Rêveries
Chapitre 2 : Rêveries de l'aube du monde (1)
Résumé : Quatre se rappelle ce qui l'a amené à quitter sa famille, et fait une étrange proposition à Heero, qui pourrait bien changer leurs vies.
Bande son (ce que j'écoute en écrivant):
Voici la mort et Crépuscule, de Damien Saez. Ice Queen et Hand of sorrow, de Within Temptation. How to save a life, de The Fray. Read my mind, de The Killers. Bodysnatchers et Idiotheque, de Radiohead. Over my shoulders, de Mika. Talulla, d'Indochine. Endlessly, de Muse.
"Ne mépriser la sensibilité de personne. La sensibilité de chacun, c'est son génie." Charles Baudelaire
J'étouffe. Cette vie m'oppresse. Je n'ais qu'une envie, c'est de me libérer de ces chaînes qui m'entravent.
Ils croient pouvoir diriger ma vie. Ils se trompent fortement. S'ils pensent que "le gentil et mignon petit Quatre" restera passif à jamais, c'est une erreur. Mon père est mort, mes sœurs introuvables. Duo disait avec envie que j'avais une famille. Mais plus maintenant. C'est un des mes oncles qui ma "recueilli". Il habite dans une demeure extravagante, dépense de l'argent sans compter, et n'a absolument aucune morale. Bref, j'ai peine à croire qu'il puisse être le frère de mon père.
Il croit qu'il peut me manipuler. Il pense que je ne vois pas ses actions pour s'emparer de mon héritage : il ne sait pas que je détourne l'argent, chaque nuit, avec acharnement, sur ce magnifique ordinateur dernier prix dont il m'a fait cadeau en croyant sans doute pouvoir m'acheter. Heero serait ravi devant une telle merveille de technologie. Ironiquement, c'est en utilisant ce petit bijou, que lentement mais sûrement je mine sa compagnie, je lui fais perdre de l'argent par millions, que j'utilise pour corrompre ses "fidèles collaborateurs". Ma haine pour cet homme me surprend moi-même, mais je ne supporte pas qu'on me sous-estime.
J'étais un pilote de gundam après tout, j'ai osé prendre des initiatives, mettre mon bon cœur de côté pour ce que je croyais être juste. Après m'être battu sur un champs de bataille, ces bureaucrates bouffis d'orgueil ne me font pas vraiment peur. Mon oncle pense pouvoir prendre ce qui me revient de droit, l'argent que mon père à gagner à la sueur de son front. Fort bien. Je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas le ruiner.
Je suis devenu cruel, peut-être. La guerre agit sur tous.
Mais je pense que j'ai conservé une certaine bonté : j'ai déjà réfléchi à une stratégie pour que les employés de mon oncle ne se retrouvent pas au chômage après sa chute. Stratégie assez simple en fait : les engager dans ma propre compagnie. Ils ne sont pour rien (du moins la plupart) dans la perversion de mon oncle.
Car mon oncle est perverti. Il organise des orgies pures et simples dans sa résidence à l'architecture ridicule. Il invite toute une société de patrons, de riches (qui on gagnés leur statut plus ou moins honnêtement ), et tout ce beau monde boit toute la nuit, déguste des plats horriblement chers (et le lendemain prétendent combattre la faim dans le monde ), et ils copulent sauvagement.
Mon oncle me traite comme un enfant, il croit que je dors. Comment dormir avec le tapage ignoble que tout ce petit monde fait ? Comment ne pas remarquer ces grandes femmes aux tenues outrageuses, qui me pince la joue quand elles me croisent dans les couloirs, comme elles feraient pour un petit enfant ? Comment ignorer ces jeunes hommes aux allures d'Adonis de temps modernes, aux tenues de cuir provocantes ?
