2. The Fault in our Stars
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Une personne. Il suffisait d'une seule personne pour être pardonné et se remettre à vivre normalement.
Drago sourit en lisant la carte d'anniversaire que lui avait envoyé Astoria depuis un château de Lyonesse. Une carte à son image : sobre, lumineuse, à l'apparence fragile mais au contenu fort.
Elle n'en disait rien, mais il devinait qu'elle s'était retirée en Cornouailles parce qu'une petite épidémie de dragoncelle frappait le Londres sorcier, et que ses les défenses immunitaires trop faibles l'auraient mise en danger.
5 juin 2001. Trois ans déjà qu'il l'avait rencontrée. Trois ans qu'ils étaient amis.
Trois ans… sans se déclarer. Trois ans avant d'envisager de ne plus seulement être ami avec Astoria Greengrass. Il avait honte de l'avouer, mais c'était les commentaires de sa mère sur sa situation amoureuse qui avait fini par lui faire envisager le fait que peut-être, il devait sortir de la friendzone qu'il avait installé, par confort, entre elle et lui.
Mais comment dire à Astoria qu'il ne voulait plus seulement être son ami ? Si elle n'était pas intéressée, il ne savait pas si leur amitié en pâtirait. Et quand il disait « amitié »… il n'était même pas sûr qu'elle n'ait pas, au fond, un peu pitié de lui.
Non.
Astoria était seulement la personne la plus compréhensive qu'il connaissait. Au lendemain de la guerre, Sorcière Hebdo lui avait confié une rubrique « Conseils avisés » pour lecteurs mal dans leur peau. Le magazine avait pensé à des complexes physiques ou à des histoires d'amour compliquées… et avait en fait reçu des dizaines de témoignages de personnes incapables de vivre avec elle-même et le souvenir de la guerre, de leurs choix d'alors (que ça ait été la collaboration, le maquis, le silence ou même l'action). Tous avaient des histoires différentes, des poids différents. Les réponses d'Astoria avaient été un baume pour bien plus de personnes que les destinataires originelles des articles.
Agamemnon, son hibou hulula, comme pour lui rappeler qu'il devait répondre à cette carte.
Allez, Drago, du courage !
Facile à dire… il n'avait jamais jeté ses sentiments aux pieds d'une femme avant. Dire « oui » quand Pansy l'avait invité au Bal de Noël était une chose. Demander à Astoria de sortir avec lui en était une autre. Au fond, les mariages arrangés de l'époque de ses parents facilitaient les choses… Il n'en avait jamais voulu, mais il en voyait à présent la praticité. Pas de cour à faire : les parents s'occupaient de tout.
Merci beaucoup Astoria, ta carte m'a fait plus que plaisir… Quand rentres-tu à Londres ? J'aimerais qu'on se voie pour discuter. C'est important. Drago
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- Bien sûr que je t'aime.
Il s'amusa du « bien sûr ». Rien ne lui avait paru si peu sûr.
Les yeux d'Astoria brillaient et Drago ne pouvait s'empêcher de sourire. C'était donc ça, le trop plein d'amour. Avoir le cœur qui se serrait de bonheur n'était pas seulement une figure de style.
Ils étaient tous les deux des gens réservés. L'émotion retenue n'en était que plus belle.
- C'est vrai ?
Drago avait dû se faire violence. Accepter de ne pas être un homme parfait pour elle, mais de se présenter seulement l'homme qu'il était. De la laisser l'accepter ou le refuser.
- Comment tu as pu croire que je ne te voyais que comme un ami ?
- C'est juste que… je ne pensais pas que tu voudrais d'un Mangemort comme petit-ami…
- Et moi, que tu voudrais d'une femme malade comme petite-amie.
- Je te veux toi ! Et puis, ce n'est pas comparable : toi, tu n'y peux rien !
- Chacun ses problèmes dus à sa famille, Drago, dit-elle patiemment.
Puis elle posa ses lèvres sur les siennes, et plus rien d'autre ne compta.
