D'habitude, il faisait partie des gamins à exagérément se réjouir de ce genre de situation. Ceux qui se sentaient pousser des ailes lorsqu'une maison se retrouvait privée de la présence parentale, et donc de toute forme d'autorité.
Devant les filles, notamment. Cela faisait son agréable petit effet de leur glisser à l'oreille qu'ils avaient la maison pour eux tout seuls. De quoi gagner quelques points dans le jugement implacable de la plus sévère et exigeante des petites amies. Cette solitude particulière était parfaite pour un peu d'intimité, de romantisme et parfois quelques bêtises qui ne se terminaient pas toujours très bien.
Heureusement, les moments plus amicaux restaient abonnés aux happy ends et aux clichés des bonnes soirées entres potes. Un petit luxe que beaucoup de gosses jalousaient.
Maintenant que sa sœur était à l'université et que son père alignait davantage d'heures de travail, la maison se retrouvait très souvent sous l'entière responsabilité de Clyde Donovan. Qui prenait lui-même la décision, sans consulter son gentil papa de toute façon toujours bien compatissant, d'inviter son petit groupe d'amis.
Parfois aussi quelques nouveaux, à chaque fois toujours envieux de la relative indépendance de leur camarade de classe. Et, systématiquement, Tweek ne profitait pas complètement de ce genre d'instant entre amis tellement il s'inquiétait et stressait en disant que le père de Clyde allait peut-être rentrer plus tôt que prévu. Ou que les voisins allaient débarquer.
Peut-être un peu trop souvent et facilement, l'organisateur très cool de ce genre de soirée à toujours parfaitement maîtriser ces situations s'était gentiment moqué de cet ami bien trop anxieux.
Aujourd'hui, Clyde se demandait si un quelconque dieu le punissait pour ses railleries. Ou si sa mère, maintenant installée tout là-haut, au Paradis peut-être, se chargeait elle-même de donner une leçon d'humanité à son fils.
En lui faisant ressentir un étrange sentiment d'insécurité, alors que cette maison était devenue très familière pour celui qui s'y invitait très souvent, mais toujours poliment. Ajouté à un peu d'hésitation, en suivant pourtant docilement son ami jusqu'à sa chambre.
Pour se réapprovisionner en courage et ne plus avoir cette sensation de gorge nouée, le gamin se disait qu'il n'avait rien à craindre maintenant que Craig paraissait plus calme. Son compère ne l'aurait jamais laissé entrer et conduit comme d'habitude jusqu'à sa pièce personnelle si sa rancune demeurait tenace. Et celui-ci savait se montrer très rancunier quand il le voulait.
L'aura sacrée de Stripe lui avait sauvé la mise. Peut-être qu'en guise de remerciement ce petit rongeur aurait droit à un morceau de taco.
À moins que son ami passait finalement l'éponge sur cette petite bévue et décidait de repartir sur de bonnes bases, comme avant l'affaire Brenda Love. Ce moment étrange que les deux amis allaient progressivement oublier, supprimer des archives, effacer de leurs souvenirs.
C'est ça. Peut-être que Craig avait décidé de tout oublier et de passer à autre chose. Que c'était même déjà fait depuis bien longtemps, pendant que son abruti d'ami faisait sa petite crise existentielle.
Seulement, l'autre témoin de cette sombre affaire ne pouvait pas faire semblant. Passer outre et reprendre leur relation très normale d'amis totalement normaux. Trop de choses justement très anomales s'étaient passées.
Tout semblait à présent si différent. Même la chambre de son meilleur ami lui donnait l'impression d'avoir radicalement changé.
Alors qu'il s'agissait de strictement la même pièce. Son occupant n'aimait pas trop les changements constants et se plaisait dans ce genre de décors ennuyeux mais agréablement familier.
Avec cette unique affiche de Terrance and Phillip perdue au milieu de tous les posters Red racer.
Ces étoiles fluorescentes au plafond, que Craig avait collé alors qu'il avait tout juste 8 ans. Aidé de Clyde, qui était déjà un très bon ami à l'époque. L'admirateur de cochons d'Inde se savait d'avance grandement passionné par l'astronomie, l'espace, et donc que ces étoiles lui plairaient toujours. Tout comme il avait peut-être déjà eu un début d'attirance pour son ami, ou d'autres garçons de la classe. Et qu'il savait qu'il allait être gay.
