Bonjour tout le monde!
Je tiens tout d'abord à vous rapporter ma stupéfaction lorsque j'ai réalisé que l'intégralité des revieweuses (je vous aime!) de ma première fanfic (que je n'abandonnerai pour rien au monde, je vous rassure) m'avait suivie dans cette nouvelle aventure!
Ensuite, j'aimerai remercier châleureusement chacune d'entre vous pour ses commentaires (non, non je ne me crois pas à la remise des oscars! lol) : Shinigami's Bride (qui possède un talent fou, même si elle est trop modeste pur s'en rendre compte et qui vaut mille Cynan de la lune comme moi!), Badaboom ( dont j'espère combler les attentes et qui restera l'une de mes préférées. Au fait, je ne peux pas m'inspirer de l'épisode G car je ne l'ai jamais lu. Non, pitiééé, ne me lapides pas sur la place publique...), Lion no Kalista (qui a une plume que je qualifirai d'enchantée. Tu fais parti des rares auteurs capables de m'arracher des larmes), Camus Scorpio (dont j'ai hâte de lire la prochaine production. Ton histoire m'a fait vibrer jusqu'au bout et ta gentillesse devrait être inscrite dans les annales), Eros1 (que j'ai été très heureuse de retrouver sur cette fic. J'espère ne pas te décevoir cette fois ci! Et je lis avec un plaisir non feint les aventures que tu relates si bien), et enfin la petite nouvelle, Kitsune8 (j'ai été ravi de lire un nouveau point de vue. Dans ce chapitre Saga n'apparaît pas, mais ça ne saurait tarder! J'espère de tout coeur que la suite de l'histoire ne te décevra pas de trop!)
Bisou à tous et bonne lecture!
-Des perles de larmes brûlantes sobstinaient à naître au coin de ses yeux et menaçaient de rouler sur ses joues à tout instant. Afin d'effacer toute trace visible de ce débordement involontaire de tristesse, Milo les essuyait furieusement du bout de ses doigts. Lorsqu'il s'apperçut qu'il se rapprochait inéxorablement du lieu qu'il ne pouvait s'empêcher de nommer intérieurement le mont Calvaire, Milo ralentit la cadence pour marquer une pause qu'il voulait salvatrice. Il exhala une dernière fois ses pléthores, ajusta machinalement les lanières en cuir de ses sandales et c'est tel un bon petit soldat qu'il se prépara à affronter vaillemment les foudres écarlates de son maître.
Il inspira bruyamment pour absorber une dernière gorgée du délicieux air frais de ce moi de mai qui avait le don de le vivifier et de l'apaiser comme une eau de source cristalline. Ainsi, tel un plongeur expérimenté, il s'apprêtait à s'immerger en apnée dans l'atmosphère viciée par la haine de l'arène.
Il savait qu'aujourd'hui il n'aurait pas une seconde pour accomplir ses exercices d'apprenti. Il en était toujours ainsi lorsqu'il avait le malheur de contrarier Caleb.
Or, il avait plus d'une demie-heure de retard et il ne révèlerait pour rien au monde le motif de ce grave manquement à la discipline à cette brute de chevalier. Il ne désirait en aucun cas impliquer son précieux petit homme dans le conflit qui allait obligatoirement s'en suivre.
Il s'efforça d'adopter une allure digne d'un guerrier et se composa un masque de morgue insouciante. Tel un automate parfaitement assujetti, le jeune Milo rejoignit le chien barbare qui avait déchiré à pleines dents la gorge tendre de la crédulité de son enfance. Bien évidemment, le retour de l'adolescent était impatiemment attendu et à mesure, qu'il se rapprochait, son regard acéré distinguait de mieux en mieux la silouhette élancée, figée dans une attitude réprobatrice, du chevalier du Scorpion. Dressé de toute sa taille au centre de l'arène, le regard hautain, il gardait sauvagement les bras croisés sur son torse puissant et contenait difficilement toute la colère accumulée dans la journée à l'encontre de sa victime favorite. Désormais à quelques mètres de son bourreau, Milo pouvait aisément contempler ces prunelles de prédateur qui aurait glacé d'effroi le plus téméraire des hommes. Aux couleurs d'un pâle ciel d'hiver, elles étincelaient à présent d'une haine formidable. Devançant la vague implacable de remontrances qui n'allait pas tarder à déferler et se fracasser sur son corps encore frêle, Milo déclara d'une voix calme et relativement ferme :
-"Inutile de me demander la raison de mon retard, maître, car j'ai bien peur de n'avoir aucune explication valable!
