Références : The skull of Sobek (audio drama Doctor Who) de Big Finish et Stargate le film (1994) de Roland Emmerich.
Dernières notes : Je vous accorde que le passage où Carter dit qu'elle peut ouvrir la Porte des Étoiles avec la batterie du MALP n'est pas du tout cohérent. Je vous renvoie à l'épisode "1969", de la saison 1, où SG1 ouvre la Porte avec une batterie de camion. Là non plus, on ne peut pas dire que ça l'est.
Un grand merci à ma bêta, Mayura-8, pour ses corrections et ses encouragements.
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Chapitre 2 : Compagnons d'infortunes
Lucie et le Docteur finirent de traverser la grande cour, pour pénétrer enfin à l'intérieur du temple. Ils accédèrent, par l'intermédiaire d'un long corridor bordé de colonnes, à une antichambre dédiée à l'astronomie. Le plafond orné de peintures et d'incrustations de pierres précieuses, représentait le système solaire auquel appartenait Kôm Ombo, tandis que les murs étaient gravés de cartouches contenants des symboles étranges. Ces derniers attirèrent inmanquablement l'attention de Lucie car ils ne ressemblaient en rien aux hiéroglyphes égyptiens. D'ailleurs, même le TARDIS ne parvenait pas à les traduire. La jeune femme s'approcha d'un mur et retraça du doigt les glyphes contenus dans un des cartouches. Il y avait cependant quelque chose de familier à propos d'eux, que la compagne du Docteur ne parvenait pas à expliquer.
"Docteur ? Que signifient ces signes ? Pourquoi le TARDIS n'en fait pas la traduction ? Est-ce qu'il s'agit d'une écriture antérieure à la civilisation des Seigneurs du Temps ?"
Le Docteur fronça les sourcils comme si elle venait de dire une aberration; cependant, il se garda de faire le moindre commentaire. La dernière chose dont il avait envie c'était de paraître condescendant envers la jeune femme.
"Il ne s'agit pas d'une écriture, Lucie. Regardez bien, les symboles contenus dans les cartouches sont en réalité des constellations."
"Des constellations ?" Répéta la jeune femme incrédule en se penchant d'un peu plus près. "Oh !" Fit-elle de surprise en constatant de ses propres yeux que le Docteur avait raison.
Bien sûr, son impression de familiarité venait de là, même si elle ne les connaissait pas toutes, elle crut néanmoins identifier Orion dans l'un des cartouches et là, dans un autre, Persée.
"Chaque cartouche représente une planète à laquelle on peut accéder par la Porte des Étoiles," poursuivit le Gallifreyen en écartant les bras pour désigner chaque mur de la salle recouvert jusqu'au plafond de cartouches similaires. "Tout ceci," dit-il d'une voix un peu plus forte qui se répercuta comme un écho le long des parois. "Chaque cartouche, chaque planète, chaque peuple inscrit sur ces murs représente le domaine de Sekhmet." Il baissa les bras et ajouta plus doucement. "Du moins, tout ceci représentait son domaine."
"Comme des trophées ?" Demanda Lucie horrifiée, réalisant subitement l'étendue de ce territoire.
"Comme le carnet d'adresses de ses trophées," précisa le Seigneur du Temps.
"C'est terrible !" S'exclama la jeune femme en parcourant les murs de ses yeux écarquillés. "Ça en fait des planètes, des civilisations et des peuples réduits en esclavage."
"Je suis entièrement d'accord avec vous," approuva le Gallifreyen. "Mais ce qu'il y a de plus étrange..." ajouta-t-il avant de laisser sa phrase inachevée.
Lucie venait de le voir froncer des sourcils de confusion et sortir son tournevis sonique pour l'approcher de certaines des inscriptions sur le mur qui était le plus proche de leur position.
"Qu'y a-t-il ?" Demanda-t-elle intriguée par le comportement du Docteur.
"Hum," fredonna celui-ci tout en balayant le fameux mur sculpté de son instrument. "Ces cartouches-là ont été gravé récemment," se contenta-t-il de répondre.
La jeune femme croisa les bras sur sa poitrine.
"Et qu'entendez-vous par récemment ?"
Entre la Terrienne et le Seigneur du Temps, la notion même du temps qui passe était très différente. C'était sans doute aussi pour cette raison que le Gallifreyen aimait tant les humains, parce qu'ils savaient vivre l'instant présent. Le tournevis émit, à cet instant, une série de signaux sonores et lumineux.
"Quelques mois, une année, tout au plus," répondit finalement le Docteur en rangeant son outil dans la poche intérieure de sa veste.
"Et qu'est-ce que cela signifie selon vous ?"