Mauvaise idée. Voilà que des questionnements troubles et des souvenirs un peu trop précis lui revenaient en tête. Le sujet de l'homosexualité prétendue de son complice ne devait plus revenir sur le tapis, surtout en présence du concerné.
C'était peut-être lâche et trop facile comme technique de fuite, mais c'était la seule solution pour préserver leur amitié encore fragile et pas totalement recollée.
Pour contrer une éventuelle mise à mal de leur relation purement amicale, Clyde préférait plutôt reporter sa concentration sur un sujet beaucoup plus normal, sûr, stable. Tout en étant plaisant.
Et ces photos d'animaux filmés en gros plan avec un grand angle, en version avec et sans chapeau, faisaient parfaitement l'affaire.
Accroché au-dessus de son bureau, Craig avait gardé un souvenir photographique de son émission qui avait tant bouleversé l'audience. À avoir rameuté des foules entières, fidèles, à guetter les moindres nouveautés servies par leur reporter préféré. Bien que tous les gens n'avaient pas compris le véritable talent de l'auteur de ces enregistrements vidéos, surtout sans l'aide d'importante dose de sirop pour la toux.
En restant dans le domaine animalier et les sujets mignons, l'invité posait ensuite ses yeux sur quelques photos de Stripe punaisées aux murs. Un bébé Stripe tout minuscule au creux des mains de son ami humain qui venait de l'adopter. Stripe affublé de chapeaux aussi ridicules que mignons. Stripe en train de manger. Stripe qui dormait paisiblement avec un chaton... À force, Clyde connaissait toutes ces photos par cœur. Et remarquait donc au premier coup d'œil chaque nouveauté.
Comme ce cliché montrant Stripe en gros plan, tenant dans ses petites pattes griffues ce qui ressemblait à un morceau de carotte qu'il était occupé à grignoter tranquillement, pendant que son ami humain immortalisait un énième moment de sa vie.
Quelques dessins représentant le cochon d'Inde, que Tricia faisait toujours à chaque anniversaire de son frère. Elle savait que ce genre de cadeau lui plaisait à coup sûr. En plus de ça, elle était plutôt douée pour dessiner.
Et le vrai Stripe, trônant comme un roi sur le lit de Craig, confortablement installé sur son coussin attitré. Clyde connaissait l'histoire de ce fameux coussin initialement destiné à un chaton, il n'avait donc pu réprimer un franc sourire amusé en y repensant. Et tenté de conserver le mieux possible ce même sourire au moment où son regard avait enfin soutenu celui de son meilleur ami avec lequel il était tout de même encore un peu en froid.
Ou plus vraiment, les choses semblaient légèrement s'améliorer. Car c'était bien un petit sourire à qualifier de sympathique que Craig lui envoyait, tout en l'attendant assis aux pieds de son lit. Leur endroit habituel quand ils mangeaient tous les deux dans la chambre, en bons amis complètement plongés dans leur petite tranquillité très amicale et normale.
Une amitié où l'un des deux ne perdait néanmoins pas complètement le nord, malgré la gentillesse de son compère.
- D'habitude tu ne te souviens jamais de la date d'anniversaire de Stripe.
Très juste. En temps normal, Clyde oubliait presque systématiquement l'anniversaire de ce petit rongeur assez célèbre, jusqu'à ce qu'un de leurs amis communs le lui rappelle pour éviter un incident diplomatique. Surtout que Craig n'oubliait jamais la date de naissance de son meilleur ami, il le lui souhaitait toujours discrètement mais avec sincérité.
En y repensant, le gamin se rendait compte que, malgré les apparences, le fan de cochons d'Inde s'était très souvent montré attentionné envers lui. Craig avait sa propre façon de faire, certes, mais il ne donnait pas sa confiance et son affection à n'importe qui.
Il n'avait pas non plus beaucoup de patience et s'agaçait de voir que son ami mettait autant de temps à lui répondre et se justifier. Cela lui laissait amplement le temps de croire avec moins de doutes que Clyde cherchait un mensonge pas trop abracadabrant à lui servir.
- En fait c'est Token qui m'a confirmé la date... Tu sais bien que les chiffres ce n'est pas trop mon fort.