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Sa main frêle cherchait discrètement la sienne. Drago se racla la gorge et la prit. Les mains d'Astoria étaient toujours si froides…
- Ça va ?
- Oui, souffla-t-il.
Ils se tenaient devant une élégante maison bourgeoise de type victorien. Les Greengrass habitait un des plus beaux quartiers de Londres. Drago réajusta une nouvelle fois sa lavallière vert émeraude. Astoria lui fit un sourire encourageant et sonna la cloche. Un elfe de maison ouvrit la porte et les fit entrer. Pendant que l'elfe allait chercher « Monsieur et Madame », Astoria lui fit visiter le rez-de-chaussée.
Outre les deux poiriers devant la maison, il y avait un petit jardin vert à l'arrière. Les couleurs des murs étaient pâles, souvent vertes (un clin d'œil au nom de la famille, sans doute), et surtout, elle respirait le dynamisme. L'air semblait circuler bien plus que dans le Manoir Malefoy. Drago s'y sentit tout de suite bien, tout en ne s'y sentant pas à sa place. Tant d'ouverture et de clarté le déconcertait. Les Greengrass semblaient être une famille d'intellectuels. La Bibliothèque était impressionnante et chacun des membres de la famille y avait droit à son fauteuil. Celui d'Astoria était à son image : des pieds fins qui semblaient bien fragiles, mais qui soutenaient sans broncher un cocon de cuir usé à l'air douillet.
La rencontre d'Astoria avec les Malefoy s'était relativement bien passée. Astoria n'avait ri à aucune blague raciste des Malefoy, mais son nom et ses manières l'avaient plutôt recommandée auprès d'eux. Après tout, quand on était la toute première fille que son fils ramenait à la maison et qu'elle était une Sang-Pur, on ne faisait pas la fine bouche. Surtout Narcissa, qui n'avait pas vu son fils aussi timide et heureux.
Les Greengrass, cependant, avaient plus de préjugés sur les Malefoy que l'inverse. Ils semblaient presque surpris que Drago n'exhibe pas la Marque des Ténèbres sur son bras ou ne leur parle pas du « bon vieux temps ». Le père d'Astoria portait des lunettes rondes sur le nez, pas si différentes de celle d'un certain Potter. Il s'entêtait à vouloir commenter les articles du jour. Il avait le même teint pâle qu'Astoria, mais apparemment, lui n'était pas touché par la condition de sa fille. Sa femme, une belle femme rousse, tenta de diriger la conversation vers Drago et ses activités hors du travail (essentiellement pour leur éviter une énième analyse du dernier édito de la Gazette, écrit par Cornelius Fudge)
Daphné, par curiosité vraisemblablement, était venue manger, mais elle ne fit pas mine de se souvenir de Drago comme d'un ancien camarade de classe. Soit par solidarité avec sa sœur, soit par dégoût… peut-être parce qu'elle avait voulu lui laisser une chance de lui prouver qu'il avait changé. Drago espérait avoir passé le test, parce qu'il était certain qu'Astoria était l'être le plus extraordinaire qu'il ait rencontré, et il comptait bien l'associer à sa vie, donc à sa famille.
Ils vivaient ensemble depuis un mois, à présent. Il n'avait jamais été aussi heureux. Pudiquement, mais sincèrement heureux. Ça se voyait dans le coin de sa bouche et l'air détendu de ses yeux. Dans sa voix plus posée et son allure plus légère. On aurait dit qu'elle aspirait chaque jour un peu plus la part d'ombre qui l'avait hanté et qu'elle permettait à un Drago plus insouciant d'émerger.
Bien sûr, tout ne changeait pas, mais les ombres font toujours partie des beaux dessins.
Il arrivait, la nuit, qu'il la réveille en hurlant dans ses cauchemars. Il avait renoncé depuis longtemps aux anti-dépresseurs et aux somnifères : il choisissait d'affronter ses peurs et ses souvenirs, quitte à manquer de sommeil. Le plus souvent, une étreinte silencieuse d'Astoria suffisait à le faire se rendormir.
