2)Vous reprendrez bien un peu de glace ?
...
Rien que de regarder la météo, et Jane se sentait déjà frigorifiée dans son pull à grosse maille saumon. Ce froid, toujours ce froid, encore ce froid. Décidément, il lui tardait de voir le soleil pointer le bout de son nez. Et puis, par ce froid, hors de question de se rendre à ses cours. Tant pis, ses étudiants devront se passer d'elle et de son savoir en biologie. Pourtant, pendant un instant, rien qu'un instant, Jane avait imaginé se rendre à l'Université. Mais la route était gelée, verglacée, emprisonnée et la neige tombait rageusement, fouettant les vitres de son salon chauffé à bloc pour l'en dissuader. Non. C'était bien trop dangereux. Quelle idée d'habiter dans les bois, sérieusement. Quoi que, la météo de la ville ne semblait pas plus clémente.
La professeure soupira et prit une autre gorgée de son thé pomme cannelle en observant le paysage d'un blanc aveuglant s'étendre par la fenêtre. Devait-elle l'appeler pour lui dire que leur « séance » était ajournée ? Jane se maudit d'être aussi impuissante dans cette « relation » qu'elle entretenait avec lui. Le fameux « lui » était en fait un de ces étudiants. Grand, blond, musclé, Australien venu découvrir et s'instruire à la Big Apple. Lorsque Jane avait croisé son regard pour la première fois, elle avait perçu quelque chose d'inconnu chez elle. Un grain de folie et de danger. La ligne à franchir, le pas de trop, si vous préférez. Et elle l'avait franchie, la ligne. Sauf qu'elle ne regrettait pas, et voilà déjà trois ans qu'ils se fréquentent. Cela la motivait d'autant plus à se rendre à ses cours, sauf que l'hiver de cette année semble plus ravageur que les précédents.
Alors Jane fixe la neige, les bois alentours, sa vie, et se dit que, peut être, ce n'est qu'un avertissement pour des choses bien plus graves à venir.
…
Tony sursauta et renversa le cendrier posé sur ses genoux. Il s'était assoupi sur le canapé et il était un peu plus de neuf heures du matin. ET. MERDE. Il devait rendre son bouquin à dix heures et il n'avait pas encore terminé, et puis il devait aussi aller à l'agence et...
Un regard à la fenêtre du salon lui permit de se rendre compte que la neige tombait à vive allure. New York était belle, ainsi parée de blanc, mais que cela la rendait impraticable. Tony jura, maudit on-ne-sait-qui et se demanda pourquoi les rues étaient vides et pourquoi on ne les avait pas encore déneigées, ces maudites rues. Tant pis, il enfilerait son manteau le plus chaud, ses gants, son bonnet et partirait braver le froid.
Sauf qu'une fois sur le trottoir, Tony claqua des dents, s'emmitoufla plus profondément dans son écharpe en laine et s'accrocha à la devanture encore fermée, mais elle aussi glissante, d'un magasin. Bordel de merde. C'était quoi ce bordel ?
Tony s'arrêta un instant et remarqua le calme paisible, presque de cathédrale, qui habitait les rues new yorkaises. Où étaient les gens ? Chez eux. Mais, mais. Il ne s'agissait que du froid, la vie ne s'arrêtait pas, n'est-ce pas ? Tony se sentit davantage grelotter lorsqu'il fit un pas en avant. Nom de dieu, il était trempé par les flocons de neige si gros et si puissants, et le vent n'ajoutait rien de bon à tout ceci. Il sentit le bout de son nez chauffer violemment et même son visage lui brûler. Oh et puis merde. Merde à son bouquin, merde à tout. Autant rentrer. Sauf qu'en effectuant un pas afin de se retourner, il s'étala de tout son long sur le trottoir.
Pendant de longues minutes, il resta inerte sur le trottoir, à quelques centimètres de chez lui, son corps déjà bien recouvert de neige. Il avait froid. Il avait mal. Il était seul. Ca faisait définitivement de bonnes raisons de rentrer chez lui.
…
Stephen et Peter observaient l'homme aux cheveux corbeau se réveiller doucement, émerger du malaise dans lequel il était plongé. Ses yeux restèrent plissés pendant un instant, s'accommodant à la lumière toujours trop vive des hôpitaux. Puis les deux globes émeraudes bougèrent, s'activèrent, comprirent où ils étaient, se souvinrent de ce qui était arrivé. L'homme grogna.
