Bonjour à tous !

Voici comme promis le nouveau chapitre de Special Angel.

Merci beaucoup aux premières rewieuses qui m'ont laissé des petits mots adorables sur le chapitre précédent (n'hésitez pas à faire pareil^^) : Zeugma412, Loulia et KeanaB. vous avez fait des hypothèses concernant la personne qui avait envoyé la lettre à Severs, vous allez avoir la réponse dans ce chapitre :)

Le titre de ce chapitre s'inspire bien sûr de la magnifique chanson de Bruce Springsteen, dans le film Philadelphia :)

Bonne lecture !


Street of Philadelphia

Un froid intense me cingle le visage. Dans ce vacarme assourdissant qui m'assaille de toutes parts, les pensées tourbillonnent dans ma tête, dans un flot ininterrompu de questions. Je marche seul dans les rues de Philadelphie, mon asile qui est peut être finalement mon exil.

Les mots de mon interlocutrice me reviennent en mémoire par bribes, comme dans les mauvais films moldus. Elle m'a donné tellement d'informations que je ne suis même pas sûr de les avoir toutes intégrées.

J'avais longuement hésité avant d'accepter son étrange rendez-vous, et même après avoir répondu à sa lettre, je n'étais pas certain de venir. Une irrépressible curiosité m'a cependant poussé à la rejoindre dans ce petit café qui ne paye pas de mine.

Je suis venu en transplanant dans une ruelle voisine, quelques minutes avant le rendez-vous. Naturellement, je tente de regarder à travers la vitrine, pour voir si je reconnais quelqu'un, mais l'intérieur est trop sombre pour me permettre de distinguer quoique ce soit. J'ai encore l'occasion de reculer, et de ne pas prendre ce risque. N'importe qui peut être ici, et vu mon passé, il y a plus de chance que ce soit quelqu'un qui me veuille du mal. Je prends une profonde inspiration et je pousse la porte. Une odeur très agréable de café fraichement moulu me chatouille les narines. L'endroit est plus grand qu'il n'y parait vu de l'extérieur. Des sièges en moleskine lie-de-vin, des tables anthracite, un bar à côté de l'entrée. Je vois quelques clients, mais aucun ne me parait familier et n'a semblé remarquer ma présence.

Je me dirige donc vers le barman et lui indique mon nom, le vrai. Il me regarde fixement, mais me répond que personne ne m'a demandé. Je suis désappointé. L'idée que mon mystérieux rendez-vous me fasse faux fond ne m'avait même pas effleuré l'esprit. Je m'apprête à rebrousser chemin, me maudissant pour avoir laissé mon imagination me jouer des tours quand je suis pris d'une soudaine inspiration.

« Est-ce que quelqu'un a demandé Mr Dennis Bishop ?

- En effet. Suivez-moi. »

Décidément, cette personne a un bien curieuse manière de procéder. Après m'avoir clairement indiqué qu'elle connaissait ma véritable identité, elle utilise maintenant mon nom d'emprunt. Je comprends de moins en moins à qui j'ai à faire.

Je suis conduit dans le fond de la salle, et j'aperçois le sommet d'un crane. Une chevelure blonde, qui me fait d'abord penser à un membre de la famille Malfoy. Mais lorsque j'arrive à sa hauteur et qu'elle se retourne…

« Miss Lovegood ! »

« Bonjour professeur. »

Je me souvenais d'elle élève, et je dois dire qu'elle n'a pas vraiment changé. Elle a toujours ce regard rêveur, qui cache une réelle capacité d'observation, assez étonnante. Je ne m'attendais absolument pas à ce que soit elle qui m'ait recherché, pas après ce que je lui ai fait subir durant ma dernière année à Poudlard. Je n'avais rien contre elle, mais sa tentative de rébellion avec Longdubat m'obligeait à la punir pour préserver ma couverture. Elle semblait être déjà consciente de ce fait à l'époque, et n'avait pas l'air de trop m'en vouloir.