Mon oncle paie des femmes et des hommes pour animer ces joyeuses orgies, dignes de la décadence romaine. Ils rient et gémissent, hurlent et ricanent. Et le matin quand je traverse le grand salon pour aller prendre mon petit déjeuner, je marche à moitié sur des corps nus étalés un peu partout. La première fois que j'ai contemplé ce tableau, j'ai vraiment cru qu'il y avait eu un massacre…
J'ai du étouffer mon empathie pour ne pas ressentir des émotions violentes des participants à ces petites "fêtes". Pour ne pas suffoquer sous le poids de l'ambition de mon oncle, sa volonté de toute puissance, de richesse, de domination.
Il m'affirme que tant que je n'ai pas 21 ans il gère la grande partie de mes biens, et que si je partais, il s'en retrouverait le possesseur (2). Cela m'écœure. Pas que je sois sans le sou : l'argent que j'ai détourné me suffirait largement pour vivre confortablement pendant une petite centaine d'années, sans compter certains revenus, astucieusement placés en bourse, qui me rapportent de jolis bénéfices.
Mais je ne peux pas laisser cet homme arriver à ses fins. C'est dans ma nature : si je lui laisse ma fortune, il s'en servira pour devenir plus puissant, soumettre plus de gens, et je ne peux pas supporter l'idée que l'argent de mon père, mon argent, serve à cela. Je veux aider les gens avec cette fortune, je veux rendre hommage à mon père.
...……………((((( )))))………………...
Je sens que j'émerge petit à petit du sommeil. Le soleil empli la pièce, dont les rideaux ne sont pas fermés. L'aube se lève avec grâce sur le monde, promesse d'un monde meilleur, d'un jour qui commence, une espérance sans celle renouvelée chaque matin. Le monde sort de son sommeil, s'étire, et jète un regard bienveillant et neuf sur les montagnes, les plaines ondulantes, les fleurs fragiles qui se dressent fièrement dans le vent. Et même sur les hommes : le monde nous regarde avec espoir, car chaque aube est une espérance que l'espèce humaine s'améliore, qu'elle change.
Chaque matin en regardant le soleil se lever, je sens mon cœur se gonflé d'espoir, et c'est grâce à cela que j'ai pu tenir pendant la guerre, puis chez mon oncle, puis après ma fuite…
Je tourne ma tête à côté du lit où je suis allongé. J'ai l'esprit encore confus, à moitié perdu dans les brumes du sommeil, et quand mon regard se pose sur Heero, j'ai plus l'impression de voir une apparition quasi divine, à la place de mon compagnon d'infortune, toujours si sérieux et acharné à la tâche. Il est endormi.
Je crois bien que jamais je ne l'ai vu dormir. Il était notre éternel gardien, le garde attentif prenant toujours le premier tour de garde. Sa présence rassurante et forte près de nous pour dissiper nos peurs.
Mais là, dans la lumière du levant, une sorte d'aura entoure mon ami, qui dort sur une chaise près du lit. Il a les mains croisées sur les genoux, la tête penchée sur son épaule. Je songe avec compassion qu'il aura mal aux cervicales en se réveillant. Il dégage de nombreuses sensations, sentiments, impressions…Cet être énigmatique m'évoquait un magnifique félin, toujours à dormir sur une seule oreille. Mais là, le Heero Yuy que je vois devant moi est profondément humain, avec ses forces et ses faiblesses. Et cela m'émeut profondément.
Les rayons du soleil matinal tombe sur son visage harmonieux, étrangement détendu, pour une fois. Ses cheveux d'un brun presque noir sont comme auréolés d'une lumière orangé. Il semble vraiment être une apparition, une créature fascinante venue d'un autre monde.
Heero est un être incroyablement complexe, c'est la seule conclusion à laquelle je sois arrivée après ces années passées près de lui pendant la guerre. Parfois, sans le vouloir, je captais des bribes de ses sentiments. Je n'ai jamais vraiment réussi à les décrypter, ce qui ne m'a pas, bien évidemment, empêché de le soutenir, d'essayer de le faire sourire, de faire qu'il se sente bien, et je sais qu'il était sensible aux attentions que je lui portais.