"Deux choses : soit Sekhmet est revenue d'entre les morts pour reprendre le contrôle de son ancien territoire. Soit quelqu'un d'autre se l'est approprié et poursuit son extension."
"Vous pensez à quelqu'un en particulier ?"
"Sobek et Heru'ur étaient ses alliés, l'un d'entre eux aurait pu reprendre ses possessions à son compte. Seulement, nous savons de source sûre que Sobek est mort."
Ils avaient été d'ailleurs aux premières loges lorsque la voûte de la galerie du sanctuaire s'était effondrée sur Sobek et Snabb en plein duel. Lucie avait encore l'impression que tout ceci n'avait été qu'un mauvais rêve.
"Et l'autre ? Heru'ur ?"
Le Docteur se contenta d'un simple haussement d'épaules sans rien ajouter, simplement pour signifier qu'il ignorait le sort de ce dernier.
"En fait, vous ne savez pas quel Goa'uld aurait pu le faire," conclut-elle simplement.
Le Docteur parut incertain.
"Je n'en ai pas la moindre idée, c'est vrai," admit-il enfin, avec un air légèrement exaspéré. "Car c'est bien là le problème avec les Goa'uld, ils passent leur temps à se faire la guerre. Depuis que Râ est mort dans l'explosion de son vaisseau, les Grands Maîtres se disputent son territoire mais aucun d'entre eux n'a encore réussi, comme l'avait fait Râ auparavant, à tous les fédérer et à prendre le pouvoir sur l'ensemble des Goa'uld. En réalité, n'importe quel autre Grand Maître aurait pu revendiquer le territoire de Sekhmet."
"Donc, vous êtes en train de me dire que vous n'êtes pas sûr de savoir sur qui on pourrait tomber ?"
"C'est exact. Sans oublier le fait que ces dernières années, nous assistons à un certain remaniement au sein de la hiérarchie des Grands Maîtres."
"Ce qui veut dire ?"
"Il n'y a rien de concret, juste des rumeurs mais si elles s'avéraient exactes, nous verrions l'émergence d'un nouvel ordre, ce qui ne serait pas forcément une bonne nouvelle pour les habitants de cette galaxie."
La jeune femme de Blackpool poussa un soupir.
"J'espère sincèrement qu'on ne va pas retomber sur l'autre espèce de fou de Ba'al."
Le Docteur sourit à sa brave et courageuse Lucie.
"Cela ne mettra que plus de piment à notre exploration," lui dit-il en lui tendant la main qu'elle s'empresssa de saisir.
"Comme si on en avait besoin," répliqua-t-elle en levant les yeux au ciel.
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Le vortex ouvert, deux gardes portant des masques à l'effigie de Horus, le dieu à tête de faucon, émergèrent en premier, suivit de près par un grand-prêtre Jaffa reconnaissable à sa haute coiffe et ses vêtements d'apparat. Derrière lui, quatre autres personnes traversèrent l'anneau, également des Jaffas appartenant au même ordre religieux que le grand-prêtre, transportant une urne disposée dans un palanquin. L'aspect esthétique de l'urne attirait inévitablement l'attention, de par son volume imposant et son poids évident qui nécessitait quatre personnes pour la porter. Les motifs qui décoraient le couvercle et les poignées ouvragées donnaient à l'urne un ensemble monumental. Juste derrière eux, deux derniers gardes surgirent avant que le vortex ne se referme.
Le petit groupe de religieux fut rapidement encadré par les quatre gardes au masque de faucon, puis il remonta lentement l'allée centrale. Le bruit des bottes des guerriers, marchant au pas, retentit dans toute la galerie, comme un écho lugubre annonciateur de mort. Lorsqu'ils atteignirent le bout de l'allée qui était sans issue, ils s'immobilisèrent au centre d'une dalle délimitée au sol par un cercle de métal à la teinte cuivrée et une mosaïque décorative.
L'un des gardes masqués, sans doute le chef de l'escorte, appuya sur la pierre qui ornait son bracelet et des anneaux de transport apparurent. Ils descendirent du plafond, encerclant les quatre Jaffas et les religieux qui disparurent dans le flux d'énergie pour être rematérialisés ailleurs. Les anneaux regagnèrent ensuite le plafond qui se referma derrière eux.
Jack fut le premier à revenir devant la colonne qui l'avait caché. Son doigt n'avait pas quitté la gâchette de son P90, prêt à appuyer dessus si c'était nécessaire mais il était soulagé de ne pas avoir eu à le faire. Les autres membres de son équipe émergèrent, à leur tour, de derrière les colonnes. Le colonel dévisagea chacun d'eux et à leur expression grave, il sut qu'ils pensaient exactement la même chose que lui. Jack ôta le doigt de sa gâchette et poussa un grognement d'irritation : c'était sensé être une mission d'exploration, autrement dit, ils n'étaient pas vraiment équipés pour affronter toute une armée de Jaffas.
