A lire sur « Closer » de Nine inch nails. Cette chanson, parfaitement impie mais ô combien seyante à notre duo de fornicateurs pénitentiaires acharné, est disponible sur youtube.

Voici la première moitié d'un petit lemon comme on les aime, garni ça et là d'une kyrielle d'outrances que nous avons tous et toutes commises à nos débuts, et qui initiera enfin notre cher et vilain Teddy aux subjugations de l'Amour sexuellement correct. Ne vous y trompez pas : j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire…

Theodore avait rarement senti un besoin aussi urgent d'avoir le gamin contre lui. Il y avait bien des fois où il se jetait sans crier gare sur le pauvre biquet comme ces fauves qu'on voyait dans les émissions du National Geographic aux heures de télé, mais il s'agissait seulement d'accomplir ce coït bassement utilitaire et souvent tristement furtif dont lesdits fauves se contentaient devant les caméras – cela dit, ceux-ci remplaçaient avantageusement les pornos grand-guignolesques des chaînes payantes. Là, c'était l'appel du ventre qui exigeait le contact, cherchait le corps du jeune garçon pour s'assurer de sa présence, griffait férocement le tissu pour accéder à la chair chaude et vivante. Maytag ne semblait pas se formaliser de cette brutale prise d'initiative au milieu du jeu qu'il était censé diriger. Il frissonnait sous les mains et les crocs de Bagwell qui gagnaient du terrain sous sa chemise dévastée. T-bag sentait le désir du petit bonhomme insister en délicates frictions contre son tee-shirt blanc et il répondit en ondulant langoureusement tout contre lui. Le gosse ravalait ses gémissements mais son maître sentait sa gorge vibrer sous sa langue et ses dents. Ses cuisses caressaient les siennes au hasard de ses mouvements ; ses paumes affolées massaient convulsivement ses flancs et ses hanches à travers son uniforme de prisonnier. Leurs yeux se rencontrèrent, les prunelles parfaitement céruléennes du fragile garçon dilatées par une envie indicible au fond de celles, ténébreuses et tourmentées, de son aîné. Alors, contrairement à ce que promettait Flaubert, l'univers ne s'élargit pas tout à coup ; mais dans la cellule à l'étage d'en face John Abruzzi se sentit soudain d'humeur chantante – ce qui représentait malgré tout une forme d'événement cosmique. Il passa la luxueuse veste en cuir qu'il s'était fait faire sur mesure par un grand tailleur italien, boucla son collier à piques – comment l'avait-il récupéré, c'était une autre histoire.. – et chaussa ses élégantes lunettes noires avant de s'installer derrière la batterie qu'il avait fait disposer dans sa cellule à grands renforts de pots-de-vin et qui prenait toute la place au sol. Un rythme lancinant et implacable comme les battements d'un cœur s'éleva alors dans l'aile A, bientôt accompagné par quelques notes discrètes de la guitare électrique de Fiorello, un cache-œil de pirate ornant son visage bouffi et désormais borgne. Cinq premiers mots suaves coulèrent de la voix mâle du parrain mafieux, entraîné par sa carrière amateur de chanteur de charme.

You let me violate you…

Le cœur de Maytag battait fort au fond de sa poitrine. Les pans de sa chemise étaient à présent cloués au matelas par les mains brusques de T-bag et quelques boutons gisaient sans vie sur le sol après que le meneur blanc leur ait fait effectuer un dernier saut de l'ange en décidant qu'il n'avait plus les nerfs pour négocier avec une boutonnière. Le jeune homme scrutait le regard de son protecteur, cherchant à percer la nature de cette étincelle inhabituelle qu'il discernait au milieu du désir animal qu'il connaissait et qui embrasait ses sens. Cette lueur incroyablement absorbée mais étrangement incertaine qui relevait la nuance sombre de la luxure, Maytag aurait voulu se l'approprier et la combler. Il ne savait pas qu'il ne la possédait justement que trop… Ces yeux mélangés l'aveuglaient, ne laissant à sa conscience qu'un besoin urgent d'assouvir les pulsions primaires que suscitait le corps de Bagwell ainsi agrippé au sien. Il s'échappa de sa prise en quittant sa chemise bleue de détenu, et se serra une dernière fois contre lui en étreignant ses épaules et en nichant son minois dans son cou pour s'enivrer de l'odeur rassurante et excitante de son maître. Les paupières de T-bag se fermèrent, crispées, et un léger spasme contracta ses sourcils et ses lèvres serrées. Pour quelle raison ce geste qui jadis l'exaspérait au dernier degré devait-il à présent être si bon ? Cette sensation de plénitude incongrue le perturbait passablement, lui donnant l'impression de ne plus se posséder lui-même, de ne plus maîtriser sa propre appréciation des choses et, de fait, d'échapper sa propre unité individuelle. Pour l'heure, il avait cependant mieux à faire que de se cogner inlassablement le crâne contre le mur de sa cellule en psalmodiant des « angst ! » butés. D'un bras il ramena un peu plus Maytag contre lui et céda à cette douce chaleur qui le gagnait – car Theodore faisait partie de ces gens qui préféraient changer l'ordre du monde plutôt que leurs désirs. Il sentit le souffle chaud de l'enfant dans le creux de son oreille et ses hanches contre les siennes ; bientôt il s'éloigna de lui et T-bag eut presque envie de le retenir de force. Il se morigéna pour ce sentiment d'anxiété faible et ridicule. Dans les mauvaises histoires, cela augurait toujours quelque chose de funeste et il n'avait aucune envie de pleurnicher sur l'oreiller qu'il avait peur de le perdre juste avant de s'envoyer en l'air. Il interrompit le cheminement un peu amer de ses pensées en voyant Maytag se retourner souplement sur le ventre et agripper la barre de métal qui structurait si commodément la couchette à la tête du lit.