« Bon retour parmi nous, » le salua gentillement Peter.
Le Docteur Strange lui jeta un coup d'œil et demanda au patient de répondre à ses questions.
« Quel est votre nom ? »
« Loki. Loki Laufeyson. »
Stephen nota quelque chose sur son carnet et poursuivit :
« Savez vous ce qu'il s'est passé ? »
Loki évoqua sa glissade sur le trottoir, et sa tête heurtant violemment le bitume. Le docteur lui sourit et le rassura. Apparemment, juste un choc mais rien de trop grave. Il devrait rester en observation un jour ou deux, et il pourrait repartir. Mais Loki n'était pas du même avis.
« Parker, occupez vous de lui, j'ai d'autres patients. »
Loki leva le majeur dans le dos du docteur et Peter gloussa.
« Allons. Il n'est pas si méchant. Vous souhaitez que j'appelle quelqu'un ? »
Le brun leva les yeux au ciel. « Ecoutez, Docteur Parker, je suis étudiant, j'ai des cours et- »
« Je ne suis qu'un interne, ça me fait bizarre qu'on m'appelle Docteur. » le coupa-t-il.
Loki le fixa. Peter, quant à lui, était content d'avoir réussi à changer les idées de son patient. Il ferma la porte pour avoir un peu de calme et s'assit près de Loki.
« Ecoutez. On est débordés, ici, mais si vous voulez parler, ou si vous avez besoin de quelque chose, vous me sonnez, d'accord ? »
Loki sourit et s'enfonça dans le lit peu confortable de l'hosto. Quoique, il était déjà plus confortable que le sien. Alors, pour une fois, Loki lâcha prise et décida de rester là, allongé, à ne rien faire. Et puis, en regardant par la fenêtre de sa chambre, il constate que la ville semblait emprisonnée par le froid. Les buildings étaient glacés, blancs de neige, les trottoirs et même l'eau étaient blanchis.
Peut être qu'eux aussi, même s'ils n'étaient pas humains, avaient lâché prise.
…
Darcy accepta la tasse de café brûlante gentillement servie par la policière Maria Hill. Elles se trouvaient dans le bureau de cette dernière, celle ci même qu'il l'avait trouvée alors que deux connards l'avaient agressée. Ici, même un commissariat de police, c'était plus agréable que les rues gelées et frigorifiées.
« Bon. Reprenons. Je suis désolée d'avoir eu à m'absenter. Comment vous sentez vous ? »
Darcy fit la grimace. Le café était définitivement trop chaud, elle qui avait l'habitude à boire de la merde toute froide, trop froide. Ca changeait définitivement.
« Il faisait noir, alors je suppose que vous n'avez pas pu reconnaître ou même apercevoir les visages de vos agresseurs ? »
Darcy pouffa tout en réajustant son bonnet troué.
« Si, si. C'est Wanda et Pietro. Les jumeaux Maximoff. Des véritables enflures. Ils attaquent souvent les SDF. Ils m'ont déjà volé ma bouffe il y a trois semaines, ah, et ma couverture. Imaginez, je l'avais trouvée dans une benne toute chaude et, pour une fois, elle avait pas de trou, tiens. Tant pis. »
Maria fronça les sourcils.
« Vous...vous avez déjà été attaquée ? »
Darcy sourit. Ses dents étaient en mauvais état.
« Oui. C'est la routine pour nous. »
Maria avait la bouche légèrement entrouverte et observait, choquée, la jeune SDF assise devant elle qui buvait à petites gorgées le café brûlant proposé un peu plus tôt.
« Pourquoi n'êtes vous pas- »
« Venu vous voir ? Ha ha. La bonne blague. »
Darcy termina son café et se releva. Au moins, elle avait passé la nuit au chaud.
« Ecoutez. Je dois trouver de quoi manger pour ce soir, et un endroit pour dormir donc, si vous permettez. Merci pour tout, au moins je serai pas attaquée le mois prochain, vu qu'une flic m'a défendue. »
Puis la jeune fille quitta le bureau. Maria resta ainsi plusieurs secondes. Fixer la fenêtre, la porte, la tasse de café, la couverture sur le fauteuil où elle avait dormi et puis, vous savez, elle se leva brutalement pour la rattraper. Essayer de la rattraper.
