L'endormie était toujours aussi inerte sur son lit lorsque trois hommes, n'y tenant plus, entrèrent silencieusement et d'un seul tenant dans la chambre d'hôpital du Service de pathologie des sortilèges où elle reposait.
Un Médicomage vêtu d'une longue robe verte était présent à ses côtés, vérifiant ses constantes vitales. Sur sa robe, au niveau de la poitrine, était brodé l'emblème de l'hôpital, une baguette et un os croisés, ainsi que la mention « Directeur-en-chef ».
« Bonham, le salua calmement le plus âgé des nouveaux venus, se postant à ses côtés. »
Le Médicomage ne dévia pas son attention du relevé en cours, notant tout de même que le plus jeune des nouveaux venus frôla avec douceur la main gauche de sa patiente lorsqu'il fut placé sur sa gauche. Quand Bonham eut finit, il annota à l'aide de sa baguette magique les constantes récoltées dans le dossier médical propre à l'alitée. Le dossier évaporé, il rangea sa baguette. Les bras désormais derrière le dos, il s'attarda quelques secondes sur le visage tendu du jeune sorcier qui devait avoir le même âge que l'alitée. Et, une fois de plus, il ne manqua pas de relever que les trois sorciers gardaient un masque emprunt de pudeur sur la souffrance d'une extrême pugnacité qu'ils devaient ressentir à la perte d'un des leurs.
Il s'adressa aux trois hommes, son regard s'attardant cependant sur le plus âgé.
« Elle ne devrait pas tarder à se réveiller. »
Le patriarche le regarda droit dans les yeux, silencieux. Ils se connaissaient bien. Autrefois, c'est Callum Carter lui-même qui avait enseigné à Wulfric Bonham, héritier de Mangouste Bonham, l'éminent Guérisseur ayant créé Ste Mangouste, quelques arts défensifs majeurs durant ses classes d'études supérieures en médicomagie.
« Ce sommeil disparate dans lequel nous l'avons plongée et qu'elle semble avoir adoubée… » Wulfric secoua la tête. « Cela doit cesser. Ce sont ses capacités innées d'Occlumens qui nous donne du fil à retordre. Tachez de lui parler dès son réveil avant qu'elle ne se replonge dans ce redoutable état de stase. Mes propres capacité en Légimencie se heurtent à ses barrières.
- Elle va se réveiller.
- Avec tous le respect que je vous dois, Monsieur, répondit Wulfric en insistant presque trop précautionneusement sur le terme, nous en avons déjà parlé... C'est une Occlumens doublée d'une Legilimens expérimentée mais se plonger soi-même dans un tel sommeil s'apparentant à un coma après de telles épreuves... Cela n'est pas sans risque.
- Ma petite fille va se réveiller. »
Le Médicomage expérimenté hocha la tête devant le ton sans équivoque.
« Ne la libérez pas de ses entraves sans présence du personnel médical que j'ai affecté personnellement à son cas. Que sa baguette reste confinée. Appelez-moi au besoin. »
L'homme qui se trouvait aux côtés du jeune sorcier quitta des yeux sa nièce pour les porter vers Bonham.
« Wulfric... Nous sommes bien d'accord ?
- A quel propos, Logan ? »
Les deux sorciers se jaugèrent. Eux aussi se connaissaient et plutôt bien.
« Tout ceci est à ta discrétion.
- Si par tout ceci tu entends le fait que la fille de Duncan soit entré dans les limbes et en soit revenu indemne, alors oui, tout ceci est et restera à ma discrétion.
- Merci.
- Son père était quelqu'un de bien. Elle-même est quelqu'un de bien. »
Sur ces mots, Wulfric Bonham quitta la chambre, pensif.
Le nom des Carter était très ancien et avait déjà été à l'avant-garde de l'histoire sorcière. Loin de se contenter d'une existence solide et retirée, il était de notoriété publique que chaque membre de cette famille semblait habité par une volonté farouche de marquer l'histoire familiale de son propre édifice. La persévérance était également une seconde nature chez eux.