-Comment oses-tu être aussi irresponsable et ce, sans l'ombre d'un remord? Je ne tolèrerai pas plus longtemps ton impertinence! Excuse-toi immédiatement sale petit bâtard! gronda-t-il d'une voix de stentor".
Mais, il était particulièrement pénible pour Milo de prononcer ces deux mots qu'il exécrait et ses lèvres se serrèrent presque malgé lui.
-"Dépêche toi! vociféra-t-il de plus en plus furieux.
-Pardonnez-moi maître! laissa-t-il fuser les mâchoires serrées comme s'il luttait pour ne pas vômir.
-Ne crois pas que tu vas t'en tirer à si bon compte petit ingrat! A genoux!" ordonna, Caleb, le menton plein d'arrogance.
Interloqué par cette exigence particulièrement dégradante, Milo le considéra bouche bée, les yeux écarquillés d'indignation, mais n'esquissa aucun geste pour contenter la nouvelle lubie de son maître. Il savait pertinemment que toute soumission était vaine et que, de toute les manières, il ne se priverait manifestement pas du plaisir sadique de se défouler sur son élève. Milo était las de subir ce mépris de chaque instant. Sans scrupule, son maître essayait constament de lui faire plier l'échine à coups d'humiliations plus mesquines les unes que les autres.
Comme l'enfant serrait désespérément les poings en s'efforçant de conserver toute sa dignité, Caleb se dirigea prestement vers lui en quelques enjambées. Milo dut faire appel à tout le sang froid dont il était capable pour ne pas se recroqueviller sur lui-même. Il était dans l'état d'un prisonnier de guerre condamné à mort qui, les yeux bandés, se demande anxieusement quand l'atteindra la volée de balles. Happé par la gueule béante du chaos, Milo, instinctivement, tenta de se dissimuler à ce monde cruel de souffrances éternelles. Si son maître lui avait appris une chose, c'était bel et bien à endormir un par un tous ses sens. Ainsi, il pouvait amenuiser l'intolérable douleur physique que lui proccurait les violents coups de Caleb. En ce moment précis, il ne voyait plus rien et les sons qui se répercutaient à ses oreilles, semblaient provenir de souvenirs très lointains : un soupir de brise légère traversant la nébuleuse, le bourdonnement d'une abeille butinant de fleur en fleur, le rire mélodieux s'échappant d'entre les lèvres d'une douce jeune fille, au loin... Il se concentrait sur ces éléments avec l'énergie du désespoir, quitte à annihiler définitivement tout ce qui le définissait. Il dispersait son esprit à tout vent, accompagnant Eole dans sa fabuleuse ballade autour du globe. Il se projetait dans le petit corps anguleux de ce lézard qui persistait à vouloir se faufiler entre deux pierres poussiéreuses... Il n'était plus Milo. Il avait quitté son enveloppe terrestre et laissait son âme vagabonder comme lorsqu'il était libre, incroyablement et merveilleusement libre. Il retrouva instentanément les vrais valeurs de son enfance, celles qui lui tenaient alors tant à coeur. En véritable esthète, il n'aspirait plus qu'à embellir le monde de son rayonnement rêveur.
Ivre de rage, Caleb referma sur son cou délicat et gracile deux mains impitoyables comme un piège de chair, un étau d'acier. Il le souleva avec une facilité déconcertante et brandit sa tête bien haut vers le ciel telle l'oriflamme légitimant sa souveraineté absolue. Puis, il abaissa lentement le beau visage de Milo à hauteur du sien, de telle sorte qu'il pouvait sentir le souffle de son haleine fièvreuse sur sa peau dorée. Sa voix aux accents bestiaux déchira le silence comme une suite de détonations :
-"Je vais te faire payer tes escapades, crétin! Ouvre les yeux! Regarde moi! Tu entends? Répond!" hurla-t-il à s'en déchirer les veines du cou, dardant sur son apprenti un regard haineux.