Enfin, ce n'est pas si ce cas de figure ne s'était jamais produit mais jusque-là, ils avaient eu beaucoup de chance car ils s'en étaient toujours sortis vivants.
"Et maintenant, mon colonel ?" Interrogea Carter.
Jack fronça les sourcils, il réfléchissait à la conduite à tenir.
"On fait comme on a dit : on rentre à la maison. Carter, nous n'avons plus le temps de chercher le DHD, pouvez-vous ouvrir la Porte des Étoiles manuellement ?"
Le major regarda en direction de l'engin motorisé qu'ils avaient emmené avec eux mais qui était encore dissimulé derrière les piliers.
"Je pense que la batterie au lithium du MALP et l'énergie résiduelle emmagasinée dans la Porte devraient suffire pour nous permettre une ouverture manuelle mais je vais avoir besoin d'aide," dit-elle.
"Vous voulez toujours rentrer à la base ?" S'exclama soudainement Daniel.
"Oui, pourquoi ? Ça vous pose un problème maintenant ?" Demanda sèchement le militaire.
L'archéologue ne s'en ému pas outre mesure, il avait l'habitude et poursuivit.
"Jack, vous avez vu aussi bien que moi ce qu'ils transportaient. Dans cette urne, il devait y avoir des larves de Goa'uld."
Teal'c tourna la tête vers l'archéologue.
"La dernière fois que nous en avons vu une semblable c'était lors du dernier sommet des Grands Maîtres," remarqua celui-ci.
"Si nous restons," poursuivis Daniel, "nous pourrons savoir ce qu'ils mijotent ici. Il y a peut-être une autre réunion de prévue et ça nous donnerait un avantage stratégique si nous pouvions savoir quelles nouvelles alliances vont être nouées."
Jack poussa un nouveau grognement. Il détestait quand Daniel avait raison surtout qu'il ne pouvait nier la pertinence de son argument. Cette urne était un signe que quelque chose d'important était en cours, Jack aurait parié dessus sa collection complète des Simpsons en DVD.
"Très bien," dit-il. "Pour commencer, il faut trouver un lieu sécurisé à proximité de la Porte. Carter, dans combien de temps est le prochain contact avec Le SGC ?"
Le major consulta sa montre et répondit.
"Dans trois heures, mon colonel."
"Ça nous laisse le temps de trouver un abri mais à l'extérieur de ce temple, j'ai bien peur que cet endroit finisse par fourmiller de Goa'uld d'ici peu."
"Dans ce cas, ne perdons pas de temps," suggéra Daniel.
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Le Gallifreyen et sa jeune compagne humaine avaient traversé deux autres antichambres dont les murs étaient recouverts de bas-reliefs représentant des scènes guerrières où, une fois vaincus, Sekhmet mettait à genoux ses ennemis, quand ils arrivèrent enfin dans ce qui semblait être la salle des offrandes. Durant tout leur trajet, ils n'avaient pas rencontrer la moindre âme qui vive. Lucie ne savait pas si elle devait s'en inquiéter mais elle savait par expérience que ce n'était jamais bon signe. La salle des offrandes était presque vide, hormis quelques tables en pierre et des vases remplies de fleurs desséchées, il n'y avait rien d'autre, pas même une décoration murale ou une statue comme dans les autres salles du temple.
"C'est quand même étrange," murmura le Docteur pour lui-même.
Il sortit son tournevis sonique de la poche de sa veste et balaya la zone avec. Le léger buzz de l'instrument emplie aussitôt la vaste salle.
"Que faites-vous ?" Demanda Lucie curieuse.
"J'analyse la poussière."
"La poussière ? Pour quoi faire ? C'est pour savoir à quand remonte la dernière fois où le ménage a été fait ?" Plaisanta la jeune femme.
"C'est un peu l'idée," répondit le Seigneur du Temps.
Il regarda ensuite le signal lumineux que lui renvoya son tournevis sonique et écouta attentivement les modulations sonores.
"Voilà qui est intéressant," murmura-t-il.
"Qu'avez-vous trouvé," demanda aussitôt Lucie.
"Hum, il semblerait qu'il y ait, à intervalles réguliers, de l'activité humaine."
Lucie fronça des sourcils.
"Qu'entendez-vous par intervalles réguliers ? Parce que si c'est tous les siècles qu'ils font une réunion, on a peut-être raté le coche."
