voici une version épurée des fautes d'orthographes et quelques autres petits problèmes...
Je remercie infiniment emmaD pour avoir accepté d'être ma bêta-lectrice.
Le très noble « Manoir des Prince »
L'homme à la peau sale et aux lourds cheveux noirs dormait en chien de fusil à même le sol. Lui ? un ami de leur père ? c'était difficile à croire... Oncle Charlie était bien plus sympa.
Le dormeur frissonna, il les avaient enroulés dans son long manteau moldu avant de s'endormir comme une masse et devait avoir froid dans son sommeil. Altaïr laissa son regard vagabonder dans la pièce sombre. Quelques tonnelets étaient entreposés contre le mur du fond. Cela ressemblait plus à une grotte qu'à une chambre, l'odeur de la pierre et de la poussière semblait être incrustée dans les parois de cette caverne.
― Sortons, chuchota sa sœur jumelle.
Il acquiesça. Lola était toujours la plus curieuse.
― On va où ? dit Joane, la plus jeune.
― Chuttt... répliquèrent immédiatement les deux grands.
― On va explorer, continua l'aînée.
Il se glissèrent doucement vers la sortie. Sur le pas de la porte défoncée, Altaïr hésita un instant puis revint à pas de loup et couvrit l'homme avec le manteau. Celui-ci bougea un peu mais ne s'éveilla pas. Le garçonnet tressaillit. Eh bien ! il avait dormi toute l'après-midi d'hier et toute la nuit. Il devait être vraiment très fatigué !
Il suivit le même chemin que ses sœurs.
ooOoOoo
C'était plus un amas de vieilles pierres qu'une maison. Altaïr trouva ses sœurs en train de farfouiller dans ce qui avait sûrement été, quelques années plus tôt, une jolie cuisine sorcière. Le soleil, pourtant haut dans ce ciel de fin mars, chauffait chichement la petite vallée formée par les collines adjacentes. Lola poussa un petit cri victorieux en se redressant. Un grand sourire aux lèvres, elle lui montra un vieux couteau rouillé.
― Avec ça, on pourra se défendre ! affirma-t-elle ravie. Ce méchant ne pourra pas nous faire de mal !
― Je le veux ! hurla sa petite sœur.
Altaïr soupira, pourquoi fallait-il donc qu'il soit toujours le raisonnable de l'histoire ?
― C'est pas pour les bébés, affirma-t-il. Et puis regardez comment il est... Il faut l'aiguiser si on veut pouvoir le tuer.
― On va le tuer ? questionna Joane intéressée.
― Seulement s'il est méchant avec nous, répondit le garçon sur le ton de l'évidence.
― En tout cas, c'est MON couteau, c'est moi qui l'ai trouvé. Alors c'est moi qui choisis, rétorqua la grande.
Altaïr lança à sa sœur un coup d'œil exaspéré, secoua la tête, et se mit à rechercher une pierre. Il avait entendu la copine d'oncle Fred dire une fois que, quand elle était petite, elle adorait regarder son grand-père, qui était un moldu, aiguiser sa faux en la frottant avec une pierre. Il ne savait pas trop ce que pouvait être cette faux mais ce ne devait pas être bien différent d'un couteau, non ? Et puis, même s'il doutait en son for intérieur de l'efficacité de la chose, il avait toujours voulu essayer.
ooOoOoo
Cela faisait longtemps que Lola l'avait abandonné. Elle n'avait aucune patience. Joane, par contre, était accroupie à côté de lui, tout aussi hypnotisée que lui par le lent mouvement de la lame sur la roche. Il lui avait fallu de nombreux essais pour parvenir à ce résultat et sa grande sœur avait fini par repartir explorer les alentours. Il ne savait pas si c'était réellement efficace mais, au moins, ça enlevait la rouille.
― Que fais-tu ? demanda une voix sévère en le faisant sursauter.
Il bondit sur ses pieds et se précipita pour se mettre devant Joane.
― Heu...
― Eh bien ?
― Je... tenta-t-il en cachant l'arme dans son dos.
― On le tue avec le couteau, maintenant ? interrogea-t-elle derrière lui.
Il ferma les yeux un instant en la maudissant intérieurement. Les petites sœurs n'étaient pas les meilleures gardiennes de secrets qui soient.
― Donne-moi ce couteau, dit l'homme en avançant et en levant la main.