Les lèvres scellées, réfugié dans le mutisme le plus absolu, l'adolescent se contenta de lui opposer un silence farouche, ne modifiant en rien son attitude de statue de sel. Alors, furieux, le saint le projeta violemment contre les gradins. Sous l'impact l'air s'expulsa brutalement des jeunes poumons de Milo. Confronté à la passivité du petit Grec, Caleb se mit à rire, d'un rire dément, suivi dun chapelet d'obscénités destiné à pousser son apprenti hors de ses remparts :
-"Poltron! Lâche! Je me demande bien pourquoi tu restes! Tu n'as pas ta place parmi les protecteurs d'Athena! Tu crois que je n'ai pas remarqué ton petit manège? Je sais parfaitement que tu anesthésies tes sens! Tout ça au lieu de te défendre ou même de prendre la fuite! Il faut croire que tu aimes ça! Hein? Tu apprécies que je te tabasse? Avoue espèce de détraqué! Aujourd'hui tu vas être particulièrement comblé..."
Sourd à ces remarques particulièrement perfides, le Milo qui gisait à terre ressemblait étrangement à une poupée de chiffon abandonnée par je ne sais quel enfant capricieux. Excédé, son acrimonieux maître cessa brusquement de déverser son fiel. Et dans un acte de cruauté particulièrement odieux, il outrepassa ses droits en employant la restriction du scorpion sur son propre élève, un simple adolescent!
A nouveau conscient de ce qui l'environnait, le jeune Grec hoqueta de surprise, et dans un soubressaut de panique il tenta de se soustraire aux cercles rougeôyants de l' attaque. Il avait la sensation d'étouffer comme si l'ensemble de son corps était captif de l'étreinte musculaire d'un boa constrictore. Paralysé, Milo n'était plus du tout maître de ses émotions et laissa échapper un hurlement strident de pure terreur. Caleb allait trop loin cette fois. Indifférent au saccage, il le jaugea, un rictus cruel accroché aux lèvres. Puis, il se baissa pour ramasser un tige de saule et évalua d'un geste sec sa souplesse. Visiblement satisfait, il se rapprocha, le regard menaçant, du tout jeune homme afin de parfaire son oeuvre. Fou de peur, les yeux de l'enfant roulaient dans leurs orbites malgré lui. Il sentit avec effroi le faisceaux de bois lui cingler violemment le dos. Un cri de douleur mourrut dans sa gorge.
La main droite étreignant frénétiquement le fût de son instrument de torture improvisé, les jointures blêmes, le serviteur d'Athena l'abattait impitoyablement sur la dépouille de celui dont il voulait voler l'innocence depuis tant d'années. D'une voix semblable au grondement annonciateur du tonnerre, l'assassin poursuivit, belliqueux :
-"Alors? Ca te convient gamin comme traitement de faveur? Il semblerait que tu ais recouvert ta voix! Que tes cris sont doux à mes oreilles... Continues surtout! se gaussa le forcené.
-Pitiééé! Arrêtez!..."
Anéanti, Milo entendit et sentit la tige se briser sur sa chair tendre, puis son maître siffler d'agacement :
-"Ca, c'est vraiment pas de chance! Il va falloir continuer sans!"
Une grande douleur physique déchira soudainement l'adolescent au point d'arracher quasiment son âme de son enveloppe charnelle. Il poussa un glapissement d'effroi et dans un combat ôpiniatre, il l'obligea à réintégrer son corps.
Les narines dilatées de colère, son maître s'acharnait avec une rare brutalité sur son torse halé, sans considération aucune pour le supplicié qu'il était devenu. Un condamné, lui, eût déjà vu arriver la cessation de ses tourments, mais le pauvre Milo vivait encore. Tout son corps n'était plus que douleur, balloté comme un fétu de paille dans le tumulte de la tempête. Le contraste entre sa peau devenue glacée et son esprit bouillonant était stupéfiant. Il suffoquait sous les coups de poings de son oppresseur, mais aussi sous le coup de ses âpres injures. Les dégâts étaient irrémédiables car pour la première fois depuis son arrivée, Milo réalisait d'une façon nette et définitive, qu'il était capable de haïr de toute son âme. Il souffrait de telle manière qu'il n'avait plus la force d'élever une barrière protectrice d'illusions entre lui et le mal originel. A cette découverte, il éprouva un tel dégoût qu'il souhaita mourir là, immédiatement, aux pieds de ce monstre de cruauté. Mais, à ce moment là, la pluie de coups cessa et, au lieu de périr, Milo fut remis sans ménagement sur ses pieds :
-"Que cela te serve de leçon! Et si tu répètes quoi que ce soit à tes camarades, je n'hésiterai pas en m'en prendre à eux! Compris? De toute manière, ils découvriraient quel lâche tu es! Un chevalier! Laisses moi rire! Tu n'es qu'une loque! Allez! Disparais de ma vue! dit-il, rassasié.