"Non, je ne crois pas, non. Le résultat des analyses effectué par le tournevis sonique indique qu'une activité récente a eu lieu ici. Les données recueillies ici semblent corroborer celles que j'ai relevé tout à l'heure dans la salle des cartouches."
"Vous voulez dire que les derniers cartouches gravés l'ont été durant la même période, que la dernière utilisation de cette salle ?"
"Parfaitement et c'est plus que logique. Ici, c'est la salle des offrandes : la population locale doit venir y apporter de la nourriture, des vêtements, du minerai pour son seigneur Goa'uld lorsqu'il séjourne sur cette planète. Pour asseoir son pouvoir, il doit venir souvent, pour se montrer, pour faire démonstration de sa nature divine et, par conséquent, maintenir son emprise sur ces gens qui ignorent ce qu'il est vraiment."
"Oh mon Dieu ! C'est vraiment horrible ! Plus j'en apprends sur les Goa'uld, moins je les aime."
Le Gallifreyen acquiesça.
"Je crois que quelqu'un essaie de faire renaître l'ancien empire de Sekhmet. Quelqu'un qui se fait passer pour elle ou bien qui dit agir en son nom."
La jeune femme dévisagea le Seigneur du Temps. Il y avait une question qui lui brûlait les lèvres depuis longtemps. Le Docteur avait vécu plusieurs vies avant celle-ci et vu plus de choses qu'elle n'en verrait jamais au cours de la sienne. De plus, si quelqu'un pouvait avoir une réponse à lui donner, c'était bien lui.
"À votre avis," commença Lucie. "Des Goa'uld et des Daleks, qui sont les pires ?"
Le Docteur se rembrunit. Il ne s'attendait pas à ce que la jeune femme lui pose cette question de manière aussi directe mais surtout aussi rapidement. Il hésita à lui donner une réponse catégorique mais il comprenait le besoin de Lucie d'en savoir plus. La jeune femme avait déjà été confronté aux Daleks et à leur soif inextinguible de destruction mais les Goa'uld, c'était tout nouveau pour elle. Pour le moment, elle n'avait fait qu'effleurer la nature complexe de ces êtres parasitaires.
"Ils sont aussi mauvais les uns que les autres," commença le Docteur. "Même s'ils ont chacun leurs domaines de prédilections. Les Daleks excellent dans l'extermination, alors que les Goa'uld préfèrent l'asservissement. Tout n'est qu'une question de point de vue et de ce que vous estimez être le pire : la mort ou l'esclavage."
La jeune humaine se détourna du Gallifreyen. Il était évident qu'elle faisait un effort pour retenir ses larmes et par pudeur, elle ne voulait pas qu'il la voit pleurer.
"Pour moi l'esclavage et la mort sont la même chose," déclara-t-elle finalement avec une gravité qui ne correspondait pas à sa jeunesse.
Lucie pensait qu'elle devait se montrer forte pour être à la hauteur des attentes du Docteur et mériter sa place dans le TARDIS. Il y avait bien longtemps qu'elle n'était plus la passagère récalcitrante sous protection, imposée par le Conseil des Seigneurs du Temps. Elle était devenue un membre de l'équipage à part entière.
Le Docteur avait conscience de tout cela mais pour une raison qu'il ne comprenait pas toujours, ses compagnons de voyage finissaient par penser qu'ils se devaient d'être plus courageux à ses côtés.
Le Seigneur du Temps voulut ajouter quelque chose pour tenter de réconforter sa jeune amie mais il fut interrompue par un soudain vrombissement qui emplit l'air, puis des vibrations parcoururent l'ensemble de la structure du temple et firent tomber du plafond un peu de poussière. Lucie s'agrippa aussitôt à l'autel des offrandes de peur de tomber, tandis que les vrombissements s'accentuèrent encore.
"Docteur !" S'écria Lucie paniquée à l'idée que le plafond puisse s'écrouler sur elle et ne l'ensevelisse à tout jamais.
"Lucie !"
Le sol et les murs cessèrent aussitôt de trembler, les vrombissements se turent et le silence revint aussi brusquement qu'il avait disparu. Plus rien ne bougeait. Lucie se détacha lentement de l'autel. Les yeux rivés au plafond, elle doutait encore que tout danger soit réellement écarté.
"Lucie ? Est-ce que ça va ?" Demanda le Docteur.
"Oui, oui, enfin... je crois. Vous pouvez m'expliquer ce qui vient de se passer ?"
Le Docteur prit un air embarrassé alors qu'il époussetait la poussière tombée sur sa veste et réajustait le revers de ses manches.
"Il semblerait qu'un vaisseau-mère Goa'uld se soit posé."
