Trois heures du matin.
En sueur, Dean quitta le lit et la chambre conjugale avant de retrouver la fraîcheur de l'eau dans la salle de bain. Il serra les poings, fatigué, irrité. Par mesure de précaution, il vérifia toutes les fenêtres, les différents pièges à démons dessinés sous les tapis ainsi que ses armes sous son lit. Tout était en ordre. Mais il était tracassé.
Cela ne faisait qu'un mois. Un mois que Sam avait disparu. Et pourtant, quelque chose préoccupait Dean au plus haut point. Avec Kimberley, ils s'étaient installés près d'une forêt, coupés du monde, dans une bourgade du Canada. Ils avaient coupés leur téléphone, changés leurs noms aux yeux de la commune et du monde, créer de nouvelles cartes de crédits. Ils vivaient une nouvelle vie, loin de la chasse, loin de ces monstres. Loin du passé. Proche de l'avenir. Et pourtant, Dean restait sur ses gardes.
Kimberley était réveillée lorsque Dean se replaça sous les draps. Elle se blottit contre lui, embrassa sa joue, et ferma les yeux. Elle ne dit rien, ne bougea plus. Dean lui caressa les cheveux en sachant pertinemment que jamais il ne se rendormirait. La peur lui perçait les entrailles.
Lorsqu'il vit le jour se lever, Dean se précipita de se lever. Il ne fit aucun bruit, prit une tasse de café et fit une ronde autour de la maison, son pistolet dans son dos. Il devait s'assurer que personne ne rodait, que l'habitation était en sécurité. Il rentra, rangea son pistolet dans son coffre, accroché au mur de son bureau, et s'assit sur le fauteuil, pensif. Qu'est-ce qui le préoccupait tant ? Lui-même l'ignorait. Mais il se sentait observait, qu'importe ce qu'il faisait.
Il secoua la tête, rit, et se frotta les yeux. Il était paranoïaque. Voilà pourquoi il semblait si perturbé. Il était simplement sûr que sa vie d'avant le rattraperait. Et il attendait le moment où elle le ferait.
Kimberley se réveilla, seule. Elle était habituée. Elle s'étira lentement et se caressa le ventre. Elle sourit. Elle avait hâte que le bébé naisse. Elle avait tellement rêvé de ce moment que maintenant qu'il approchait, elle n'en était que plus excitée. Néanmoins, elle avait une crainte. C'était de devenir comme sa mère. Droguée dés l'adolescence, promettant d'arrêter lors de la naissance de son enfant, et recommençant quelques années après. Carl Cyckles, le père de Kimberley, n'avait eu d'autres choix que de la virer de chez eux et il avait prit la responsabilité de s'occuper de la petite malgré son boulot. Car oui, Carl n'était autre qu'un chasseur, tout comme John Winchester. Mais Kimberley n'a pas du tout la même enfance que Dean, au contraire.
Carl s'arrangeait toujours pour passer au moins trois jours par semaine avec sa fille. Les autres jours, il la confiait à William et Ellen Harvelle, des amis de longues dates. Kim fréquentait la famille Harvelle depuis ses cinq ans, et elle s'était tout de suite considérée comme une grande sœur pour Johanna, de deux ans sa cadette.
L'enfance de Kimberley a toujours été emplie de joie. Malgré la perte de William, Ellen s'était toujours comportée en bonne mère, elle avait fait tout son possible pour s'occuper de Jo et de Kim. Quand William est mort, Carl s'était rapproché d'Ellen, n'avait pas été chassé pendant plusieurs semaines, et certains racontent même qu'ils auraient eu une relation. Mais cela, jamais personne ne l'a affirmé.
Kimberley aimait repenser à son enfance. Elle y avait été heureuse, tellement plus heureuse que lorsque l'âge adulte l'a arraché à son petit paradis personnel. Mais aujourd'hui, elle ne pouvait que profiter de son bonheur et des sacrifices qu'elle avait fait. Cela en valait le coup.
Dean frappa à la porte de la chambre et apporta une tasse de thé chaud avec deux toast grillés recouverts de beurre de cacahuète. En voyant le plateau, Kimberley ne pu s'empêcher d'afficher un sourire allant jusqu'à ses oreilles. Elle embrassa son mari, et le laissa poser le petit-déjeuné sur ses genoux.
-Merci, murmura-t-elle en rougissant.
Dean lui fit un clin d'œil, lui embrassa le front et s'assit à ses côtés. Il semblait calme, toute trace d'une quelconque préoccupation ayant été effacé de son visage. Mais ce n'était qu'un masque parce qu'au fond, il avait toujours ce sentiment d'être observé.
-J'ai réparé ta voiture, dit Dean pour chasser ses mauvaises pensées. Tu me diras ce que tu en penses.
-Qu'avait-elle alors ?
-L'embrayage qui déconnait. J'en ai profité pour changer les freins, la boîte de vitesse et les amortisseurs. Je l'ai même lavé, intérieur et extérieur.
Kim bu une gorgée de thé et rit.
-J'avais du temps à perdre, reprit Dean en souriant. Et j'ai encore des choses à faire donc, j'y retourne.
-Oui, charrier le gravier dans la cour, notamment.
Dean fit la moue et rit de nouveau. Il embrassa sa femme et sortit de la chambre. Elle ne se doutait de rien et cela valait mieux. Elle était heureuse, c'était tout ce qui comptait.
De l'extérieur, Dean pouvait sentir sa femme s'affairer à la cuisine. Il humait l'odeur du poulet qui cuisait dans le four et le devinait accompagné de petites pommes de terres. Il sourit, se passa une main sur le front et regarda son travail. Une partie de la cour semblait comme neuve. Elle avait beau ne pas être grande, le travail à y faire était long et dur. Dean se permit de faire une pause, et se rendit dans son garage, là où était rangé sa merveilleuse Impala 1967. Il la caressa du bout des doigts, et se sentit de nouveau observer. Il se retourna vivement et regarda autour de lui. Il était sûr que quelque chose le regardait dans tout ses moindres gestes. Néanmoins, d'un autre côté, il était tout aussi persuadé que c'était son esprit qui lui faisait cet effet là, que c'était seulement dû à de la paranoïa.
Dean se secoua le visage et ouvrit la portière de l'Impala avant de se retrouver devant son volant. Ces longs trajets à bord de son bébé lui manquait. Il rêvait de pouvoir la sortir du garage et de parcourir des kilomètres sans se soucier de rien d'autre que de rouler, encore et encore. Mais sa nouvelle vie l'en empêchait. Il n'y touchait que pour la nettoyer, ou réfléchir. Il caressa le cuir du volant et esquissa un sourire. Puis, il soupira, et ferma les yeux.
-Castiel … Dit-il sans grande conviction. Je sais pas si tu m'entends mais si c'est le cas, je voudrais que tu bouge ton petit cul d'emplumé et que tu me rejoigne, s'il te plait.
Il entrouvrit un œil mais il n'y avait pas la moindre trace de l'ange en vue. Il sortit de sa voiture, et regarda aux alentours, au cas où Castiel serait caché on-ne-sait-où. Mais ce n'était pas le cas. Castiel était absent.
-Qu'est-ce que tu fiches, Cas ? J'ai besoin de toi ici. J'ai un mauvais pressentiment.
Dean sortit, regarda le ciel, et se gratta l'arrière de la tête. Il entendit alors la douce voix de sa femme l'appeler depuis l'intérieur de sa maison. Il s'en approcha, mais avant d'entrer, il regarda une dernière fois derrière lui, pour être sûr qu'il n'était pas épié.