-Je vous hais... rétorqua Milo d'une voix vibrante de ressentiments.
-Enfin!... Il s'agit des paroles les plus sensées que tu ais prononcé dans ta misérable existence! Je pourrai peut-être faire quelque chose de toi en définitive. Qui sait?..."
Milo s'éloigna, chancelant, révulsé, d'une démarche de robot déréglé, résistant valeureusement à cette envie de sombrer dans les flots dispensateurs d'oubli de l'évanouissement.
Ignorant les protestations de ses articulations, le jeune Grec fit un effort supplémentaire pour adopter une démarche plus énergique. Il ne voulait pas que l'un de ses camarades ait le temps de le surprendre dans cet état pitoyable. Il se sentait couvert d'opprobre et il désirait effacer toutes traces visibles de sa déchéance. C'est pourquoi, il se dirigea d'un pas machinal vers la petite maison qui était le témoin muet de sa jeunesse baffouée. Il chercha à tatons, aveuglé par une brume de larmes, la salle de bains. Il s'efforçait de ne pas sangloter et ce fut les mains tremblantes qu'il actionna le jet de la baignoire en le réglant à la température la plus froide qu'il pouvait supporter. Puis, il se débarrassa lentement des lambeaux de tissu ensanglantés qui recouvraient son corps malmené. Il grimaça légèrement lorsque l'étoffe se décolla de ses plaies à vif. Il souffrait le martyre et ne parvenait pas à décontracter les muscles de ses épaules. Avec un soupir déchirant, il plongea son corps dans le liquide glacé pour en apaiser un instant les douleurs. Il commença à se savonner et put constater l'ampleur des dégats. Une multitude de meurtrissures et de horions constellaient sa poitrine, quelques côtes brisées rendaient sa respiration pénible, sa peau avait ,par endroits, prit une couleur azurée. Son sang rubis n'avait pas eu le temps de coaguler et continuait donc de se déverser en faisant prendre à l'eau transparente une jolie teinte rosée...puis pourpre. Il se frixionna avec une infinie précaution, se rinça et sortit épuisé de ce bain souillé par son précieux fluide. Il resta un long moment debout, tout dégoulinant, accoudé au lavabo, à contempler, malheureux, son reflet dans le miroir suspendu. Il se disait qu'il ne valait rien, qu'il était un être faible et qu'il méritait son sort. Il se détestait encore plus qu'il ne détestait Caleb. Sa détresse physique semblait agraver son angoisse mentale. Il ne se sentait pas digne de l'amitié de son petit lutin pâle. Qu'avait-il à lui apporter alorsqu'il se sentait comme une coquille vide, attrocement vide... Camus avait certainement raison de rechercher la proximité de Saga. Lui était fort, adulte et cultivé. Milo, lui, n'était rien de tout cela. Sa conversation était stérile, sa compagnie inutile... Il pensait que tout le monde devait le trouver stupide et sans attrait, pourtant il se donnait de la peine pour corriger cette impression. Ainsi, aux sorties de ses entraînements, il rejoignait toujours ses camarades et il riait avec eux afin de se prouver et de leur prouver qu'il était à sa place dans l'enceinte sacrée. Mais cette mascarade était inutile. Dans son âme s'instillait une certitude croissante : il était en train de se perdre et il ne savait pas ce qui le faisait le plus souffrir, la violence de son maître ou l'indifférence du garçon auquel il avait voué son coeur. En cette fin de journée, sa tête lui semblait lourde de regrets; d'autre part, il se sentait le coeur vide et transi de solitude. D'un pas trainant, trahissant son extrême lassitude, Milo alla se terrer sous les draps de sa couche. Sitôt qu'il abaissa les paupières, à bout de forces, il sombra dans un mauvais sommeil où ses tourments l'assaillèrent en foule, dans un insoutenable jaillissement de haine, de douleur et de passion. C'était comme s'il plongeait son regard si pur dans l'obscurité même de son âme blessée, dans le hideux coeur noir de l'évènement funeste qu'il avait redouté toute sa vie. Il voyait...il voyait ceci : un petit garçon qui était par trop imparfait pour être aimé sincérement. Parfois, il s'éveillait en sursaut, le corps fièvreux, puis se rendormait quelques instants après. Et il en fut ainsi jusqu'à... :
-"Milo"... Un prénom étrange, comme susurré au creux de son oreille, et qui, lui faisait l'effet d'un baume bienfaisant sur son âme meurtrie.
