~ Bonjour ~

Le premier chapitre est arrivé ! Vous pourrez en découvrir un peu plus sur l'étrange pouvoir d'Hermione et avoir droit à la première altercation entre elle et Severus.

Merci énormément pour votre soutien et vos jolies reviews, cela me fait très plaisir de savoir que le prologue est intriguant et vous donne envie d'en savoir plus sur cette histoire ! Je vais faire mon maximum pour combler vos attentes et ne pas vous décevoir, promis.

Le chapitre est un peu long, je vous l'accorde, et j'espère que cela ne vous découragera pas dans votre lecture, mais ceux qui ont déjà lu mes précédentes histoires savent que j'aime broder ~

Par ailleurs, voici les réponses à mes lecteurs auxquels je n'ai pas pu répondre par M.P :

Siana : Merci pour ta review ! C'est très motivant de savoir que mon style est agréable à lire, et encore plus de découvrir que tu trouves mon thème original. J'espère que la suite te plaira tout autant :)

Ladyoscar: Voilà la suite ! Ça me fait plaisir que le prologue t'ait plu, en espérant qu'il en sera de même pour ce chapitre :) Merci pour ton avis !

Anonyme : Je peux te confirmer que cette histoire risque de durer un petit bout de temps ! Si elle sera bonne, seul le temps te le dira, mais je vais tout faire pour. Je suis heureuse de savoir que tu apprécies le début de cette fic, et encore plus que tu lises WE mouvementé ! J'espère que ma précédente histoire t'aura fait passer un bon moment, et je te remercie pour ton soutien :)

~ Ava-Rosaa ~

Disclaimer : l'univers et les personnages d'Harry Potter appartiennent à la talentueuse JK Rowling.


Chapitre I

Hermione ouvrit lentement ses paupières alourdies par le sommeil avant de brusquement les refermer sous l'aveuglante lumière vive qui agressa ses pupilles, laquelle s'était faufilée entre les pans des rideaux accrochés aux fenêtres du dortoir pour éclairer son visage endormi.

La jeune femme resta allongée, les bras en croix, en plein milieu de son lit, profitant de la douce chaleur réconfortante qui l'enveloppait. Le soleil réchauffant sa peau, les coussins douillets placés sous sa nuque, son matelas moelleux sur lequel reposait son corps endolori et le silence apaisant qui régnait dans la pièce lui donnaient l'impression de flotter entre rêve et réalité.

Hermione, éreintée par la courte nuit peuplée de lecture de grimoires anciens et de cauchemars lui rappelant douloureusement les événements de la veille qu'elle venait de passer, était à deux doigts de se lover à nouveau dans les bras accueillants de Morphée. Son courage légendaire avait déserté, remplacé par un profond épuisement qui la tiraillait de toutes parts, l'empêchant de se lever pour aller se préparer.

Les pensées de la brune se mélangèrent, et elle se sentit dériver vers une délicieuse inconscience qui permettrait à son corps de récupérer l'énergie qui lui faisait en ce moment-même cruellement défaut.

Tout à coup, la Gryffondor fut brutalement tirée de sa somnolence, violemment secouée par une poigne énergique, l'obligeant à ouvrir les yeux. En distinguant la chevelure rousse qui obstruait son champ de vision, Hermione soupira lourdement et dégagea mollement les mains de son amie de ses épaules, enfouissant sa tête sous les couvertures.

" Laisse-moi dormir, Ginny, je suis épuisée... grogna la lionne d'une voix étouffée.

- Hermione, je t'ai laissé dormir le plus longtemps possible, mais maintenant tu dois te lever, les cours commencent bientôt ! s'exclama la jeune Weasley d'un ton pressant. "

À ces paroles, la rouge et or releva brusquement la tête, projetant sa chevelure ébouriffée sur son épaule droite.

" Les cours ? demanda Hermione d'une voix rauque d'où perçait une pointe d'étonnement en fronçant les sourcils. Mais on est dimanche, Ginny, les cours ne...

- On est lundi, Hermione, lundi ! la coupa la rousse d'un ton réprobateur. Je vois bien que tu as la tête complètement ailleurs, mais pour l'amour de Merlin, rassemble tes esprits et dépêches-toi de sortir de ce lit ! Les cours démarrent dans quinze minutes !

- Quinze minutes ?! répéta la jeune femme, les yeux exorbités, à présent tout à fait réveillée.

- Oui ! Va te préparer, maintenant, et fais vite ! ordonna Ginny en s'élançant vers les affaires scolaires de son amie pour fourrer ses plumes et parchemins dans son sac. "

Sans perdre une minute de plus, Hermione se rua dans la salle de bain qui, à son plus grand soulagement, était vide. Tandis qu'elle enfilait à toute allure son uniforme, au moment de boutonner sa chemise blanche, son regard ambré se posa sur le bandage immaculé qui enveloppait sa main droite. Un léger élancement parcourait toujours sa paume, mais les coupures partiraient rapidement.

Perdue dans la contemplation de sa main, les pensées d'Hermione dérivèrent sur les curieux événements qui s'étaient déroulés la veille à la bibliothèque, puis ceux qui avaient suivis son retour au dortoir des Gryffondors s'imposèrent à son esprit.

La première chose dont la jeune femme s'était occupée avait été de soigner sa main. Le temps de parcourir les longs couloirs du château de la bibliothèque jusqu'à la tour des lions, de minces filets de sang s'étaient échappés des blessures striant ses doigts et avaient barbouillé sa main du liquide rougeâtre. Les coupures n'étant pas profondes, la brune n'avait pas eu de mal à les soigner, se contentant d'appliquer un baume dessus et d'enrouler un bandage autour de sa paume.

Une fois cette tâche terminée, la rouge et or s'était précautionneusement dirigée vers sa besace et en avait sorti son encrier dépourvu de toute fissure et sa plume. Elle avait attentivement examiné les deux objets pendant de longues minutes, cherchant une solution qui pourrait expliquer l'étrange phénomène qui s'était produit, mais rien ne lui était venu à l'esprit. Jamais elle n'avait entendu parler de cette forme de magie, ce qui l'agaçait énormément.