La jeune femme écarquilla les yeux et ouvrit la bouche pour laisser échapper d'une voix étranglée.
"Quoi ?!"
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Le phénomène avait commencé lorsque SG-1 avait emprunté une galerie secondaire pour sortir du temple. Les murs et le sol avaient commencé à légèrement vibrer, faisant tomber un peu de poussière et du sable du plafond. Ce qui avait cependant alerté l'équipe d'explorateurs que cela n'avait rien d'un phénomène naturel ce fut lorsque le vrombissement caractéristique des moteurs conventionnels d'un vaisseau-mère Goa'uld résonna dans toute la galerie.
"Jack," interpella Daniel les yeux tournés vers le plafond.
"On dirait que les ennuis vont bientôt commencer," prédit le colonel. "Faut pas rester là."
À peine eut-il achever sa phrase que le calme revint. L'équipe d'explorateurs devina aussitôt ce que cela signifiait, elle devait se hâter de trouver la sortie. Les quatre équipiers pressèrent le pas en sachant qu'en faisant cela ils se coupaient du seul moyen de quitter cette planète mais bientôt, ils aperçurent une porte taillée dans les blocs de grés qui conduisait vers l'extérieur. La lumière crue du soleil formait un halo.
"Vite ! Par ici !" Encouragea Jack.
Il fut le premier à atteindre le seuil de la porte mais s'arrêta net en laissant échapper un juron. Le reste de son équipe le rejoignit pour constater que leur plan allait être plus compliqué à mettre en œuvre que prévu. La sortie que SG-1 voulait emprunter donnait sur un immense escalier qui descendait vers une esplanade de dalles blanches et bordées d'une allée de statues à l'effigie de la déesse à tête de lionne. Ce n'est pourtant pas cette vision de magnificence qui retint l'attention des explorateurs mais la longue procession d'êtres humains qui montait les escaliers et venait à leur rencontre. Il était déjà trop tard pour faire demi-tour, les habitants de P4X-279 les avaient vu et ils s'arrêtèrent dans leur ascension face aux étrangers qu'ils étaient à leurs yeux.
"Daniel," appela doucement le colonel en sachant que l'archéologue saurait reconnaître, à l'intonation de sa voix, sa demande de prendre les choses en main. Autrement dit : intervenir auprès de la population locale en établissant le contact.
C'était lui le linguiste après tout !
Ce dernier comprit effectivement ce que Jack attendait de lui. Il descendit les quelques marches qui le séparait des individus en tête de cortège puis, de son plus beau sourire, il les gratifia d'un bonjour dans une langue qui était un mélange subtile de berbère et d'égyptien ancien. Deux langues terriennes utilisées par les humains déplacés par les Goa'uld au cours des derniers millénaires; cependant, son salut n'eut pas l'effet escompté, car l'archéologue remarqua aussitôt un changement dans leur attitude et cela ne présageait rien de bon.
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La porte de leur geôle s'était refermée sur eux dans un claquement sec et sinistre. Il y avait comme un air de déjà-vu que Daniel n'arrivait pas à se sortir de la tête. Il se revoyait croupir dans la planète-prison de Netu où chaque bouffée d'air brûlait les poumons. Heureusement, qu'ici, ce n'était pas le cas. Les gardes masqués les avaient dépouillés de leurs armes et de tout leur équipement, y compris de leurs vestes où Daniel avait rangé ses comprimés pour son allergie, avant de les jeter tous les quatre dans une cellule sans fenêtre, située au niveau souterrain le plus bas du temple. Au moins, les Jaffas lui avaient laissé ses lunettes.
Comment les choses avaient-elles pu déraper aussi rapidement ?
"On peut savoir ce que vous leur avez dit pour les mettre en colère ?" Demanda Jack de manière sarcastique.
"Rien de plus que les autres fois : je leur ai juste dit bonjour."
"Vous ne leur avez peut-être pas dit bonjour dans la bonne langue," suggéra Jack.
"Je crois que ça n'a rien à voir," interjeta sombrement Teal'c. "Je pense qu'ils ont pris peur en me voyant."
Il est vrai que le Jaffa rebelle ne passait pas inaperçu avec sa carrure imposante et le symbole d'Apophis gravé sur son front. La rumeur qu'un Jaffa s'était retourné contre les Dieux avait dû atteindre cette petite planète isolée de la galaxie.
"Peu importe, il faut trouver un moyen de sortir de là. À un moment donné, les gardes viendront nous chercher pour nous interroger et là, je vous laisse deviner ce qu'ils nous feront subir pour nous soutirer des informations," ajouta Carter.