Le petit rire de Craig, aussi rare que sincère, confirmait la nullité de son ami pour les mathématiques. Mais, pour l'heure, Clyde n'était pas mécontent de son peu de talent pour les calculs. Il était soulagé de s'être trompé en pensant que le fameux anniversaire avait lieu le week-end prochain. Le pauvre ami éploré aurait eu à attendre encore toute une semaine et non juste une journée de plus.
Et n'aurait sûrement pas eu l'occasion d'entendre rire son ami, ni le voir sourire de cette manière. Comme il n'avait pas de très jolies dents et en prime un appareil dentaire, Craig Tucker n'affichait jamais un sourire éclatant façon star de cinéma. Juste ce genre de demi sourire, à paraître froid de prime abord mais qui se définissait en fait comme une importante marque de sympathie.
Ou d'amour, si son cher ami était bien amoureux de lui. Et donc tout content d'avoir à nouveau une chance de passer du temps avec celui qu'il aimait secrètement. Peut-être même de sortir avec, puisque les gay aimaient bien de temps à autre tenter sérieusement leur chance auprès de leur coup de cœur (Encore une fois d'après les dires nébuleux de Kenny).
Pourtant, Craig ne lui semblait pas particulièrement irradié par la joie. Ni explicitement gay. Il était comme d'habitude et à garder ce bonnet un peu ridicule.
Très impliqué dans le bon déroulement de cette soirée, celui qui portait toujours fièrement ce fameux bonnet péruvien farfouillait méticuleusement dans les sacs de nourriture que son ami avait apportés. Clyde pouvait ainsi l'observer tout à son aise, sans se faire remarquer, car il savait que Craig détestait qu'on le fixe sans raison.
Dans son cas, pour une raison inavouable. Donc les dégâts seraient les mêmes. Car l'éternel soupirant de Bebe Stevens ne tenait pas vraiment à faire savoir à son complice qu'il le matait pour essayer de mieux comprendre ces étranges objectifs qui le hantaient depuis leur mythique rendez-vous avec Brenda Love.
Cette envie de déceler chez Craig ce petit quelque chose qui avait dû lui échapper. Un indice typiquement gay. Une preuve assez flagrante. Un déclic assez rassurant pour lui faire oublier qu'il venait de penser que les lèvres de son ami semblaient être aussi douces que celles d'une fille. Surtout quand elles s'entrouvraient légèrement, comme pile à cet instant...
Clyde avait presque arraché des mains sa part que lui tendait l'ami en question et tant pis si Craig le prenait définitivement pour un gros morfale irrécupérable qui ne faisait jamais attention à son alimentation et deviendrait un jour aussi gros que Cartman. La seule chose actuellement la plus importante était de s'occuper l'esprit avec un sujet assez prenant et rassurant pour réussir à remplacer ces dérangeantes idées précédentes.
Et, une fois de plus, la magie des tacos lui sauvait la mise. Se concentrer sur ces succulentes petites merveilles gustatives dignes des mets du mont Olympe lui faisait subtilement oublier le stupide poème qu'il venait d'inventer à l'instant au sujet des yeux envoûtants de son meilleur ami.
Pas sûr que Craig aurait été charmé devant l'inspiration grotesque et fulgurante de son ami en train de débiter des vers maladroits concernant la beauté de ses yeux bleu nuit.
En toute objectivité amicale, Clyde avait toujours approuvé la beauté du regard de son ami. Cette teinte bleu foncé restait bien plus apaisante que le bleu trop clair et pénétrant des yeux de Stan.
Peut-être même que le gamin aurait aimé se perdre plus longtemps dans le regard sombre de son ami, là tout de suite, s'il ne risquait pas de se faire clouer au mur par ce même regard. Ou éveiller la méfiance de Craig qui pourrait se faire des idées au sujet de cette forte insistance visuelle.
Ou une fausse joie en constatant autant d'intérêt à son égard.
Pourquoi donc d'ailleurs ?
Juste parce que son meilleur ami trouvait que ses yeux étaient agréables à regarder. Et parce que ce même ami sûrement un peu bizarre avait la vague envie, pas encore très sûre, de l'embrasser pour voir quel effet cela pourrait bien faire. Juste pour comparer par rapport à une étreinte avec une fille. Ou à cause du fait que Clyde voyait à présent bien différemment son compère depuis qu'il n'était plus le seul à complètement ignorer l'homosexualité de ce dernier... ?
Des petits sifflements aigus et devenus familiers l'avaient tiré de ses réflexions embrouillées et bien peu amicales. Une interruption salutaire, peut-être.
