Pluie de merde, pourquoi il faut toujours que ça tombe le jour où je n'ai qu'un pauvre pull sur moi ? Fuyant l'averse, je montai rapidement les marches blanches en bois de ma petite maison. En entrant a l'intérieur, je sentis immédiatement la différence entre l'air pur et celui intoxiqué par le shit. Je retrouvai ce bon vieux canapé en tissu sur lequel je fonçai m'affaler. Je déposai la cendre de ma cigarette dans le cendrier, toujours présent, sur ma table basse. Il faisait aussi froid dans ce salon qu'a l'extérieur, putain. Je me levai, me dirigeant vers le panneau de commande du chauffage, le réglant sur 22. En revenant, je regardai ma chaîne hi-fi. Un peu de musique pour camoufler le bruit de la pluie sur mes fenêtres n'était pas une mauvaise idée en soit. Prenant mon portable pour choisir le son, mes yeux se posèrent immédiatement sur l'une des chansons préférès de mon grand-frère : Inbetween days de The Cure.

La gorge nouée, je ravalai ma salive. Je mourrais d'envie de l'écouter. J'aimais me rémémorer nos moments ensemble, avec Nate, mais c'était tellement... Douloureux. Balayant mes angoisses d'un coup de pouce, je lançais cette foutue musique. Évidemment, dès les premières notes, un flot de souvenirs me noya l'esprit. A pas lent, j'allais me rasseoir sur mon canapé. Je me revoyait, ado, et lui, jeune adulte, mettre cette foutue chanson en boucle dans ce qui nous servait d'appartement a l'époque. Toujours une clope aux lèvres, une barbe de trois jours le collant a la mâchoire, c'était la période où il commençait a mettre des chemises dans toute ces tenues. A fleur, de couleur unie, avec d'autres motifs, il était tomber fou amoureux de ce vêtement. C'était plutôt pratique : a son anniversaire, on avait pas des cadeaux pas cher tout réfléchis.

Les larmes me montèrent aux yeux une fois son anniversaire évoqué. Qu'est ce que je donnerais pas pour dépenser a nouveau de l'argent dans une chemise horrible, pour qu'il me fasse chier a mettre toujours ses musiques plutôt que les nôtres... On avait pas eu de chance tous les 3, notre mère s'est suicidé l'année de ma naissance, et notre père n'a rien trouver d'autre que de nous foutre dans un orphelinat. Je suis un homme transgenre, a ma naissance et pendant une grande partie de ma vie, on m'a considéré comme une femme. Dès que j'ai découvert que j'étais un homme, vers mes... 13 ans, je l'ai annoncé a mes frères, qui m'ont compris sans problème. C'est a cause de ça que je me suis retrouvé dans un orphelinat pour fille plutôt que pour garçon. Sam, qui ne resta pas longtemps là-bas, vint un jour nous chercher pour récupérer les affaires de notre mère. Elles étaient chez une vieille femme, pour qui notre mère travaillée auparavant. Nous prenant pour de vulgaire voleur, elle appela la police. Malheureusement, elle fit une crise cardiaque devant nous, ne nous laissant d'autre choix que de fuir. C'est suite a cette incident que nous sommes passer des frères Morgan aux frères Drake : il fallait changer de noms, nous allions être poursuivis par la police. C'est aussi a partir de là que Samuel prit soin de ses 2 petits frères.

Il avait toujours su comment s'occuper de nous, bien que nous avions était obligé de voler pour survivre. Quand je l'ai perdu, il y a 15 ans de ça, j'ai cru que je ne pourrais pas tenir. Je perdais mon grand-frère, sans qui je n'avais plus aucun repère. Il m'avait tout appris, il avait toujours su quoi faire, quoi dire.

« Mason, ouvre moi ! »

Levant la tête, je vis derrière ma porte, la silouhette de mon amie Jade. En vitesse, je me levai, essuyais mes yeux rouges, et allais lui ouvrir. Elle entra tout de suite après. On pourrais croire que c'est malpolie, mais non, elle sait bien que ma maison est aussi la sienne. Elle se tourna vers moi, enfonçant ses yeux éméraudes dans les miens. Elle coupa également la musique.

« Qu'est-ce que tu fais ? Demandai-je.