Est-ce le hasard ou …?autre chose ? Qui nous a fait nous rencontrer, dans cette rue déserte, en pleine nuit. Je ne crois pas vraiment au destin. Je ne l'ai pas reconnu tout de suite. D'abord parce que mon esprit n'étais pas très clair, et ensuite parce que je n'osais pas croire à son apparition trop belle pour être vraie.
Je m'assois dans le lit. Je suis toujours nu. Je sens une violente couleur rouge colorée mes joues quand je pense à mon étreinte désespérée d'hier soir. A lui nettoyant la crasse de mon corps, aujourd'hui décharné. Ses mains sur moi. Son regard sur mon corps…je me sens faible à cette seule pensée. Je me suis rapidement rendu compte de mon attirance étrange pour ce brun aux yeux de glace. Je ne sais pas trop si c'est vraiment de l'amour, en tout cas c'est un lien profond qui m'unit à lui. Je l'ai recherché après qu'il ait été adopté, mais il avait déjà effacées toutes les traces.
Et maintenant je suis nu comme un vers, à le contempler. Il émane de lui à la fois une fragilité d'enfant, et en même temps une force extraordinaire. Un paradoxe impossible à comprendre. Ses mèches brunes sont toujours aussi désordonnées, je pense avec un petit sourire. Elles lui tombent sur les yeux, comme si Heero voulait cacher qu'il dort, masquer cet état où l'homme est sans défense.
Je remarque un plateau couvert de nourriture, et à cette vue mon corps me rappelle que cela fait bien longtemps que je n'ai rien ingurgité. Je me jète dessus comme un drogué en manque. Heureusement que Heero dort. Je ne regarde pas vraiment ce que c'est, peut importe le goût, la consistance, autant de choses qui m'auraient préoccupés avant.
Mais là j'ai FAIM. Je mange sans pouvoir m'arrêter, comme si on allait soudain m'enlever cette nourriture, comme si j'allais m réveiller, et me rendre compte que le plateau abondamment garni, Heero, les mains d'Heero, le regard d'Heero, l'étreinte, le lit chaud, tout cela n'est qu'un rêve.
Je ne sens le regard de Heero qu'au bout de longues minutes. Je tourne timidement la tête vers lui. Dans ses yeux se disputent un léger amusement et une sorte de joie diffuse, mêlée de reproches plus amusés que sévères. Je me sens un peu gêné : je n'ai pas perdus mes réflexes de fils de bonne famille, qui veulent que l'on attendant les autres pour manger. Je marmonne un vague "Désolé".
Ma gorge est encore douloureuse, mais eu moins je semble être capable de parler à peu près. A ma grande surprise, Heero esquive une sorte de microscopique sourire amusé.
"Ca fait plaisir de te retrouver."
Je comprends ce qu'il veut dire : il est content de me voir, mais il est aussi content de constater que je n'ai pas perdues mes habitudes. Je me sens rougir encore un peu plus, et même si j'essaie de ne pas le regarder pour ne pas accentuer mon trouble, je sens son sourire s'élargir.
Je me dis qu'il doit être magnifique, un sourire aux lèvres, nimbé de cette douce lumière, les yeux remplis d'un amusement enfantin. C'est ce qui me fait tourner la tête vers lui, pour le regarder, pour le contempler. C'est vrai que cela sublime ses traits. mais il sens mon regard inquisiteur, et il reprend cette expression glaciale qu'il abhorrait la plupart du temps pendant le guerre .
Je voudrais recommencer à manger, mon estomac crie famine, mais je n'ose pas. Heero voit mon trouble, et se saisit d'une pomme, qu'il commence à manger d'un air distrait. Je souris à cette délicate attention, et je reprend mon repas, avec moins de gloutonnerie tout de même. Heero pioche de temps à autre dans mon plateau, et nous mangeons en silence.
Bientôt, je sens que je ne pourrais rien avaler de plus, même si la sensation de faim qui me torture depuis ma fuite n'a pas complètement disparue. Et nous nous retrouvons face à face, moi, trop gêné pour oser parler, et effrayé du moment où Heero me posera des questions, et lui, stoïque comme à son habitude.