Hormis cela, je n'avais pas beaucoup de souvenirs d'elle. Depuis quinze ans que j'étais professeur, les promotions d'élèves s'étaient succédées, et je n'avais pas gardé de souvenir précis de tous. Elle avait un niveau suffisant pour que je ne la remarque pas plus que cela. Ma surprise de la voir ici n'en était que plus grande.

Je m'assoie devant elle, et le barman nous laisse seuls. Les questions se bousculent sur mes lèvres, mais aucune ne sort. Je crois que j'ai peur de certaines réponses. Finalement, c'est elle qui engage cette conversation. Peut être l'une des plus étranges de ma vie.

« J'avais peur que vous ne veniez pas aujourd'hui.

Je ne m'attendais pas vraiment à vous voir.

A qui pensiez-vous ?

Je ne sais pas.

Et si vous aviez su que c'était moi, seriez-vous venu ?

Je ne sais pas non plus. Probablement pas.

Je suis heureuse de vous voir, professeur. J'ai passé beaucoup de temps à vous chercher. Comme je vous le disais, vous avez réussi à esquiver toutes nos précédentes rencontres potentielles et j'avais peur que vous ne reconnaissiez mon écriture.

Je ne suis plus professeur, Miss. Ici, je suis seulement monsieur Bishop, mais vous le savez déjà, n'est-ce pas ?

En effet. Pourquoi vous cachez vous sous ce pseudonyme ?

Une horde potentielle de Mangemorts que j'ai trahis et qui s'est lancée à mes trousses me semble être une bonne explication, non ? J'ai vu à la fin de la guerre une opportunité pour abandonner cette vie sans issue, je l'ai saisie. Puis j'ai pu en construire une nouvelle ici. »

Alors que je n'ai jamais vraiment parlé avec elle auparavant, je me rends compte que sa conversation n'est pas si désagréable. Elle a longtemps été une amie proche de Potter, ce qui suffisait à mes yeux à la rendre infréquentable, mais peut être l'ai-je mal jugée ? La discussion est fluide et porte essentiellement sur ma nouvelle vie ici. Elle est curieuse et me pose de nombreuses questions, mais elles ne sont jamais indiscrètes, et semble relever d'un simple intérêt pour ce que je lui dis et pas d'une curiosité malsaine.

Je sens qu'elle évite soigneusement certains sujets, et j'ignore pourquoi. Je la crois suffisamment intelligente pour réussir à détourner la conversation très longtemps. Parfois, dans ce genre de situation, l'attaque frontale et brutale reste la meilleure solution.

« Que s'est-il passé en Angleterre depuis la fin de la guerre ?

Professeur, je suis contente que vous abordiez vous-même ce sujet. Je n'osais pas l'aborder, j'avais peur que vous…

Votre délicatesse vous honore, mais je crois que je veux savoir.

Tout d'abord, dites-moi ce que vous savez. Il est difficile de résumer cinq ans de bouleversements en quelques mots.

Je sais que le Seigneur des Ténèbres a été vaincu par Potter, et que de nombreux combattants sont tombés, des mangemorts et ceux de la Lumière. J'ai quitté le pays quelques jours après la Bataille, mais j'ai dû me faire très discret pour ne pas être repéré, je n'en sais donc pas beaucoup plus.

Effectivement, je vais donc vous faire un rapide résumé. Harry a effectivement défait définitivement Vous-Savez-Qui dans la Grande Salle. Après cela, il a détruit la Baguette de Sureau, et nous avons pu commencer à soigner les blesser, et rassembler les morts. Certains mangemorts ont été capturés, et ont été consignés dans les cachots, le temps d'organiser des procès. Lorsqu'au bout d'un moment, Harry nous a dit que vous étiez dans la Cabane Hurlante, les professeurs McGonagall et Flitwick y sont allés, mais n'ont pas retrouvé votre corps. Seuls une grosse trace de sang et les débris de votre baguette étaient là. Aucun autre indice n'a été trouvé, et personne n'a compris ce qu'il s'était passé.

Je crois que j'ai transplané. Ce qui était un risque incroyable compte tenu de mon état à ce moment-là. J'aurais pu me désartibuler.