Hermione avait tenté d'écrire avec sa plume nouvellement décorée, mais rien je s'était produit. L'objet n'avait pas réagi avec l'encre comme la dernière fois, et le liquide noir ne s'était pas teinté de carmin. La jeune femme en avait donc conclu que ses affaires s'étaient simplement réparées d'elles-mêmes, et bien que cette explication trop simpliste à son goût ne lui convînt pas, elle avait été contrainte de se résigner -du moins pour le moment.

Et puis en plein milieu de la nuit, Hermione eut un songe qui la troubla plus que de raison tant il paraissait réel. Elle ne saurait expliquer pourquoi, mais elle avait eu l'impression de vivre son rêve, d'entendre distinctement les bruits déchirant l'air de toutes parts. De pouvoir humer l'odeur fraîche de l'herbe couverte par une fine pellicule humide lorsqu'elle s'était trouvée perdue dans une forêt, de ressentir le contact du cuir ancien contre ses petites mains tandis qu'elle tenait fermement un carnet contre elle.

Elle s'était vue voyager à travers les époques en compagnie d'un homme dont elle n'arrivait pas à se rappeler l'apparence malgré ses efforts de concentration. Son mystérieux compagnon ainsi qu'elle-même s'étaient déplacés, elle ne savait comment, à plusieurs endroits divers et, parfois, d'un siècle à l'autre.

Malgré les paysages tous très différents et leur apparence changeante, les populations variées, les sentiments contradictoires éprouvés sans qu'elle n'en su la source, deux choses étaient restées intactes au cours de leur voyage : le fait qu'elle et son compagnon étaient restés ensemble à chaque instant, mais aussi celui qu'elle transportait toujours avec elle un petit cahier dont elle ignorait la provenance, ainsi que sa plume métamorphosée.

En se réveillant, la jeune femme avait mis du temps à réaliser qu'elle ne se trouvait plus dans un château sombre richement décoré datant du Moyen-Âge mais à Poudlard, dans son lit. L'odeur qui lui avait chatouillé les narines durant son sommeil, un curieux mélange de plantes et de poussières, avait irrité sa gorge un bon moment, l'obligeant à se rendre au bord de la fenêtre pour ouvrir cette dernière et respirer à pleins poumon l'air frais de cette nuit d'octobre.

La rouge et or était restée un certain temps accoudée à la fenêtre, observant d'un œil absent le ciel étoilé qui s'étendait devant elle. Ressassant tous les éléments qui avaient peuplés son rêve, elle avait pensé que ce songe paraissait bien trop vivant, empreint de tous ces détails pourtant insignifiants qui caractérisaient les scènes de la vraie vie -une odeur entêtante, des éclats de voix bourdonnant à ses oreilles, la caresse rugueuse du bois sinueux sous ses doigts- pour ne pas refléter la réalité.

Alors elle avait sorti tous les livres qu'elle avait en sa possession, soigneusement empilés dans son sac magiquement agrandi, et avait commencé à éplucher des dizaines d'ouvrages traitant le sujet très vague de la magie et de ses différentes formes. La jeune femme, persuadée que la scène de la bibliothèque avait déclenché quelque chose au plus profond d'elle-même, était restée penchée au-dessus de divers bouquins jusqu'aux alentours de cinq heures du matin avant de laisser tomber à contrecœur ses lectures pourtant passionnantes, préférant se reposer pour la longue journée qui l'attendait.

Hermione fut tirée de ses pensées par la voix agacée de son amie la pressant de sortir de la salle de bain. Rapidement, elle termina d'enfiler son uniforme et sortit avec hâte du dortoir des filles, la rousse sur ses talons.

Tandis que les deux Gryffondors dévalaient à toute vitesse les escaliers en pierres menant aux tréfonds du château, vers les cachots froids et sinistres à l'image du sombre professeur qui y régnait en maître depuis des années, Hermione, parvenant à peine à tenir sur ses jambes flageolantes, ses yeux à deux doigts de se fermer sous la fatigue écrasante qui l'accablait, se morigéna pour avoir préféré au cours de la nuit dernière la lecture au sommeil réparateur dont elle avait grandement besoin.

Lorsqu'elle arriva devant la salle de son professeur de Potions, elle capta le regard massacrant de ce dernier et comprit à son plus grand désarroi que la matinée risquait d'être longue et éprouvante.


La porte des cachots claqua avec force contre le chambranle, faisant sursauter quelques élèves qui, malgré les sept années passées en cours de Potions avec leur professeur tyrannique, se faisaient toujours impressionner par les brusques sautes d'humeur du sorcier.

Severus Snape avançait à grandes enjambées à travers les rangs remplis d'élèves, sa longue cape noire virevoltant derrière lui. Une fois arrivé à son bureau, il se retourna prestement et posa son regard méprisant sur les Gryffondors et Serpentards pendus à ses lèvres. Certains affichaient une moue aussi désintéressée que la sienne, indifférent à l'inspection intimidante des onyx indéchiffrables de leur professeur. D'autres avaient la tête baissée et se recroquevillaient sur leur tabouret, aspirant à se faire le plus discret possible pour passer inaperçu et ne pas s'attirer les foudres du Maître des Potions. Et puis il y avait Hermione Granger.

Lorsque son regard tomba sur la chevelure ébouriffée de la jeune femme, Snape retint un soupir fataliste. Contrairement à ses camarades, la Je-Sais-Tout se tenait droite et fière, une lueur de défi habitant ses yeux cernés de violet. Le menton levé bien haut, elle scrutait les moindres gestes de son professeur, attendant impatiemment de recevoir ses directives pour se mettre au travail, comme à son habitude.

Depuis que le cerveau du Trio d'or était revenu à Poudlard pour repasser sa septième année, Snape était à nouveau contraint de supporter la présence de l'insolente à ses cours et alors que le mois d'octobre venait seulement de démarrer, il se surprenait à regretter chaque jour un peu plus l'année passée durant laquelle les trois Gryffondors avaient brillé par leur absence. Il aurait donné n'importe quoi pour se débarrasser à nouveau de la Miss Je-Sais-Tout, mais malheureusement pour lui, Hermione était bien décidée à finir son cursus scolaire au sein du château et rien ne la ferait changer d'avis.