Je me sens un peu bête, et finalement, les mots, ou plutôt le mot, que je dois prononcé, m'apparais comme une évidence. Je me racle un peu la gorge, et je murmure, plantant mes yeux dans les siens, et avec toute la sincérité dont je suis capable.
"Merci"
Merci de m'avoir sauvé, de m'avoir ramené chez toi, de m'avoir donner à manger, d'être présent tout simplement. Et je crois que Heero saisit ce que mon regard véhicule, car il se lève, et, doucement, m'entoure de ses bras. Je frisonne à son contact. Je ne sais pas vraiment pourquoi il fait cela, lui qui était si froid, mais je ne vais pas m'en plaindre.
Depuis notre étreinte silencieuse hier soir, j'ai l'impression que nous sommes plus proches, qu'un nouveau mode de communication s'est instauré entre nous, basé sur des étreintes et des regards qui en disent long. Et cela me plait.
Je n'avais jamais ressenti cela, la chaleur de son corps contre le mien, et je dois avouer que j'adore cela. Nous ne disons rien, mais je sens comme un contact entre nous, plus profond que le simple contact physique. Je passe mes bras autour de son torse, pour lui rendre son étreinte. Il ne se raidi pas à ce toucher, comme il le faisait avant, chaque fois que nos peaux se frôlaient par inadvertance.
Mais au bout de quelques instants d'éternité, je me rappelle que je suis toujours complètement nu. Hier, l'avalanche de sentiments qui m'a emporté, m'arrachant des larmes douloureuses, m'avait presque fait oublié ce détail, et même si je sais qu'il m'a vu sous toutes les coutures pendant qu'il me lavait, ma pudeur se réveille, et je m'écarte de lui, dans un geste un peu plus violent que je ne l'aurais voulu.
Parce qu'il n'y a pas que ma pudeur, il y a aussi la peur. Je n'ai pas peur de lui, au contraire : j'ai peur de mes sentiments. Je crains que mon affection pour lui se transforme en quelque chose de plus profond, je sens mon amour pour lui, refoulé depuis si longtemps, sur le point de m'envahir. Et j'ai peur de me faire du mal, de lui faire du mal, alors que le moment n'est pas vraiment à ça.
Il doit se poser une foule de questions, et moi, je ne pense qu'à le toucher, à ressentir intensément sa présence, alors qu'on ne s'est retrouvés que hier. Je me couvre du drap. Il disparais dans une salle à côté.
Ho non …je l'ai vexé! Il m'en veux, et c'est bien normal : il me sauve, m'amène chez lui, me témoigne de l'affection, et moi je le repousse sans raison. Ne me déteste pas, Heero, je t'en supplie !
J'oublie ma pudeur (enfin presque, je noue quand même le drap autour de ma taille), et je me précipite vers la pièce où il est parti. Mes jambes faiblissent, et au bout de deux pas, se dérobent sous moi.
Je vois le sol se rapprocher dangereusement, et je tombe douloureusement sur le parquet. Je parviens à me mettre à genoux, et, presque en rampant, me traînant misérablement, faible et chétif, à peine capable de maîtriser mes propres muscles, je parviens jusqu'à la porte de la salle où a disparu Heero. La porte est restée entre ouverte, je l'ouvre complètement, pour voir mon ami en train de fouiller dans un grand placard. Le pièce s'avère être une petite salle de bain, où Heero range apparemment ses vêtements, à en juger les piles de pantalons, de pulls et de chaussettes que le jeune homme rejète à côté de lui, tout à sa fouille frénétique.
Et là je comprends : Heero n'est pas parti parce qu'il m'en veut de l'avoir rejeter, mais parce qu'il avait compris mon trouble. Il connaît ma pudeur. Il me connaît. Et cette pensée me soulage tellement, et la vision de mon ami, l'imperturbable soldat, en train de fouiller ses placards, est tellement cocasse et rafraîchissante, que je ne peux pas m'empêcher d'éclater de rire.
Le brun se retourne vivement, un peu surpris de me voir affalé à terre, contre la porte de la salle de bain, empêtré dans le drap blanc, en train de rire. Rire.
