à fait exacte. C'est de là que doivent venir les rêves – des hallucinations probablement. Après, je ne suis pas psychologue et honnêtement… Sans analyser vraiment ce qu'a vécu Edward, je ne peux pas être certain de ce que j'avance. » Avança le médecin.
Roy secoua la tête. Il avait deviné la majeure partie du raisonnement tout seul, et les conclusions de Knox ne les avançaient pas sur la destination d'Ed…
« Où pourrait-il être parti ? » Demanda-t-il.
« Je l'ignore malheureusement. » Le docteur secoua la tête. « Un endroit où il se sentirait en sécurité, peut-être avec des proches qui sont jusque-là restés extérieurs à toute cette histoire. Peut-être une tante éloignée, un cousin… Ou des amis assez proches de son obsession pour qu'il les relie à elle… »
L'esprit de Roy s'illumina soudain.
« Une tante, il n'en a pas… En revanche, il a un maître qui habite Dublith avec son mari. Elle lui a enseigné tout ce qu'il connaît sur l'Alchimie. » Dit-il avec excitation. Avec un peu de chance, ils retrouveraient Ed rapidement et cette histoire serait vite terminée.
« Oui, elle correspondrait au profil. » Acquiesça le médecin. Il rajouta cependant : « Mais souvenez-vous que ce ne sont que des suppositions, il peut tout aussi bien être parti vers l'inconnu ou errer sans savoir où il est… »
« C'est déjà une piste. » Affirma Roy. Il se tourna vers ses subalternes. « Une piste que nous allons explorer, envoyez Ross et Fuery à Dublith. » Il réfléchit quelques instants et rappela Havoc. « Havoc, je veux qu'avec le sergent Brosh tu ailles du côté de Lior, questionner une jeune fille qui s'appelle Rose Thomas. C'est plus loin mais elle le connaît et pourra peut-être nous aider. Je retourne à mon bureau pour mettre Riza au courant. »
« Sir, yes Sir ! » Répondit Havoc en le saluant.
Al attendait sur le quai le train qui amenait Winry. Combien de fois avait-il rêvé qu'elle venait le rejoindre, qu'Ed et elle se séparaient ? Beaucoup. Il ne l'avait jamais dit, n'en avait parlé à personne. Pas même à Winry. Surtout pas à Winry. Il avait espéré, longtemps, qu'elle dépasse son béguin pour Ed – qui semblait à peine la remarquer – mais quand il s'était rendu compte que c'était plus profond et qu'elle voulait passer sa vie avec Ed – et que ça s'avérait réciproque… Il laissa tomber. Mei était une fille adorable, vraiment. Un peu jeune peut-être mais… Mais pourquoi pas. Il espérait que ça marcherait. Il voulait que ça marche…
Et voilà qu'Ed… Qu'Ed…
Voilà que ses sentiments... Parce que Winry était terrifiée par Ed.
Ce n'était pas la faute d'Ed. Nononon. Ed avait toujours été là pour lui. Avait sacrifié son bras, puis son Alchimie, la chose qu'il chérissait le plus au monde, pour lui. Alors pourquoi ne pouvait-il s'empêcher de… ? De se dire des si seulement ? Al ressentit une vague de désespoir au moment même où la voix froide et féminine annonçait que le train entrait en gare. Il se détestait. C'était de sa faute si son frère était fou. Enfin, pas directement de sa faute, mais Ed n'aurait pas donné son Alchimie sans lui…
Et pourtant, Al... Al osait...
Mais c'était faux ! Faux ! Ed était un merveilleux frère… Et contrairement à ce qu'il avait dit à Roy, aurait sans aucun doute été un excellent père… Peut-être que Winry exagérait. Sans doute en fait. Maintenant qu'il y réfléchissait calmement, sans avoir le souvenir de la voix douce de Winry, il semblait vraiment très bizarre qu'Ed se mette à agir comme ça… Il en avait probablement eu marre du côté un peu mère poule de Winry. Il n'avait jamais aimé être protégé. Ed était celui qui protégeait les autres, pas l'inverse… Il en avait protégé tant…
Et maintenant, il courrait seul et perdu dans les paysages sauvages d'Amestris. Sans but. Rejeté de tous… Comme un paria.
