Je ne retournai au lycée que trois jours plus tard, le lundi suivant. C'était idiot, je le savais, et ma mère m'avait proposé d'attendre encore un peu avant d'y remettre les pieds, mais je ne pouvais pas m'empêcher de tourner en rond. J'avais besoin de sortir de la maison, de me remettre à réfléchir à des problèmes de chimie et à lire des romans assommants que le professeur d'Anglais nous destinait.

Je n'avais pas envie de reprendre les cours, pas envie de devoir affronter le monde, ni de devoir sourire aux autres élèves. Mais après trois jours passés à la maison sans rien faire, je me rendais compte que j'avais encore moins envie de rester sur mon canapé, toute seule, pendant que tout le monde continuait sa vie. Tout le monde sauf moi.

Le soir même de mon arrivée, je rencontrai madame McCall. C'était une très belle femme, souriante et gentille. Elle avait un visage fin et une tignasse brune qu'elle tentait vainement de maintenir en queue de cheval. Nous parlâmes quelques instants seulement, pressées par ma mère qui tenait à me montrer ma chambre. Je n'avais été absente que quatre mois mais son comportement me donnait l'impression d'avoir disparue pendant plus d'un an.

Alors que je saluai poliment madame McCall, elle m'arrêta en m'interpellant gentiment.

« J'ai fait de la tarte aux noix de pécan pour les filles ce soir. Il en reste encore mais… (Elle hésita une seconde avant de m'adresser un grand sourire.) Mais quand elle sera finie, tu pourras me ramener le plat ? »

Je la soupçonnai de vouloir me présenter à Scott. C'était vraiment gentil de sa part, maman avait sûrement dû tout lui raconter. Madame McCall avait toujours été comme ça, à se battre pour l'équité, pour que personne ne soit laissé de côté. Elle était gentille, à tel point que cela devenait parfois, voire souvent, assez gênant. Scott était une classe au-dessus de moi. C'est pour cela que je ne lui avais jamais parlé.

J'acceptai l'offre implicite de madame McCall et montai dans ma chambre silencieusement. Maman me demanda si j'avais faim et je refusai, le ventre trop noué. C'était l'excitation, sûrement. Le fait d'être à nouveau dans ma chambre, au milieu de mes affaires, mon univers à moi. Je regardais les murs et redécouvrais avec bonheur les affiches qui y étaient placardées. La plus grande, centrée sur le plafond penché, était celle d'Indiana Jones 3, un film que je connaissais trop bien. J'avais toujours été fan des films d'aventure, des trésors cachés. Et d'Harison Ford, bien évidemment. Il y avait d'autres posters sur les murs. Quelques un étaient ceux de groupes de musique, du "vieux" rock pour la plupart, mais mon préféré restait celui du concert où l'on avait joué le concerto pour hautbois de Strauss. Maman m'y avait emmenée quelques années plus tôt. Yann avait fait semblant de s'y intéressé pour nous y accompagner. Il avait toujours été comme ça, à ne jamais vouloir nous laisser seules, maman et moi, quand on sortait de Beacon Hills.

Maman avait déposé mon sac dans l'entrée de ma chambre et était partie en m'embrassant le front. Lentement, je passai mes doigts sur l'affiche à ma droite. Je repensais à cette soirée, à nous trois chantant des vieilles chansons de Nancy Sinatra dans la voiture. Sur le retour, Yann s'était endormi et je n'avais pas arrêté de raconter à maman à quel point j'étais heureuse d'avoir obtenu la signature du hautboïste.

Je ne fermai pas les rideaux ce soir-là. Je m'allongeai sur mon lit, si moelleux, si chaud par rapport à celui d'Eichen. Je fermai les yeux et restai immobile pendant plusieurs minutes. Je restais ainsi peut-être même une heure, ou deux. Puis, voyant que le sommeil ne viendrait pas, j'allai allumer ma lampe de chevet et éteindre celle du plafond. La douce lumière rouge me fit me sentir à l'abri, comme hors de portée de toutes les mauvaises choses dont regorgeait le monde.

