A/N : Partie deux du OS. Quinn POV.


Muse : "Source d'inspiration pour les poètes."

Pourtant ce nom peut être employé aussi bien pour un musicien, pour un peintre, pour un cinéaste, pour la vie. Une muse c'est quelqu'un, quelque chose qui nous éclaire, nous guide, nous soulage. Leur apparition ne peut être que positive.
J'ai trouvé la mienne au lycée. Cette étoile brillante me remettant sans cesse sur le droit chemin. M'aidant, me faisant ouvrir les yeux, m'inspirant tous les jours. Elle m'a sauvé la vie. Peut-être pas littéralement, mais moralement, psychologiquement, émotionnellement, elle l'a fait.

Tout portait à croire que nous serions meilleures amies. C'est ce qu'elles font non ? S'écouter et suivre les conseils donnés. Je l'ai fait, mais ça n'a pas été réciproque. J'ai longuement espéré qu'elle soit heureuse. Même si ce mariage était pour moi la pire des décisions, je voulais le faire pour elle. Pour faire ce qu'elle avait toujours fait pour moi : la soutenir, être là pour elle à n'importe quel moment. J'ai prié de nombreuses fois pour qu'elle me dise un jour qu'elle vivait un conte de fée rempli de bonheur avec Finn à New-York, mais ça n'est jamais arrivé.

Notre destin n'a jamais été d'être meilleures amies. Je le compris cette nuit d'avril, lors de notre première fois. Tout paraissait si naturel. Ses regards, ses gémissements, ses chuchotements. Nous étions parfaitement conscientes de ce que nous étions en train de faire, conscientes de qui était chez elle à l'attendre pendant que nous le faisions. Et pourtant … nous le firent toute la nuit, sans jamais nous quitter des yeux. Par la suite, nous recommencions dès que nous étions ensemble.
Je savais qu'elle culpabilisait, pourtant elle le réclamait, sans arrêt, partout. Cela m'effraya au début. J'avais pris ça comme une échappatoire, un moyen de satisfaire mes besoins avec quelqu'un en qui j'avais confiance, un moyen de me sentir moins seule. Mais en quelques mois, j'en devins autant accro qu'elle. Il n'y avait aucune limite ! Nous n'étions pas ensemble ? Les téléphones et Skype étaient là pour ça. J'étais à New-York et Finn était là ? Il suffisait d'une dizaine de minutes dans la salle de bain.

Ce que je n'avais pas prévu, furent tous ses sentiments que je développai peu à peu. Oh non, elle n'était pas ma meilleure amie. Elle n'était pas juste un plan galipettes. Je pensais sans arrêt à elle. Dès qu'elle n'était pas dans mes bras, elle me manquait. J'avais besoin d'elle.

Je lui avouais de nombreuses fois, mais elle ne disait jamais que c'était réciproque. Je la suppliai de le quitter, et elle me coupait avec un énième baiser. Cela dura 7 ans. Sept longues années où j'ai cru que vivre sans elle n'était pas vivre. Pourtant, être en partie avec elle n'était que vivre à moitié. Et plus le temps passait, plus j'avais l'impression de mourir doucement de l'intérieur, à poursuivre, vouloir, aimer quelqu'un que je ne pouvais avoir. Que faire ? Me fermer sur moi-même et prétendre que tout allait bien en plaquant un sourire sur mon visage ? Ce n'aurait été que régresser. Je connaissais ça, je l'avais fait pendant trois ans au lycée, et je n'avais jamais été heureuse. Devais-je me libérer d'elle ? Démarrer une nouvelle vie… encore ? Mais elle ? Comment le prendrait-elle ? Peut-être qu'en la laissant s'en aller, elle arriverait enfin à être heureuse, à profiter de Finn et de son mariage ? Peut-être que sans moi, elle pourrait enfin voler de ses propres ailes et vivre la vie dont elle avait toujours rêvé ?

C'est ce que je cru. Et c'est ce que je fis.

L'adaptation à ce nouveau départ ne fut pas facile. Elle hantait mes pensées, jours et nuits. Sept ans de bonheur clandestin à ses côtés s'achevaient. Il fallait passer à autre chose coûte que coûte.

Je trouvai en Jason cet homme que je n'avais jamais eu au lycée ou même à l'université. N'importe quelle fille aurait rêvé d'être avec lui tellement il était adorable. Et il n'avait d'yeux que pour moi. Cependant, je ne pouvais pas me lancer dans cette relation en prétextant de pas avoir mon passé qui trainait à ma cheville comme un boulet. Je ne voulais plus mentir et faire comme si j'étais quelqu'un d'autre. Ainsi, je lui racontais la vérité, je lui racontais toute ma vie. De la première année où je la traiter de tous les noms, à ces quelques derniers mois ensemble, son souvenir m'empêchant encore de dormir aujourd'hui. Ce fut un soulagement de me livrer à un inconnu. Il prendrait surement fuite en apprenant l'épave que j'étais, mais au moins, tout sortait de mon intérieur. Je réalisai que j'avais besoin d'extérioriser toutes ses pensées, peines et sentiments.