Ce que savait le commun des sorciers était que les débuts de la famille étaient illustres. Les archives historiennes affirmaient que le fondateur du nom était de son temps un duelliste hors pair. Ses enseignements envers sorcières et sorciers demandeurs de savoirs, triés méthodiquement sur le volet, lui avaient permis de se constituer une fortune conséquente. Il épousa une sorcière bien-née dont les origines étaient elles aussi illustres mais qu'on garda, pour une quelconque raison inconnu du public, secrètes. Leurs héritiers se chargèrent de faire fructifier la fortune acquise et leurs héritiers firent de même.
Ce que ne savait pas le commun des sorciers, ce qui était gardé précieusement secret, était que l'aïeule première du nom, Iohenne Carter de son nom marital, n'était autre que la fille cadette d'Ignotus Peverell qu'il garda lui-même à l'abri du public et de la Mort qui rodait alors autour de lui et des siens. Petite sœur de l'héritière de la famille Peverell, Iohenne Peverell se lia donc, il y a de cela de nombreuses années, à la famille Carter.
Callista Coxa Carter était une jeune sang-pure intelligente aux nombreux talents allant malheureusement de paire avec de nombreux problèmes psycho-émotionnels non résolus à la suite du décès de sa mère. Ses actes récents laissaient pourtant présager un dépassement de ceux-cis et une grandeur d'âme inédite pour un membre de sa lignée.
Songeant à cette lignée de duellistes émérites, cultivant les relations internationales comme l'on cultiverait des plantes médicinales, Wulfric Bonham ferma brièvement les yeux. Une question décisive subsistait. Désormais prise dans le tourbillon de cette guerre des sorciers, d'une atrocité rare, la gamine de son vieil ami allait-elle mener un rôle ?
Au même moment, du côté de la chambre de l'alitée, dans un esprit qui s'éveillait, une autre question planait…
Elle était là. Et n'était plus vraiment là.
Cette bataille, cette peur, ces limbes cauchemardesques où la Mort l'avait guettée en lui permettant un rab incongru, son réveil, cette atroce nouvelle prise de force dans l'esprit d'un oncle habituellement placide dont les yeux semblaient injectés de sang tant ils étaient gonflés et rouges… Cette nouvelle vérifiée avec brusquerie dans l'esprit du personnel médical...
Elle ressentait le contact du tissu réglementaire du lieu où elle se trouvait privée de toute l'abnégation qui faisait d'elle une combattante à la ténacité viscérale et hors pair quand cela était nécessaire. Son corps harassé était positionné sur le même matelas ferme que lors de son premier réveil. Ses yeux, par sa seule volonté, refusaient cependant de s'ouvrir et ses paupières de cligner. Seule son ouïe ne pouvait être bloquée. Alors... alors si ils étaient là, ceux qui voulaient son réveil... qu'ils lisent donc en elle cette détresse qui lui sciait le cœur, qu'ils puissent comprendre et la laisser retourner aux ombres de l'oubli.
« Père… ses défenses d'Occlumens sont abaissées. »
L'incrédulité pouvait s'entendre dans le ton employé par le jeune sorcier aux yeux vairons qui observait la sorcière alitée, sa cousine, avec une inquiétude tangible. Devant tant de détresse ressenti, il s'arrogera le droit à un contact plus prononcé avec l'endormie : se penchant en avant, il enserra la main tenue avec plus de force tout en étant délicat et déposa un baiser chaste sur le front dégagé.
Landon Carter ne voulait pas voir sa cousine dans cet état. Un soldat à terre ne devait jamais le rester trop longtemps sous peine de ne plus pouvoir se relever.
Et elle était pourtant là, à terre, sa cousine à l'humour tantôt cinglant tantôt doux et cela le chagrinait, lui, l'élève major de l'institut Durmstrang et le cousin parfois ombrageux dont elle assurait les arrières lors ou suite à ses mauvais coups.
« Qu'aucun de vous deux ne s'aventure dans son esprit, ordonna une voix sèche dont la provenance était moins proche de l'alitée que les deux précédentes.
- Je n'ai fais que capter des pensées, laissa entendre le jeune sorcier, légèrement sur la défensive.
