En rentrant de chez Hank, l'esprit de Connor était encore plus embrumé qu'en y allant. De nouvelles questions venaient s'ajouter au flot continu qui faisait déjà rage dans sa tête. Il repassa sur le passage piéton qu'il avait préalablement emprunté, se dirigeant vers le repère des androïdes. Cela faisait maintenant plusieurs jours qu'il y vivait, et, bien qu'il ne s'y sente pas très à l'aise, cela restait la meilleure option qu'il avait pour le moment. Dormir chez Hank n'aurait pas posé de problèmes, il le savait, mais après sa proposition, il préférait s'éloigner du lieutenant pour réfléchir. Cela dit, retourner auprès des siens ne semblait pas être une meilleure idée. Du coin de son œil droit, il pouvait apercevoir sa diode émettre une lueur jaune. S'il rentrait ainsi au repère, Markus et les autres remarqueraient au premier coup d'œil son trouble. Ils resteraient peut être discrets et ne l'interrogeraient pas, mais ils se poseraient forcément des questions. Connor s'imaginait déjà ce qu'ils penseraient. Le RK800 allait-il une nouvelle fois retourner sa veste ? Et il ne pourrait pas leur en vouloir. Il avait de justesse choisit son camp, après avoir dévoilé la position des rebelles. Il était encore considéré comme une menace par certains, et même si Markus semblait sincèrement croire en lui, il ne pourrait pas l'empêcher de douter s'il continuait à se comporter ainsi. C'est pourquoi il décida de passer la nuit seul. Il pourrait ainsi réfléchir en paix, sans s'inquiéter de l'opinion de qui que ce soit. Il fit alors volte face, et se dirigea d'un pas décidé vers l'hôtel le plus proche.
Les premiers rayons du soleil apparaissaient à peine que Connor était déjà devant la vieille bâtisse où vivait Hank. Il avait cogité tout la nuit, pesant le pour et le contre, tentant désespérément de choisir la meilleure solution. Il avait finit par faire ce qu'il pensait être le bon choix, et venait chez Hank afin de l'en informer.
Il ne se rendit compte que lorsqu'il eut frappé deux coups à la porte du lieutenant qu'il était peut être un peu tôt pour venir lui parler, et craignit un instant de devoir faire face à sa mauvaise humeur. A son grand étonnement, Hank lui ouvrit la porte presque aussitôt, et lui sourit en l'invitant à entrer.
- J'espère que je ne vous dérange pas, Lieutenant. Je ne m'étais pas rendu compte qu'il était si tôt.
- J'ai comme l'impression que tu perds la notion du temps, ces derniers jours. Mais t'inquiètes pas, j'ai pas fermé l'œil de la nuit.
Connor entra timidement dans la maison, soudain anxieux à l'idée de faire part de sa décision à son ami. Il marcha doucement jusqu'au canapé et s'y installa. A peine fut-il assit que Sumo, le vieux chien du lieutenant, aboya gaiement et sauta sur ses genoux. Écrasé par le poids de l'animal, l'androïde le souleva gentiment, et se décala de quelques centimètres sur le côté afin de le laisser s'assoir à ses côtés.
- Je serai toujours étonné par ta force, dit Hank en s'installant dans le fauteuil qui faisait face à Connor. Il pèse une sacré tonne, ce vieux cabot.
- C'est Cyberlife qui m'a conçu ainsi. J'étais destiné à être le meilleur agent, de part ma puissance et mes capacités d'analyse.
Il se tut un instant et baissa la tête, avant de reprendre doucement :
- Aujourd'hui, je ne sers plus à rien. Je ne m'intègre pas parmi les miens, et les hommes haïssent mon espèce. Je ne trouve ma place nulle part ici. C'est pourquoi j'ai décidé d'accepter votre offre. Je veux venir avec vous, Lieutenant. En Europe. Ou n'importe où ailleurs. Si cela tient toujours, bien sûr.
Un long silence envahit la pièce. Connor n'osait pas lever les yeux vers Hank de peur de voir dans ceux de ce dernier qu'il était finalement préférable qu'il reste ici. Ce ne fut que plusieurs secondes plus tard que le lieutenant prit finalement la parole.
- Évidemment, que ça tient toujours. Mais, est ce que tu es sûr de toi, fiston ? Ce n'est pas une proposition à prendre à la légère…
- Je suis sur, Lieutenant. J'y ai réfléchis toute la nuit. Si vous partez, je pars avec vous. Il n'y a qu'avec vous que je me sente vivant. Et apprécié. Les androïdes de Détroit ne m'accepteront jamais réellement, et ne parviendront pas à pardonner certains de mes actes. Mais vous si. Vous avez su voir au-delà de la simple machine que j'étais, et même si… même si j'ai encore des progrès à faire, je suis sur que je pourrais un jour me débarrasser complètement de mon programme. Vous êtes comme un père pour moi, Lieutenant. Et c'est avec vous que je veux vivre.
Connor avait relevé la tête à temps pour voir une larme couler sur la joue de Hank. Ce dernier la chassa aussitôt, et tenta tant bien que mal d'empêcher les autres de couler. Les paroles de l'androïde l'avait touché au plus profond. Savoir ce qu'il ressentait réellement à son égard était d'un réconfort sans nom. Après la mort de son fils, il avait dû se faire à l'idée que plus personne ne l'appellerait jamais papa, qu'il n'aurait plus jamais personne à aimer et à qui apprendre la vie. C'était sans compter sur l'arrivée de Connor. Ce dernier, bien qu'étant doté d'une intelligence hors norme, avait encore beaucoup à découvrir sur le monde, et Hank comptait bien l'y aider. Parce que l'androïde le considérait comme un père, et que lui-même le voyait comme un fils. Parce que désormais, la survie de l'un dépendait de celle de l'autre.