Contre toute attente, il ne lâcha pas l'affaire. Il voulait m'attendre, qu'on aille doucement. Ses baisers n'étaient pas aussi tendres, ses goûts musicaux pas aussi bons, son humour pas aussi farfelu, nos conversations pas aussi intéressantes, et nos nuits d'amour pas aussi intenses. Mais il embrassait bien, il écoutait de la bonne musique, il était drôle, m'écoutait parler et j'avais des orgasmes. J'en tombais amoureuse avec le temps, vraiment amoureuse. Je devenais heureuse.

Et puis un jour, Kurt m'appela et me raconta. C'était ma faute. J'étais responsable de ce qui lui arrivait. Je n'y réfléchis pas deux fois avant d'aller la voir. Un sentiment de malaise prônait lors de nos retrouvailles mais très vite, nous redevinrent amies. Certes, nous n'étions plus aussi proches, mais sans nos rencontres au moins trois fois par semaine, la vie n'avait aucun sens. Je réalisais que je pouvais être heureuse en l'ayant dans ma vie en tant qu'amie, et la voir remonter la pente grâce à ma présence m'empêchait définitivement de l'abandonner une nouvelle fois.

Cette douce vie reprenait son cours. Rien n'était parfait, mais nous avions connu bien pire. Je celais ma relation avec Jason par un mariage, étant épanouie à ses côtés, bien sûr. Mais la voir là, se tenant à mes côtés en tant que demoiselle d'honneur me pinçait le cœur. Pendant tellement d'année j'avais imaginé que si je me mariais un jour, ça serait avec elle

L'annonce de ma grossesse déclencha en elle une espèce de paranoïa obsessionnelle : elle voulait un enfant. J'avais la nausée lorsqu'elle me demandait des positions et astuces pour que Finn la mette enceinte. J'avais le tournis à l'idée qu'elle puisse être intime avec lui. Je vomissais à l'imaginer jouir grâce à lui.

Pourtant je continuais à l'écouter m'en parler, me demander conseil comme si cela ne me dérangeait pas. Elle retrouvait enfin une raison de vivre, qui étais-je pour lui démolir ?
Et puis elle m'annonça qu'elle n'y arrivait pas, qu'elle abandonnait, que c'était mieux ainsi. Je passais des heures à la consoler, lui frotter tendrement le dos pour essayer en vain de calmer son chagrin. Je me dégoutais moi-même. Comment pouvais-je m'afficher devant elle avec Tommy ? Comment pouvais-je lui parler de Beth ? Un bébé que j'avais pu avoir mais que je n'avais pas voulu ? J'étais la plus horrible des personnes et pourtant, c'était vers moi qu'elle se tournait.

J'essayais ainsi d'être au maximum présente pour elle. Cependant je n'arrivai plus à mettre les pieds chez elle pour tomber face à Finn. J'aurais pu hurler. Le traiter d'incapable. Non seulement il l'avait toujours retenue et empêchée d'être mienne mais en plus il n'arrivait pas à la mettre enceinte, chose qu'à ce moment, elle désirait plus que tout au monde. Qui était-il pour ne pas lui donner ce qu'elle désirait ? Elle était une princesse qu'il fallait combler de tous les présents du monde. Il n'était que le bouffon du roi, présent pour les farces.

Je ne pouvais pas non plus prendre le risque qu'elle vienne chez moi et tombe sur les jouets de Tommy. Cela lui aurait brisé le cœur.
Je lui donnais donc rendez-vous au restaurant, au cinéma, dans des cafés, mais sans m'en rendre compte je m'éloignais peu à peu d'elle, la laissant gérer sa tristesse et sa colère seule.
C'est lors de l'un de nos déjeuners un jour, alors que je réclamais une serviette au comptoir du petit bistrot où nous étions, que je réalisais. Jetant un œil vers elle, je la vis boire à la fiole, discrètement, alors que son verre de vin était sur la table. Je fis comme si de rien n'était ce jour-là. A la place, le soir venu, je pleurais silencieusement jusqu'à m'endormir, me jurant d'être encore plus là pour elle, me haïssant pour avoir osé m'en éloigner, priant pour qu'elle réussisse à arrêter cette fâcheuse manie d'elle-même comme la première fois.