Snape ne pouvait nier qu'il avait été fort surpris en apprenant que la jeune femme souhaitait revenir à Poudlard. Il avait pensé qu'elle aurait préféré jouer de sa célébrité nouvellement acquise et de son statut d'héroïne de guerre pour se faire embaucher n'importe où. Malgré tout, la lionne avait choisi de revenir dans le château qui l'avait accueillie au cours de ces dernières années et en y réfléchissant bien, le Maître des cachots se disait que cela n'était pas si surprenant que cela venant de l'élève studieuse et impliquée qu'était Hermione Granger.

Cependant, à son plus grand désarroi, la jeune femme avait développé au cours de ces derniers mois une assurance frisant l'insolence, et elle n'hésitait plus à soutenir son regard ou le contredire lorsqu'elle estimait qu'il allait trop loin. Granger n'était plus la jeune fillette effarouchée craignant de se faire réprimander par ses professeurs ; elle avait beaucoup mûri et vu tant d'horreurs que plus rien ou presque ne la faisait flancher. La nouvelle Miss Je-Sais-Tout attitrée de Poudlard n'avait plus froid aux yeux et se fichait éperdument des remontrances de son professeur de Potions, au plus grand dam de celui-ci.

Malgré l'attitude typiquement arrogante propre aux Gryffondor que la jeune femme arborait en apparence, le regard aiguisé du sorcier remarqua que quelque chose clochait chez son élève. Habituellement, elle faisait preuve d'une intense concentration durant ses cours, buvant la moindre de ses paroles et s'empressant de les retranscrire sur un parchemin. Mais aujourd'hui, même s'il n'avait encore rien dit, il remarqua que la jeune femme semblait ailleurs, son regard vide fixant son enseignant sans le voir alors qu'elle frottait nonchalamment sa main bandée.

Hermione était perdue dans ses pensées, laissant ses doigts parcourir son bandage alors qu'elle luttait désespérément contre l'accablante fatigue qui la tiraillait. À cet instant, elle aurait voulu se plonger dans son lit si confortable et éviter cette longue journée chargée de travail qui se profilait devant elle.

La Gryffondor songeait également aux recherches qu'elle avait effectuées cette nuit, et la déception l'emplit à nouveau quand elle se rappela qu'elle n'avait trouvé rien de bien intéressant dans les anciens grimoires qu'elle avait parcourus.

Elle repassait sans arrêt la scène intrigante qui avait eu lieu la veille dans son esprit embrumé par la fatigue, indifférente aux paroles sèches de son professeur qui ordonnait à ses élèves d'aller chercher dans la réserve les ingrédients nécessaires à la préparation d'un Philtre de Mort Vivante.

Tandis que tous les étudiants se ruaient avec empressement mais néanmoins dans un silence religieux vers le fond de la classe, Hermione resta assise sur son tabouret, son regard vide fixé devant elle. Soudain, son champ de vision fut obstrué par une masse noire, et la voix glaciale qui claqua la sortit brusquement de ses pensées.

" Miss Granger, entama Snape en la toisant de toute sa hauteur, dois-je vous rappeler que vous êtes ici pour travailler et que votre statut de meilleure amie du Survivant ne vous dispense en aucun cas de participer à mon cours comme tous les autres élèves ?

- Je suis désolée monsieur, je ne...

- Vous avez déjà l'insolence de m'imposer votre présence horripilante une année supplémentaire, alors ayez au moins la décence de faire semblant de vous intéresser aux Potions, même si je me doute que votre arrogance légendaire vous donne l'impression d'être au-dessus de tout le monde et que vous pensez disposer du droit de vous tourner les pouces plutôt que d'essayer d'améliorer vos lamentables compétences dans le domaine que j'enseigne, cracha-t-il avec mépris.

- Mais je ne me suis jamais considérée supérieure aux autres, riposta Hermione en fronçant les sourcils.

- Votre attitude laisse pourtant entendre le contraire, petite impertinente, siffla le professeur entre ses dents serrées. Maintenant, levez-vous et faites quelque chose. Je ne tolérerai pas durant mon cours la présence d'incapables qui passent leur temps à rêvasser en attendant que leur potion se fasse toute seule. "

Snape lui lança un rictus triomphant, satisfait de voir son visage livide se décomposer au fil de sa tirade, puis se détourna brusquement d'elle pour aller s'asseoir à son bureau corriger les copies des deuxièmes années.

Hermione soupira en levant les yeux au ciel mais ne répondit pas à la pique de son professeur, le mal de tête martelant son crâne la dissuadant de se lancer dans un débat que son professeur remporterait de toute manière. Alors elle se leva lentement et se dirigea vers l'armoire pour prendre les ingrédients, puis se mit à la préparation de sa potion sous l'œil inquiet de Ginny.

Au bout de quelques minutes, des vapeurs aux diverses senteurs embaumaient les cachots, s'élevant au-dessus des visages rougis des élèves concentrés sur leur chaudron.

La plupart des breuvages présentaient un aspect étrange et non conforme à celui indiqué dans le manuel de Potions. Malgré les efforts que tentaient de déployer les Gryffondors et les Serpentards, la difficulté du Philtre de Mort Vivante était trop élevée pour qu'ils espèrent obtenir un résultat acceptable aux vues de leur niveau.

Lorsque le Maître des Potions passa inspecter les chaudrons de ses élèves, il ne se priva pas de faire remarquer à ces derniers leurs erreurs, les rabaissant toujours plus alors que leur visage blêmissait au fil de ses paroles. Depuis la fin de la guerre, le professeur ne prenait même plus la peine d'épargner les Serpentards de ses insultes, au plus grand désespoir de ces derniers qui désormais ne pouvaient plus compter sur leur directeur de maison pour les favoriser.