Je décidai d'allumer mon ordinateur. J'avais besoin de retrouver la vie réelle, d'être de nouveau à la page. J'allai sur le site de partitions que j'avais mis dans mes favoris, je regardai les nouvelles sorties, les nouveaux films à l'affiche. J'allai même sur le site du journal de Beacon Hills pour voir si j'avais manqué beaucoup de choses. Pendant mon absence, la ville s'était transformée en sorte de théâtre de l'horreur avec des attaques récurrentes de pumas. Ah, et le club de mathématiques du lycée était arrivé second à la compétition régionale et était donc sélectionné pour les nationales.

Après un long moment d'hésitation, je finis par aller sur Facebook. Le nombre de notifications était impressionnant. Je fis défiler les pages, encore et encore, cliquant au hasard sur des messages que des élèves avaient posté sur mon mur. « Tiens le coup, » lus-je. « Sois forte. », « J'espère que ça ira. », « On pense à toi. » Quelques-uns de ces messages semblaient sincères, d'autres, venant de personnes à qui je n'avais jamais vraiment parlé, me semblaient faux et hypocrites. Les gens aimaient mon frère, peut-être avaient-ils voulu m'aimer moi aussi, et puis, j'avais eu des amis. Comme Hannah, par exemple, qui m'avait envoyé beaucoup de messages de soutien, pour me dire qu'elle pensait à moi.

Et après début novembre, plus rien. Les messages s'arrêtaient là. C'était évident, en un sens. Je ne pouvais pas les lire, je ne pouvais pas y répondre et chacun avait sa vie. Mais pour une raison que j'ignorais, ça me blessa quand même. J'étais égoïste de vouloir que mes amis m'envoient des messages pendant des mois en étant sûrs que je ne pouvais les lire. J'étais égoïste de penser ça mais je ne pouvais m'en empêcher. J'aurais voulu qu'ils pensent à moi encore plus longtemps.

Finalement, je fermai mon ordi et pris un livre. Je ne dormis pas de la nuit et c'est ce qui expliqua mon apathie du lendemain. J'aurais voulu dormir toute la journée mais je fus secouée à sept heures par Julia, ma plus jeune sœur. Du haut de ses cinq ans, elle était déjà aussi énergique qu'insupportable. Mais sa gentillesse innée et son immense sourire mêlé à ses belles boucles brunes qu'elle tenait de maman, faisaient en sorte qu'on ne pouvait lui résister plus de dix secondes. Elle était adorable et j'avais avec elle une sorte de lien, quelque chose qui me faisait sentir le besoin de toujours avoir un œil sur elle.

C'était tout le contraire de Meredith, mon autre sœur. Elle avait deux ans de moins que moi et comme toutes les sœurs avec si peu d'écart d'âge, on se chamaillait constamment et avouer aimer l'autre, même un tout petit peu, revenait à perdre la face, son honneur et meurtrir son égo à coups de couteau. Mais je l'aimais quand même, c'était ma sœur.

Julia sauta sur mon lit, un immense sourire sur les lèvres. Elle répéta mon prénom, jusqu'à ce que je sorte de cette transe paralysante dans laquelle j'étais plongée.

« Molly ! »

Elle se jeta sur moi, compressant mes joues de ses petites mains chaudes et embrassant mon nez. Elle était de si bonne humeur que je fus vite contaminée. Heureuse, je me retournais, la plaquant contre le lit. Je relevai son haut de pyjama et soufflai sur son ventre pour lui faire des chatouilles. Elle gesticula, se débâtit, mais ce fut ses cris stridents qui me firent reculer, une grimace sur le visage.

« Julia, tu cries trop fort ! s'énerva une voix dans la pièce d'à côté. Ferme-là, OK ?

- Meredith ! cria à son tour maman de la cuisine. Ne parle pas à ta sœur comme ça ! »

J'entendis Meredith râler et pousser des jurons qui firent rire Julia. Soudain, son regard s'illumina et elle sortit de la pièce, me promettant de ne pas bouger. Deux minutes plus tard, elle revenait les mains chargées de livres et de peluches. Les yeux brillants, elle déversa tout sur mon lit et monta s'asseoir à côté de moi.

« Ouah ! fis-je pour lui faire plaisir. C'est à toi toutes ces choses ? C'est merveilleux ! »

Elle hocha la tête, un grand sourire sur les lèvres. Un après l'autre, elle me montra tous ces objets qu'elle avait ramenés.