Daniel devina sans mal que le major avait, elle aussi, en tête la mission sur Netu. Il n'y avait pas que ses souvenirs à elle mais aussi ceux de Jolinar, le symbiote qu'elle avait un temps abrité, qui venaient se mêler à sa mémoire à long terme. L'archéologue grimaça, il ne lui enviait pas sa situation où par moment, Sam ne devait plus faire la différence entre ce qu'elle avait vécu, elle, et la Tok'Ra Jolinar.
"Quelqu'un a une idée pour nous sortir d'ici ?" Demanda le colonel à tout hasard.
"Là, comme ça, immédiatement... non," railla Daniel.
L'archéologue jeta un œil aux autres cellules de la prison et s'aperçut qu'elles étaient toutes vides. Leur état laissait supposer qu'elles n'avaient pas servi depuis longtemps et à ce stade de ses observations, Daniel ne savait pas encore si c'était un bon ou un mauvais signe; cependant, comme il s'agissait des Goa'uld, il considéra que ce n'était pas de bonne augure pour eux.
"Je pense que même si nous arrivons à sortir d'ici, il y a encore les champs de force qui nous séparent de la surface à traverser," renchérit Carter en testant la solidité des grilles rouillées. Elles paraissaient vieilles mais elles tenaient encore bon.
Le major réfléchit à toutes les possibilités pour sortir de là et aucune ne la satisfaisait. Malheureusement, pour elle, elle n'avait pas de générateur à naquadah sous la main, ce qui aurait été bien utile dans leur situation et résolu pas mal de problèmes.
Elle poussa un soupir de frustration. Elle avait besoin d'un spécialiste de l'évasion. Non, mieux que ça, elle avait besoin d'un docteur.
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La promenade avait pourtant si bien commencé. Comment avait-elle pu si mal tourner ? Ils avaient débuté leur visite dans le calme et la solitude, les laissant penser qu'ils étaient probablement seuls sur la planète jusqu'à ce qu'ils arrivent dans la salle des offrandes. Ils avaient alors senti les vibrations d'un vaisseau-mère se poser sur la structure du temple. Les ennuis avaient commencé à partir de ce moment-là.
Les habitants de Khom Ombo étaient apparus dans la salle des offrandes, peu après, acheminant en une longue procession les cadeaux qu'ils avaient préparés spécialement pour leur divinité. Silencieux et recueillis, ils disposèrent rapidement la nourriture, les étoffes précieuses et le minérai sur les tables prévues à cet effet. Ils remplirent les vases de fleurs, dont Lucie n'avait jamais vu de semblables, avant de s'agenouiller promptement à terre lorsque les premiers gardes Jaffas entrèrent.
Les deux voyageurs étaient alors les seuls à être restés debout et à être facilement repérables, non seulement à cause de leur comportement mais aussi à cause de leur tenue vestimentaire. Ils furent rapidement encerclés et capturés par les gardes qui ne cessèrent de vociférer tout un tas d'imprécations jusqu'à qu'ils décidèrent de les enfermer en attendant de savoir quoi faire d'eux.
"Avancez !" Aboya le garde masqué en poussant brutalement Lucie et le Docteur avec sa lance.
"Ok, Ok," râla Lucie les mains en l'air. "Pas besoin de s'énerver !" Puis en se penchant vers le Gallifreyen, elle ajouta à voix basse. "Est-ce que tous les Goa'uld sont soupe-au-lait comme ça ?"
"Ce n'est pas à proprement parler un Goa'uld, c'est un Jaffa," précisa le Docteur.
"Ah ? Et c'est quoi la différence ?"
"Vous n'aimeriez pas savoir."
"Silence !" Hurla le garde excédé par ces prisonniers si peu coopératifs, surtout la blonde qui n'arrêtait pas de jacasser depuis qu'il les avait capturé dans la salle des offrandes.
Depuis qu'il était descendu du vaisseau-mère en compagnie des autres guerriers, il avait l'impression de vivre un cauchemar. D'abord, ils avaient été accueillis par des villageois apeurés par la présence de quatre étrangers dans le saint des saints. L'un d'entre eux portait la marque d'Apophis sur son front et c'est ce qui avait plongé les serviteurs de leur déesse dans une grande détresse. Les quatre étrangers avaient été rapidement appréhendés pour être enfermés dans les geôles du palais en attendant d'être interrogés puis exécutés mais visiblement, ils n'étaient pas venus seuls puisque quelques minutes plus tard, deux autres furent trouvés dans la salle des offrandes. Ces deux-là en l'occurrence.
"C'est bon ! On a compris !" Râla encore la jeune femme.