…
Pepper regagna son 4x4, sa respiration s'estompant dans l'air à chaque bouffée avec le froid. Et qu'il faisait froid ! Ce n'était pas sans but qu'elle se trouvait ici. En fait, elle vivait en ville mais s'occuper des bois et de sa préservation, surtout à côté d'une telle ville comme New York, c'était son dada. Mais avec le froid, le passe temps devint une tâche. Pepper s'appareillait toujours chaudement, accumulant les couches de vêtements afin de ne laisser aucun moyen au froid. Cependant, l'air s'engouffrait sous ses vêtements et la glaçait.
Elle se réfugia à l'intérieur du véhicule équipé et tourna la clé dans le contact.
Ha ha. Non. Non pas ça.
Le 4x4 brouta avant de vomir une fumée noire et d'émettre un son comme d'agonie. Pepper retenta sa chance, mais rien. Toujours rien. Elle n'allait pas rester bloquée ici, non ?
« Putain » jura t-elle.
Quelle idée elle avait eu de se lever très tôt, abandonnant Happy dans le lit conjugal en train de ronfler comme un ours. Elle saisit son smartphone et tenta de le déverrouiller, mais l'appareil était gelé. Oui. Ge-lé. Elle resta complètement sonné de voir que la seule chose qui la reliait avec les autres était bloqué par le froid. Elle tenta plusieurs fois de le rallumer, d'appeler, rien du tout.
Abandonnant la technologie par un « je savais qu'on pouvait pas faire confiance à ces trucs » elle décida de sortir du véhicule, mais, alors qu'elle essayait d'ouvrir la portière, elle se rendit compte au bout de plusieurs minutes que l'opération était vaine.
Impossible d'appeler. Impossible d'ouvrir la portière. Briser le carreau glacé, froid, blanc était également impossible. La voiture s'était, par la même occasion, laissé recouvrir de plusieurs centimètres de neige et, bientôt, elle disparaîtrait sous ce manteau neigeux. Pepper commença à paniquer.
Elle avait froid. Sa mâchoire claquait violemment, devenant même douloureuse au fur et à mesure et puis, elle ne sentait plus ses pieds, ni ses mains. Elle tenta de se réchauffer, mais en vain.
Bientôt, sa voiture disparut sous la neige et Pepper s'endormit pétrifiée par le froid.
La température était de -26 degrés.
Le grand froid ne faisait que commencer.
…
Natasha mâchait son chewing-gum tout en nettoyant une tasse derrière le comptoir. Le café était trop tranquille, et Janet se plaignait de ce froid. En plus, avec la tenue réglementaire de travail qu'elles devaient porter -qui se constituait notamment d'un tablier tunique rose- elles avaient froid. Voir même:très froid.
« J'ai du dormir ici cette nuit. Pas moyen de faire démarrer la voiture. »
Natasha haussa un sourcil. Elle, elle habitait à deux minutes -en face, en fait- du café, donc ça allait, mais elle avait tout de même failli se vautrer trois à quatre fois.
« Tu aurais dû sonner chez moi... » commença Natasha, avant de se souvenir que Clint avait été « présent » hier soir.
Janet remarqua son amie qui rougissait et lui dit « t'inquiète » avant de fixer la rue derrière la vitre. La neige était haute, épaisse et fraîche comme jamais. Et les températures qui continuaient de chuter.
« On meurt de froid ici. »
Janet donna un coup de pied au radiateur qui venait de rendre l'âme.
Et puis, comme ci les choses n'étaient pas déjà assez merdiques, une vitre de la devanture du café explosa. Cette même vitre qui, un peu plus tôt, grinçait et se fissurait de toute part à cause du froid. Une énorme bourrasque de vent pénétra dans le café, amenant avec elle la neige, plus furieuse et sauvage que jamais. Natasha eut à peine le temps d'écarquiller les yeux que, déjà, les deux femmes se retrouvèrent piégées dans le café, complètement frigorifiées.
…
Tony ignorait comment il avait fait pour se retrouver à l'hôpital. La dernière chose dont il se souvenait était de s'être retourné sur le trottoir et que son corps, inerte, avait été recouvert par la neige. Bon, après analyse rapide, il commença à paniquer. Pourquoi ne sentait-il plus ses bras, ou alors lourdement, et ses jambes ?