« Winry ! » Appela-t-il quand il aperçut la familière chevelure blonde.
Elle courut vers lui et se jeta dans ses bras. Les larmes coulaient sur ses joues un peu roses. Il la trouva magnifique, même dans un tel état de chagrin. Elle avait des vêtements froissés, mais ils se moulaient bien sur sa silhouette et ses longs cheveux voletaient autour de son visage baigné de larmes, portés par le vent. Elle était belle, si belle… Se dit Alphonse. Pas étonnant qu'elle ait choisi Ed… Lui qui était resté si longtemps dans une armure laide et vide n'était pas… Pas assez digne.
Elle aime Ed, se rappela-t-il fermement.
Je suis son beau-frère.
Et pourtant… Qu'est-ce qu'il avait envie de l'embrasser ! Même les restes de la grossesse ne parvenaient pas à l'enlaidir à ses yeux ! Il sourit faiblement et essuya un peu sa joue gauche. Elle ne repoussa pas sa main.
« Tu m'as manqué Winry. » Chuchota-t-il. Il tenta de cacher la véritable émotion qui menaçait de percer.
« Oui, toi aussi Al… Qu'est-ce… Qu'est-ce qu'ils ont dit pour… Pour Ed ? »
Ed. Encore et toujours Ed. Sa mine s'assombrit.
« Pas grand-chose. Mustang n'a pas voulu me dire ce qu'ils allaient faire… »
« Mais pourquoi ? » Elle pleurait à nouveau, plus franchement cette fois. Ses yeux étaient rouges à présent et ses traits se tordaient en une moue suppliante.
« Je… Je ne fais pas partie de l'armée Winry… Et même, je suis personnellement impliqué. Ils ont pensé que je pourrais faire quelque chose comme… Comme aider Ed à s'enfuir… Ou quelque chose comme ça. » Il balbutiait un peu. Est-ce qu'il aiderait vraiment Ed, s'il le trouvait avant les militaires ?
« Est-ce que tu aiderais vraiment Ed si tu le trouvais ? » Demanda Winry. Elle lisait dans ses pensées, l'avait toujours fait.
« Je… » Il cherchait ses mots, ne savait pas quoi répondre. « Je… Sais pas. Peut-être mais… J'en sais rien en fait. » Il avala sa salive. Il avait une boule dans la gorge. « Et… Et toi Winry ? »
« Non. » Ferme et directe. Winry tout craché. « Il a besoin d'être aidé. Je suis bête de ne pas m'en être rendu compte plus tôt. »
Il hocha la tête avec incertitude. Etait-ce vraiment Ed qui avait besoin d'aide ? Est-ce qu'ils ne faisaient pas fausse route en le pourchassant comme un criminel ? Avec un soupir las, il saisit la valise de Winry et la conduisit à sa voiture. Est-ce qu'ils faisaient une grave erreur ?
L'avenir seul le leur dirait.
Ed marchait depuis longtemps. Sans doute. Ou pas. Il ne savait plus trop. Il suivait ce que lui disait les voix – la Vérité. Il ne s'arrêtait pas pour dormir et ne ressentait pas la moindre fatigue. Son Alchimie lui permettait de transmuter de quoi manger – de l'herbe en salade généralement – et parfois, il trouvait un animal qu'il tuait à mains nues et dévorait crû. Il ne riait plus. Ni ne pleurait. Son visage restait neutre, sans émotions. De temps en temps – de plus en plus rarement – il pensait à Winry, à Al. Dans ces moments-là, il serrait les dents pour ne pas hurler de colère, de rage, de fureur.
C'était de leur faute.
Ils avaient gâché son futur, en tuant son fils.
Il ne lui venait jamais à l'esprit que son fils était mort-né et que personne n'était à blâmer pour cet état de fait. Jamais. Les voix couvraient la moindre tentative de raisonnement censé – à quoi bon raisonner quand on peut suivre son instinct, ses sens ? Et il aimait ça. Toute sa vie, il avait vécu dans le giron de la science, de la connaissance.