― Hey ! entendit-il un peu plus loin, j'ai trouvé...
ooOoOoo
Lola, qui arrivait en courant, embrassa la scène d'un seul regard. Mais l'adulte ne faisait pas attention à elle. Ses yeux étaient rivés sur le garçon, son bras tendu vers lui. Le silence dura de longues secondes. Son frère hésitait.
― C'est mon couteau ! dit-elle hargneuse, son cœur battant fort dans sa poitrine.
Il ne se tourna même pas vers elle. Il attendait, simplement, avec un calme profond et une patience tranquille. Peut-être avait-il même un petit sourire aux lèvres. Ils retenaient tous leur souffle. Altaïr finit par céder et lui tendit l'arme. Il s'accroupit alors devant l'enfant en lui saisissant fermement le poignet puis parla d'un ton froid, assez bas.
― Quand on donne un couteau à quelqu'un, on ne le fait jamais la lame pointée vers lui.
Joignant le geste à la parole il l'arracha de la petite main, lui remit délicatement la lame sur la paume et reprit d'une voix plus douce :
― Tiens-le doucement pour ne pas te blesser... voilà.
Il le lâcha et recula d'un pas.
― Quand tu me le passes comme ça, je sais que tu ne veux pas m'attaquer. Je comprends que tu ne veux que me le prêter, me l'offrir ou me le rendre et je sais que je n'ai pas un ennemi devant moi.
Il posa ses doigts sur le manche et reprit doucement :
― Et moi, j'attends que tu l'aies lâché toi-même pour ne pas t'entailler la main... bien.
Il se redressa brusquement et dit d'une voix glaciale :
― Parce que tu ne voudrais pas que je te considère comme un ennemi, n'est-ce pas ?
― Heu... ben... non...
― Très bien, suivez-moi, il est temps de manger un peu de pain.
Il se retourna d'un seul mouvement sec et marcha d'un pas vif vers le cellier.
― Je veux pas de pain, murmura la rouquine.
― C'est vraiment pas le moment, Joe, répliqua son frère sur le même ton en relâchant sa respiration.
Lola, soupirant elle aussi, marmonna un « T'aurais pas pu faire attention, non ? » auquel il ne répondit pas. Elle n'aurait pas été étonnée qu'il soit, dans le fond, plutôt soulagé de ne plus avoir la responsabilité de posséder ce genre de chose.
ooOoOoo
Rogue était amusé. En coupant avec difficulté des tranches de pains grâce au couteau émoussé, il observait les trois gamins silencieux. Ils avaient réellement songé à se défendre contre... lui ? L'aîné était particulièrement courageux, il avait failli lui tenir tête et ne s'était pas effondré quand il lui avait fait son petit numéro d'intimidation. Sa jumelle, par contre, semblait plus futée... sournoise, même. La petite... eh bien, la petite ne braillait pas toutes les cinq minutes ce qui était un bon point pour elle.
― Vous êtes un Moldu ? Vous n'avez pas de baguette, dit une petite voix.
Rogue faillit soupirer d'agacement. La sournoise. En tout cas, elle était observatrice.
― Je m'appelle Severus Rogue, dit-il, et toi, tu dois être Lola Molly Potter, tu as sept ans. Ton frère jumeau est Altaïr Sirius Potter. Ta sœur se nomme Joane Ellen Potter, cinq ans. Et maintenant que les présentations sont faites : non, je ne suis pas un Moldu. J'ai brisé ma baguette après l'affrontement de votre père et du Seign... et de Voldemort. Harry Potter a voulu que je sois votre tuteur, c'est à dire que je m'occupe de vous jusqu'à votre majorité.
― Pourquoi pas Oncle Charlie ? demanda le garçon.
Bonne question...
― Je ne sais pas exactement.
― Vous étiez un ami de Papa ? continua Lola.
Un ami ? Il s'interrogea. Ils avaient travaillé ensemble et avaient fini par s'estimer... mais des amis ? Non ! Il regarda les enfants et le silence se prolongea. Ces horribles marmots ne méritait sûrement pas qu'il se mettre en quatre pour trouver un mensonge adéquat.
― Non, en fait, je le détestais, mais nous nous faisions confiance.
― Pourquoi ? dirent les jumeaux choqués dans un ensemble parfait.
― Je...