Merde, quel temps pourri ! Cela tournait vraiment en tempête, maintenant.
Quelqu'un se racla la gorge à côté de lui. Il tourna la tête et aperçut un jeune homme aux cheveux noirs, visage plutôt pâle, allongé dans son lit, mais qui ne semblait pas très à l'aise.
« Loki, » se présenta t-il.
Tony voulut lui répondre mais ses muscles, même ceux de son visage, semblaient endoloris. Il grimaça.
« Je comprends, je comprends. Je sais qui vous êtes, de toute façon. Tony Stark. L'écrivain. J'ai lu tous vos romans. J'arrive pas à croire que je sois dans la même chambre que vous... »
Tony fronça les sourcils.
« Vous étiez tout bleu quand vous êtes arrivé. Apparemment quelqu'un vous a marché dessus dans la rue, vous vous êtes fait ensevelir par la neige. » expliqua Loki.
Lécrivain hocha -ou du moins, effectua un mouvement qui ressemblait à un hochement de tête- et tenta de sourire.
Loki leva les yeux au ciel.
« Reposez vous. Vous avez failli y passer. »
Un jeune médecin entra dans la chambre. Un certain Peter Parker.
« Loki. Cessez de l'ennuyer. J'ai essayé de contacter l'Université mais personne ne répond. Ne vous inquiétez pas, je pense que personne ne s'y trouve, avec cette tempête. La ville est complètement bloquée. Et on sait où tout le monde se trouve, à l'hôpital. ». L'interne gloussa sur la fin, avant de quitter la chambre.
« Sympa le petit, » réussi à articuler Tony.
Loki se tourna vers lui. Et sourit.
Au moins, il faisait un peu moins froid, ici.
…
Wade ouvrit la porte. Pietro et Wanda entrèrent en tremblant de froid.
« Putain, à la limite ça caille moins dehors ! » s'exclama le clodo aux cheveux argent.
Wanda alla se vautrer sur le canapé, tandis que Wade leur fila l'argent pour sa « dose ». Ils discutèrent un peu, réussirent à convaincre Wade de rester à dormir là et lui promirent de ne pas l'égorger dans son sommeil, si et seulement si il ne tentait rien en retour.
« Je vais sûrement mourir de froid dans mon sommeil, » grommela Wade, « donc bon, héberger deux criminels ça peu pas être pire. »
Wanda haussa un sourcil.
« Si c'est une façon bien particulière que t'as pour essayer de me convaincre de baiser avec toi, tu peux aller te faire foutre. »
« Dans ce cas, Pietro serait sûrement ravi de- »
« Putain ferme ta gueule ! » s'exclama l'interpellé en grimaçant.
La vie dans la rue et la vie dans un appart ne changeait pas trop, en fait. Wade était aussi fauché et aussi paumé qu'eux. Il n'avait rien dans son frigo. Possédait à peine de la thune. Et était aussi détraqué qu'eux.
« Cette fille qu'on a attaqué, » commença Wanda à l'intention de Pietro, alors que Wade vint se vautrer à ses côtés.
« Ouais ? »
« Elle me dit quelque chose. »
« Sûrement qu'on l'a déjà attaquée, va. »
« Non. Je crois que j'étais au lycée avec elle, ou un truc du style. »
« Le lycée pour les SDF ? » gloussa Wade.
« Tu en seras un, un jour, alors te marre pas connard. »
Cela boucla royalement le bec de Wade.
Ouais, mais, en attendant, il appréciait d'être ici et d'avoir un chez soi. Loin du feu et des carcasses de voitures qui l'avaient défigurées. Ici, près du froid et loin des autres. Son quelque part à lui.
…
Thor n'avait aucune nouvelle de Jane. Et ça l'inquiétait. Ca l'inquiétait énormément, à cause du froid, des routes glissantes et enneigées. Et des températures extrêmes.
Il tenta de lui passer un appel, mais personne ne répondit. Merde, que se passait-il ?
Et puis, soudain, alors que Monsieur Phil Coulson, leur professeur, essaya d'ouvrir la porte mais n'y parvint pas. Il se tourna vers ses étudiants et déclara :
« Je crois que nous sommes bloqués ici. »
Au même moment, Thor remarqua la neige qui s'élevait à hauteur des fenêtres de la salle.
Et. Merde.
…
A suivre.
…