You let me desecrate you…

Les bras tendus du gamin, frémissant légèrement, creusaient ses épaules autour de son échine courbée, prolongée par la ligne du mohawk qui s'achevait tout près du matelas. Ses flancs se soulevaient rapidement, comme ceux d'une bête forcée. Le creux de ses reins donnait envie d'y mordre la peau soyeuse et tendue, et la cambrure indécente se terminait par une croupe ronde et mignonne qui appelait tout simplement les claques cinglantes. La courbe coulait alors sur deux fesses charmantes, un peu charnues pour apparaître véritablement enfantines, mais délicieusement rebondies. Les genoux écartés, les pieds enserrant les bords du matelas, le gosse lui présentait un petit derrière consentant, mieux, impatient… sciemment tentant et tout à lui. T-bag en avait l'eau à bouche, tétanisé par ce spectacle éphémère. Ce n'était pas seulement les jolies formes masculines elles-mêmes qui le fascinaient – quoi qu'en dise le chapiteau qui s'installait de plus en plus solidement dans son pantalon. Il savait pertinemment que le garçon qu'il avait adopté était gaulé comme un jeune pur-sang et c'était d'ailleurs avec fierté qu'il en promenait les charmes appétissants dans les douches afin que tous voient ce qu'ils manquaient. Mais il était soudain frappé de cette incroyable confiance et ce désir inconditionnel que Maytag lui vouait. Lui le tueur en série, lui le violeur – le pédophile ! – lui le pervers qui profanait occasionnellement le corps sans vie de ses victimes, lui le prédateur qui avait égorgé et torturé sous son nez… comment pouvait-il ainsi lui tourner le dos non seulement sans crainte, mais encore avec concupiscence ? Il ne s'agissait pas de se prendre le visage à pleines mains en geignant « Oh mon Dieu comment peut-il vouloir de moi ? Je suis si vilain !! ». Il s'agissait tout simplement de se demander où Maytag trouvait les couilles de se présenter spontanément sans défense à quelqu'un comme lui, songeait-il comme son regard glissait justement sur les deux jolies noisettes visibles entre les jambes du gamin. Bagwell se lécha brièvement la lèvre et se perdit dans la douce contemplation de ce merveilleux petit cul qui l'attendait. L'offrande de chair fraîche était finalement la seule manière possible de lui dire qu'il avait envie de lui, et Maytag n'hésitait pas à se réduire à l'animalité pour cela. C'était presque dommage quand on y songeait. S'entendre dire qu'on était désiré avait sûrement quelque chose de valable après une journée passée à se harpailler avec les nègres et à subir les sarcasmes plus ou moins homophobes de ces beaufs de matons – la discrimination au sein des institutions pénitentiaires était en vérité un problème préoccupant… Son protégé jeta soudain un œil par-dessus son épaule et Theodore fut saisi par l'éclat vicieux de son iris cérulé – une nuance particulière de céruléen qui n'apparaissait que lorsque l'enfant était très excité ou lorsqu'il courait partout dans la cour par temps froid pour faire des boules de neige.

- Tu vas quand même pas me faire supplier avant que ce soit commencé ? Tu sais à quel point c'est grotesque…

- On ne saurait en effet affirmer le contraire… admit T-bag en déboutonnant sa braguette.

- Oh-hô, si tu commences à citer les dialogues platoniciens on risque de s'aventurer très loin dans les obscénités…

Bagwell agrippa brusquement la croupe de son mignon, enfonçant légèrement ses ongles dans la chair tendre.

- Le platonique ça ne me connaît pas vraiment, fillette… répliqua-t-il en se glissant doucement en lui.