Maintenant, il se laissait guider par le hasard, la Vérité. Une entité que personne ne connaissait vraiment, qu'on ne pouvait pas nommer. Pourquoi moi ? Pourquoi me désigner moi, comme son favori ? La Vérité ne répondait jamais vraiment à ses questions, préférait les éviter en lui promettant qu'il comprendrait. Il ne poussait pas plus loin (ça ne l'intéressait pas tant que ça) car après tout, ce qu'il voulait, c'était surtout entendre la Vérité. Pas tellement l'écouter non.
Juste l'entendre. Pouvoir savourer la voix double (ou triple) qui résonnait dans son esprit comme un écho cent fois répété.
La Vérité était son salut, son destin et sa déchéance. Elle lui avait rendu son Alchimie, sans prix apparent autre que cette cacophonie constante dans sa tête. Il trouvait ça peu cher payé pour lui redonner une connaissance et un pouvoir si grand. Pourquoi moi Vérité ? Hein ? Pourquoi ?
Tu comprendras petit homme. Edward Elric. Tu comprendras, tout prendra sens quand tu SAURAS.
Elle criait le mot « savoir » comme un mot à retenir et Edward le retenait, oh oui. Il saurait un jour, il saurait. Il comprendrait le monde et son fonctionnement, et son pouvoir serait grand, tellement grand que les gens comme Al et Winry ne pourraient que s'incliner sur son passage. Se jeter à ses pieds pour s'excuser de lui avoir pris SON FILS. Ils regretteraient, pour toujours, toujours, toujours et à jamais ! Il planta ses ongles dans la terre et gratta. Ça le détendait. Calmait son ressentiment. Et la terre aimait bien quand il la chatouillait comme ça. Il grogna soudain et se releva brusquement.
La Vérité voulait qu'il avance. Les voix le lui disaient.
Parfois, Solf lui parlait. Sa voix était toute faible et il n'entendait qu'un mot sur deux. Mais son fils disait d'écouter la Vérité, de le venger. Surtout contre Winry celle qui aurait dû être sa mère. Il caqueta de rire. C'était tellement drôle de les imaginer tous criants et suppliants comme dans son rêve. Surtout Winry. Il la tuerait lentement elle. Il lui écraserait les entrailles et jouerait avec ses intestins. Il lui trancherait les doigts et les pieds. Il l'étoufferait avec ses propres cheveux. Il briserait ses jambes et ses bras, lentement, au rythme des secondes passées à attendre dans un couloir froid pour finalement être déçu, apprendre une nouvelle morbide. Elle le supplierait. Et il lui cracherait à la figure, la grifferait et mordrait comme un animal sauvage. Peut-être qu'il la servirait en pâture à des bêtes sauvages… Peut-être qu'il la violerait et savourerait ses pleurs de désespoir et de honte… Ou bien son corps lui servirait de marchepieds et de tapis. Et puis et puis… Il y avait tellement d'autres choses drôles à faire à une victime ! Il trouverait sa méthode préférée et l'utiliserait sur elle – et sur d'autres. Mais il n'était pas pressé. Il avait tout son temps. Et puis, la torture était un bon passe-temps, mais pas un but en soi… Que faire ? Que dois-je faire, Vérité ? Que dois-je faire pour te satisfaire, te séduire, te combler ?
Certaines voix rirent et d'autre lui susurrèrent des propositions obscènes qui le remplirent de désir animal. Puis finalement, la Vérité parla, et sa voix amena Ed jusqu'à une extase qu'il n'avait jamais atteinte auparavant. Il s'écroula contre un arbre, haletant de plaisir et de jouissance.
Va, Edward Elric, va, alchimiste qui renaquit de ses cendres… Va à Dublith et rencontre ton destin. Là-bas, tu comprendras, tu verras, tu SAURAS.
Edward acquiesça machinalement, les yeux embrumés. La Vérité avait parlé, il obéirait.