« Et ça, me dit-elle en me montrant un livre, c'est Meredith qui me l'a donné. C'est Raiponce, tu connais Raiponce ?

- Oui Julia, je lui répondis en ouvrant le livre.

- Eh bah tu sais… Meredith, elle l'a acheté que pour moi ! Elle est gentille Meredith parfois. Même que maman, elle la dispute souvent. Mais c'est pas grave, parce que Meredith, elle est quand même gentille avec moi. »

Je souris, imaginant mes deux sœurs ensemble, au calme. Je trouvais ça adorable et, dans un coin de ma tête, je notais de me rappeler de ça pour l'embêter, un jour, si la plus vieille des deux voulait faire sa forte tête.

« Diiis, tu peux lire l'histoire ? implora presque Julia en se rapprochant de moi et en pointant du doigt la jolie tête de Raiponce.

- Je ne suis pas sûre qu'on ait le temps, la repoussai-je gentiment. Je crois qu'il faudrait mieux descendre voir maman et… (Je baillai à m'en décrocher la mâchoire.) Et prendre ton petit déjeuner.

- Mais Molly ! chouina-t-elle d'une voix trainante. On a le temps, et j'ai vraiment trop envie que tu me lises Raiponce maintenant !

- Ça sonne un peu comme un caprice, je trouve…

- S'il-te-plaît ! »

Je la regardai et nous nous battîmes du regard. Au bout de quelques secondes à retenir mon souffle, je levai les yeux au ciel et soupirai. « Bon, d'accord, » concédai-je en ouvrant le livre.

Je le lus un peu plus vite que nécessaire, pour ne pas trop faire attendre maman en bas. Julia appuya sa tête lourde et chevelue contre mon épaule et posa sa petite main sur mon bras. Mon cœur s'affola, elle était si mignonne que je n'avais qu'une envie, la serrer vraiment fort contre moi.

Vers la fin de l'histoire, elle m'interrompit, se redressant et s'écartant de moi.

« Tu sais, me dit-elle en me regardant droit dans les yeux, j'étais triste quand tu es partie.

- Oh, ma Julia ! (Je lui caressai les cheveux pendant qu'elle mettait sa tête contre ma poitrine.) Je suis désolée d'être partie si longtemps, je ne voulais pas…

- Je sais ça, maman m'a dit. Mais tu m'as manquée. »

Sa voix sonnait comme un reproche, comme si elle était en colère.

« Mais c'est fini, hein ? Tu pars plus maintenant ?

- Non, je ne pars plus, la rassurai-je. Je compte bien rester toute ma vie ici, avec toi !

- Oh non, hein ? Pas toute la vie quand même ! Je vais en avoir marre après !

- Eh bien… charmant, me murmurai-je pour moi-même. Bon, et si on allait manger les pancakes que je sens d'ici ? »

Elle sauta du lit en poussant un cri et m'agrippa la main pour m'entraîner à sa suite. Nous sortîmes en trombe de ma chambre, pour tomber nez à nez avec Meredith qui se traînait dans le couloir. Elle me fit un sourire, ou quelque chose comme ça, une sorte de grimace qui me souhaitait la bienvenue. Elle disparut derrière la porte à droite, au fond du couloir, et je me figeai, surprise.

Sans m'en rendre compte, je m'étais laissée attirée dans la cuisine et quand je retrouvai mes esprits, Julia dévorait déjà son premier pancake recouvert de sirop d'érable. Je me dirigeai vers l'évier et frottai mes mains avec du savon pendant deux bonnes minutes avant d'aller m'asseoir à mon tour. Le festin que maman nous avait préparé semblait pouvoir être qualifié par l'unique mot « trop ».

« Je pensais que tu aurais faim, » se justifia-t-elle devant mon regard interrogateur.

Au début, je ne pensais pas pouvoir avaler grand-chose. J'avais pris l'habitude de me contenter de peu à Eichen. Pourtant, toutes ces odeurs me donnèrent faim et je me transformai en ogre. Je mangeai comme jamais, sous les yeux soulagés et comblés de ma mère.