Le garde poussa un grognement d'exaspération. Généralement, les gens avaient peur de lui et de ses semblables à cause du masque et de la divinité qu'ils servaient mais ce n'était pas le cas de ces deux-là. Il était évident qu'ils n'étaient pas d'ici, ça se voyait à leurs vêtements et à leurs coupes de cheveux. Non mais quelle idée de se coiffer comme ça ?! Et pourtant ces deux étrangers parlaient parfaitement la langue des dieux.
"On peut savoir où vous nous emmenez ?" Questionna la jeune femme.
"Là où vous méritez d'être et si vous avez de la chance, notre déesse vous accordera son pardon en vous ôtant la vie elle-même."
Lucie déglutit.
"Oh !" Fit-elle d'une manière qu'elle espérait décontractée. "Comme c'est charmant."
"Mais taisez-vous à la fin !" S'égosilla le garde.
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Le bruit de la grille rouillée eut au moins le mérite de réveiller Daniel de sa torpeur et Teal'c de sa méditation. Le colonel O'Neill conserva sa casquette rabattu sur ses yeux pour donner encore l'illusion qu'il dormait, jusqu'à ce que Carter lui souffle à l'oreille discrètement.
"Vous devriez voir ça, mon colonel."
Jack fut piqué par la curiosité et repoussa sa casquette sur son crâne, avant de se redresser. Deux gardes Jaffas escortaient de nouveaux prisonniers.
"Si je m'attendais à ça ?!" Marmona O'Neill pour lui-même.
Un simple regard vers son équipe, lui fit comprendre qu'elle garderait le silence.
"Shak, kree !" Gronda un des soldats portant un masque de faucon avant de pousser les deux nouveaux prisonniers dans la cellule mitoyenne à celle de SG1.
"Hey !" S'écria la jeune femme avec un fort accent du nord de l'Angleterre. "C'est qui que vous traitez de misérables, là ?"
Le garde en question la poussa un peu plus fort avec sa lance pour la faire entrer dans la cellule. La jeune femme conserva son équilibre malgré la tentative de la faire tomber et continua à fulminer après les Jaffas.
"Non mais c'est quoi votre problème ?!"
Ceux-ci préférèrent l'ignorer et refermèrent la grille d'un claquement sec qui fit sursauter la jeune femme. La tension était palpable mais O'Neill conserva le silence jusqu'à ce que les gardes quittent les geôles pour de bon, avant de se tourner vers les nouveaux arrivants.
"Ça devient une habitude de vous rencontrer en prison. Vous filez un mauvais coton, Docteur ?!"
Le Docteur se tourna enfin vers lui comme s'il venait enfin de découvrir qu'il n'était pas seul.
"A qui le dites-vous, colonel O'Neill, vous êtes bien la dernière personne que je m'attendais à voir ici."
Jack était étonné qu'il se souvienne de lui puisque lors de leur première rencontre dans le vaisseau de Ba'al, il n'avait eu d'yeux que pour Carter.
"Et sinon... comment ça va ?" Se sentir obligé d'ajouter le Docteur.
Jack décida de prendre le contre-pied à la question en répondant avec humour.
"Oh ! Mes genoux me font mal quand le temps est humide et j'ai ma vieille blessure à l'épaule qui se réveille par moment," dit-il en grimaçant tout en se massant légèrement son épaule gauche. "C'est gentil de prendre des nouvelles de quelqu'un qui se trouve enfermé dans une prison Goa'uld."
Le Docteur osa esquisser un sourire. Cet humain cachait bien son jeu.
"Et vous ? On peut savoir ce qui vous amène ici ?" Demanda encore le militaire qui trouvait cet alien toujours aussi suspicieux et présomptueux.
"Hum," fit ce dernier en regardant le plafond de sa cellule. "Nous faisions une visite touristique, malencontreusement celle-ci a mal tourné."
"Mal tourné ? C'est le moins que l'on puisse dire. Et sinon ? Ça vous arrive souvent de faire du tourisme (Jack mima les guillemets avec ses doigts au mot tourisme à travers les barreaux) dans les territoires Goa'uld ?"
Le Docteur haussa des épaules.
"On va dire que ces derniers mois, ça nous arrive souvent."
"Et on le fait même pas exprès," ajouta Lucie s'invitant à la conversation. "Le TARDIS fait des siennes en ce moment."
O'Neill se tourna subtilement vers Carter pour qu'elle lui donne des précisions sur ce TARDIS. Cette dernière se rapprocha de son supérieur et lui glissa discrètement à l'oreille.
"Leur vaisseau qui voyage dans l'espace et le temps, mon colonel."