Alerté par le bruit des sacs et des emballages de ce repas entièrement issu de chez Taco Bell, Stripe venait quémander de la nourriture et une fois de plus démontrer de son ouïe à toute épreuve.
En cochon d'Inde rusé mais prudent, il restait au bord du lit, un poste d'observation parfait pour jauger les aliments sûrement délicieux pour sa gourmandise mais presque complètement mangés. Le rongeur ne restait cependant pas insensible aux marques d'affection de la part de son compagnon humain, qui venait de gentiment s'approcher pour lui caresser le dos. Et tout aussi doucement approcher son visage du petit nez frémissant de Stripe pour le saluer.
Un charmant petit tableau familial. Clyde avait presque envie de quelque peu se moquer de son ami en lui affirmant qu'il était vraiment une mère très aimante et protectrice. Mais il n'avait pas le cœur à gâcher cette scène touchante, bien qu'elle soit familière puisque Craig avait une réelle affection quasi parentale pour son cochon d'Inde, en le surprotégeant donc relativement souvent.
Et puis, les thèmes à concerner les figures maternelles restait un sujet encore sensible.
Clyde préférait saluer Stripe à sa manière, en lui proposant cet appétissant morceau de salade. Un beau geste d'une générosité immense puisque cette salade venait de son dernier taco.
Immensément prudent quand il s'agissait de son cochon d'Inde, Craig avait tout de même fait un barrage protecteur avec sa main pour pouvoir jeter un œil au légume avant que Stripe puisse l'ingérer. Et avait surtout souligné à son ami qu'il ne devait pas y avoir de sauce sur cette salade.
Pour bien prouver la totale comestibilité de cette offrande, en plus de la montrer sous toutes ses coutures au garant de Stripe, le gamin avait affirmé qu'il avait lui-même passé sa langue sur chaque trace de sauce qui aurait pu souiller cette précieuse salade.
En plus de donner son accord, Craig lui avait envoyé un drôle de regard accompagné d'un petit sourire du même genre. Pas moqueurs, ni teintés de gentillesse purement amicale, plutôt le genre d'expression remplie de malicieux sous-entendus...
Certes, ils étaient des jeunes gens encore très amusés par les sujets de nature sexuelle. Même quand ils en étaient, de manière prévisible, totalement ignorants. Mais les gay étaient souvent considérés comme très portés sur le sexe (Toujours d'après la source fiable qu'était Kenny).
Pourtant, Craig ne pouvait pas avoir délibérément saisi cette pauvre phrase innocente et de bonne foi au vol pour la détourner de cette façon si lubrique. De la même manière qu'il s'était servi du corps de son ami pour assouvir ses pulsions considérées comme déviantes par une certaine morale.
En sous entendant plus ou moins subtilement que lui aussi savait se servir de sa langue. Encore mieux que n'importe quelle fille, surtout celles comme Brenda Love. Sauf que se faire sucer par une jolie fille super sexy ne devait sûrement pas se passer de la même façon que si son meilleur pote s'en chargeait. Cela ne devait sûrement pas être aussi agréable et marquant.
Pourtant Clyde se souvenait davantage de ce moment de presque intimité avec son ami plutôt que des démonstrations érotiques de sa supposée actrice pornographique préférée...
Ce qui était sûr, c'était que les pensées de ce genre nuiraient gravement à l'intégrité de leur amitié à peine remise sur pieds et encore digne d'intérêt.
Reprendre ses esprits, maudire Craig ou sa propre imagination pervertie à cause des récents événements trop intenses et observer sagement cet adorable petit cochon d'Inde en train de croquer dans sa feuille de salade restait un exercice beaucoup plus sain que d'essayer de comprendre cette face sombre de son meilleur ami.
Sauf que Stripe ne perdait pas de temps pour faire disparaître ce délicieux cadeau consommable, volatilisé en quelques mastications que la plupart des personnes trouvaient tout simplement adorables. Clyde aussi d'habitude, si ces adorables petites minutes de grignotage dont seuls les rongeurs avaient le talent ne résultaient pas sur un gouffre ouvert au retour de nouvelles pensées bien trop gênantes et déstabilisantes.