Snape laissa en plan une Gryffondor tremblante devant son chaudron vidé suite à un Evanesco du sorcier avant de se rendre vers la prochaine paillasse. Un rictus cruel orna un instant ses fines lèvres lorsqu'il se rendit compte qu'il s'approchait de l'insupportable Je-Sais-Tout.

Hermione découpait mollement ses racines de valériane, prêtant à peine attention au claquement sec de son couteau qui tranchait l'ingrédient. Sans s'en être aperçue, elle avait fini d'émincer la plante et manqua de se couper l'index avant que Ginny ne lui donne un coup de coude dans les côtes, la faisant violemment sursauter.

La rousse lui fit de gros yeux et la lionne comprit qu'elle devait se reconcentrer sur son chaudron pour éviter une catastrophe. Cependant, malgré tous les efforts qu'elle faisait pour garder son esprit axé sur la recette, ses pensées dérivaient inexorablement vers les récents événements. De plus, le silence oppressant qui régnait dans les cachots ne l'aidait pas à rester éveillée, et elle avait senti plus d'une fois ses lourdes paupières se fermer d'elles-mêmes.

La jeune femme était si fatiguée qu'elle n'accordait aucun regard à l'avancée de sa potion. Attrapant une fiole emplie d'un liquide blanchâtre au hasard, elle le déboucha et approcha le récipient de son breuvage.

Soudainement, alors qu'elle penchait la fiole pour verser le liquide dans sa préparation, une grande main pâle agrippa fermement son poignet et l'éloigna vivement du chaudron. Hermione contempla d'un œil absent les gouttes s'écraser contre la table en bois, son esprit confus ayant du mal à assimiler ce qu'il venait de se passer. Elle fronça lentement les sourcils en essayant de se reconnecter à la réalité.

La poigne ferme qui retenait son poignet délicat la relâcha brusquement, laissant des traces de doigts rouges sur sa peau. Tandis que la jeune femme comprenait doucement ce qu'elle avait failli exécuter, une voix doucereuse s'éleva dans l'air, et elle laissa échapper un hoquet étranglé face aux paroles cassantes de son professeur.

" Miss Granger, articula lentement Severus Snape en dardant sur le visage rouge de honte de son élève son regard haineux, ne vous avais-je pas dit de vous concentrer sur votre potion quelques minutes auparavant ? "

Hermione déglutit difficilement, sa respiration hachée se bloquant dans sa gorge asséchée alors qu'elle se fustigeait intérieurement pour son manque d'attention.

" La Miss Je-Sais-Tout du château aurait-elle perdue la parole ? railla Snape en la scrutant de haut en bas. Vous rendez-vous compte, petite idiote, poursuivit-il de sa voix profonde, que vous avez bien faillit tous nous tuer ?

- Professeur, gémit Hermione d'une voix tremblotante, je suis sincèrement désolée, je ne sais pas ce qu'il m'est passé par la tête, je...

- Taisez-vous, coupa brutalement Snape en haussant le ton. Que cela soit bien clair, Granger, chuchota-t-il e approchant son visage furieux de celui de la Gryffondor, si je vous reprends encore une seule fois à rêvasser pendant mon cours, vous serez exclue de Potions jusqu'à la fin de l'année. Je ne peux pas me permettre de passer mon temps à surveiller vos moindres faits et gestes pour m'assurer que vous ne mettiez pas la vie de vos camardes en danger. "

La jeune femme releva son regard ambré vers celui onyx de son professeur et elle lut dans ses yeux un profond dégoût qui la fit frissonner.

" Au final, déclara froidement Snape en se redressant, mis à part débiter les connaissances que vous avez avalées dans les livres et étaler votre savoir pour impressionner les autres, vous n'êtes pas capable de grand-chose. Dès que vous vous éloignez un tant soit peu de vos précieux manuels, vous perdez vos moyens. Cette potion lamentablement ratée en est la preuve, Miss Granger. "

D'un coup de baguette, Snape vida le chaudron de la lionne qui fixait, hébétée, son travail s'évaporer sous ses yeux. Sans lui accorder le moindre regard, le potionniste se détourna d'un mouvement de cape et se dirigea vers le pupitre d'un Serpentard, lequel se dépêcha de plonger la tête dans son manuel pour ne pas subir les remontrances de son professeur.

Tous les élèves, sans exception, fixaient Hermione avec un mélange de curiosité et de pitié, stupéfaits de voir que la jeune femme venait de rater sa potion pour la première fois en sept années d'études. Ginny observait sa meilleure amie baisser la tête pour camoufler les larmes de rage qui dévalaient sur ses joues, et elle posa une main réconfortante sur l'épaule de la lionne qui tremblait légèrement.

La meilleure amie du Survivant bouillonnait intérieurement. Serrant convulsivement des poings, elle inspirait fortement alors que des larmes brûlantes s'échappaient de ses yeux pour venir s'écraser contre son pupitre. Épuisée, vidée de toute énergie, Hermione ne parvenait pas à retenir les sanglots qui la submergeaient.

Jamais la Gryffondor n'avait pensé rater un devoir. Jamais. Elle avait toujours cherché à impressionner son professeur de Potions, le seul qui s'était entêté à ne pas la féliciter pour le travail remarquable qu'elle fournissait. Depuis des années, elle s'évertuait à perfectionner ses potions, à se surpasser pour recevoir l'approbation du professeur le plus strict de Poudlard.

Au fond d'elle-même, Hermione s'était toujours persuadée que chaque réplique blessante, chaque critique qui semblait infondée venant de sa part n'était pas lancée par pur sadisme de la part de l'homme, mais au contraire pour la pousser dans ses retranchements et l'obliger à toujours se dépasser. Même si les éloges que les autres professeurs lui réservaient étaient gratifiants, rien n'était plus motivant que les remarques du Maître des Potions. Elle prenait cela pour un défi, celui d'arriver un jour à satisfaire le sorcier et obtenir une maîtrise parfaite du domaine qu'il enseignait.

Mais aujourd'hui, maintenant qu'elle se trouvait face à son chaudron complètement vide, dépassée par ce qu'il venait de se dérouler, les convictions d'Hermione s'écroulaient une à une, et la certitude profonde qu'en vérité, son professeur n'était qu'un salaud cynique et détestable au possible, un être abject qui jouissait du malheur des autres s'ancrait en elle.