Et il aimait tellement ça…
« Selim ! Selim ! Mon loulou ? Viens manger s'il te plaît ? »
Il gloussa. Il était caché dans les buissons, et jamais sa mère ne penserait à regarder là – surtout qu'il lui était strictement interdit d'y aller. Il ne voulait pas manger. Il préférait jouer à attraper les papillons. Ou écraser les gendarmes. Il leur faisait un cimetière, les forçait à le visiter pour le remplir un peu plus. Ce qu'il préférait c'était séparer les « amoureux » et trouver la femelle pour écraser ses œufs. Parfois il laissait le mâle vivre, pour qu'il le conduise jusqu'à la colonie. C'était drôle de les voir tout paniqués ! Bien sûr, il devait faire très attention. Le simple fait de tenir un couteau pointu attirait l'attention des messieurs qui les gardaient, lui et sa maman, alors écraser des insectes…
Selim Bradley était un garçon intelligent. Il lisait beaucoup. Il observait. Il utilisait sa tête. Alors il avait vite compris que les messieurs qui les surveillaient n'étaient pas des gens sympathiques, qu'ils avaient des armes et qu'ils tueraient si nécessaire. Selim en savait beaucoup sur Amestris et sur ses politiques. Son histoire aussi. Il n'était pas bien vieux, mais il apprenait vite et était avide de plus de connaissances. Sa mère l'appelait « mon petit génie » parfois et il se rengorgeait de fierté. Il avait des tuteurs aussi et un psychologue. Il ne savait pas pourquoi. Peut-être parce que son père, l'ancien Führer était quelqu'un de méchant et qu'ils voulaient être sûrs qu'il ne devienne pas comme lui…
Ils pourraient être plus gentils quand même. Il n'y avait pas mort d'homme, comme disait sa maman.
Quand il lisait des livres, il cherchait toujours des informations sur le Fullmetal alchimiste. Selim adorait le Fullmetal. Ce garçon, devenu Alchimiste d'Etat à, à peine douze ans, qui avait tout sacrifié pour ceux qu'il aimait… Bras, jambes, réputation, santé, jeunesse et même Alchimie… Selim aimerait pouvoir devenir comme lui, aussi courageux et généreux. Mais il ne le disait à personne. Sa mère n'aimait pas beaucoup le Fullmetal – Il ne savait pas pourquoi – et elle pinçait les lèvres d'un air triste chaque fois qu'il en parlait. Quant aux militaires… Ils lui riraient au nez certainement.
Mais Selim y croyait lui.
Il était sûr que s'il rencontrait un jour le Fullmetal – l'ancien Fullmetal – le garçon lui assurerait qu'il pouvait y arriver. Devenir un héros, quelqu'un qui se sacrifie pour sa famille, ceux qu'il aime… Et qui vit heureux le temps qu'il doit vivre.
« Je t'ai trouvé Selim ! » Et soudain, une main saisit Selim par le col et le traîna hors de sa cachette.
« Aaaah ! Maman ! » S'écria-t-il en se débattant un peu. « Je jouais ! »
Sa mère tourna vers lui un visage sévère :
« Je t'avais dit de ne pas jouer là ! Après qui est-ce qui doit laver tes vêtements ? Moi. Obéis un peu s'il te plaît loulou… Et quand je t'appelle, tu arrêtes tes jeux et tu viens tout de suite. »
L'enfant fit la moue mais acquiesça. Sa mère le relâcha et ils se dirigèrent vers la porte-fenêtre qui menait à la cuisine. Une délicieuse odeur de poulet rôti s'en échappait et Selim se pourlécha les babines, soudain affamé. Il se précipita vers sa place et saisit couteau et fourchette, prêt à dévorer chaque portion de nourriture qui lui était offerte. C'était un gros mangeur.
« Grand faim, petit faim ? » Demanda sa mère, comme à chaque repas.
« GRAND FAIM ! » S'exclama Selim en levant sa fourchette en l'air, un grand sourire sur le visage.
Elle le servit abondamment, en faisant très attention à ne pas renverser la moindre goutte de sauce sur la nappe blanche. Selim entamait son repas quand il grimaça soudain. Une vive douleur lui traversait le front, comme si on plantait une aiguille dedans et qu'on tournait.
« Loulou, ça va ? » Demanda sa mère d'une voix inquiète. Il ne devait pas l'alarmer.
« Oui, oui… C'est un peu chaud c'est tout. » Répondit-il en se frottant le front.
La douleur avait disparu aussi rapidement qu'elle était apparue. Il se demanda s'il devait en parler à son psychologue, qu'il verrait plus tard dans l'après-midi… Puis décida que non. Il préférait garder ça pour lui.