- Je vais tout de même m'assurer que personne d'autre ne le puisse. Nous ne sommes pas seuls ici, la circonspection doit être envisagée où que vous vous situiez, ne l'oubliez pas. »
Un voile tiède sembla se déposer avec douceur sur le visage de l'alitée. Le sorcier qui avait émit l'ordre péremptoire rangea sa baguette et s'approcha du lit. Le visage fermé, il lança un regard indéchiffrable à son fils cadet, désormais son seul fils en vie, que Ptolémée le protège, qui hocha la tête. Logan Carter jeta un sortilège d'insonorisation supplémentaie et observa, une fois cela fait, son père s'adresser directement à l'alitée de manière audible.
« Callista... ton grand-père est là. »
D'abord sa mère, douce et protectrice, Langue-de-Plomb accomplie recrutée alors même qu'elle n'avait pas encore terminé son parcours scolaire à Poudlard, ce qui fit d'ailleurs jaser sur l'influence qui pouvait avoir la famille de son fiancé, le père de Callista, alors jeune diplômé de Durmstrang. Assassinée par ses propres recherches. Femme posée et douce, un brin sardonnique, Celestiale Carter, née Valérian, tomba dans la folie, devenant instable et cruelle. Elle mit fin à sa vie non sans avoir tenter d'attenter à celle de sa fille qui en échappa de peu, non sans traumatisme. Callista n'était alors âgée que de dix ans.
Et désormais son père, un être intelligent, un brin blagueur, combatif, vif… un Auror aux capacités et aux réflexes pourtant impressionnants. Un père qui avait su accepter le traumatisme de son enfant lors de la perte de sa mère et la pousser peu à peu, à son rythme, de nouveau dans la lumière.
« Tu dois faire face, Callista. Ton avenir est en jeu. »
- Père, s'il-vous-plaît... une approche plus douce serait peut-être de bon augure... elle se réveille.
- Calli, petite guerrière... c'est moi, Landon. Nous sommes toujours là. Grand-père est là. »
Ces trois voix… alors ils étaient toujours là.
La compression légère d'une matière s'apparentant à du cuir sur ses poignets indiqua à l'alitée que des sangles la maintenait au lit. Ces sangles, put-elle comprendre sans même y jeter un œil, étaient parcourues d'un courant magique à la fois caressant et ferme. Un sortilège de bouclier mis certainement en place par ses soigneurs pour éviter tout autre débordement de pouvoirs magiques conscient ou inconscient de sa part.
A la découverte du meurtre de son père par l'un des partisans fanatique de Lord Voldemort voir par Lord Voldemort lui-même sa magie avait jaillie d'elle tel un torrent se déversant entre deux montagnes étroitement proches. Elle n'en avait guère eut conscience mais le sol et le mur de l'aile de l'hôpital Ste Mangouste pour les maladies et blessures magiques où elle se trouvait avaient tremblés et l'espace de quelques secondes, soigneurs, patients et visiteurs se trouvant dans l'enceinte de l'établissement hospitalier avaient retenus leur souffle, envahis d'un terrible frémissement accompagné d'une vague de tristesse qui ne provenait pas d'eux mais d'un tiers, d'une sorcière ou d'un sorcier.
La vague magique déployée n'était pas offensive, c'était un flux explosif mais doux. Une plainte.
Deux jeunes hommes avaient alors tout fait pour atteindre la chambre de l'alitée. Ils durent cependant abandonner tant la sécurité mise en place pour l'atteindre était opaque et impénétrable. Les deux adultes qui les accompagnaient en avaient alors appelé à leur patience tandis qu'eux-mêmes avait l'inquiétude imprégnée sur leur visage.
La douleur ressentie, déchirante mais malheureusement coutumière, avait fait abandonner à l'héritière assise sur son lit son légendaire stoïcisme.
Face à un tel flux magique déversé les soigneurs avaient décidés d'être prudents, Wulfric Bonham en tête. On avait donc choisit de maîtriser sa magie. Qu'à cela ne tienne, songea-t-elle avec un détachement inquiétant. Après tout... cela était justifié, elle pouvait être un danger pour elle-même mais aussi pour les autres.