Il arrivait, la nuit, que ce soit elle qui le réveille en tremblant de tout son corps. Plusieurs fois, elle avait eu tellement mal qu'elle avait mordu dans leur couette pour étouffer ses sanglots. Il n'y avait alors rien qu'il puisse faire d'autre que la serrer contre lui et pleurer avec elle. La maladie d'Astoria était rare et les anti-douleurs jamais assez forts. Ces crises étaient espacées et Astoria ne voulait jamais lui dire si elles s'intensifiaient ou non. Elle ne voulait jamais comparer le présent à autre chose que lui-même.
C'était peut-être leur bizarrerie à eux, leur rapport au temps.
- Tu dois apprendre à ne pas vivre dans le passé, comme je dois apprendre à ne pas vivre dans le futur, disait-elle régulièrement.
Alors elle faisait du présent une chose extraordinaire. Drago pouvait bien protester, elle ne voulait jamais se projeter. Alors que lui apprenait peu à peu à se détacher du passé. A embrasser l'ère de renouveau et d'optimisme dans lequel vivait le monde des sorciers.
Il y avait des hauts et des bas, dans leurs deux situations, mais ils avaient toujours les bras l'un de l'autre pour se remettre de nouveau en selle.
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- Je t'aime.
Elle pouvait répéter cette phrase contre son oreille, contre sa bouche, contre son cœur… à chaque fois, il avait l'impression que c'était un souffle nouveau dans sa vie.
Drago n'avait pas cette facilité à mettre ses sentiments en mots. On ne lui avait pas appris.
Astoria aussi était réservée, mais une fois la première déclaration, elle avait pu lui répéter ces trois mots si précieux. Lui, les réservait pour le bon moment. Le moment où il se sentirait un peu plus digne d'elle.
- Je t'aime, répéta-t-elle.
Voilà, ce qui le gênait : elle n'avait rien à lui reprocher.
- Tu m'aimes parce que tu ne m'as pas connu à l'école. Parce que tu ne sais pas ce que j'étais. Parce que tu n'as jamais été mon souffre-douleur ou mon ennemi. Parce que je n'ai jamais blessé ceux que tu aimes.
Elle caressa sa joue.
- Je t'aime par ce que tu n'es pas fier de tout ça… je t'aime pour ce que je vois maintenant. C'est comme ça que ça marche, Drago. Peut-être qu'en effet, il faut ne pas t'avoir connu avant tes 18 ans pour t'aimer comme je t'aime. Alors considère-toi comme chanceux de m'avoir rencontrée. Sinon, tu aurais été obligé d'aller taper dans de la Sang-pur étrangère.
Ce genre de blagues le mettait très mal à l'aise à présent. Astoria le savait. Elle faisait exprès d'en faire, pour qu'il se rende compte que ce à quoi il était habitué avant le choquait à présent.
- Tu es rédemptable. Mois, j'y crois.
Il évita son regard.
- Qu'est-ce que tu crois, Drago ? insista-t-elle. Que ma sœur et mes amis de Poudlard ne m'ont rien raconté de leurs années d'étude ?
Elle savait tout, bien sûr. Et avait résolument choisi de ne rien en dire. Elle lui laissait sa chance, et il lui en était reconnaissant.
- Je ne suis pas intéressée par ce que tu étais mais parce que tu es devenu.
- Et qu'est-ce que je suis devenu ?
Il était toujours un Malefoy. Il avait fini au Ministère comme son père le lui avait prédit toute sa vie. Il pensait toujours que Serpentard était la maison qui préparait le mieux à la vie active. Il appréciait toujours plus ceux qui partageaient les codes et les traditions qui avaient façonné son éducation : il n'aurait sans doute jamais adressé la parole à Astoria si elle n'avait pas porté le nom de famille qu'elle portait. Il changeait, peut-être, mais à pas d'escargots. Et les vieilles habitudes et les vieux réflexes de pensée avaient la peau dure.
- Mon petit-ami. Peut-être plus.
Il rosit et se racla la gorge. Avait-il compris la même chose qu'elle ?