Jack hocha vigoureusement de la tête se souvenant de cette drôle de boîte bleue dans laquelle le Docteur avait voulu les faire monter, comme s'il y avait eu de la place pour quarante personnes là-dedans. Le visage du Gallifreyen s'illumina aussitôt lorsqu'il aperçut enfin le major.
"Oh ! Sam ! Comme je suis ravi de vous revoir."
"Moi aussi, Docteur," lui assura-t-elle d'un sourire sincère.
"Salut !" Lucie gratifia tout le monde d'un geste de la main, auquel Daniel répondît timidement. "Et vous ? On peut savoir ce que vous avez fait pour finir en prison ?"
"Justement, on se posait la question !" S'exclama Jack. "Bon alors, mon avis c'est que Daniel a dit un truc qu'il n'aurait pas dû dire et du coup on a finit ici parce que sans le vouloir, bien entendu, Daniel les a insulté. Mais Teal'c, ici présent, n'est pas d'accord avec moi."
Le Jaffa haussa un sourcil, la seule inflexion de celui-ci dénotait tout le panel des émotions faciales dont il était capable. Son stoïcisme avait de quoi faire rêver n'importe quel joueur de poker. Ce n'était pas étonnant que personne à la base ne veuille jouer aux cartes avec lui car il les aurait plumer sans montrer le moindre scrupule. Quant à Daniel, il leva les yeux au ciel exaspéré que Jack lui mette sur le dos cet échec, même si cela avait été dit avec humour.
"La question n'est pas là, Jack."
"Je suis d'accord avec Daniel Jackson, la question n'est pas là," renchérit le Docteur.
"Nous avons assisté à l'arrivée d'un groupe de religieux Jaffas qui transportait une urne à larves Goa'uld," intervint Teal'c de manière posée et réfléchie.
"Hum," fredonna doucement le Gallifreyen, pensif. "Vous pensez à une réunion aux sommets ?"
Sam haussa des épaules.
"En tout cas, ça y ressemble même si nous n'avons pas vu de Grands Maîtres."
"Savez-vous à qui appartient cette planète ?"
Jack et Daniel échangèrent un regard. Le colonel donna son consentement muet.
"Nous pensons qu'elle appartient à Sekhmet," avoua Daniel.
"Pourtant elle a été tuée durant la grande bataille de Kadesh, contre Atoum."
"Au contraire, nous pensons qu'elle a survécu. Nous avons trouvé des bas-reliefs à son effigie arborant les attributs de Râ."
"Et bien..." laissa en suspend le Gallifreyen avant d'ajouter. "Voilà une nouvelle qui apporte un tout autre éclairage à la situation."
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Les religieux Jaffas avaient déposé la cuve sur le socle en pierre prévu à cet effet, juste au pied des marches menant au trône occupé par une femme portant un masque à l'effigie d'une lionne. Les religieux s'inclinèrent devant leur déesse et attendirent silencieusement une parole de sa part pour se redresser. Elle n'en fit rien. Elle se contenta de décroiser ses longues jambes et de se lever de son trône. Sa tunique de lin échancrée juste ce qu'il faut pour laisser imaginer la cambrure de ses reins et la rondeur de ses fesses, dévoilait une peau mate mordorée. La Goa'uld descendit d'un pas lent les quelques marches qui la séparait de la cuve ouvragée. Elle fit glisser ses doigts sur le couvercle scellé puis elle s'adressa au grand prêtre sans pour autant lui adresser le moindre regard.
"Est-ce que tout est prêt ?"
"Oui, ma reine. Nous n'attendons plus que les invités pour commencer," confirma celui-ci.
Elle hocha la tête et d'un geste de la main le congédia lui et sa suite. Les religieux se redressèrent et quittèrent d'un pas rapide la salle du trône. Ils savaient que leur déesse ne possédait que peu de patience, ils valaient donc mieux pour eux qu'ils s'exécutent au plus vite. Le seul garde à être resté s'approcha enfin.
"Ma reine, je dois vous informer d'une chose importante."
"Qu'y a-t-il Souti ?"
Le Primat prit une grand inspiration s'apprêtant à lui révéler une information qu'elle n'allait certainement pas aimer.
"Deux groupes distincts d'individus se sont introduits dans le temple. Nous avons réussi à les intercepter et à les emprisonner."
Elle fit un volte-face et saisit le Primat à la gorge avec une rapidité et une force qui le surprit.
"Qui sont-ils ?" Gronda-t-elle.
Souti fit de son mieux pour ne pas flancher même si sa voix donnait quelques signes de faiblesses, il réussit à articuler.
"Des Tau'ri, sauf un. Nous ignorons d'où vient le dernier."
La Goa'uld desserra son emprise et murmura lentement.
"A quoi ressemble-t-il ?"