Son grand-père était désormais là. Elle sentait son emprunte magique protéger son esprit. Esprit qui avait été assujetti à la macabre réalité dès son réveil. L'hôpital Ste Mangouste ne pouvait plus rien soigner chez elle : la blessure qui l'avait rendue incontrôlable tant sur le plan physique que magique était de celle qui signe la fin de l'ultime refuge de l'enfant. De nouveau.
« Détachons-là, je ne supporte pas la vue de ces entraves sur elle.
- Landon, self-control, le rappela à l'ordre le sorcier à la mine pâle, son père, qui lui ressemblait beaucoup.
- Logan, Landon… il est temps que vous vous taisiez définitivement et que je lui parle. »
Cette voix froide à la diction impeccable… Elle ferma les yeux. Qu'ils disparaissent. Cette fois, elle en avait assez. Elle voulait simplement mourir et être bercée par l'aura voluptueuse de la Mort.
Une main ferme s'abattit sur son avant-bras comme si cette simple pensée avait rendu furieux son grand-père.
« Cette enfant doit se relever pour paraître à son audience dûment informée. Elle doit comprendre - et cela rapidement - que des charges d'une grande importance peuvent être retenues contre elle et l'envoyer à cette infamie qu'est Azkaban pour les innocents de son calibre. Tout emploi de magie apparentée à de la magie noire qu'elle ait pu faire, offensive ou défensive doit être minutieusement réduit, intelligemment reconstruit, expliqué et étayé auprès de la cour. Par Morgane, mon enfant, même s'ils ont des soupçons, la faute à ces marques qui sont brièvement apparues sur ta peau, le Mangenmagot ne doit en aucun savoir pour ton passage dans les limbes. Trop peu de sorciers en sont revenus intacts sans sombrer immédiatement dans la folie ou être marqués du sceau de la malédiction, ils chercheraient à faire de toi un sujet d'étude, un rat de laboratoire. Je ne permettrais pas cela de mon vivant. »
Un poids creusa le matelas sur lequel était allongée la jeune fille aux boucles blondes sans que l'emprise sur son avant-bras ne se dérobe. Une main à la fois calleuse et douce se posa sur son cuir chevelu.
« De plus, Callista, tu n'es pas sans savoir que lorsque un sorcier sauve la vie d'un autre, cela crée un certain lien entre eux, une dette à vie. Pour une raison qui t'ai propre, tu as sauvé la vie de l'héritier renié des Black, Sirius Black. Si tu abandonnes ta vie aux ombres, si tu portes atteinte à ta propre vie, les effets de cette dette - dont le remboursement n'aura pas été permis - influenceront la vie de ce jeune homme et le mèneront tôt ou tard à la déchéance. Crois sur parole un vieil homme qui a parcouru le monde et assisté à nombre événements que je ne t'ai pas encore compté. »
Ce savoir transmis était si péremptoire, si honnête… En songeant effectivement à ce que son retrait engendrerait pour Black, des larmes aussi surprenantes qu'incongrues coulèrent sur les joues pâles de la sorcière.
Elle qui avait étudié et décortiqué tout ce qui était à sa portée en matière de savoirs sur les lignes du temps ou sur les dettes de vie, savait très bien que tout acte pouvait avoir des répercutions. Aussi certain que la coquille d'un œuf lâché au sol éclaterait, la vie de Sirius Black ne serait pas la même en fonction du choix qu'elle ferait.
Était-elle donc coincée, forcée à revenir dans un monde qui n'était que chaos afin d'honorer un vieux principe familial ?
N'avait-elle pas assez subie il y a sept ans, durant toutes ces années après le traumatisme et la perte, et maintenant ?
Son geste quasi instinctif de se mettre entre Black et le sort, savait-elle pourquoi elle l'avait eu ? Il n'était pas son ami mais il avait semblé la comprendre, toutes ces années... Quand, dans de rares moments, James Potter l'accablait du regard de ne plus être à ses côtés, elle, son amie d'enfance la plus proche, elle, qu'il apparentait à la sœur que la vie ne lui avait pas donnée, Black semblait lui faire comprendre d'un regard serein qu'il comprenait des choses qu'elle-même ignorait.