Il hésita. Bonne question, à nouveau. Pourquoi autant détester cet abruti de Potter. À cause des horreurs que son père et ses crétins de copains lui avaient fait subir à Poudlard ? À cause de sa façon insolente de le regarder ? À cause de cette maudite dette de sang qui l'obligeait à le protéger ? À cause de son appartenance à Gryffondor et sa crétine habitude de gâcher ses talents ? Peut-être... Mais... Il était troublé, troublé de ne trouver aucune de ces raisons convainquante.
― Je... Je ne sais pas.
― Vous détestiez papa sans savoir pourquoi ? dit Altaïr incrédule.
― Et alors ? répondit Rogue impatient. As-tu besoin de savoir pourquoi tu aimes tes sœurs ? Si ce n'étaient pas tes sœurs, ne les aimerais-tu pas, malgré tout ? Eh bien, pour haïr quelqu'un, c'est la même chose. Parfois, sans que l'on sache trop pourquoi ni comment, on ne peut pas supporter une autre personne.
Il fit une pause.
― Mais je reconnais... continua-t-il plus doucement, les yeux complètement vides. Je reconnais que j'aurais dû faire plus d'efforts, il le méritait. J'aurais dû...
Il s'interrompit brutalement, les trois mômes le regardaient, buvant ses paroles. Que faisait-il donc dans cette galère ? Il se tut.
― Alors, pourquoi il vous faisait confiance ?
― Parce que je lui ai sauvé la vie un nombre incalculable de fois, dit-il d'un ton irrité. Ça devrait suffire, non ?
À nouveau, il y eut un long silence tandis qu'ils mangeaient leur misérable repas. Puis la voix aiguë de la petite dernière se fit entendre :
― Je veux pas de pain !
― Il n'y a que ça, mange, répondit-il distrait.
― L'alimentation est très importante pour le développement des enfants, affirma sa sœur sûre d'elle.
― Pour le moment il n'y a que ça, dit-il beaucoup plus sec.
― Et pourquoi vous avez cassé votre baguette ? Contrattaqua-t-elle.
― Parce que, Lola, après la mort de votre père, je ne voulais plus rien avoir à faire avec la magie. Et puis de toute façon, le Ministère l'aurait fait puisqu'ils m'ont envoyé à Azkaban.
― Dans la prison ? demanda Altaïr estomaqué.
― Oui, dans la prison, parce que, vois-tu, j'avais tué pas mal de gens.
Les gamins eurent l'air, tout à coup, beaucoup moins tranquille. Oui, il avait tué pas mal de monde et en particulier Albus Dumbledore. Rogue l'avait fait sur sa demande, c'était une sorte de suicide. Mais la culpabilité était tout de même là. L'ancien professeur de potion en voulait terriblement à son mentor de lui faire porter ce poids supplémentaire. Il finit par soupirer et lever la tête. Le vieux cellier était sordide. Des toiles d'araignées et une épaisse couche de poussière étaient ses seules décorations. Il avait espéré mieux... Dehors la maison était réduite à quelques murs à peine debout de pierres grises. Il avait eu de la chance que la cheminée soit encore là, accrochée à la paroi rocheuse où avait été accoudée la demeure. Des herbes folles poussaient entre les gravats et si le camping sauvage avait son charme, ça n'avait jamais été sa tasse de thé. Et puis il ne pouvait pas laisser les trois boulets dans un tel dénuement. Il lui faudrait trouver une source de revenu et un logement digne de ce nom. Il n'y avait plus rien ici...
― Dis-moi ce que tu as trouvé tout à l'heure, demanda-t-il à Lola.
Elle eut immédiatement l'air sur ses gardes.
― Rien...
― Pas de ça avec moi, tu étais bien contente tout à l'heure.
― Ben... il y avait... un petit...
― Ne t'avise pas de me mentir, gronda-t-il.
Elle réfléchit un instant puis ses épaules tombèrent en signe d'abandon.
― Un tunnel, il y a un truc souterrain derrière la cheminée, je l'ai vu parce qu'elle est un peu cassée sur le côté et il y a des pierres qu'ont bougé. On peut y passer, mais c'est tout noir.
Une cache ? Intéressant. Il y avait peut-être quelque chose de négociable là-dedans. Il n'osait espérer la planque d'un vieux trésor familial empli de galions. Pourtant cela s'était déjà vu... Il se leva d'un bond.
― Allons voir ça !
Il se dirigea d'un pas vif vers la cheminée puis s'arrêta brusquement et se tourna vers eux.