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- Dans quel monde vis-tu, mon garçon ? C'est à elle de répondre à cette question, pas à moi… grommela Mr. Greengrass, sans hostilité.
Drago le savait, bien sûr. Mais ce n'était pas comme s'il venait de la famille la mieux réputée du monde magique et si l'avis de sa potentielle belle-famille n'importait pas.
- Drago… Je me réjouis que ma fille soit heureuse. Mais Drago… Je vais parler franchement. Tu es le dernier Malefoy. Alors réfléchis bien.
Drago hocha poliment la tête.
Mais pour lui, c'était tout réfléchi. C'était Astoria qu'il voulait épouser, pas son utérus. Leçon qu'il avait retenu de siècles et de siècles de mariages arrangés et de consanguinité entre sorciers. Il ne risquerait pas la santé de la femme qu'il aimait pour perpétuer une lignée qu'il commençait à détester.
Lucius Malefoy était une épave. Une plante grillée par un soleil noir et qui n'avait pas grandi dans le bon terreau. Lui était une graine qui n'avait pas pu germer par manque de soleil, avant de rencontrer la lumineuse Astoria. Quant à Narcissa… Drago n'arrivait pas encore à lui en vouloir, mais il devait avouer qu'elle était partiellement responsable de son sale caractère. A force de lui faire croire qu'il était parfait et supérieur aux autres, elle ne lui avait pas appris la valeur des choses. La valeur d'une personne, quelle qu'elle soit, par exemple. Et la valeur d'une personne qu'on aime, encore moins.
Il en venait à se dire que les éducations reçues par Potter, Granger et Weasley (oui, le Weasley dont il avait critiqué la famille pendant des années) étaient meilleures que la sienne.
Aucun des Malefoy n'avait su sauver leur fils. Avant l'acte de Narcissa qui avait racheté toute leur famille aux yeux du monde, s'entend. Ils ne l'avaient pas protégé.
Certes, le vœu de Dumbledore s'était réalisé : Drago n'avait jamais tué personne. Mais son âme avait été abîmée par ce à quoi il avait assisté sans intervenir. On pouvait abîmer son âme de manière passive.
Encore aujourd'hui, Drago était marqué par ces images, ces indifférences, ces modèles. Par son passé. Il n'avait pas d'ami. Les amis d'Astoria le toléraient, lui parlaient, tout comme ses collègues, mais aucun ne voulait prendre le risque de refaire confiance à un Malefoy. Lucius en avait roulé bien trop, après la première guerre, en jouant les rachetés… avant d'aider le Seigneur des Ténèbres à revenir.
Et Drago n'avait pas appris à aller vers les gens. Auparavant, son statut et son nom faisaient office de tamis. Ils faisaient office de ces aimants qui attirent les pépites, parmi le mélange boueux comme lequel il se représentait alors le monde magique.
Aujourd'hui, Drago était désemparé face à des visages qu'il imaginait plus catégoriques dans leur jugement qu'ils ne l'étaient vraiment. Il n'en voulait pas aux gens de ne pas l'approcher, et il ne les approchait pas. Il en venait toujours à se demander pourquoi Astoria, si avenante, l'aimait. Lui ne se serait pas aimé.
- Drago ? fit Astoria en le voyant de nouveau plongé dans ses pensées.
Il répondit à son regard inquiet par un sourire amoureux.
Entre eux, il y avait toujours ces sourires discrets et timides d'enfants. Il fallait les connaître pour savoir que dans leur langage, un sourire discret équivalait à un fou rire et une caresse discrète à des ébats publiques. Une pudeur tendre colorait l'amour, dans le milieu dont ils partageaient les codes.
- Je vais bien, dit-il.
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Drago avait pensé lui faire passer un excellent après-midi en l'emmenant voir un match de Quidditch de seconde ligue. Mais avant le deuxième but, Astoria avait senti une nouvelle crise de douleurs arriver. Ils étaient sortis pour trouver un de ces Médicomages toujours présents dans les stades. La femme avait accepté de lui donner un anti-douleur puissant après avoir consulté le dossier médical qu'Astoria devait toujours porter sur elle. Drago et elle avaient décidé d'aller se promener plutôt que de voir la fin du match. Errer dans une fête foraine moldue fit le bonheur d'Astoria. Elle se découvrit une passion pour les barbe-à-papa et en fit tour à tour une moustache, un sourire et un toupet.