Duo disait que mon rire cristallin était son médicament, qu'il lui réchauffait le cœur et lui redonnait espoir. Trowa lui même, cet ami si cher à mon cœur, mais tellement solitaire et renfermé sur lui-même, m'a un jour dit qu'il adorait mon rire, que cela lui rendait une part de son innocence enfantine, lui qui a été élevé très durement, chez les mercenaires. Même Wufei avait laisser échapper une remarque sur mon rire, alors que Duo le taquinait en riant bruyamment et de façon obscène, il avait dit que son rire était "loin d'être aussi beau que celui de Winner". Cette remarque m'avait profondément touchée.
Mais mon hilarité passe rapidement, quand je réfléchis (je ne sais pas vraiment pourquoi cette pensée se présente à mon esprit maintenant ) que depuis que nous nous sommes revus, nous avons échangés deux étreintes, mais à peine quelques mots. Je le regarde gravement, cela doit faire bizarre après mon accès d'hilarité de tout à l'heure, mais peu importe.
"Heero, il faut vraiment que nous discutions."
A ma grande surprise, Heero m'adresse un sourire franc, bien réel, je vois même deux petites fossettes creuser ses joues. Mais je ne reste pas longtemps dans ma contemplation, un peu vexé qu'il se moque de moi alors que je suis extrêmement sérieux.
"Quoi ?" je demande un peu abruptement.
Mon sourire s'efface mais l'air moqueur reste sur son visage. Il s'approche de moi, et, sans que j'ai pu le prévoir, me prend rapidement dans ses bras. Mais pas comme un sac à patates, pas comme un soldat blessé qu'on rapatrie au QG. Non. Il me porte avec délicatesse, attention, gentillesse peut-être même. Mais je me fait sûrement des illusions. Non : les gestes en disent plus long que les mots. Avant, nous ne nous parlions pas beaucoup, mais il ne me touchait jamais. Maintenant, depuis hier soir (j'ai l'impression que cela fait une éternité ) j'ai en de maintes reprises senti ses mains sur moi, et c'est comme un nouveau langage qui s'est mis en place.
Une façon de communiquer plus véridique, plus sincère que la parole. Il me porte jusqu'au lit, sur lequel je m'assois, docile. Il se place près de moi. Je suis assez confus et bébé : je suis toujours nu, recouvert de ce simple drap blanc, que je bataille pour faire tenir en place.
Je suis à la fois ravi de sentir sa cuisse contre la mienne, mais déçu de ne pas pouvoir le regarder dans les yeux. Réflexion faite, ce sera peut-être mieux. Je n'ai pas envie de sentir son regard sur moi alors que je raconterais mon histoire.
Les minutes défilent. Nous ne parlons pas, ni lui, ni moi. Je ne sais pas comment aborder le sujet de ma fuite, alors j'ai un comportement de lâche, je lui demande de me parler de lui pour qu'on ne parle pas de moi.
"Alors…comment ça se passe dans ta famille?"
Il ne répond pas, mais je le sens se raidir. Apparemment ce n'est pas l'idéal. Je parcourt sa chambre du regard : une pièce de taille moyenne, bien rangée, presque militairement, et totalement impersonnelle. Est-ce qu'il est heureux avec eux ? Je n'ai aucune idée de quel genre de personnes sont ses parents adoptifs. Il n'a jamais voulu m'en parler, dans ses rares mails, malgré mes questions, poussées par la curiosité. En fait, les très rares fois où il m'a écrit, il n'a presque rien dit dans ses messages, insistant juste sur le fait que tout allait bien, répétant cette phrase comme une litanie obsédante, comme si il essayait de se convaincre autant que lui-même tente de s'en convaincre."tout va bien"
Mais plus je l'observe plus je me rend compte d'un malaise en Heero. Si seulement…non, c'est fini, je ne peux plus découvrir les émotions des gens : mon don a disparu.
Ne plus y penser…pour ne pas tomber dans l'abyme de la désolation, tenter d'oublier.