En effet, mais vous y êtes tout de même parvenu. Après cela, nous avons réparé le château, afin qu'il soit en état pour accueillir les étudiants lors de la rentrée suivante. Je crois que tout le monde voulait retrouver une vie normale au plus vite. Le professeur McGonagall a pris la direction de Poudlard et ne l'a quitté que l'année dernière. Hermione lui a succédé. Elle était devenue professeur de Métamorphose l'année précédente après avoir terminé ses études supérieures.

Miss Granger est professeur. Quelle surprise… Je plains ses pauvres élèves.

Ne vous moquez pas. Elle est une excellente enseignante. Harry et Ron viennent juste de terminer leur formation d'Auror et travaillent pour le ministère. Neville est lui aussi devenu professeur, maintenant que j'y pense.

Merlin ! Neville Longdubat ? Celui qui avait une tête plus dure que du bois, et qui était incapable de se souvenir de la moindre leçon ? C'est bien de lui dont vous parlez ?

Neville est professeur de Botanique, et il est très intelligent. Il n'était juste pas fait pour les potions, c'est tout.

C'est le moins qu'on puisse dire. Et vous, Miss Lovegood ? Vous semblez avoir passé beaucoup de temps à me chercher. Votre emploi vous permet-il ces fantaisies ?

Oui, j'ai pris la direction du Chicaneur, après que mon père… Après la fin de la guerre.

Vous êtes journaliste, alors ?

On peut dire ça. Mais pas comme cette fouineuse de Skitter. Je fais du journalisme sérieux.

Malgré le peu de souvenirs que j'avais d'elle, associer Luna Lovegood à sérieux me rendait un peu dubitatif. Son intelligence était évidente, mais elle était tellement rêveuse et fantasque qu'elle semblait toujours incapable de se concentrer sur la moindre tache. J'avais visiblement tort car elle avait passé plusieurs mois à me chercher avec une obstination impressionnante.

Le fait d'avoir appris qu'elle était journaliste m'a immédiatement alerté. Il était hors de question qu'elle parle de moi au public. J'avais eu ma dose de publicité non désirée, j'étais parti pour redevenir anonyme et je comptais bien le rester. Je pense cependant avoir été suffisamment explicite concernant ce sujet. Le regard effrayé qu'elle m'a lancé à ce moment-là n'était probablement pas feint.

« Pourquoi m'avez-vous cherché ainsi, miss Lovegood ?

C'est Mrs Scamander, maintenant.

Scamander ? Ce nom m'est familier, mais je n'arrive pas à revoir son visage. Il était de votre année ? »

Elle éclate de rire, mais je n'ai pas la moindre idée de la raison de son hilarité. Je sais que mon sens de l'humour est parfois défaillant, mais tout de même.

« Vous avez une bonne mémoire professeur, mais il n'était pas élève. Vous avez probablement entendu parler de son grand-père, Newt Scamander, qui a écrit l'un des manuels utilisés à Poudlard. Rolf a fait ses études ici, aux Etats-Unis, à Ilvermorny. Vous ne l'avez jamais rencontré, je pense.

Je comprends mieux. Mais vous n'avez pas répondu à ma question. Pourquoi m'avez-vous cherché avec tant d'acharnement ?

Même venant d'elle, je ne pensais pas qu'une réponse aurait pu me paraitre aussi absurde.

« Je ne sais pas. Je crois que j'avais besoin de savoir. Apres la chute de Voldemort, beaucoup de choses ont été révélées, notamment vous concernant, et je me suis rendu compte que nous avions été injuste, et surtout très ingrats. Mais vous aviez disparus, et dans la confusion de la fin de la guerre, personne ne savait ce que vous étiez devenu.

- J'ai toujours eu un certain talent pour me cacher.

- C'est vrai. Et puis, pour beaucoup, il était plus facile de vous pardonner en se disant que vous étiez… définitivement parti.

- Que j'étais mort. Ne prenez pas de pincettes avec moi, miss. Je sais parfaitement ce qu'on a dit sur moi. J'ai aussi fait en sorte de donner cette image de moi, cela faisait partie de mon rôle.