La jeune femme essuya sauvagement ses joues du revers de sa main, refusant de donner le plaisir au potionniste de la voir s'effondrer. Il la considérait peut-être comme une incapable, mais la lionne fougueuse était bien décidée à lui faire ravaler ses paroles et lui prouver le contraire.

Elle releva fièrement la tête, et malgré les sillons humides qui creusaient ses joues rouges, son regard était empli d'une détermination farouche. Ses yeux brillants rencontrèrent ceux inexpressifs de son professeur qui haussa un sourcil et pendant un instant, un désagréable pressentiment s'insinua sournoisement en elle. Sans qu'elle ne pût expliquer pourquoi, le rêve d'Hermione refit surface dans son esprit, balayant tout ce qui la préoccupait à cet instant.

Secouant légèrement la tête pour se reconcentrer, la jeune femme détourna son regard et ouvrit son manuel de Potions pour prendre des notes au sujet du Philtre de Mort Vivante. Elle n'avait plus assez de temps pour recommencer le breuvage, les autres élèves avaient d'ailleurs presque terminé le leur, alors elle s'empara d'un morceau de parchemin et fouilla dans son sac à la recherche d'une plume.

Elle sentit sous ses doigts la douce caresse du duvet et extirpa sa main bandée de la besace. Elle resta pantoise un instant en constatant que la plume que son amie avait fourrée dans son sac ce matin était celle teintée de rouge et d'or. Hermione fronça les sourcils un instant, hésitant à utiliser la plume et l'encre pouvant contenir des propriétés dangereuses aux vues de ce qu'il s'était passé à la bibliothèque. Elle reprit néanmoins vite contenance en se souvenant qu'elle avait déjà écrit avec cet attirail depuis le curieux événement et se concentra sur la recette de son manuel de Potions.

Hermione s'en voulait énormément pour l'erreur monumentale qu'elle avait failli commettre. Si elle avait été plus attentive et qu'elle avait daigné jeter un œil à son livre, jamais elle n'aurait subi cette cuisante humiliation. Si Snape ne l'avait pas empêchée de renverser le liquide dans sa mixture, cette dernière lui aurait violemment explosé à la figure et la jeune femme n'aurait probablement pas survécu à la catastrophe.

Pendant quelques minutes, Hermione griffonna les idées qui germaient dans son esprit pour améliorer la potion, attendant que ses camarades terminent leur travail. Plongée dans son travail et soucieuse de bien faire, elle ne ressenti tout d'abord pas la douleur lointaine qui se répandit dans sa main blessée.

La jeune femme grattait des dizaines de lignes, relevant seulement le nez de son manuel ou de son parchemin pour voir à quel stade de la potion se trouvaient ses camardes. Snape ne leur jetait pas un seul regard, occupé à barrer énergiquement de grands traits rouges les copies des pauvres Poufsouffles de deuxième année.

Au bout d'une dizaine de minutes, Hermione entendit un soupir discret à ses côtés et tourna légèrement la tête pour voir Ginny s'éponger le front, suant à grosses gouttes face à sa mixture exhalant des vapeurs étouffantes. Elle jeta un sourire compatissant à son amie avant de reprendre son travail, occultant tous les bruits environnants pour se concentrer uniquement sur sa tâche.

Tandis qu'Hermione achevait de remplir un deuxième morceau de parchemin de son écriture ronde et précise, la voix sifflante du professeur annonça aux élèves qu'il était temps pour eux d'embouteiller leur préparation et de la lui remettre. Certains d'entre eux, dont Hermione, se contentèrent de remballer leur matériel, n'ayant pas eu le temps ni le courage de recommencer leur potion une quinzaine de minutes avant la fin de l'heure.

La jeune femme observa son travail d'un œil satisfait, un léger sourire fatigué ornant ses lèvres. Bien qu'elle n'eût pas déployé plus d'efforts que nécessaire pour compléter ses recherches, elle se sentait éreintée. Mais elle ne s'en formalisa pas, associant cet épuisement à son manque de sommeil flagrant.

Lorsqu'elle attrapa son encrier pour le remettre dans son sac, son regard se posa par inadvertance sur sa main bandée, et ce qu'elle vit manqua de le lui faire lâcher. Elle raffermit au dernier moment sa prise sur le récipient et le rangea précipitamment dans sa besace avant de porter sa main à hauteur de son regard, effarée et inquiète face à ce qu'elle pouvait observer.

" Hermione, nous devons aller en Sortilèges, tu viens ? entonna la voix douce de Ginny.

- J'arrive tout de suite ! déclara précipitamment la jeune femme en camouflant sa main du mieux qu'elle le put sous son pull. "

La jeune lionne rejoignit sa meilleure amie en affichant un sourire forcé sur ses lèvres, et malgré ses traits crispés et son teint livide, Ginny eut la décence de ne faire aucune remarque, pensant que l'état de son amie n'était que le résultat de sa fatigue couplée à ce qu'elle avait subi durant le cours de Potions.

La meilleure amie du Survivant fut submergée par une sourde angoisse. Elle n'avait rien remarqué lors du cours et ne comprenait pas comment ses blessures s'étaient ouvertes à nouveau. La douleur s'était limitée à un élancement désagréable, mais rien d'insurmontable pour la jeune femme qui avait connu bien pire. Elle ne supportait pas l'ignorance dans laquelle elle était plongée et craignait ce qu'il pouvait arriver si elle ne découvrait pas rapidement l'étrange forme de magie qu'elle avait libérée la veille.

Hermione espérait secrètement que personne n'avait eu le temps de voir sa main, et elle tenta du mieux qu'elle le put tout au long de la journée de la cacher aux yeux de ses amis qui se seraient inévitablement inquiétés.

Cependant, la jeune femme ne savait pas que son cruel et sombre professeur avait aperçu sa main, les sourcils froncés face au bandage ensanglanté qui recouvrait les doigts douloureux et striés de coupures de la rouge et or.