Il va falloir que j'emploie la bonne vieille méthode, à savoir poser des questions. Mais avant, il faut que je réponde à ses questions muettes. Il ne demande rien, mais j'imagine qu'il doit avoir envie de savoir comment je me suis retrouvé à déambuler dans une ruelle de Tokyo.
Il a le droit de savoir. Mais cela me fait tellement mal rien de d'y repenser. Tout comme repenser à mon empathie perdue. Ces souvenirs sont là, mais ils s'effacent, parce que je ne veux pas y penser, parce que j'étouffe toute cette douleur, je tente de ne pas y songer, et chaque fois que mon esprit s'égare sur le sujet, c'est comme gratter une croûte sur une blessure qui avait commencé à cicatriser. Je sais que ce n'est pas une solution de vouloir tout oublier, mais je n'en connais pas d'autre.
Certains disent, reprenant la comparaison avec une blessure, qu'il faut faire sortir le pus, appuyer sur une plaie pour pouvoir en guérir pleinement. Peut-être, dans mon cas, qu'il faut que j'en parle, que la parole sera libératrice. Parler. Raconter ces semaines d'horreur…
Je sens que je ne pourrais pas finir mon récit sans être en larmes. Mais Heero sera là…Comme il l'a fait tout à l'heure, et hier soir, il me prendra dans ses bras, sans un mot, mais par son étreinte chaude, je saurais que je ne suis pas seul, qu'il me protège, qu'il m'entoure de sa présence rassurante, comme au temps de la guerre.
Je prend mon souffle. Mon cœur s'emballe. Je ne vais quand même pas éclater en larmes avant même de commencer mon histoire. "Histoire": on dirait que je vais raconter un conte de fées…Certains diront que je ce que j'ai vécu n'est pas si horrible que ça, ils se moqueront de moi en disant que je suis trop sensible, mais pour moi, ça a été ignoble. Un empathe comme moi plongé au milieu de …
Je commence à me tortiller sur place, ma gêne doit être visible sur mon visage, je suis content que l'attention d'Heero soit focalisée sur le papier peint beige. Il le faut. Il faut que je lui raconte. Qu'il arrête de se poser des questions sans réponses. Je dois me libérer de ce poison qui me ronge.
"Tu dois te demande comment je me suis retrouvé dans une rue de Tokyo, seul et dans un état de décrépitude assez avancé…"
J'essaie de faire de l'humour sur mon état,mais le resultat est assez potoyable .Je n'ai pas le cœur à ça, et apparemment Heero non plus. Il regarde doit devant lui, fixant le papier peint morose. Moi, je baisse la tête et je me perd dans la contemplation du drap.
"Tu sais que après la guerre c'est mon oncle qui s'est occupé de moi."
Voilà, je vais y arriver : partir du début, énoncer clairement les faits…
"Jusqu'à mes 21 ans je n'ai pas le droit de toucher à la fortune de mon père, et mon oncle est mon tuteur légal, et donc l'administrateur de tous mes biens. Je…je ne l'apprécie pas vraiment. En fait, il serait plus juste de dire que je le hait, mais je suis obligé de rester avec lui et d'obéir à ses exigences, ou alors mon héritage lui reviendra, et il s'en servirait pour financer…des pots de vin à des hommes politiques, des réseaux de trafic d'armes, de drogues, de prostitutions…tout est bon pour lui, si ça peut lui permettre de gagner encore plus d'argent, plus de pouvoir."
Je m'arrête un instant, et je bénis la patience d'Heero, qui ne dit rien, ne bouge pas, mais ma fait comprendre qu'il m'écoute, même si mon récit n' a apparemment aucun rapport avec ma situation actuelle. Mais je sais qu'il comprend que j'ai besoin de lui expliquer clairement la situation.
"Il y a …quel jour est-on ?"
Ce constat me frappe soudainement : je n'ai aucune idée du jour de la semaine, de la date. Je ne peut que supposer que l'on doit être dans un mois d'automne, pas plus de précisions.
"Le 23 novembre."