You let me penetrate you…

Maytag retint son souffle et assuma l'intrusion avec un petit gémissement étouffé. Theodore stoppa son avancée.

- Je te fais mal ? s'entendit-il demander.

Le petit se retourna aussitôt pour le dévisager avec un drôle d'air et T-bag sentit la honte et l'opprobre tomber sur sa personne – bon sang, qu'est-ce que cette question venait foutre là au milieu ?

- Quand on aime on a jamais mal, lui rappela-t-il sur le ton de l'évidence.

- J'oubliais…

Il allait retourner à sa petite affaire quand un détail piqua a posteriori son attention.

- Répète ça… ?

- Quoi ?

- Ce que tu viens juste te dire, indiqua Bagwell sur un ton un peu agacé.

- … Non, c'était rien… bredouilla le jeune détenu.

C'était au tour de Maytag de se rembrunir, et comme à l'accoutumée rien ne procura plus de joie à Theodore que la honte qu'il sentait en lui. Seulement cette fois les raisons en étaient différentes. Il tenait à la partager un peu.

- Pour ta gouverne j'ai…hm. J'ai pas mal non-plus.

Jason songea que son maître faisait vraiment des efforts pour qu'il profite de ce dernier moment avec lui, même si tout restait en ellipses et en non-dits. Il lui offrit un demi-sourire encore un peu timide par-dessus son épaule. L'espace d'un instant on eut dit deux innocents blancs-becs au casier judiciaire vierge et à l'embarras presque aussi attendrissant que deux jeunes chiots jouant dans un parterre de fleurs municipal. Puis, avec un sourire complaisant et paternel, T-bag raffermit sa prise sur les hanches solides du jeune garçon et s'enfonça un peu plus loin dans les profondeurs chaudes et étroites qu'il lui offrait. Et Maytag laissa échapper un son voluptueux qui n'avait plus grand chose d'attendrissant…

You let me complicate you…

Bagwell continuait de le pénétrer par des ondulations douces mais fermes et Jason l'accueillait sagement, les muscles de ses bras bandés pour supporter le balancement, les mains serrées sur la barre métallique pour canaliser l'intensité des sensations. Le sociopathe était troublé par la manière dont ce garçon était capable de lui aliéner allègrement jusqu'à son corps. Maytag ne lui appartenait pas seulement de droit, il se donnait tellement qu'il y avait de quoi s'y perdre. Il acceptait toutes les violations tant que T-bag les perpétraient. Il s'était si bien immiscé en lui qu'il avait finit par lui dérober cette fameuse intégrité humaine dont les psychologues de tribunaux faisaient tout un foin. Cela signifiait-il pour autant que Jason Buchanan n'était plus une entité libre ? En faisant gémir Maytag sous les va-et-vient lascifs de ses hanches conquérait-il un être qu'il avait savamment protégé, charpenté et porté à maturité ou se baisait-il lui-même ? Sa détresse sembla relayée par Scofield et Sucre qui, happés par l'ennui qu'entraînait le fait d'être crispés par le choc émotionnel sur leurs barreaux pour une durée indéterminée, s'offrirent de faire les petits choristes de John.

Help me.

Aussitôt la voix rugissante du parrain italien déchira à nouveau l'atmosphère suspendue du bloc carcéral.

I broke apart my insiiides !

Maytag venait à présent à sa rencontre, amplifiant chaque mouvement, cherchant le contact du tee-shirt familier contre ses petites fesses sensibles. Il ne faisait qu'admettre un besoin, quel mal y avait-il à cela ? Il avait besoin de T-bag et lui faisait sentir qu'il pouvait l'investir aussi pleinement qu'il le désirait. Il éprouvait à son égard trop d'admiration, trop de fascination pour refuser la moindre parcelle de lui-même à son contact et à sa marque.

Help me.

I've got no soul to sell !

Ce n'était pas comme s'il avait grand chose de précieux à lui opposer… Sa sensibilité capricieuse ? Son esprit si peu stimulé par une vie extérieure trop simple ? Sa dignité de fils à papa ? Sa morale qui fuyait par tous les bouts ? Son âme qui jusque là ne croyait en rien ? Son corps qui n'avait jamais autant exulté que sous ses abus ?

Help me.

The only thing that works for me…

La violence l'atteignait plus que tout le reste. Ce n'était nullement une question de douleur, en tout cas pas fondamentalement. Maytag ne se voyait pas endosser du cuir noir et se rouler par terre en jappant hystériquement pour avoir droit au chat à neuf queues et, franchement, il trouvait les individus qui donnaient là-dedans plutôt superficiels et méprisables. C'était une question de maîtrise et d'absorption de la sauvagerie d'un être estimé. Ce qui différenciait T-bag du reste du monde, c'était son intérêt abusif, ses sévices pédagogiques pour écarter ses limites, son désir sans réplique qui balayait les hypocrisies fades usuelles, ses corrections qui outrepassaient la correction… au profit d'un lien tutélaire indéfectible, réel. Pour la première fois de sa vie, il était quelqu'un de décisif pour autrui. Pour la première fois de sa vie il faisait l'objet d'un investissement dans toute la violence à laquelle il avait toujours aspiré.

