Auteures : Earwen & Ellana

Disclaimer : Comme d'habitude : merci J.K. Rowling ! Le titre Orgueil et Préjugés est tiré du roman du même nom de Jane Austen.

Résumé : Amour, haine, joie, désespoir, incompréhension, toutes ces choses que l'on couche sur papier mais qu'on a jamais la force ni de détruire ni d'envoyer. Petit recueil de lettres non envoyées entre frères et soeurs.

Personnage : Sirius


Je pars –définitivement. Tu te demande peut-être pourquoi je te dis ça ? Eh bien, pour que tu me dénonces, évidemment ! Tu a des dispositions pour cela à ce qu'il me semble ! En tous cas, jusque là, tu ne t'en es pas privé. Alors, vas-y, je te le propose, je t'offre sur un plateau le pire affront jamais fait. Et en bonus, je t'offre la gloire d'être le seul et unique et digne héritier de La Noble et Très Ancienne Maison des Black ! Ce que ça peut me dégoûter. Ça me répugne.

Une chose me console, je n'aurais plus jamais à remettre les pieds dans cette immonde maison. Vous, par contre, vous aurez un souvenir de moi quoi qu'il arrive. Je vous laisse ma chambre. Tiens, même, je te la lègue, petit frère, « en souvenir ».

Tu transmettras mes plus irrespectueuses salutations à Mère.

Sirius Black, Gryffondor.

oOo

James, vieux frère,

Regulus est mort. Regulus Black, Serpentard, mon… comment dire, il n'y a pas vraiment d'autre mot, pourtant, je répugne à l'utiliser. Tu es mon seul et unique frère, à jamais.

Bref, Regulus est mort. Tué par des mangemorts. Je me sens… C'est étrange comme sensation. Perdre un frère, qu'est-ce que cela veut dire ? Je veux dire, perdre un frère pour lequel on ne ressent rien. Ce n'est même pas ça. J'aurais préféré qu'il ne soit pas là. Je ne veux –voulait– aucun rapport avec lui, car nous provenons des même parents. C'était un lien, encore un, avec cette maudite famille.

Il est mort, et je lui en veux, car à cette occasion, il me rappelle mon appartenance aux Black.

Et en même temps… tué par des mangemorts… Je ne souhaiterais cette mort à personne – Walburga Black exceptée.

Je croyais pourtant qu'il était l'un des leurs, enfin, je n'y avais jamais réfléchi, et peu m'importe, mais…

Comment t'expliquer cela James, je ne sais même pas ce que je ressens, et je ne sais pas si je veux savoir ce que je ressens.

J'aurais tellement préféré qu'il ne soit rien pour moi, qu'on soit de parfaits étrangers, et que ce ne soit qu'une victime de plus des mangemorts. Mais je sais que ce n'est pas vrai, ce ne peut être vrai. Nous ne sommes pas des étrangers.

Pas d'affection, pas de haine. Rien pour se raccrocher. Juste une sensation au creux du ventre, un trou qui me ronge et me détruit, une ombre qui gagne du terrain, la noirceur d'un nom qui s'étend.

J'exècre ce sang, cette famille, ce nom, qui, quoique je fasse, me rattrape, tente de contrôler ma vie, et je me demande, si en fin de compte, il ne réussit pas à me la détruire, à me détruire.

Mais je m'égare James. Je ne me reconnais pas. Ça ne me ressemble pas. Ça ne doit pas ressembler. Tu es et tu resteras mon seul et unique frère. Nous sommes des Gryffondors, et nous nous battrons jusqu'au bout, avec ardeur et courage pour nos idéaux.

Ces élucubrations n'ont aucun sens, d'ailleurs, je voulais t'écrire à propos d'un engin moldu que j'ai réussi à récupérer. Ne crains pas que je me sois transformé en Arthur Weasley, mais cette moto est un véritable petit bijou. Elle mérite d'ailleurs une lettre bien mieux écrite que ça.