Malheureusement rien n'y changeait. Même le flirt occasionnel que j'instaurais par SMS. Pourquoi le faisais-je ? Je n'en avais aucune idée. Et les quelques fois où elle rentra dans mon jeu, j'arrêtais immédiatement, changeant de sujets comme si je ne venais pas de passer les dix dernières minutes à lui parler de oh combien son bikini rose moulait parfaitement ses formes.

C'est en allant un soir chez elle, quand je savais que Finn travaillait, que les nerfs lâchèrent. Elle ne ressemblait plus à rien. On aurait dit une droguée. Ma main partie contre ma volonté et s'écrasa bruyamment sur sa joue. Après le choc passager de ce geste inattendu pour toutes les deux, je tournais les talons en direction de sa chambre, sans m'excuser. Je lui fis ses valises pendant qu'elle me regardait passivement, sans un mot, sans lutte. Elle avait compris où elle allait et ne résistait même pas.

Aussi étrange que cela puisse paraitre, je crus percevoir un regard de soulagement, de remerciement lorsque je la déposais à la clinique. Peut-être était-elle secrètement heureuse de se prendre en main ? D'être loin de Finn quelques temps ? Elle ne me le dit jamais. Finn restait le sujet tabou. Nous n'en parlions pas. Jamais. Même quand je lui rendais visite pendant ses semaines de guérison. A la place, nous mettions au clair certains points : je ne devais pas lui fermer ma vie avec Tommy sous prétexte qu'elle n'était pas tombée enceinte. Elle m'annonça d'ailleurs qu'elle réessaierait à sa sortie, car il était temps qu'elle aille mieux, il était temps qu'elle vive. Je la crus. Elle avait ce sourire aux lèvres qui la qualifiait, elle. Ma muse. Ce sourire que je n'avais pas vu depuis si longtemps, qui montait jusqu'à ses petites oreilles, dévoilant sa dentition blanche parfaite, laissant apercevoir sa petite fossette sur sa joue.
Elle le garda d'ailleurs après sa cure, du moins, jusqu'à ce qu'elle me dose qu'elle était stérile. Cela me bouleversa et j'étais à deux doigts de me jeter a ses genoux pour la supplier de ne pas recommencer à boire, pour lui promettre ma présence éternelle à ses côtés mais elle me promis que tout irait bien.

J'ignore encore aujourd'hui ce qui a fait qu'elle n'a pas replongé. Surement le fait qu'elle ait remplacé sa drogue par une autre plus banale mais tout aussi dégradante. Elle devenait la pute du quartier, de la ville, de la profession.
Jason calmait ma colère à chaque fois que je la voyais a moitié nue dans un bar miteux à la une de la presse people. Il calmait mes pleurs à chaque fois que je revenais d'un motel après avoir reçu un SMS d'adieu. Il était un ange, pouvant presque calmer tous mes maux. Je me réfugiais encore plus dans ses bras confortant. Cependant, j'ignorais si c'était par amour ou plutôt par sécurité, par habitude.

Avais-je déjà eu envie de la rejoindre ? Oui, même pour ne jamais l'avoir entièrement. Avais-je déjà préparé mes valises ? Oui, même pour vivre dans un appartement pourri. Avais-je déjà demandé des papiers de divorce à un avocat ? Oui, même si cela en ruinait la vie de Tommy. Avais-je déjà été au bout de toutes ces idées ? Non. A la place je restais vivre cette vie de famille parfaite. Mais je la comprenais enfin. Je comprenais pourquoi elle-même ne l'avait jamais fait. Il n'y avait pas de réelle raison, si ce n'est la peur du risque.

Je tombais enceinte par accident mais je préférais lui dire que c'était voulu. Quand je lui annonçais, elle me répondait par une question qui n'avait rien à voir. Pourquoi continuais-je à venir dans ce motel après chaque SMS ?

Je réalisais ainsi que Jason pouvait soigner, calmer presque tous mes maux, sauf un. Celui d'être complètement et pitoyablement encore amoureuse d'elle.

Pourquoi ai-je choisi ce moment-là pour le lui avouer ? Je l'ignore. Peut-être pour tenter une dernière fois de la sauver ? Peut-être pour m'avouer que ma vie n'était pas si parfaite ? Peut-être pour qu'elle le sache, tout simplement.

J'eu tort à une époque. Peu importe si je vivais sans elle ou à moitié avec elle, la conclusion était la même. Je ne vivais pas à moitié, je ne vivais pas du tout. Je ne pouvais vivre sans elle. Je mourrais sans elle. J'avais commencé à mourir peu à peu depuis que je l'attendais.

Elle avait été mon ennemi, mon bouc émissaire, une personne à ignorer, ma camarade, ma sauveuse, mon amie, ma muse.
Et aussi ridicule que cela puisse paraitre, elle était inévitablement aussi mon âme sœur, demeurant a jamais inaccessible ...