Alors que je me servais une autre tranche de pain grillé, elle déposa trois gélules à côté de mon assiette que j'avalai aussitôt sans dire un mot. Je ne voulais pas que Julia ou Meredith me voient prendre mes médicaments. Je n'en avais pas honte, le traitement était quelque chose de bien, ça m'aidait. J'avais juste peur de les mettre mal-à-l'aise, qu'elles se mettent à poser des questions.

Une fois ma tartine engloutie, je me levai et me servis un verre de jus d'orange. Accoudée au petit comptoir qui séparait la cuisine de la salle à manger, je fixai maman qui sirotait son café.

« Tu as bien dormi ? finit-elle par me demander dans un sourire.

- Pas vraiment, mon cerveau a refusé de me laisser en paix cette nuit.

- Ah… »

Elle voulut dire « Je comprends. » mais ne le fis pas. Elle me lança un regard désolé que je saluai d'un sourire rassurant. Elle était si douce, si attentionnée. C'était une mère vraiment formidable et je me sentis soulagée d'être à ses côtés, sous sa surveillance.

« Au fait, dis-je alors, Meredith a changé de chambre ?

- Oui, hm… (Elle semblait gênée.) Elle a pris la chambre de Yann.

- Vous n'auriez pas pu attendre un peu plus ? m'empressai-je de demander avant de me mordre la lèvre, regrettant ce reproche indirect.

- Il ne reviendra pas Molly, répondit-elle les yeux embués de larmes.

- Je le sais, ça. Mais ça ne fait pas longtemps.

- Ça fait sept mois, ma chérie.

- Et ce n'est pas longtemps, maintins-je. Certaines personnes attendent des années pour ranger les affaires et…

- Molly, s'il-te-plaît. »

Ma mère se pinça l'arête du nez et me fit dos. J'étais allée trop loin et je me sentis idiote d'avoir cru que ça avait été plus facile pour ma mère que pour moi. Parce qu'elle avait été forte ne signifiait pas qu'elle n'avait pas souffert. Je l'imaginai dans la chambre de Yann, des cartons vides l'entourant et elle, figée dans ses pleurs, ne pouvant se résoudre à toucher à quoique ce soit.

Je regardai Julia que le ton montant avait fait se figer. Je lui fis signe que tout allait bien et elle quitta discrètement la pièce pour aller s'habiller dans sa chambre. Lentement, je vins me plaquer contre ma mère et passai mes bras autour de sa taille. Là, ma joue collée contre son sous-pull bleu, je me mis à pleurer. J'en avais besoin, autant qu'elle.

« Je suis désolée, murmurai-je entre deux sanglots. Je suis tellement désolée, pardon. Pardon… »

Ma mère se tourna vers moi et me serra dans ses bras à son tour. Nous restâmes ainsi quelques minutes, à nous consoler silencieusement. Mon cœur commençait à s'apaiser et je me sentais mieux. Tout allait s'arranger, je le savais. J'allais enfin dormir la nuit, j'allais de nouveau sourire, la vie allait reprendre. J'y pensais souvent, je me sentais obsédée par cette idée de meilleur, de joie et de bonne humeur. Et c'est pour cela que je savais que j'allais atteindre cette sérénité qui me manquait tant.

Après cela, maman me demanda si je voulais qu'elle reste à la maison aujourd'hui. Je lui dis que non, que ça irait. Ma mère était professeur de biologie au second lycée de Beacon Hills. C'était en partie pour cela que Yann et moi fréquentions BHHS, pour être sûr de ne jamais l'avoir comme professeur.

Je ne voulais pas qu'elle s'absente et laisse trop en paix ses élèves à cause de moi. Je lui souris en lui expliquant que j'avais des tas de films, d'albums et de romans à dévorer pour rattraper mon retard et ne pas être trop à côté de la plaque pour ma seconde rentrée de l'année. Elle me fit promettre d'aller nulle part, d'être sage et de ne pas parler aux inconnus. Sa dernière recommandation me fit rire. Je n'étais plus une enfant mais elle me traitait encore comme telle et parfois, ça avait son petit charme.

« De toute façon, je vais sûrement dormir toute la journée et finir les restes de la tarte de madame McCall, » fut la réponse qui la rassura.