Son grand-père lui faisait réaliser par tous les moyens en sa possession qu'il était trop tôt pour s'avouer vaincue et lui rappelait que ce qu'elle avait fait, contracter sciemment une dette de vie, n'était pas chose négligeable dans leur famille. L'honneur voulait qu'elle soit présente pour permettre à Black de ne pas voir sa vie prendre un tour désastreux. Il s'agissait là d'une magie à son niveau le plus profond, le plus impénétrable.
L'honneur avant le déshonneur. La vie, toujours, avant le trépas.
Il était littéralement temps qu'elle ouvre les yeux.
C'est à travers un voile d'absence brumeux que ses yeux plongèrent dans ceux saillants et en amende de l'homme aux cheveux grisonnants retenus en catogan. Si l'un des regards était éteint et inexpressif, l'autre - pourtant son miroir de couleurs sombres et claires - était vif, furieux et préoccupé.
« Tu n'en as pas la volonté actuellement vu que tes défenses d'Occlumens sont inexistantes alors je vais te dire ce que tu dois faire. Tu es Callista Coxa Carter, ma petite-fille. Vis chaque jour qui va venir comme si c'était ton dernier, un jour viendra qui te donnera raison. Tu dois être marquée par ces mots, tu dois te poser systématiquement la même question : « Si c'était le dernier jour de ma vie, est-ce que je voudrais faire ce que j'ai à faire aujourd'hui ? » Et à chaque fois que la réponse est « non », tu dois savoir que tu dois changer ou de raisonnement ou quelque chose dans ta vie.
L'outil le plus important pour t'aider à prendre une décision, là, tout de suite, c'est de te souvenir qu'il y a de réelles injustices dans cette vie mais que nous pouvons agir, chacun à notre mesure, pour abolir celles-ci. Tout ce pour quoi ton père a agit, malgré sa bonne naissance et malgré nos remontrances face aux immanquables dangers, ne disparaît pas. Nous nous assurerons que justice soit rendue, quelque soit la méthode employée. Nous nous assurerons également de poursuivre sa lutte. Quant à toi, tu es là, tu es l'héritière de tes parents, leur sang, la dépositaire de leur volonté. Ta mère t'a aimé d'un amour incommensurable. Sois sûre qu'elle doit pleurer, où qu'elle soit, les derniers instants qu'elle a passé avec toi sans contrôle sur elle-même et ses actes. Il y a des forces en ce monde incontrôlables. Tu étais le diamant de ton père, un diamant qu'il a su tailler avec la perfection la plus poussée dont il était capable afin que tu sois en mesure de vivre libre, quoiqu'il arrive. Tu dois vivre peines et joies qui t'attendent pour eux. C'est ce qu'ils auraient voulu et c'est ce qui doit être fait, tu n'as que dix-sept ans, tu n'as pas assez vécu pour que te permettre d'abandonner.
Ton temps est limité, alors ne le perd pas à vivre la vie d'une autre. Évite d'être piégée par la douleur présente au sein de ton cœur. L'amour est à double tranchant. Il t'a pris énormément mais peu te donner tellement. C'est difficile, nous le savons, nous partageons cette douleur : il était un père mais également un fils - mon aîné. Il était un frère, un beau-frère, un cousin, un oncle. Il était un Auror de renom, un leader, un mentor pour ses recrues, un ami pour ses pairs.
Nous sommes là et nous serons toujours là, tu n'es pas orpheline. Et, plus important que tout, ais toujours en toi la ténacité de tes parents : eux savaient déjà ce que tu deviendrais en grandissant, une sorcière immanquablement douée à la volonté de feu, fière, ambitieuse, partiale. Et tu l'as prouvée en sauvant une vie et en sauvant la tienne. Je suis fier que tu sois ma petite-fille. Nous sommes tous fiers de toi. Tout le reste est secondaire. Alors, veux-tu abandonner tout ce que tes parents t'ont appris ? »
Une étincelle furieuse et péremptoire sembla briller un instant dans les orbes bleues noyées de larmes de l'alitée, chose que ne manqua pas de remarquer les trois sorciers présents autour d'elle.