La journée passa à une lenteur exaspérante pour la lionne qui attendait impatiemment la fin des cours pour reprendre ses recherches. Malheureusement pour elle, il lui semblait que le temps jouait contre elle, les secondes s'égrenant plus lourdement que jamais.

Lors du dernier cours de la journée, celui de Botanique, Hermione était si impatiente qu'elle trépignait sur place et renversa plusieurs pots sous le regard stupéfait de Mme Chourave, laquelle était peu habituée à voir son élève studieuse si déconcentrée.

Lorsque la sonnerie retentit enfin au plus grand soulagement de la brune qui commençait sérieusement à désespérer de voir un jour sa journée se terminer, cette dernière se rua vers la sortie, bousculant sans ménagement ses camarades indignés mais aussi fort surpris par le curieux comportement de la rouge et or.

Hermione gravit à toute vitesse les escaliers du château qui, pour une fois, ne s'amusèrent pas à modifier leur trajectoire pour retarder la jeune fille. Marchant à vive allure dans les couloirs, ses longues boucles se balançant au rythme énergique de ses foulées, elle avançait d'un pas déterminé vers la tour de Gryffondor.

La première chose qu'elle fit une fois arrivée dans le dortoir à l'intérieur duquel régnait une apaisante quiétude fut d'enlever son pansement pour constater l'étendue des dégâts de sa main. Toutes les coupures saignaient légèrement et sa main gonflée et rougie était barbouillée de sang frais. La jeune femme nettoya ses plaies du mieux qu'elle le put et apposa un bandage propre sur ses doigts endoloris.

Une fois qu'elle eut terminé sa tâche, Hermione repassa inlassablement le cours de Potions dans son esprit, cherchant à quel moment elle aurait pu éventuellement se couper et rouvrir ses plaies. Mais malgré les efforts de concentration qu'elle déployait pour se souvenir de sa matinée dans les cachots avec le plus de précision possible, elle ne découvrit rien. Même si elle avait été plutôt distraite durant le cours, elle s'en serait rendue compte si elle s'était faite mal.

Soupirant de désespoir, Hermione plongea sa tête entre ses mains, ne sachant quoi penser de tout ce qui lui arrivait depuis ces dernières heures. Elle qui aspirait à une année tranquille avait la désagréable impression de s'être embarquée une nouvelle fois dans les problèmes et ne savait pas ce qui l'attendait au cours des prochains jours, ce qui l'agaçait et l'effrayait en même temps.

La lionne dévora une bonne dizaine de bouquins au cours de la soirée, ne prenant pas la peine de descendre dans la Grande Salle pour dîner malgré les supplications inquiètes de Ginny. Hermione avait décidé de ne pas se reposer avant d'avoir trouvé des informations sur ce qu'elle avait engendré contre son gré, jugeant qu'il était d'une importance vitale de trouver une explication aux récents événements.

Penchée au-dessus d'un grimoire qu'elle avait emprunté à la bibliothèque au cours de la journée, Hermione lisait avec attention chaque phrase qui se profilait devant ses yeux. Autour d'elle régnait un silence bienfaisant simplement entrecoupé par le froissement des pages qu'elle tournait à intervalles de temps réguliers, et cette quiétude la soulageait énormément. Pour la première fois de la journée, son mal de tête lui semblait moins éprouvant.

Aux alentours de vingt heures, Ginny, Lavande et Parvati revinrent dans le dortoir, rompant la douce quiétude à laquelle Hermione s'était accoutumée. Alors que la lionne rangeait prestement ses maigres recherches, la rousse vint s'asseoir à ses côtés et son regard dériva sur le bandage de son amie. Fronçant les sourcils d'incompréhension, elle ouvrit la bouche pour demander à son aînée la manière dont elle s'était blessée mais cette dernière la devança, ayant deviné l'interrogation silencieuse de la jeune Weasley.

" Hier, lorsque j'étais à la bibliothèque, j'ai été surprise en entendant des éclats de voix depuis le parc de Poudlard, et j'ai renversé mon encrier qui s'est brisé sur la table. En voulant nettoyer tout ce bazar avant que Mme Pince n'arrive pour me réprimander, je me suis coupée, déclara calmement Hermione en évitant toutefois le regard perçant de Ginny.

- Je vois, répondit cette dernière au bout de quelques secondes de silence qui parurent interminables à la brune. J'espère que ce n'est pas trop douloureux. "

La lionne soupira intérieurement de soulagement en constatant que son amie avait accepté son excuse. Malgré le léger doute qu'elle avait pu déceler dans le ton de Ginny, Hermione savait que cette dernière lui faisait confiance et n'allait pas chercher à creuser le sujet.

Elle n'appréciait pas cacher des choses aussi importantes que celle-ci à la petite amie d'Harry. Cependant, une petite voix lui répétait constamment de ne pas ébruiter ce qu'il s'était passé et pour l'instant, et Hermione préférait faire confiance à son instinct. Même si la rousse avait toujours été d'un grand soutien pour la jeune femme, notamment au cours des derniers mois fort difficiles suite à la guerre, la Gryffondor ne souhaitait pas inquiéter sa cadette. De plus, elle savait pertinemment qu'en informant Ginny, Harry et Ron seraient mis au courant dans les prochaines heures, et elle ne voulait pas que ces derniers se détournent de leur formation d'Auror pour l'aider à trouver ce qu'elle cherchait.

" Ne t'inquiète pas, sourit Hermione, je ne ressens qu'un léger élancement, mais cela devrait bientôt s'apaiser.

- Si j'étais toi, j'irais faire un tour à l'infirmerie pour voir Mme Pomfresh, elle a sûrement un remède qui pourrait t'aider à cicatriser plus rapidement.

- Ce n'est pas la peine, dit la brune. Je ne vais pas aller déranger Poppy pour si peu.

- Mais Hermione... tenta Ginny avant de se faire interrompre plutôt sèchement par son amie.