Help me get away from myself !

T-bag faisait quelque chose de la substance fuyante qui avait toujours circulé en lui sans le remplir. Les princesses avaient besoin d'un prince charmant guindé pour se réveiller, les collégiennes dépressives d'un beau merdeux un peu marginal pour se sortir – c'est une image – les doigts du cul. Lui avait attendu un taulard sanguinaire tout droit sorti de la brousse alabamienne pour venir au monde. Le constat avait de quoi faire frissonner mais le résultat était là : il était un être aussi neuf que l'agneau qui vient de naître. Il avait des valeurs à défendre, une technique de mise à mort à mettre en pratique, une place privilégiée à utiliser pour obtenir le respect des autres, une admiration à gagner, une attente à combler. La douleur sourde que provoquait chacun des mouvements insistants de T-bag le battait comme du fer chaud et le forgeait un peu plus à ce monde de violence dont il était désormais le petit prince, tout-puissant sous la coupe impitoyable de son maître. Une vague de jubilation le submergea à la faveur d'une attaque plus résolue et Maytag étouffa dans son bras un sanglot de plaisir.

I wanna fuck you like an animal…

Theodore commençait à lâcher prise sur l'ardeur qu'il retenait jusqu'alors et l'enthousiasme du gamin n'incitait pas à la modération. Sa main droite tomba tout près de celle de Maytag sur la barre du lit, l'autre toujours cramponnée à ses hanches, et il se laissa aller à un rythme plus franc, son souffle lourd et un peu court brûlant la nuque du garçon.

I wanna feel you from the inside…

Ce qui se tramait dans les cellules nerveuses de Bagwell était probablement trop bon pour être conforme au code du parfait petit sociopathe. On n'était pas censé se sentir à la merci de l'autre lorsqu'on s'offrait, comme il est dit dans le milieu, « une petite partie de ça-va-ça-vient »… mais Maytag était tellement délicieux sous lui que ses gestes n'en étaient que plus anxieux. Pour la première fois, T-bag avait l'impression de ne faire plus qu'un avec quelqu'un tant leurs deux corps détraqués s'accordaient, et c'était une sensation qu'il ne voulait pas perdre ! Sa main glissa sur celle du garçon avec l'hésitation d'un premier rancard au cinéma, en dépit de la chevauchée joyeusement contre-nature qui secouait raide la frêle couchette de la cellule et aurait fait grincer des dents la trésorière de l'établissement.

I wanna fuck you like an animal…

Afin de ne pas laisser échapper de son suspect qui aurait trahi son extase exaltée et donc l'excentricité de son exutoire de chef de clan – qui lui aurait sans doute valu l'excommunication si les brutes de décoffrage qu'il dirigeait l'avaient découvert – Bagwell mordit profondément dans la chair du môme, refermant ses dents sur l'os qui creusait son épaule droite. Maytag laissa échapper un son étranglé qui éclata en un soupir chevrotant de profonde satisfaction.

My whole existence is flawed…

Le gosse entrecroisa alors leurs doigts sur la barre de la couchette, et il sut… Il sut que plus rien ne serait jamais comme avant. Tous ces moments de brutalité raffinée où il l'avait réduit dans un coin de la cellule, le couteau sous la gorge, où il l'avait saigné juste pour l'intimider et violenté consciencieusement contre le mur de la cellule, toutes ces erreurs abominables étaient balayées par les gémissements de plaisir de Maytag et ses douces suppliques soufflées à voix basse. Son surnom, échappé silencieusement, comme une prière confiante et non pas terrorisée, le lavait de toutes ces affections bafouées qu'il avait surinvesties dans les autres, de Susan à son père en passant par les morveuses de son collège sur lesquelles il avait pris sa revanche symbolique. Tout cela pouvait aller au diable si Maytag le désirait, alors même qu'il lui en avait fait subir davantage qu'à beaucoup d'autres. Cet enfant devait être un saint, songea-t-il avec recueillement tout en s'appliquant à le combler comme il se devait. Au même moment, précisément, John Abruzzi se perdait à travers ses lunettes noires dans la contemplation de la tache d'humidité qui infiltrait son mur, transporté par la beauté presque christique qui s'en dégageait. Frappant toujours sa batterie à un rythme résolu, il rugit avec ferveur :

You get me closer to God !