Un instinct lui soufflait que c'était la meilleure chose à faire.
« Tu es sûre qu'on trouvera le Fullmetal à Dublith ? Nan parce que quand même… Si j'étais soupçonnée de meurtre… Enfin, je l'ai déjà été et autant de dire que j'évitais mes proches comme la peste ! » Demandait le Lieutenant Maria Ross à son coéquipier du moment tout en gardant un œil fixé sur la route.
« Peut-être… Mais la situation était quand même différente… D'abord tu n'as pas été déclarée folle et tu étais censé avoir tué un membre éminent de l'armée. Et puis même, il y avait les Homonculi qui manipulaient tout dans l'ombre, sans parler du Commandement de l'Armée… » Répondit l'Adjudant Kain Fuery.
Les deux militaires se dirigeaient à contrecœur vers la ville de Dublith pour retrouver et arrêter l'ancien Fullmetal Alchemist, Edward Elric – avec pour ordre de tirer pour blesser s'il s'avérait dangereux ou s'il avait agressé quelqu'un d'autre. Ni l'un ni l'autre n'avait appris avec joie leur mission et le Lieutenant avait même été jusqu'à se prétendre malade pour éviter la corvée que de nombreux militaires redoutaient : devoir pourchasser, arrêter voire même tuer une connaissance, un ami. Fuery tourna son regard vers le paysage extérieur qui défilait.
Qu'est-ce qu'il s'était passé pour qu'Edward change autant ?
« MEI ! UNE LETTRE POUR TOI ! »
Mei sursauta et tomba dans un grand fracas de la poutre où elle faisait des exercices de yoga, en suspension sur un doigt. Elle grogna et se frotta la tête, là où elle sentait déjà une grosse bosse se former. Y avait pas idée de crier comme ça pendant ses heures d'entraînement aussi ! Il allait falloir qu'elle passe un savon à cette stupide servante – une nouvelle sans aucun doute. D'ailleurs, il n'y avait que les nouvelles pour ne pas vraiment se rendre compte de son rang et la traiter comme une enfant.
« Tu m'as fait tomber idiote ! » Cria-t-elle dès que la jeune domestique entra dans la pièce.
L'autre fillette rougit et fit deux ou trois courbettes en s'excusant. Puis elle tendit le parchemin – Un message d'Amestris ? Alphonse ! – et repartit en courant pour ne pas s'attirer encore plus le courroux de la jeune princesse. Mei l'entendit vaguement un grand cri terrifié et une bruit de bousculade, puis une chute. Quelle maladroite quand même. Des hurlements se firent entendre, de colère cette fois. Elle avait dû renverser quelqu'un.
Mei ouvrit avidement la missive et déchiffra le message. Alphonse passait rapidement les formalités d'usage – étonnant de sa part – avant de passer directement au sujet principal de la lettre.
Mei ouvrit de grands yeux. Ouvrit la bouche.
« LIIIIIIIIING ! »
Il n'allait pas aimer ça. Mais alors vraiment pas…
Ils étaient dans la merde. Royalement.
Dublith, la nuit. Il s'en souvenait vaguement – il y avait quelqu'un qui y vivait, quelqu'un qu'il aimait bien. Le trajet avait été long et laborieux, mais il ne l'avait pas vu passer. Les voix l'avaient distrait. Et puis, marcher pouvait être drôle. Ed s'était beaucoup amusé à sauter à pieds joints dans les quelques flaques d'eau (d'herbe aussi) qu'il avait trouvé en chemin. Ou à faire peur aux animaux qu'il voyait (à les éventrer à mains nues). Il courrait parfois. C'était bien, de sentir le vent contre son visage et dans ses cheveux.
Il était arrivé.
Il évita les rues bondées par pur instinct. Le peu de gens qu'il croisa ne l'embêtèrent pas, à peine s'ils le regardaient – peut-être le prenaient-ils pour un animal humanoïde, une chimère avec qui il ne faut pas s'amuser. Ou bien simplement faisait-il trop peur avec ses gloussements perpétuels, ses gémissements plaintifs quand il bougeait trop son bras, son air d'enfant égaré… Il rit à l'image. Il n'était pas un enfant, il était le père, le papa, le papounet qui avait perdu son fiston, son bébé, son tout petit…
Il était peut-être un peu hystérique sur les bords.