- Oh ! On se fait tirer les cartes ?
Les cours de Divination avaient laissé une impression si affligeante sur Drago qu'il faillit protester, mais il ne voulait pas dire non à Astoria, qui s'efforçait comme elle pouvait de détourner ses pensées de la maladie.
La voyante qu'ils allèrent voir, cependant, ne tirait pas les cartes. Elle lisait la paume des mains.
- La ligne de cœur est forte chez vous deux. C'est plutôt bon signe. Mais votre ligne de vie est exceptionnellement courte, dit la femme en fronçant les sourcils. Et cette ligne de santé…
Drago en avait assez entendu. Il paya la femme et tira Astoria par la main, moins doucement qu'il le faisait habituellement, pour qu'il regagne l'air libre et ensoleillé.
- Je n'ai pas envie que tout ça s'arrête. Jamais.
- L'éternité, c'est bien long, tu sais, dit-elle patiemment, un sourire aux lèvres.
- On trouverait des occupations.
- On s'ennuierait comme tous ces vieux couples. Si j'étais immortelle, je serais déjà blasée. C'est la certitude de la mort qui réintroduit du drame dans nos vies…
Oui, Drago commençait à voir ce qu'elle voulait dire. Le tic-tac du crocodile du Pays imaginaire, il l'entendait chaque jour un peu mieux. Comme un rythme inquiétant qui le rapprochait toujours un peu plus de la fin de leur vie à deux.
Astoria l'entendait aussi. Elle ne l'ignorait pas. Elle en avait fait une cadence, le rythme sur lequel elle devait danser chaque nouveau jour qu'on lui accordait.
Alors Drago commençait également à comprendre. A la sentir.
L'urgence qu'il y avait à vivre.
- Je veux t'épouser.
- Ce n'est pas une demande.
- Non, juste un vœu. Adressé à l'univers.
- Vise un peu plus bas et adresse-le-moi.
Il l'embrassa encore et encore. Petit baiser après petit baiser. Jusqu'à ce qu'elle cède en riant.
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Ils se marièrent trop discrètement au goût de Narcissa, mais sous de bons auspices. Sans surprise, les étoiles dont ils portaient les noms brillaient… sans parler d'une constellation qu'Astoria disait ressembler à une aigrette de pissenlit et que Drago se fit un plaisir de lui présenter comme celle du Scorpion.
Drago invita tous ses anciens camarades d'école avec la certitude qu'ils ne se reverraient plus qu'à d'autres occasions mondaines de ce genre. Astoria invita ses très rares amis en sachant qu'elle les reverrait encore longtemps, parce qu'ils étaient de réels amis. Famille et invités de marque complétèrent les tables. La fête leur importa finalement peu.
Le jour de mariage d'un Sang-pur n'était pas une exception dans sa vie : larmes de bonheur ou comportements dissipés auraient surpris. Il fallut attendre la lune de miel pour que leurs doubles fassent de grands sourires sur les photos. Qu'importait. Ils étaient ensemble.
Deux solitaires incapables de vivre l'un sans l'autre. Deux marginaux contents de leur vie à deux.
Drago commença à se passionner pour la Défense contre les forces du mal et les protections en tous genres. Il entra même au Département de la sécurité magique. Tout pour que rien ne puisse atteindre Astoria... Mais bien sûr, la menace était intérieure.
C'était contre son propre corps qu'Astoria devait lutter. Ils avaient remué ciel et terre, consulté des Médicomages de tous les continents, mais sans succès. Les malédictions, par leur caractère personnel et spécifique, se traitait au cas par cas. Même les malédictions plus courantes comme la lycanthropie avaient dû attendre des siècles avant qu'on y trouve un traitement palliatif. Pour Astoria, donc, il n'y avait aucune chance. Pas d'Horcruxe, en magie blanche. Et il n'aurait pas choisi que Astoria immortelle au prix d'un meurtre. Par le passé, ç'avait été si facile de prendre une vie… Si rapide. Maintenant, il ne rêvait que d'en prolonger une.