Sirius

oOo

Une porte. Une simple porte, une planche de bois, des gonds, un verrou, et je n'ai même pas eu le courage de la franchir. Tout cela à cause des quelques lettres que tu as posées sur le bois : « Regulus Arcturus Black ». Je n'ai pas pu, Regulus, et peut-être n'ai-je pas voulu. J'ai pu supporter les injures du portrait de Mère et les paroles inflexibles de Père qui semblent encore flotter dans cette maison de fous. Mais toi, je n'ai pas pu.

Je ne me sens pas fautif mais peut-être te dois-je quelques explications. Je ne crois pas t'avoir mal jugé mais la haine que je te portais n'était pas justifiée. Pourtant, tu dois comprendre, Regulus, que je ne pouvais pas faire autrement. Peut-être était-ce la voie la plus facile mais te détester, vous détester tous me permettait d'avancer. Tu as toutes les raisons de me trouver égoïste mais je ne pouvais pas t'emmener avec moi, tu faisais partie de mon enfance et pour espérer me construire une nouvelle vie, je devais laisser l'ancienne derrière moi, et j'en suis navré. Et puis, tu semblais t'accoutumer si bien au nouveau rôle que t'avais donné Mère. Enfin Regulus, à quoi te servait ce petit jeu puéril ? Qu'est-ce que tu ressentais en me dénonçant et me discréditant auprès de Walburga ? La satisfaction de lui plaire, d'être son préféré ? Tu voulais jouer au Serpentard ? J'ignore quelles étaient tes intentions et il est inutile de remuer le passé mais j'étais jeune et en colère alors je me suis senti trahi. Qu'aurais-je dû faire ? Te faire comprendre mes « idées », t'éloigner des Black ? Mais derrière mes grands airs, j'étais terrifié. Je n'étais pas aussi sûr de mes choix que je l'aurais voulu, toi entre tous, mon frère, tu aurais dû le savoir ! Il fallait que tu te bouges, Regulus, que tu me montres par un signe, une parole, un regard que tu étais encore avec moi, si c'était le cas. Et puis, moi qui détestait par-dessus tout que l'on prenne des décisions à ma place, comment aurais-je pu t'imposer mon choix ?

Bref, peut-être que tu voulais être Mangemort et que tu croyais en la supériorité des Sang-Pur et que pour toi, les Moldus et les Nés-Moldus sont des « erreurs de la nature » mais permets-moi d'en douter. Car un jour, comme ce temps semble loin maintenant, j'ai cru que l'on était soudés, unis, et je pense te connaître assez pour savoir qu'au fond de toi, tu n'es pas un monstre. J'ai conscience que ma répartition à Gryffondor a changé ma vie, j'y ai trouvé des amis qui m'ont donné la force de me battre, et, au fond de moi, j'espérai que toi non plus tu n'irais pas à Serpentard, que tu ne rejoindrais pas les Black. Si nous étions nés dans une autre famille, tout aurait sans doute été différent. Mais la vérité est là : nous sommes des Black, jusqu'à la moelle. Tant de vies gâchées par ce nom. J'en ai si honte, si tu savais. Je hais viscéralement ce nom et j'ai tout fait pour m'en éloigner. J'étais si furieux, si dégoûté et tu le sais mieux que quiconque. Et pourtant, je n'ai fait que reproduire les attitudes et les façons des Black, à l'inverse évidemment, mais le contraire d'une chose n'en est pas forcément si éloigné. J'ai tout raté, fait confiance aux mauvaises personnes, fait les mauvais choix, causé la mort et la destruction. Mère pourrait être fière de moi, tiens ! Une chose me réjouit, nous n'avons pas d'enfants auxquels transmettre cette tare ! Ce nom est comme une malédiction et elle nous a tous détruits !

Pardonne-moi, petit frère, si je t'ai blessé.

Adieu Regulus et repose en paix.


Désolées pour le retard. Pour le prochain chapitre, on hésite encore entre des lettres de Gabrielle à Fleur, ou des lettres entre les sœurs Black.