Elle prit les filles avec elle et en moins de temps qu'il n'en faut, elles avaient toutes les trois disparues pour la journée. Les premières heures passèrent vite. Je pris un livre, m'occupai de toutes les manières possibles et finis par engloutir tout ce qu'il restait de la tarte. Dans l'après-midi, Meredith et Julia rentrèrent avec le bus scolaire. Meredith servit un goûter à Julia, qui nous raconta sa journée en boucle pendant une bonne demi-heure, avant de monter. Julia, quant à elle, me manipula pour que je la laisse regarder la télévision parce que, je cite, « maman dit que je peux après l'école ».

Ce fut au troisième épisode d'un dessin animé rébarbatif que je me décidai à prendre l'air. Trouvant l'excuse "McCall" parfaite pour la situation, je montai prévenir Meredith que j'allais rendre son plat à la voisine et quittai la maison, le dit plat nettoyé dans les mains. J'étais de bonne humeur, l'air me fit du bien. Je n'étais pas forcément présentable, mes cheveux vaguement attachés en un chignon lâche et je portais mon jean déchiré sur les genoux qui me servait à faire du jardinage avec maman.

Lorsque j'arrivai devant la porte des McCall, j'hésitai un instant avant de frapper. J'attendis mais personne ne vint m'ouvrir. Je réitérai mon geste, frappant un peu plus fort cette fois mais toujours rien. J'aurais dû me retourner et partir mais je n'en fis rien. Je tournai la poignée pour voir si la porte était verrouillée et, vu que le loquet céda sous mon geste, j'en conclus qu'il y avait quelqu'un dans la maison. Discrètement, je poussai la porte et appelai madame McCall.

Soudain, un garçon dévala l'escalier, ôtant en même temps des écouteurs de ses oreilles.

« Stiles… ? C'est toi ? cria-t-il avant d'arriver en bas et de lever la tête. Ah, non, apparemment, tu n'es pas Stiles. »

Devant son air surpris et confus, je souris, les yeux pétillants d'amusement.

« Non, en effet, je ne suis pas Stiles. Et puis d'ailleurs, qui est Stiles ?

- C'est mon meilleur ami. »

Il avança vers moi et m'offrit un beau sourire. Il avait des dents très blanches, comme dans les publicités pour les dentifrices. C'était Scott, le fils de madame McCall, celui que j'avais vu la veille. J'avais raison, il avait un regard sombre mais dans la lumière du jour, ça lui faisait plutôt des yeux adorables et doux, comme ceux d'un petit chiot, oui voilà, je venais de trouver la comparaison parfaite. Il avait un nez long qui collait parfaitement avec son visage. Scott n'était pas vraiment grand mais était loin d'être frêle. Tout en Scott donnait envie de se confier à lui, de lui faire confiance.

Je restai sûrement silencieuse pendant un trop long moment. Il se racla la gorge face à mon air absent et me demanda, moitié méfiant, moitié poli :

« Et toi, tu es… ?

- Enchantée, me précipitai-je de répondre, avant de devenir rouge de honte.

- C'est une réponse possible mais ce n'est pas vraiment ce que j'attendais… sourit-il gentiment.

- Molly ! Je m'appelle Molly. Je viens rapporter… »

Le téléphone de Scott vibra et il m'adressa un regard désolé. Il se retourna pour décrocher et je l'entendis chuchoter précipitamment. Il semblait contrarié et ma présence devait l'embêter car il n'arrêtait pas de me jeter des regards discrets qui ne l'étaient pas vraiment.

« Stiles… gronda-t-il doucement. Je suis occupé, là. Non. Non. (Il marqua une pause et se gratta la tête comme s'il réfléchissait.) Stiles ! Stop, arrête, je ne comprends rien. Je peux pas venir tout de suite, donne-moi un quart d'heure. Oui, oui je suis avec quelqu'un ! Je te rappelle, OK ? »

J'entendis son meilleur ami essayer de lui dire quelque chose mais d'un « Bye » sans appel, il lui raccrocha au nez. Il se retourna vers moi pour me faire face et s'approcha et je n'eus plus l'impression qu'il était à l'autre bout de la pièce.

« Excuse-moi pour ça, me dit-il, Stiles est un peu, disons, insistant parfois. (Comme pour appuyer ses dires, son téléphone vibre deux fois de suite dans sa poche.)