Etait-ce cela, sa punition ?
Astoria, elle, était si sereine… Et butée.
Deux ans et demi après leur mariage, elle lui proposa de menacer sa santé de la plus belle façon.
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- … tu veux des enfants ?
Drago ne savait pas quoi répondre. Dans l'idée, oui. Il l'avait voulu à l'époque où son nom de famille importait. Où il avait senti sa responsabilité comme unique héritier de la fortune et de la lignée Malefoy. Mais il l'avait choisie elle, et il savait que sa santé n'était pas assez bonne. Alors il avait fait une croix dessus. Contrairement à la plupart des couples, ils n'en avaient jamais parlé avant de se marier. De toute façon, il préférait ne pas risquer de gâcher la vie d'un enfant.
- Ça ne me dérange pas que la lignée Malefoy s'arrête avec moi. Ce serait mieux pour tout le monde.
- Ce n'est pas la question que je t'ai posée.
- Je ne sais pas. Tu me vois père ?
- Oui.
Il évita son regard. Elle lui faisait bien trop confiance, comme toujours. Cette confiance qu'il jugeait parfois aveugle l'effrayait, parce qu'il avait peur de ne pas avoir la force de remplir ses attentes...
Astoria avait su que le sujet l'angoisserait. Qu'il aurait peur de faire comme tous les parents : critiquer l'éducation qu'il avait reçue et finalement, la copier.
- Tu penses à adopter un enfant ou…
Astoria savait bien qu'il essayait d'être raisonnable, au moins d'un point de vue médical. Adopter ne se faisait pas vraiment, surtout chez les Sang-purs, mais ç'aurait été envisageable. Sauf qu'Astoria accordait beaucoup d'importance au lien biologique, qui n'était pas fluctuant comme pouvait l'être le lien affectif. Et puis, elle voulait que Drago puisse reconnaître une part d'elle dans le visage qu'elle laisserait, tôt ou tard, en arrière. Elle voulait qu'il puisse aimer une autre personne qu'elle, à travers ses traits et les siens mélangés.
- Non. Je veux ton fils. Je veux que ce soit notre enfant.
Elle était bien plus égoïste que lui, à ce moment-là. Vouloir un enfant qu'elle condamnait à faire orphelin, tôt ou tard… On lui donnait une espérance de vie de 35 ans, et elle en avait déjà plus de 21.
- On verra ce qu'en disent les Médicomages, dit Drago d'un air incertain.
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Ils ne furent pas optimistes sur l'état de santé d'Astoria si elle menait ce projet à bien. Drago qui avait cru gagner du temps pour réfléchir, vit sa femme s'entêter un peu plus de jour en jour.
Elle lui tenait tête à sa manière tendre et butée. Car ce n'était pas un caprice d'enfant. Il sentait l'urgence de sa demande, à chaque fois qu'elle remettait le sujet sur la table.
C'était même la première fois qu'il la voyait faire des projets d'avenir.
Alors il accepta d'essayer.
Deux ans durant.
Et à la fin de l'année 2005, la nouvelle vint. Drago s'abstint de la juger bonne ou mauvaise. C'était seulement une nouvelle.
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Un nouveau Malefoy pour perpétuer la lignée, et le fils de son fils, qui plus est… Narcissa était intenable. Drago et Astoria ne leur avaient rien dit sur leurs difficultés à concevoir (chose que Lucius et elle auraient très bien compris, pourtant).
La perspective de devenir grands-parents si jeunes inquiétait un peu Lady Malefoy, mais ça remettait Lucius sur pied. L'entreprise de sa famille ne s'arrêterait pas en si bon chemin, comme il l'avait craint quand Drago avait pris une fille si fragile comme épouse.