Il ne savait pas trop où il allait. Dublith lui paraissait si peu accueillante, si… Humaine. Grouillante de vie, comme une fourmilière. Il voulait donner un coup de pied de dedans. Ecraser ces petits insectes ridicules qui se croyaient supérieurs, tellement grands, comme des dieux (des démons). On ne jouait pas avec l'Alchimie. C'était la Vérité qui le disait. La Vérité et sa silhouette entre génie, esprit et Dieu, ricanant et souriant comme un saint ou un damné. Asexué et double, triple, comme sa voix, comme les voix. Edward l'adorait, la Vérité, l'aimait et la vénérait. Elle était son salut, la dernière portion de raison qui le guidait dans son océan de folie, une mer de sacrifices, de sang rouge et noir comme un drapeau révolutionnaire qu'on brûlait pour faire taire des dissidents. Elle était sa barque, sa petite embarcation pour naviguer entre les vagues de névrose.
Elle était son Tout.
« Vérité, douce Vérité… Dis-moi, dis-moi » Gémissait-il avec ferveur. « Dis-moi où je vais ? Et pourquoi ? Pourquoi hein ? Tu sais tout Vérité, tout, tout, tout, tout, tout alors dis-moi ce que tu veux que je fasse pour te plaire ? »
« Edward ? » S'exclama une voix presque familière.
Ed se retourna, furieux qu'on interrompe sa prière à sa chère Vérité. C'était un homme grand, bronzé et barbu. Il portait une tenue de boucher – avec du sang, rouge, rouge comme celui de Solf – et un grand hachoir dans la main gauche. Il avait les sourcils froncés, et des petits yeux noirs, avec une lueur gentille et étonnée. C'était un bel homme – peut-être. Comment s'appelait-il déjà ? Ed le connaissait… Il en était sûr… Cid ? Sir ? Quelque chose comme ça. En tout cas, il devait disparaître. Oui, oui… Fais-le disparaître… Assouvis tes fantasmes, tes rêves… Réalise ton désir, mon petit enfant de démon… C'est un innocent et pourtant, pourtant tu vas le tuer comme s'il était ton pire ennemi… N'est-ce pas Edward Elric ? N'est-ce pas ?
« Oui Vérité, je le ferai. » Répondit Ed, extatique. L'homme fronça encore plus les sourcils.
« Petit ? » Demanda-t-il. Il avait l'air tellement inquiet pour lui.
Ed fit la grimace. Répugnant.
« Il est l'heure de mourir monsieur l'inconnu. » Il chantonnait, tapait dans ses mains. Dansait d'un pied sur l'autre. Frappait l'homme au ventre. Au cou. Le mordait au bras et lui arrachait un morceau de chair. « Vous ne voulez pas mourir ? Méchant. Il vaut punir les enfants qui désobéissent. » Les yeux d'Edward luisaient d'un éclat malsain, mais heureux, ô tellement heureux !
Il sauta à la gorge de Sid (Voilà son nom ! Sid Curtis !), et lui enfonça un pied dans les côtes. Sid, trop abasourdi, ne fit que parer mollement l'attaque et Ed profita de sa lenteur à comprendre ce qui se passait pour assommer l'adulte d'un coup de jambe automail dans la nuque. Il atterrit souplement sur ses pieds et se releva gracieusement. Il souriait, maladivement.
« Comment vais-je te punir, morveux ? » Demanda-t-il au corps inconscient avant de se tourner vers le mur de la ruelle sombre où il se trouvait : « Et vous ? Aucune idée non plus ? Rooh… Oh je sais ! Et si je lui tranchais les membres avec son hachoir ? Ce sera drôle en plus ! »
En battant des mains comme un enfant excité, Ed saisit l'arme tombée sur le sol poussiéreux et la prit des deux mains. Avec un hurlement de rire à en réveiller les morts, il abattit l'arme sur le bras droit de sa victime. La lame s'enfonça dans la chair comme dans une motte de beurre et trancha l'os et les veines. Sid poussa un beuglement de cochon qu'on égorge, se réveillant sous le choc mais Ed le frappa à la tempe et il s'effondra comme une poupée désarticulée. Seuls quelques tremblements – de peur ou de douleur, Ed n'en savait rien – trahissait qu'il était encore en vie. Du sang s'écoulait dans la rue. Un rictus fleurit sur les lèvres sèches d'Ed.