- Arrête de t'inquiéter, je sais me débrouiller, claqua la voix de l'étudiante. "

À la vue du regard blessé de la jeune Weasley, Hermione sentit son cœur se serrer douloureusement. Elle savait bien que Ginny ne souhaitait que l'aider, mais elle était à fleur de peau en ce moment et aurait aimé qu'on la laisse tranquille pour qu'elle puisse réfléchir tranquillement.

Ginny murmura un vague " Bonne nuit " à sa camarade, vexée par son attitude distante, et partit se coucher dans son propre lit, rabattant avec un peu trop de hargne les rideaux qui l'entouraient pour exprimer son mécontentement. Hermione soupira légèrement avant de s'isoler dans son coin, ignorant du mieux qu'elle le put les bavardages incessants de Lavande et Parvati qui piaillaient et gloussaient bêtement en parlant garçons.

La jeune femme s'empara du journal intime qu'elle glissait habituellement dans sa table de chevet et retranscrit sa journée sur les pages déjà noircies de son écriture. Depuis quelques temps, Hermione avait pris l'habitude de s'exprimer et extérioriser ses sentiments en couchant le tout sur papier. Cela lui permettait d'évacuer toute la pression qui pesait lourdement sur ses épaules depuis la fin de la guerre ainsi que de se débarrasser des pensées sombres qui obstruaient son esprit.

Chaque jour, elle décrivait ce qu'il s'était déroulé au cours des dernières heures, passant des détails les plus insignifiants et inintéressants au possible aux événements inhabituels, comme celui de la veille. Écrire lui donnait l'impression de se libérer de ses soucis quotidiens, et elle chérissait ce moment de la journée durant lequel elle se trouvait seule face à elle-même et s'enfermait dans un chaleureux cocon apaisant et silencieux. Elle pouvait laisser libre cours à ses pensées, ressasser ce qu'elle avait vécu et songer sereinement à sa vie.

Hier, Hermione avait fiévreusement noirci plusieurs pages de son carnet, détaillant tout ce qu'elle avait enduré à la bibliothèque, l'étrange phénomène au cours duquel sa plume et l'encre avaient semblé fusionner. Pendant plusieurs minutes, elle avait frénétiquement griffonné sur le papier, se dépêchant de tout noter pour ne rien oublier.

Ce soir-là, Hermione utilisa sa plume nouvellement décorée pour remplir son carnet, préférant prendre cette dernière se trouvant à proximité plutôt que de se lever de son lit si confortable pour aller en chercher une autre dans ses affaires.

Elle conta sa journée dans les moindres détails, comme à son habitude, grattant un long paragraphe au sujet de son professeur de Potions dans lequel elle l'insultait vertement et critiquait son manque déplorable de pédagogie. Même si elle admirait toujours Snape pour son intelligence remarquable et ses talents de duelliste époustouflants, elle ne pouvait s'empêcher de mépriser l'être abjecte qu'il était envers ses élèves.

Lorsqu'elle avait appris que le potionniste avait survécu à ses blessures, Hermione s'était tout d'abord sentie coupable pour l'avoir abandonné dans la Cabane Hurlante. Elle pensait sans cesse au fait que si elle l'avait approché de plus près, elle aurait compris qu'il était encore en vie et aurait pu alléger sa souffrance.

Puis lorsqu'elle l'avait revu, le soir de la rentrée, assis à la table des professeurs, arborant comme à son habitude son éternel masque d'indifférence, elle n'avait pu s'empêcher d'être surprise. Elle avait pensé qu'une fois débarrassé de son rôle d'espion et reconnu dans la communauté sorcière comme étant un héros, Snape serait parti du château et aurait vécu sa vie comme il l'entendait, aurait profité de la liberté qu'on lui avait cruellement ôtée ces dernières années. Mais l'homme était revenu à Poudlard pour une nouvelle année, et avait repris son poste de Maître des Potions.

Hermione secoua doucement sa tête, refusant de songer une seconde de plus à son horrible professeur. Ses pensées dérivèrent vers ses parents, et son cœur se serra douloureusement lorsqu'elle se rappela que ces derniers vivaient désormais en Australie sans même connaître son existence. Leur ôter leurs souvenirs avait été une des tâches les plus dures qu'elle avait eu à accomplir, mais elle ne regrettait absolument pas ce qu'elle avait fait, persuadée d'avoir agi pour leur bien.

Elle écrivit longuement au sujet des époux Granger, évoquant les précieux souvenirs emplis de joie qu'elle partageait avec eux, et tandis que les mots s'apposaient sur le papier, la jeune femme laissa quelques larmes s'échapper de ses yeux. Ses parents lui manquaient cruellement, et elle aurait tant aimé pouvoir leur rendre la mémoire, mais elle savait que cela était malheureusement impossible. Le sortilège d'Oubliettes était irréversible, et elle devrait passer le restant de ses jours à supporter cette peine se caractérisant par un trou béant qui creusait son cœur déjà meurtri par toutes les pertes qu'elle avait subies.

La dernière phrase qu'elle nota d'une main fébrile fut " Je voudrais tant que mes parents recouvrent la mémoire et se souviennent qu'ils ont une fille qui attend désespérément dans l'espoir qu'un jour, ils reprendront contact avec elle ".

Une larme roula sur sa joue avant de s'écraser sur la page, imbibant légèrement le papier. Hermione reposa doucement la jolie plume sur sa table de chevet et referma lentement son journal, caressant de ses doigts fins la couverture en cuir. Puis elle le glissa sous son oreiller et éteignit la dernière bougie éclairant la pièce, plongeant les lieux dans le noir complet. Presque aussitôt, la jeune femme s'endormit, éreintée par la journée forte en émotions qui venait de s'écouler.

Ayant d'ores et déjà rejoint les bras de Morphée, la brune ne vit pas la lueur dorée qui sembla émaner du carnet. La lumière perdura quelques instants avant de s'éteindre doucement dans la nuit va sans que personne ne la vit jamais.


Le lendemain, Hermione se réveilla en pleine forme, revigorée par son sommeil réparateur et dépourvu de tout songe étrange. Tandis qu'elle se préparait dans la salle de bain, la jeune femme en profita pour changer son bandage, car ses plaies s'étaient une nouvelle fois rouvertes. La douleur, bien qu'elle se limitait à un bourdonnement lointain, demeurait dérangeante, et la brune concéda à regrets que si ses blessures s'ouvraient une nouvelle fois, elle irait voir l'infirmière pour ce que cette dernière soigne sa main.