Avant de repenser en profondeur au message caché d'un simple regard un peu trop appuyé et d'un sourire presque mutin venant de son ami pourtant le plus proche, le gamin qui allait sûrement finir par devenir aussi maladivement anxieux que Tweek s'était replongé la tête la première dans une technique sûre et confirmée apaisante.
Sans avoir eu besoin de demander au préalable la permission à son hôte (Craig lui en donnait toujours le droit, cela faisait des années qu'il lui faisait confiance sur ce point. Une marque d'amitié inestimable), Clyde, avec toute la délicatesse dont il était capable de faire preuve, avait pris Stripe dans ses bras.
En prenant bien soin de tenir le cochon d'Inde convenablement, sans trop le serrer, mais en lui faisait tout de même ressentir son affection malgré tout sincère. Le petit animal restait sensible à ces marques de tendresse, d'autant plus qu'il s'était habitué à Clyde. Sûrement jusqu'à l'apprécier, à la manière d'un cochon d'Inde, en blottissant son petit corps dodu contre le torse de cet humain assez gentil et respectueux pour mériter sa mignonne coopération.
De son côté, le parent surprotecteur du petit rongeur couvait la scène avec un petit sourire synonyme d'une joie très calme et réelle. Comme l'aurait probablement fait un vrai parent tout fier de présenter son enfant adoré à un ami.
Voilà, Craig devait sûrement se dire ça.
Et sûrement pas s'imaginer à la place de Stripe, en étant dans les bras de son ami, à s'y coller sans hésiter jusqu'à lui rendre son étreinte puisqu'il aurait assez de force pour le faire, à la différence d'un petit cochon d'Inde. Sa condition d'humain et d'ami gay terriblement amoureux lui permettrait aussi de l'embrasser et encore faire ressentir à son compère des choses horriblement déroutantes.
Presque aussi déroutantes que les pensées à lui retomber dessus en croisant le regard de Craig. Un regard chargé d'émotions, amicalement pures ou dangereusement amoureuses, son meilleur ami et malheureuse victime préférait ne pas prendre de risque et implacablement l'éviter.
En s'adonnant à une activité bien plus prenante, passionnante et surtout sans risque, celle de grattouiller le dos du petit cochon d'Inde toujours sagement installé dans ses bras.
- Vous vous ressemblez, Stripe et toi.
- Tu as dit quoi ?
- Rien.
Clyde avait parfaitement entendu cette remarque, malgré la guerre mentale à laquelle se livraient ses nerfs et ses émotions. Si Craig refusait de le répéter c'était sûrement parce que cette observation sonnait comme une petite pique sur son physique ou son caractère. Bien que son meilleur ami ne se laissait jamais aller à ce genre de bassesse avec lui. Il respectait trop Clyde pour ça,
Bien que parfois le fan de cochons d'Inde ne mâchait pas vraiment ses mots pour lui faire une remarque sur son comportement qualifié de pitoyable. Mais là son ami devait faire référence au côté très chatouilleux qu'avaient en commun son complice et son compagnon animal.
Craig pouvait aussi très bien avoir la flemme de perdre son temps à expliquer la raison de sa phrase. Ou ne pas réellement la savoir et hésiter pour trouver les bons mots destinés à se rattraper.
Sur ce sujet en tout cas, car cette soirée d'anniversaire improvisée ne mettait pas à rude épreuve ses idées. Sans laisser le temps de s'installer un malaise après cette conversation sabrée avant même d'avoir été à peine entamée, son complice (Peut-être amoureux de lui) avait proposé de regarder un film.
Très bonne idée.
Clyde et Craig regardaient souvent des films ou des séries ensemble. Cette activité se classait dans les passe-temps habituels et chaleureusement approuvés des meilleurs amis. Cela devait même faire partie des rituels sacrés des grands amis de longue dates devenus super best friends. Et sûrement super boyfriends, pour aller un peu trop au cinéma ensemble, comme Stan et Kyle.
En apparence, tout s'annonçait comme d'habitude.
Craig allait proposer un film avec Jennifer Lopez et son cher ami allait approuver puisque cette artiste ne lui était pas désagréable.
Cette fois aussi le gamin au bonnet péruvien voudrait sûrement regarder 'Selena' ou bien 'Angel Eyes', mais Clyde n'allait sûrement pas donner son accord de la même façon. Pas en étant presque sûr que son meilleur ami était gay. Et en sachant qu'ils étaient tous les deux seuls dans la maison.
Avec Stripe.