― Mais d'abord on va au ruisseau qui coule là-bas, pour boire un peu et vous nettoyer. Vous avez la figure et les mains tellement sales qu'on pourrait croire que vous avez passé des heures à vous traîner dans la poussière.
Et c'était, d'ailleurs, plus ou moins ça...
ooOoOoo
Mieux ! Bien mieux que des Galions ! Ces escrocs de la famille Prince qui lui avaient laissé cette vieille baraque n'avaient sûrement pas imaginé ça ! Rogue eut un petit rire en songeant à leurs têtes s'ils savaient. Il savourait pleinement le retournement de situation, même tant d'années plus tard.
Il avait eu du mal à agrandir le trou derrière la cheminée pour lui permettre de passer. Les enfants, bien sûr, avait largement la place mais il avait refusé qu'ils s'y aventurent. Ce genre de cachette aurait très bien pu être protégée par une multitude de sortilèges plus horribles les uns que les autres. Mais, que ce soit parce qu'ils n'avaient jamais été mis ou parce qu'ils avaient été détruits en même temps que la maison, il n'en avait trouvé aucun.
Un couloir, creusé dans le roc, s'enfonçait assez loin dans les entrailles de la colline jusqu'à une grande salle, presque ronde, d'une trentaine de mètres de diamètre. Si le sol était lisse et comme taillé d'un seul bloc dans la roche, les murs et le plafond, par contre, provenaient de la cavité naturelle. On pouvait même y voir quelques stalactites. Mais il y avait beaucoup plus intéressant...
À quelques mètres de l'entrée, sur la droite, se trouvaient deux portes en bois massif. La première débouchait sur une pièce totalement vide de quarante ou cinquante mètres carrés avec trois cheminées et une ouverture vers une autre salle à peu près moitié moins grande. La deuxième ouvrait sur ce qui avait fait, chose excessivement rare, rire Rogue : une bibliothèque. Une bibliothèque emplie principalement de livres sur les potions. Ainsi son talent inné pour ce genre de choses venait bel et bien de quelque part. Ses ancêtres devaient avoir, eux aussi, ce type de dispositions pour les préparations.
Une bibliothèque de livres anciens, rares et précieux. Rogue jubilait. Une vaste bibliothèque perdue au milieu des landes écossaises. Une bibliothèque bien classée, bien ordonnée, bien propre... Propre ? Il se figea. Propre... Comment un tel lieu pouvait-il être aussi propre ? Il y aurait dû y avoir une épaisse couche de poussière ; les livres auraient dû être rongés par les rats et autres nuisibles ; le bois des étagères aurait dû être pourri par l'humidité...
Immobile, il tendit l'oreille, s'attendant plus ou moins à quelque chose de terrible. Au loin il entendit un « Monsieur, ça va ? » probablement crié par Altaïr. Reprenant lentement contenance, il inspira profondément puis, de la voix grave et autoritaire de celui qui a enseigné durant presque vingt ans, il clama :
― Je suis Severus Rogue, le propriétaire de cette demeure et des landes adjacentes. Qui a tenu cette pièce en ordre ?
À peine avait-il fini de parler qu'un typique miroitement de l'air annonçait l'arrivée d'un elfe de maison. Le petit être, une femelle visiblement, penchait la tête en signe de soumission. Merlin tout puissant ! Qu'il exécrait la servilité de ces créatures !
― Qui es-tu ?
― Maddy, Monsieur, pleurnicha-t-elle. Maddy vous demande de lui pardonner. Mais Maddy ne savait pas que ces pièces appartenaient à la maison. Elle avait juste besoin de faire quelque chose, Monsieur.
― D'où viens-tu ?
― D'ici Monsieur, c'est vous qui m'avez libérée, Monsieur. Avec cinq autres elfes de maisons.
― Où sont-ils ?
― Ils sont morts, Monsieur, la liberté ne vaut rien aux elfes de maison, dit-elle en éclatant en lourds sanglots.
Rogue frissonna. Des morts de plus sur la conscience. Pourtant le seul autre elfe libre dont il avait entendu parler, Dobby, s'en sortait plutôt bien. Il faut dire qu'il avait trouvé un travail à Poudlard...
― Veux-tu revenir à mon service ?
Les sanglots du petit être redoublèrent et Rogue ne put retenir un mouvement de mépris profond.
― Maddy ne peut pas, Monsieur, elle ne peut pas. La liberté est irrévocable.
― Comme employée, lâcha Rogue.
Les pleurs s'arrêtèrent immédiatement.