L'adolescent voulut ouvrir les yeux, mais le filet de jour qui s'immiscait à travers les persiennes dans sa chambre, lui parrut aussi acide qu'un jus de citron. Abdiquant, il grogna et se retourna pour se blottir plus confortablement dans le coton :
-"Milo"...
Déesse que cette voix était harmonieuse! Sa vie, oui, c'est ça, sa vie s'était sûrement dissoute dans chacune de ces notes envoûtantes. Le jeune homme se mit à sourire béatement :
-"Tu as l'air d'aller mieux..."
Son mystérieux visiteur se pencha vers lui de telle manière que quelques mèches de sa magnifique chevelure indigo s'aventurèrent sur ses joues. Les yeux demeurés clos, Milo tendit une main fine et saisit avidement cette douce matière en tirant dessus :
-"Eh! Ca va pas la tête! Lache mes cheveux!
-Camus? hasarda le jeune homme.
-Qui veux-tu que ce soit? Tu n'as qu'à ouvrir les yeux pour t'en rendre compte au lieu de jouer à la belle au bois dormant?
-Inutile!
-Comment? demanda Camus interloqué.
-Tu n'es pas Camus! Il n'essairait jamais de faire de l'humour!
-Idiot va!"
Milo ouvrit définitivement les yeux et épia longuement le moindre indice d'une émotion inhabituelle sur les traits de son ami. Comme Camus avait reculé de quelques pas après avoir récupéré ses cheveux d'entre les doigts du convalescent, ce dernier se redressa en serrant frénétiquement contre lui le drap moiré qui le recouvrait. Jamais, il n'exposerait son corps maltraité devant son ami.Puis, taraudé par une soudaine inquiètude, l'adolescent ne put s'empêcher de lui demander, anxieux :
-"Est-ce que mon maître a été averti de ta visite?
-Non! Mais comme cela faisait plus de trois jours que l'on ne te voyait plus... Il nous avait averti que tu avais fait une mauvaise chute et que tu étais très affaibli.
-Ah bien...
-Je me demande bien ce qui t'es passé par la tête pour jouer à l'équilibriste au bord de la falaise! Tu ferais mieux d'étudier un peu plutôt que de faire ton interressant! Prends exemple sur tes ainés! Tiens! Regarde Saga, il a une hygiène de vie impécable : il se lève tôt le matin pour courir à l'entraînement et il consacre le restant de sa journée à s'instruire."
A ces mots, Milo ne put s'empêcher de ressentir un pincement de jalousie et rétorqua d'une voix faussement contrite :
-"Oui, oui! Je sais! Je suis un abominable flêmard qui ne nourrit pas assez son esprit! Saint Saga et bla bla bla...
-Tu es désespérant d'infantilisme!" rétorqua Camus, sufisant.
Milo songeait que le Camus de la caverne était déjà bien loin. Celui qui lui faisait face, raide comme la justice, était maître de lui, de ses sentiments et affreusement moralisateur. Mais cela lui était égal car ce Camus ci, il l'aimait et l'admirait autant que l'autre. Il savait que sous cette enveloppe de glace battait un coeur ardent, un coeur palpitant... Il l'entendait chanter doucement rien que pour lui lorsqu'il avait la chance que son petit elfe consente à s'abadonner dans l'espace de ses bras. Des moments rares et précieux qu'il chérissait secrêtement. Parfois, il se surprenait presque à bénir Aiola pour son absence de tact et de diplomatie. Une chose était certaine : il suivrait Camus jusqu'aux portes de l'Enfer, et même au-delà, s'il lui demandait. Il était pour lui les fondations de la terre, la lumière du ciel... et bien davantage. Comment cet être à l'intelligence quasi scandaleuse pouvait-il se laisser berner aussi facilement par les maigres explications de Caleb? Un véritable mystère! Et dire que cela faisait trois jours, trois longs jours qu'il était cloué au lit. Milo se demandait bien qui avait obtenu la bénédiction de son maître pour lui apporter des soins :
-"Qui m'a soigné durant mon inconscience?