C'était amusant ! Amusant, amusant, amusant, amusant, amusant, amusant, amusant, amusant, amusant, amusant, amusant, amusant, amusant, amusant, amusant, amusant, amusant, amusant ! Il adorait ça ! Cette sensation de toute puissance, de pouvoir sur sa victime ! Ce sentiment qui le dévorait de l'intérieur, comme un feu brûlant dans ses veines. Ça ressemblait à du désir, une jouissance prochaine, mais cette fois, la Vérité n'y était pour rien. C'était du sadisme pur et simple qui lui occupait chaque parcelle, chaque fibre de son corps et de son esprit.
Il en voulait plus.
Il leva à nouveau le hachoir. Un peu de sang coula sur son poignet. Il baissa son bras. Recommença. Encore, et encore, et encore, et encore. Deux, trois, quatre, dix, cent fois. Son rire s'accentuait, comme le cri de rage vengeresse de celui qui satisfait enfin ses pulsions les plus morbides. Celles qu'on ne perçoit pas, qu'on ignore. Il aimait ça… Du sang coula de sa joue à ses lèvres. Il le lécha avidement, ravi de sentir le goût particulier dans sa bouche assoiffée. Il se pencha et suça la gorge ouverte. Le sourire de l'ange qu'ils appelaient ça, les militaires. C'était joli et poétique, mais la blessure ne ressemblait à rien, découpée et broyée par une lame deux fois plus large qu'une main. C'était davantage un sourire de clown, grotesque et sanglant. Ed sourit, la bouche, le menton, les joues, les vêtements barbouillés de sang.
« Voilà Vérité ! » Clama-t-il d'une voix dévouée. « Ton ennemi est mort, je l'ai tué comme je le désirais ! Que dois-je faire ? Marcher, danser, chanter, tuer encore ? Oh oui, tuer encore ? » Il s'esclaffa avec agitation. « Dis oui, dis oui ! Je veux encore cette sensation ! »
Tu en auras… Tu es là pour ça Edward Elric… Mais maintenant que tu as payé tout ton tribut, je dois aussi respecté ma parole… L'échange équivalent tu te souviens ? La voix de la Vérité se divisa en des dizaines de caquètements désagréables. Tu m'as donné ton âme, du sang, ta raison de vivre… Je te rends ton Alchimie et je te donne ma porte… Cher Père, rappelle donc tes enfants… Ils doivent être impatients de te revoir. Nous nous reparlerons bientôt Edward Elric… Mais pour l'instant, trouve un endroit sûr et repose-toi, savoure ta nouvelle vie… Ta nouvelle apparence, ta nouvelle immortalité…
Homonculus.
Ed sourit et acquiesça avec adoration.
Homonculus. Père.
A nouveau, un rire hystérique le secoua. Il jeta un regard rassasié au cadavre à quelques mètres de là. Pourquoi personne n'était venu ? Les humains n'étaient pas très malins. Que des pierres qui constitueront ton Empire chuchota l'un des voix. Des insectes à écraser. Cria une autre. Ensemble, ils sont forts mais séparés, ils ne valent pas plus que des mouches. Affirma une troisième.
La cacophonie reprenait et il l'écoutait avec attention, la tête penché sur le côté. Avec un soupir, il saisit le hachoir et se mit en route. Arrivé sur la grande route – toujours personne en vue, remarqua-t-il – il sourit. Poussa un grand cri et encastra l'arme dans le mur le plus proche. La lame ne bougea plus. Quelques ricanements moqueurs lui échappèrent, secouèrent son corps tremblant. Il savait exactement où aller.
Devil's Nest. L'antre de l'un de ses Homonculi, l'un de ses enfants.
Fin du chapitre.
Voilà.
J'ai pas grand-chose à rajouter, à part le fait que j'insiste, les reviews, c'est vraiment encourageant (ceux d'entre vous qui sont auteurs devraient comprendre, non :D) !
Donc... Vous savez ce qui vous reste à faire ^_^