Son mariage avec elle avait été l'occasion de la première vraie dispute entre Drago et ses parents, en deux décennies. Et il continuait de l'être.
Narcissa n'avait fait qu'une toute petite blague anti-Moldu (bien en-dessous de son niveau habituel, quand elle était avec des personnes réceptives), un soir qu'ils étaient réunis au Manoir, quand Lucius avait entendu sa belle-fille dire d'une voix glaciale :
- Narcissa… si vous tenez le même discours quand ce bébé sera né, ne vous attendez pas à le voir souvent pendant les vacances.
Les Malefoy (senior) échangèrent un regard. Leur fils ne protesta pas, acquiesçant donc tacitement.
- Vous ne pouvez pas m'empêcher de voir mon petit-fils !
- Ça s'est déjà vu, répliqua Astoria, placidement, avant de faire signe à Drago qu'il valait mieux qu'ils rentrent.
Narcissa et Lucius prétendirent un moment qu'elle avait retourné leur fils contre eux, mais bientôt, ils durent se rendre à l'évidence : c'était Drago qui avait changé.
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- Je sais que tu as peur, disait Astoria à Drago, en attendant que sa Médicomage obstétricienne ne revienne avec les résultats d'un examen.
Il s'agissait de savoir si leur fils serait touché par la condition d'Astoria. Elle était en théorie héréditaire, mais ne devait toucher que les héritiers d'Aristophane Greengrass, c'est-à-dire ceux qui portaient son nom de famille. Leur fils porterait le nom de Malefoy. Il semblait donc que la malédiction doive s'éteindre après Astoria et Daphné (si elle se mariait et prenait le nom de son mari).
Le danger venait donc davantage du fait qu'au cours de sa grossesse, Astoria n'avait le droit à aucun de ses médicaments habituels. Ceux qui maintenaient la mort à distance. Ceux qui permettait à la douleur de ne pas gagner. Neuf mois sans potion laisserait la malédiction gagner du terrain sur son corps. Elle se disait prête. Lui ne l'était pas. Pas à la voir souffrir encore plus que d'habitude. Pas à la voir pleurer en silence sans savoir que faire de son corps. Il n'y avait pas de Doloris à parer, ici. Seulement un corps à supporter.
- La seule chose dont j'ai peur, c'est que notre fils apprenne un jour ce que j'ai été.
- Tu as peur du passé ? dit doucement Astoria. J'ai peur du futur. Mais j'aime le présent, avec tout ce qu'il apporte. Alors oublie un peu le passé...
- Facile pour toi. Le tien n'est pas tatoué sur ton avant-bras.
Drago avait demandé à des experts de retirer la Marque des Ténèbres, mais même après la mort de Voldemort, il était difficile de savoir si tenter de l'enlever ne provoquerait pas sa mort.
- Peut-être… mais si tu retournais dans le temps, tu changerais le passé ? Tout ? Au point de ne pas devenir celui que tu es ? Au point que je ne sois pas enceinte de toi, là maintenant ?
L'assistant-Médicomage qui allait ouvrir la porte recula quelque peu dans le couloir, les résultats du test toujours à la main. Il les avait lus sur le chemin et cherché une explication aux particules de magie noires relevées partout dans le sang de la patiente du médecin qu'il assistait. En entendant leurs dernières paroles, il était arrivé aux mauvaises conclusions. Il ne suivait pas le dossier de Mrs Malefoy. Il ignorait donc pourquoi elle était si malade, et à présent, enceinte. Il connaissait seulement la réputation de la famille et sa proximité à un certain mage noir.
Alors quand il entendit dire plus tard que la famille Malefoy s'était retirée à la campagne, loin du monde magique, pour la durée de la grossesse, il discuta de ses craintes dans un bar sorcier de Londres, où déjeunait une journaliste avide de scandales qui puissent la remettre au-devant de la scène.
Un ancien Mangemort qui utilise un Retourneur de temps pour faire engrosser sa femme par le Seigneur des Ténèbres ? Elle avait attendu un scoop de ce genre toute sa vie…
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