- Tu veux que je m'en aille ? demandai-je, les joues toujours rouges. Je ne voudrais pas déranger et…

- Non, vraiment, reste. »

Son ton était sûr, impérieux et je me sentis comme obligée de faire un pas en avant pour m'éloigner de la porte d'entrée. Comme si je voulais lui montrer que je l'écoutais et que je ne comptais pas partir en courant.

« Viens dans la cuisine, tu veux boire quelque chose ?

- Tu as du jus ? demandai-je poliment.

- Du jus de quoi ?

- Peu importe… Je prendrai ce que tu as. »

Il me sourit à nouveau et sortit deux verres du placard. Il les posa sur le plan du travail et, après avoir pris une bouteille de jus de pomme du frigo, les remplis à ras-bord. Il m'en tendit un tandis qu'il refermait la porte du réfrigérateur d'un coup de pied.

« Du coup, je t'ai coupée, reprit-il après avoir descendu la moitié de son verre. Qu'est-ce que tu disais ?

- Ah ! (Sa question me fit sortir de ma transe et je poussai la grande assiette emballée vers lui.) Ta mère a fait une tarte hier soir et elle m'a demandé de ramener le plat quand elle serait finie et… et j'ai tout mangé aujourd'hui. La honte… murmurai-je très bas, simple réflexion à moi-même qu'il entendit tout de même.

- N'aie pas honte, annonça-t-il gentiment, les tartes de ma mère sont juste les meilleures de la ville. »

Nous rîmes et je portai mon verre à mes lèvres. Scott était vraiment attentionné. Il savait exactement quoi faire pour me mettre à l'aise et c'était assez surprenant pour adolescent, un garçon surtout. Son téléphone, qu'il avait déposé à côté de lui sur le plan de travail, vibra à nouveau et il ne lui accorda pas un regard.

« Pourquoi tu as appelé Stiles, tout à l'heure, quand je suis rentrée ? demandai-je alors de but-en-blanc.

- Pourquoi quoi ? rit-il encore en se resservant du jus.

- Je veux dire, tu aurais pu croire que c'était ta mère, précisai-je. C'est ce que j'aurais pensé à ta place. (Je me cachai derrière mon verre, le vidant jusqu'à la dernière goutte.)

- Ah, je vois ce que tu veux dire ! s'exclama-t-il, de bonne humeur. C'est juste que Stiles a un double des clefs et qu'il est presque plus souvent à la maison que ma mère. Et de toute manière, à cette heure, ça ne pouvait être que lui. Est-ce que tu… »

Il ne put finir sa phrase. Son téléphone se mit à sonner et il s'excusa en disant qu'il devait vraiment répondre. Je me reculai et lui fit signe que c'était bon. Une fois le téléphone à l'oreille, son visage changea. A ses sourcils froncés et son air soucieux, je devinai que ce n'étais pas Stiles. Je ne saisis rien d'autre qu'un prénom, Derek.

Le plus silencieusement possible, je contournai le plan de travail et allai déposer mon verre dans l'évier. Je souris à Scott, et lui pointa du pouce la porte d'entrée. Il avait l'air vraiment préoccupé et je ne voulais pas être de trop. Il me fit un signe de tête et ne me quitta pas des yeux jusqu'à ce que la porte se referme derrière moi.

Le soir, je me sentais plus légère. Discuter avec quelqu'un de mon âge et qui n'était pas dérangé, discuter avec quelqu'un de normal, m'avait fait beaucoup du bien et m'avait rassurée.

Sauf qu'il y avait une chose que j'ignorais à ce moment-là. Scott McCall n'avait rien de l'adolescent "normal".


J'ai dis dans le chapitre précédent qu'il était assez long et... j'en écris un plus long encore. Mouais, SuperPatate, c'est bien moi :)

Bref, merci beaucoup à la ou au revieweur(se) qui m'a laissé la première review sur ce texte ! Je suis contente que ça ait plu à quelqu'un ! Si d'autres personnes veulent laisser des commentaires, elles sont les bienvenues, au contraire, ça me rassurait un peu et ça me ferait immensément plaisir ! Donc voilà, je vous jure, je ne mords pas.

Dans le prochain chapitre, Molly va au lycée et se retrouve avec Scott et Stiles dans une situation "un peu" embarrassante ! Bye bye *coeur*