Accompagnée de Ginny, Hermione s'assit à la table des rouges et or, et elle écouta d'une oreille distraite les conversations joyeuses qui emplissaient l'air. Malgré l'heure matinale, pas mal d'élèves avaient déjà pris place dans la Grande Salle, et quelques professeurs se tenaient à la table qui leur était réservée.

Lorsqu'Hermione risqua un coup d'œil vers son professeur honni, elle rencontra ses orbites sombres et cruellement glaciales dirigées vers elle. Elle lut dans ces yeux noirs d'encre un profond dégoût mêlé à du mépris, et la jeune femme ne put supporter ce regard plus longtemps. Elle détourna donc rapidement sa tête, faisant mine d'être soudainement absorbée dans la contemplation de son assiette.

Des hululements s'élevèrent dans la Grande Salle, attirant le regard des élèves sur les hiboux survolant les tables aux couleurs des quatre maisons. Les premières années scrutaient les volatiles d'un œil émerveillé, parfois suspicieux, certains d'entre eux ne s'étant toujours pas accommoder à recevoir leur courrier par le biais d'oiseaux.

Hermione ne prêta aucune attention à ces derniers, bien trop occupée à mimer un intérêt profond pour les conversations des autres Gryffondors. Cependant, elle fut brusquement ramenée à la réalité quand un hibou blanc comme neige se posta élégamment devant elle, tenant accroché à ses pattes une lettre soigneusement pliée.

Au début, Hermione pensa que cette missive était destinée à Ginny ou Neville, lequel était assis à sa droite. Elle dut cependant rapidement se rendre à l'évidence que l'animal se tenait là pour lui transmettre sa charge. Elle décrocha donc précautionneusement la lettre de la patte du hibou, lequel se dirigea directement vers la volière une fois sa tâche accomplie. Elle lança regarda le papier d'un œil suspect, ne sachant absolument pas de qui pouvait venir la missive. Harry et Ron ne lui avaient jamais envoyé de leurs nouvelles en utilisant ce hibou, il était donc fort peu probable qu'elle vienne d'eux.

D'une main légèrement tremblante, soudainement emplie d'un étrange pressentiment, Hermione décacheta le sceau et posa ses yeux ambrés sur l'écriture fine et mal assurée qui noircissait le papier. Dès lecture des premières lignes, Hermione pâlit alors qu'un hoquet étouffé sortit de sa bouche. Une fois qu'elle eut parcouru le texte une première fois, elle s'empressa de le relire pour s'assurer qu'elle ne s'était pas trompée.

Ginny observait son amie en fronçant les sourcils, inquiète par le soudain changement de comportement de la lionne. Lorsque cette dernière avait commencé à lire sa lettre, ses yeux s'étaient exorbités et ses mains avaient été prises de tremblements incontrôlés. Désormais, son teint livide contrastait durement avec le noir profond de sa robe de sorcière et Ginny eut peur lorsque son amie se mit à respirer difficilement. Elle essaya de l'appeler, mais Hermione ne lui répondit pas, bien trop absorbée par les mots qui s'étalaient devant ses yeux.

Son cœur, après avoir loupé plusieurs battements, fit de grandes embardées dans sa poitrine, atteignant une folle cadence. Le sang battait sauvagement contre ses tempes, seul bruit qu'elle distinguait autour d'elle, le reste ne se résumant qu'à un bourdonnement étouffé. Elle ne parvenait pas à croire ce qui lui arrivait. Elle cherchait une faille, quelque chose qui aurait pu lui indiquer que tout ceci n'était qu'un malentendu, mais la lionne avait beau relire la lettre des dizaines de fois, rien n'attestait que cela n'était qu'une farce.

Alors doucement, elle réalisa ce que cette missive impliquait, et ses yeux ambrés s'embuèrent avant que de grosses larmes ne s'écoulent sur ses joues. Elle porta sa main bandée à sa bouche pour étouffer ses lourds sanglots.

Quand Ginny vit les épaules de sa meilleure amie s'agiter de soubresauts, une boule lui enserra douloureusement la gorge alors qu'elle imaginait déjà le pire.

" Hermione ? Hermione ! cria presque la rousse d'un ton désespéré, dis-moi immédiatement ce qu'il se passe ! "

La jeune femme, incapable de prononcer le moindre mot, se contenta de lever son regard mouillé vers son amie et d'une main tremblante, brandit sa lettre imbibée de larmes en direction de la rousse. Cette dernière s'empressa de lire le contenu de la missive, et sa bouche s'ouvrit en grand au fil de sa lecture. Neville, qui avait lui aussi jeté un coup d'œil au message, fit brusquement retomber sa fourchette dans son assiette, laquelle tinta contre la porcelaine d'un bruit aiguë. Il lâcha un " Par Merlin ! " d'une voix à la fois horrifiée et curieusement emplie de soulagement.

" Hermione, dit la jeune Weasley d'une voix blanche, tu crois vraiment que c'est... ?

- Oui Ginny, j'en suis persuadée ! Je ne saurai expliquer comment, mais je sens au plus profond de moi que la lettre provient d'eux, déclara précipitamment la jeune rouge et or en souriant largement. "

Hermione pleurait désormais à chaudes larmes, ne cherchant même pas à se cacher des regards intrigués des autres élèves. Une joie incommensurable l'étreignait en cet instant, et bien que le mystère résidant derrière ce qu'il venait de lui arriver la taraudait, pour le moment, elle préférait se concentrer sur l'immense soulagement qui prenait possession d'elle.

En cette douce matinée d'octobre, après plus d'un an sans aucune nouvelle d'eux, Hermione Granger venait de recevoir une lettre de ses parents.


Un petit avis pour ce premier chapitre ? ~

J'essayerai de publier la suite le plus rapidement possible, promis !

Merci pour votre soutien et à bientôt !

~ Ava-Rosaa ~