- Bien sûr.

- Qu'allez-vous faire maintenant ?

- Comment cela ?

-Vous m'avez retrouvé, je suis toujours vivant, mais je vous interdis d'en parler à qui que ce soit. En particulier à vos amis et à vos lecteurs. Donc qu'allez-vous faire de cette information ?

- Et bien…Je ne sais pas vraiment. Je me doutais un peu que vous auriez cette réaction, et je la comprends, je crois. Je pense que je vais rester encore quelques semaines aux Etats-Unis, puis je rejoindrai Rolf en Angleterre. Il est parti faire des recherches dans la forêt amazonienne, donc j'ai un peu de temps à combler.

- Bien. Avez-vous d'autres morts à ressusciter ici ?

- Non, vous étiez le seul. J'ai entendu dire que de nombreuses créatures exotiques vivaient ici, mais que personne ne semblait s'en préoccuper. Je vais donc mener ma propre enquête. »

Elle semble comprendre que le flot d'informations que je viens de recevoir est suffisant, et fait en sorte de dévier la conversation sur des sujets plus légers. Je vois parfaitement sa manœuvre, mais je la remercie intérieurement. Seulement quelques minutes plus tard, nous quittons le café.

La nuit est tombée pendant que nous parlions tous les deux. En hiver, les jours raccourcissent, donnant l'impression de toujours vivre dans la nuit. Contrairement à l'Ecosse, ici la neige est très rare, rendant les hivers mornes et déprimants. C'est l'une des seules choses que je regrette de Poudlard. Là-bas, il fait froid, mais la neige rend les paysages magiques.

Finalement, je ne regrette pas d'être venu la voir. Jamais je n'aurais pensé qu'elle, entre toutes les personnes que j'ai connues dans mon ancienne vie, voudrait me retrouver. Mais en lui parlant, il m'est soudain apparu que seule Luna Lovegood pouvait avoir l'idée de me chercher.

J'avais décidé de ne pas venir, j'avais même brûlé sa lettre. Toute ma vie, j'ai pris des risques, et je ne voulais plus de cette peur permanente. Cependant, la date et le lieu du rendez-vous n'ont pas cessé de tourner dans ma tête depuis une semaine. Je me connais malheureusement trop bien, et je sais que si je n'étais pas venu, la question serait restée en suspens et aurait fini par me rendre fou. Je ne sais pas pourquoi, mais depuis mon arrivée ici, j'ai d'énormes difficultés à contrôler mes pensées. Mes barrières d'occlumencie ont volées en éclats dans la Cabane Hurlante, et depuis, je ne parviens pas à les reconstruire. Ce n'est pas vraiment grave, car je n'en ai plus besoin, mais les conséquences peuvent être surprenantes. J'ai parfois des problèmes de concentration, et je ne parviens plus à maitriser mes pensées.

Quelle ironie. Moi qui reprochais à Potter d'être incapable de faire le moindre effort pour apprendre l'Occlumencie, je suis devenu incapable de discipliner mon esprit.

J'arrive enfin chez moi. Le trajet m'a paru horriblement long, mais il était nécessaire. J'ai pu repenser a tout ce qu'elle m'a dit –Longdubat est professeur à Poudlard, je n'en reviens pas– et je suis un peu rassuré. Le monde semble s'être remis à tourner correctement, je ne me suis pas battu en vain. Curieusement, elle m'a posé assez peu de questions sur moi, et sur ma nouvelle vie. J'apprécie cette discrétion mais quelque chose me dit qu'elle ne va pas en rester. Elle m'a cherché pendant plusieurs mois, il serait absurde qu'elle se contente de quelques réponses vagues. Surtout qu'elle est devenue une journaliste sérieuse.


Alors, qu'en avez vous pensé ? N'hésitez pas à me laisser un petit mot, ça fait toujours plaisir :)

Je remercie aussi du fond du coeur Yoru no Hakanai Yume qui a dessiné la couverture de cette fic. Merci !

A bientôt

LycorisSnape