Les lèvres de Callista Coxa Carter s'ouvrirent tandis qu'elle laissait entendre un râle de douleur bas et décisif.
« Je - »
Elle était née de l'amour de deux sangs purs qui n'adhéraient pas à la doctrine du sang pur.
Elle faisait partie d'une famille fière et combattive dont l'ancêtre était illustre.
La Mort elle-même semblait considérer que son heure n'était pas encore venue.
Parce qu'elle était consciente d'être la fille de deux sorciers extrêmement doués, chacun lui ayant laissé une part de ce qu'ils étaient de leur vivant, parce qu'elle était consciente qu'elle voulait se débarrasser quand le moment serait venu de sa grande souffrance intérieure et la changer en quelque chose de beau, parce qu'elle était consciente qu'elle avait été traumatisée dans l'enfance en assistant au suicide de sa mère après que celle-ci ait essayé d'attenter à sa vie pendant qu'une Force noire l'habitait, parce qu'elle était sûre que des personnes souffriraient si elle abandonnait tout ancrage à la vie…
Elle voulait vivre.
Elle ferma les yeux, rééquilibra momentanément les barrières naturelles de son esprit et transféra cette décision inéluctable dans chacun des trois esprits présents à ses côtés. Les trois sorciers vêtus de manière impeccable ressentir alors une vague d'espoir.
« Je vais vivre, leur dit-elle dit par l'esprit. Pour eux, pour vous, pour moi. Parlez moi de cette audience... disciplinaire ou pénale ?
- Nous allons d'abord enlever ces liens qui t'entrave. As-tu soif ?
- Hn. »
Quelques heures plus tard :
« Grimsditch ne va pas tarder. Par mesure de précaution, continua Callum Carter en observant toujours aussi fixement sa petite-fille, au cas où nous n'aurions pas eu ta coopération directe à ton réveil, nous t'avons fais boire dans ton sommeil un antidote de longue durée au veritaserum. Son emploi lors d'un procès est peu probant mais cela s'est déjà vu. Il convient désormais de réécrire les faits quant à ton utilisation de sortilèges que le commun des sorciers britanniques apparentent à de la magie noire pour qu'aucune charge ne soit retenue contre toi.
- Très bien... souffla la sorcière d'une voix rauque et basse qui avait des difficultés à sortir de sa gorge enrouée. J'ai saisis l'essentiel. Je ne dois en aucun cas évoqué à un tribunal réuni au complet mon passage dans les limbes.
- Bonham ne dira rien, ses services non plus. Ils sont sûrs. L'idée est que le Ministère ne puisse pas investiguer davantage qu'il ne l'a fait - en tombant sur des os - sur ton passage là-bas, fit entendre son oncle, encore assujetti par la vague d'espoir que le retour de sa nièce suscitait en lui. »
La jeune sorcière fronça les sourcils.
« On s'acharne sur moi à cause de mon nom. De qui émane la convocation pour le pénal ?
- Du Directeur du Département de la Justice Magique également membre du Magenmagot, Bartemius Croupton.
- Rappelez-moi... les témoins entendus ?
- Les Aurors présents. Le jeune Potter s'est exprimé de manière brève et évasive auprès d'eux. Sirius Black en a fait de même. Ce sont de jeunes sorciers intelligents, Callista.
- Hn. »
Bonsoir ! Certains connaissent peut-être déjà Callista, d'autres pas encore. J'espère que vous avez pris plaisir à lire le début de cette histoire complètement réécrite. Écrire ce SB/OC (principalement) de la manière la plus juste, la plus fidèle au personnage de Sirius Black que l'on connaît à travers les livres de Rowling est un défi majeur que j'entends relever avec votre soutien... Pour ceux qui se le demandent, Callista est un personnage complexe qui n'abat ses cartes qu'au fur et à mesure de ses avancées mais elle n'est pas parfaite, loin de là, soyez rassuré(e)s. N'hésitez pas à m'écrire pour me décrire votre ressenti à la lecture de ce début. Précisez-moi si vous avez apprécié ou non. Comme tout auteur partageant ses écrits sur une plateforme de partage, j'attends des retours pour me conforter dans mes écrits... :) Kisses. Black Briséis