-Le saint du Scorpion évidemment! Il n'aurait laissé pour rien au monde un autre que lui s'occuper de son apprenti! Je crois bien que tu lui as fait une belle frayeur... D'ailleurs, c'est la première fois qu'il te fausse compagnie! Il s'est rendu auprès du Grand Pope pour lui donner des nouvelles de ton état de santé. J'en ai profité pour m'introduire dans ta maison comme un voleur.
-Tu ferais bien de ne pas trop traîner, s'il te surprend ici...
-Et bien, je ferais quoi selon toi Milo?"
Tout à coup, la voix de Caleb tomba sur cet échange comme un claquement de coup de fouet. Les deux apprentis eurent un léger sursaut avant de se retourner vers le chambranle de la porte. Le Saint d'or poursuivit sur un ton badin :
-"Il est vrai qu'il m'appartient d'offrir l'hospitalité de notre demeure à qui je veux, mais rien ne t'empêche de recevoir des amis!"
Caleb jeta un coup d'oeil dans la direction de Milo et lui offrit un sourire carnassier. Il était excellent comédien, mais le jeune Grec savait ce que recelait ce sourire et cela le laissa nauséeux. Son bourreau demeura debout sans piper mot jusqu'à ce que son regard s'accroche au plateau fumant qu'il tenait entre ses mains. Il hocha alors la tête, d'un air approbateur :
-"Ca m'a l'air bien mieux. Est-ce que tu te sens mieux?
-Un peu" admit Milo à contre-coeur.
Cette conversation le dépassait et lui semblait irréelle :
-"Je dépose ton repas sur la table de chevet et quand tu l'auras terminé je remplacerai ton bandage. Camus! J'ai été ravi de te voir et je te souhaite bonne chance quant à l'acquisition de l'armure du Verseau.
-Merci Monsieur! Mais je pense que je n'en aurai point besoin!
-Ah! Ah! Voilà qui me plait! Tu seras le digne successeur de ton maître. Si seulement Milo pouvait réagir comme toi! Il est trop tendre pour faire un chevalier digne de ce nom, je le crains!
-Je ne doute pas qu'un jour, il sera assez mature pour la mériter! Et quand je reviendrai de Sibérie, nous serons les bienheureux détenteurs des armures d'or du Scorpion et du Verseau.
-Comment ça quand je reviendrai de Sibérie? l'interrompit Milo brusquement paniqué.
-Oui, je reprends l'entraînement là-bas d'ici quelques semaine. Ce sera la dernière ligne droite.
-Tu vas me laisser seul ici?
-Il le faut bien! N'oublies pas ton devoir!
-Mais..., ne me laisses pas! Je t'en supplie!"
La détresse se répandait dans toutes les fibres de son être. Il se sentais pris au piège et il sentait son maître se délecter du fruit à la saveur si rare de sa peine. Son tourment l'assaillait de tous côtés comme un vent dévastateur, il semblait le fouetter où qu'il se tournât, et au moment le plus inopportun. Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi fallait-il qu'il l'abandonne avec pour seule compagnie celle de ce monstre sanguinaire? Pourquoi voulait-il le priver de sa seule raison de vivre? Son amour ne suffisait-il pas à le retenir? Son amour ne lui suffisait-il pas? L'amour n'avait-il jamais suffi? L'amour ne l'avait jamais guéri de son angoisse de vivre, même pour un instant. Et maintenant, des larmes ruisselaient silencieusement sur ses joues :
-"Reste!" gémit-il.
Sa tête s'affaissa et son coeur se brisa de nouveau :
-"Je ne parts pas immédiatement Milo, alors arrêtes de pleurer et profites de ces derniers instants!"
Milo redressa la tête, le regard farouche :
-"Ne me parle pas de ce que je dois ou ne dois pas faire! dit-il amèrement. Je ne le sais que trop bien, mais je ne sais pas si j'en sortirai vivant..."
Si Camus avait mieux tendu l'oreille, il aurait perçu dans ses paroles l'éclat voilé d'une vérité trop affreuse pour être librement exprimée. Et si Camus avait mieux observé son maître, il aurait vu la lueur de cruauté qui émanait de son regard.
Je voulai vous dire que cette fic me pose de sérieuses difficultés. J'ai bien peur de m'être attaqué à quelque chose de trop ardue pour moi! Mais bon! Je vais tout de même essayer de poursuivre cette histoire avec plus ou moins de bonheur, je le crains.
Bisou et à la prochaine!