- Je coupe la source de tes larmes. »

Evidemment qu'elle avait compris. Jade me connaissait depuis 5 ans, elle avait apprit comment j'étais. J'aurais pu remettre mes yeux rouges sur le dos de la drogue, mais je savais que ca ne fonctionnerait pas avec elle. Jade s'installa sur le canapé, me faisant signe de la rejoindre, ce que je fis. Elle me prit la main, me regardant avec compréhension. Elle avait toujours su comprendre ce que je ressentais : la perte de mon frère, Rafe, mon éloignement avec mon frère...

Quand Sam mourra a la prison, Rafe avait voulu continuer les recherches. Il acheta toutes les terres autour de la cathédrale, et voulait que Nate et moi l'aidions. Sauf que nous n'étions pas du tout en état de continuer la chasse qu'avait commencé notre défunte mère et qui avait tué notre frère. Nate était silencieux, sur les nerfs, s'énervant pour un oui ou pour un non. Tout comme moi. Combiner 2 frères en deuil et rempli de haine a un gosse de riche insupportable ne pensant qu'a une seule chose, a la colère facile, et vous obtenez des engueulades qui en viennent quasi tout le temps aux coups, et au sang. Des engueulades entre Rafe et Nate, mais aussi entre Nate et moi. A propos de Sam, de Rafe, ou d'autres choses idiotes.

Nathan, ne pouvant supporter Rafe une journée de plus, décida de partir. Après ça, on s'était complètement perdu de vue. On s'est revu pour son mariage, quelques uns de nos anniveraires... Mais rien de plus. Je le compris, moi aussi j'avais du mal a supporter Adler. Mais... je ne sais pas. J'avais eu beaucoup plus de mal. Je ne réussis a faire la même qu'un an après. Peut-être était-ce les fois où il essayait de me réconforter qui m'avait fait tenir un peu plus longtemps ? Je ne sais pas. Ce n'est même pas son comportement de merde qui m'a fait m'en aller, mais plutôt le fait que je voyais très bien comment il allait finir avec cette chasse : mort. J'avais essayé de le résonner, de lui dire que ca ne servait a rien, mais non. Il ne m'écoutait pas, peu importe ce que je disais, alors je suis partit. Dire qu'il ne me manque pas serait mentir.

Enfin bref, revenons au présent. Jade n'avait pas attaché ses cheveux aujourd'hui, nous laissant profiter de ses cheveux allant jusqu'au dessus de ses épaules, et de sa frange. Ils étaient doux et soigneusement coiffés, aucun doute la dessus : ses cheveux, c'était comme sa deuxième vie. Elle avait également laissé son treillis pour porter un pantalon en velour noir, parfaitement accordé avec son manteau trois quart noir aussi. Elle était magnifique ma Jade, heureusement que je l'ai rencontré.

« J'ai un truc qui vas te changer les idées. »

Elle sortit alors un papier, représentant ce que je reconnus immédiatement : la fourche a 2 dents d'Hadès.

« Tu vois ça ? Elle posa son doigts vernis en rouge sur l'une des dents.

- Elle sera en vente aux enchères aux domaines Rossy, demain. »

Je connaissais bien les lieux, toute une bande de criminel se croyant légitimes de leur richesse obtenue grâce a des actes inhumains.

« Tu veux que j'ailles la voler, j'imagine ?

- C'est ce qui pourrait nous permettre d'accéder au mont Olympe, au palais d'Hadès et...

- On ? Comment ça on ? »

Après l'accident, je n'ai jamais voulu retravailler avec quelqu'un. J'ai toujours tout fait seul, et elle le savait très bien.

« Oh Mason, merde, quoi, aller ! Je sais m'y prendre, et...

- Il savait aussi, c'est pas pour autant qu'il a su esquiver des balles ! Hurlai-je. »

Je vis a son visage qu'elle regrettée déjà. Bordel, elle pouvait pas faire un peu plus attention ?

« Désolé. Donc... Tu pourrais accéder au palais, comme ça.

- Ouais, ouais je vais faire ça, ça me paraît... Bien. Mais, je serais jamais invité là-bas, tu sais ?

- Qui t'as parlé d'être invité ? J'ai falcifié une invitation, ça fera l'affaire. »

Je souris. Bien sûr, a quoi je m'attendais venant de Jade ? On s'était rencontrés dans un bar LGBT, a Seattle. On a couché ensemble le soir-même, avant de se reveiller chez elle le lendemain. On a appris a se connaître, et on s'est rendu compte qu'on s'apprécié énormément. J'avais toujours eu du mal a parler de mon passé, mais elle faisait partit des gens avec qui c'était moins difficile.

Elle avait raison, ca allait m'aider a me remonter le moral.