― Monsieur ferait ça ? Monsieur aurait la bonté de prendre Maddy à son service ?
― Combien veux-tu être payée ?
Elle réfléchit un moment.
― Une Noise par mois, Monsieur, ça ira très bien, Monsieur. Est-ce... trop, Monsieur ?
Rogue la regarda longuement. Elle lui serait bien utile pour garder les trois petits monstres. Mais il voulait du dévouement et non de la servilité. Il se souvint comme Dobby aimait rendre service à Potter. Et ce dernier était toujours gentil avec lui.
― Un Galion et un jour de repos par semaine, annonça-t-il d'un ton sec.
― Mais... mais... c'est beaucoup trop ! Maddy n'a pas besoin de...
― C'est à prendre ou à laisser. Tu commences immédiatement mais...
Il fit une grimace.
― Pour le moment je ne pourrais pas te payer, je ne suis pas très en fond. Dès que je le pourrais, tu auras tes Galions.
― Ce n'est pas grave, c'est beaucoup trop...
Devant le haussement de sourcils de Rogue, elle continua :
― Maddy... Maddy est d'accord, Maître.
Rogue sursauta. Puis d'une voix grinçante la prévint :
― Le premier ordre que je te donnerais sera de ne jamais, tu m'entends JA-MAIS, appeler quiconque « Maître ». Sinon je te chasserais. J'ai eu autrefois un maître et je ne veux être celui de personne, comme je ne veux plus être l'esclave de personne !
Il tremblait maintenant comme une feuille. Maddy, devant sa fureur, s'était ratatinée. Il reprit peu à peu ses esprits.
― Tu logeras ici, et je fournirai tes vêtements et ta nourriture. Ce n'est pas négociable. De quoi as-tu vécu jusqu'à présent ?
― De baies et de racines, M... Monsieur.
― Bien, tu continueras à maintenir cette bibliothèque en état, tu as fait du bon travail jusqu'à présent...
― Merci ! Merci, Maî... Monsieur !
― Tu iras aussi chercher de la bruyère pour faire des matelas pour moi et les enfants et tu nettoieras le cellier pour qu'il puisse décemment nous servir de chambre provisoire. Tu sauras le faire ?
― Je... je crois, Monsieur. Mais Maddy ne connaît que les tâches ménagères.
― Fait ce que tu peux. Ce sera tout pour l'instant.
― Bien, Monsieur.
L'elfe claqua dans ses doigts et disparut.
ooOoOoo
Il entendait les enfants inquiets l'appeler. Quand il sortit, ils étaient blêmes. La plus petite pleurait à chaudes larmes. Il sentit ses tripes se nouer et son cœur fondre, et fit un gros effort pour ne rien laisser paraître.
― On a cru qu'il vous était arrivé quelque chose, lui dit Altaïr qui, visiblement, avait du mal à parler.
Sa jumelle avait les larmes aux yeux.
Il se pencha et prit Joane dans ses bras.
― Ça va... regarde, je suis là... je ne vais pas vous laisser tout seuls, voyons !
Elle entoura son cou avec ses petits bras, reniflant au creux de son épaule. Il resta un moment immobile, puis, lentement, il remonta sa main et lui tapota maladroitement le dos.
Il finit par la prendre aux aisselles et, la maintenant devant lui, lui fit un petit bisou sur le front. Puis, comme honteux, il la posa rapidement au sol et fit un pas de recul.
― Hum... bon... bien. J'ai rencontré quelqu'un là-dedans et je vous la présenterai ce soir.
Il leva vivement un doigt en l'air.
― Pas de questions pour l'instant !
Puis il fit un vrai sourire. Cela plissa la peau de son visage de manière totalement inhabituelle pour lui et, passant la main dessus, il se reprit rapidement.
― Pour l'instant... pour l'instant on va faire une barrière autour de la maison ! dit-il en marchant d'un pas vif vers l'extérieur, les gamins trottant derrière lui. Elle n'a pas besoin d'être très solide ou très haute, juste quelques pierres et branchages. Il faut délimiter un périmètre assez grand. Ensuite nous irons déraciner un tout petit arbre dans la forêt et nous le planterons là.
― Pourquoi un arbre ? lui demanda Lola.
― Pourquoi une barrière ? surenchérit Altair.
― Moi aussi je veux faire la barrière ! hurla Joane.
Rogue éclata d'un vrai rire, court mais franc.
― Pour faire un jardin... juste un jardin !