Heero va à l'essentiel, mais pour une fois je lui en suis reconnaissant. Il ne pose pas de questions .Il m'énonce simplement un fait, pour me donner des repères.
"Ca fait donc trois mois, mon oncle m'a emmené au Japon, parce qu'il assistait à un colloque à Tokyo.
Et…je…je me suis enfui."
Je ne veux pas y penser. Pas maintenant, je te raconterais tout, promis Heero, mais pas maintenant. Il semble comprendre ma requête silencieuse, du moins je l'espère. Il tourne son visage sur moi, et je ne peux que relever la tête face à son regard inquisiteur qu'il pose sur moi.
Nos yeux se croisent. Et avant que je ne l'ai vu, sa main est sur ma joue, et ses doigts ma caressent doucement. Je ne peux qu'avaler ma salive avec appréhension.
Il a comprit. Comprit que je lui raconterais les détails plus tard.
"Alors, j'ai dormi dans la rue, j'ai volé de la nourriture au marché, et je pensais…aller voir les policiers, mais…je n'avais aucune preuve, et puis des hommes très influents étaient impliqués. Et puis mon japonais est assez limité. Alors je me suis dit que j'allais resté caché dans les rues encore quelques temps."
Heero ne doit durement pas comprendre grand chose à ce que je raconte. Mais je ne peux pas expliciter la situation , pas déjà. Alors je continus mon pathétique récit.
"Ca devait faire à peu près deux semaines depuis ma fuite, et je songeais sérieusement à trouver un moyen de contacter Duo ou Trowa pour me sortir de là, mais les membres de ce groupe sont venus me voir. Ils s'appellent eux mêmes les Racoleurs, c'est une sorte de gang qui contrôle le quartier. Il sont venus me voir, et ils m'ont dit que comme ça faisaient deux semaines que j'était là, ils me considéraient comme un "habitant " du quartier, et que chaque habitant était sous leur contrôle, et que donc je devait faire ce qu'il me disait."
Je déglutie avec peine. Ces souvenirs me hantent, mais il faut que je parle, que je raconte à Heero.
"Ils m'ont dit que c'était eux qui distribuaient les "fonctions", que chaque habitant doit payer le droit de rester sur leur territoire d'une façon ou d'une autre. On m'avait déjà voler , dès le troisième jour en fait, ainsi que mon portable et le peu d'argent que j'avais emmener. Quand à mes vêtements…on m'a volé mon manteau, et j'avais échanger mes chaussures, mon pull et ma chemise contre un peu d'argent, pour acheter de la nourriture, et un pull et des baskets moins remarquables.
Je n'avais rien à leur donner pour qu'ils me laisse tranquille. Ils étaient au moins une dizaine, alors engager le combat était hors de question. Je leur est demandé ce qu'ils voulaient que je fasse. Ils ont dit qu'ils savaient que je me battaient bien, parce que j'avais du repousser des racketteurs et des petits voyous, et qu'ils ont des espions qui surveillent tout. Ils ont dit qu'il fallait que je travaille comme garde du corps pour leur chef, un certain…"
Flashback
"…Dreamless. Je te propose de devenir mon chien de garde attitré, ça te tente gamin? "
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Ok , je sais que j'avais dit que cette fic n'aurait que deux chapitres, mais je vais posté ce chapitre parce que ça fait un bout de temps que j'ai abandonné mes lecteurs (ne m'abandonné pas !! ) alors je me suis dit que je devais au moins avancer un peu cette fic.
Je m'excuse infiniment, mais là je suis en pleine période de partiels, mais bon, maintenant que j'ai retrouvé la motivation et l'inspiration, les autres chapitres devraient pas trop tarder (j'espère..).
Il va falloir que je me remette à travailler sur mon autre fic, Révolution, mais je pense me concentrer d'abord sur Rêveries, car normalement la fin n'est pas loin : un chapitre pour raconter ce qui est arrivé à Quatre, et un autre pour voir ce qu'il advient de nos charmants héros.
Tout est dans ma tête, mais il faut que je trouve le temps et le courage de mettre me idées sur ordinateur !!
