Comme précédemment l'histoire appartient donc à SnortkackCatcher qui m'a permit d'en faire une traduction. Et les personnages appartiennent à JKR.

Et puis merci à Ligeia pour son rôle de bêta :D

Bonne lecture.


Deuxième partie : Fall – la chute

Les cris faisaient échos dans ses oreilles, dans sa tête, dans son esprit. Lucius ne les reconnaissait même pas comme les siens. Chacun de ses muscles était tourmenté, chaque nerf était en feu, chaque os fondait …

La douleur s'arrêta. Pendant un moment, le blond ne put se rappeler où il était et pour quelle raison il y était. Un journal intime? Il enregistra le son de sanglots désespérés, mais il ne savait pas encore que s'étaient ceux de sa femme. Il pouvait sentir sa robe pesait lourdement autour de lui, trempée de sueur, aussi restrictive que des chaînes.

"ENDOLORIS !" Le sortilège crié, et la douleur revient, plus vive qu'avant.

"ENDOLORIS ! Une pause brève et la douleur recommença, de pire en pire.

"ENDOLORIS !" Lucius ne pouvait plus distinguer clairement les pauses, même si un coin de son cerveau les enregistrait. Son corps était déchiré de l'intérieur par la colère du Seigneur des Ténèbres …

"Mon Seigneur?" Une autre voix, hésitante, implorante, mais étrangement lisse. Lucius était sûr qu'il la reconnaissait. Elle ravivait d'anciens liens, de la loyauté, une amitié antérieure, mais venant d'aucune source dont il pouvait se souvenir ou qu'il était à même de comprendre. Les larmes rendaient sa vision floue et inutile.

"QUOI, Snape?" Snape? Il était sûr qu'il devait connaître ce nom. Le Seigneur des Ténèbres criait sur Snape maintenant. C'était bien. Ça voulait dire que la douleur s'était arrêtée. Malfoy ne pouvait pas penser distinctement. Il avait l'impression qu'il s'était tambouriné la tête contre un mur...

Il ne put pas s'empêcher de vomir, encore et encore, la sensation le frappant par vagues, le laissant tremblant. Il était faible. Il tenta de se lever – il ne pouvait se rappeler pourquoi – mais ses jambes trop faibles le trahirent et il retomba sur le sol.

Tandis qu'il était allongé, les sens lui revinrent lentement. Quoique fut ce journal, il avait évidemment été bien plus qu'un simple jouet du Maître des Ténèbres. Les résidus de douleur sont une distraction utile, presque une bénédiction, par apport à la nature de son humiliation qui l'enfonçait, entouré par ses pairs, observé alors qu'il gisait en criant, en pleurant, roulant dans la mare de son propre vomi.

La façon dont Potter aurait dû être humilié, pas Lucius Malfoy.

Ce Snape – Severus! Son vieil ami! – parlait toujours avec urgence. Le sang du blond pulsait dans ses veines et il pouvait à peine distinguer les mots: "atout précieux" – "importants contacts" – "loyal serviteur" – "unique faute".

"Et tu ne t'occupes que du succès de notre mission, Snape?" Les mots du mage noir étaient presque des sifflements.

"Non, mon Seigneur; la mort de Lucius Malfoy serait un regret personnel pour moi; ce serait fou de le nier," Répondit le maître des potions. Lucius pouvait le voir désormais, des yeux noirs scintillant sur un visage pâle qui ne trahissait aucune émotion. "Mais il est un sorcier puissant, et qui plus est, hautement placé. Je ne prétendrais pas en savoir plus que cela sur les raisons de votre colère, mon Maître - mais peut être serait il dommage de perdre un de vos partisans les plus efficaces?"

Le Seigneur des Ténèbres fit volte-face et se tourna vers le blond, ses yeux rouges sondant les siens. Pris au dépourvu et faible comme il l'était, les ambitions qu'il abritait depuis le retour du Maître flottaient à la surface de l'esprit du Sang-pur. Mais il était incapable d'empêcher d'autres souvenirs et d'autres loyautés – son fils, sa femme, Marcus, Severus lui-même – de devenir accessibles pendant les quelques secondes que prenait un Occlumens pour détourner l'attaque vers d'autres chemins plus neutres.

"Je vois, Lucius, je vois," respira le Seigneur des Ténèbres. "Oui, tu m'es loyal, au moins dans la mesure de tes propres ambitions. Mais tu as de graves faiblesses et tu as beaucoup à payer." Lucius nota que son maître n'avait pas spécifié la raison de sa dette mais il n'avait aucun désir de s'en enquérir. "Je t'ai déjà prévenu que je m'attendais à de meilleurs services, mon fuyant ami (1). Tu peux être d'une grande valeur pour moi, mais je ne tolérerai pas une défaillance de plus. Est-ce compris?"

"Oui, mon Seigneur." Gesticula le blond à genoux. "Vous êtes miséricordieux, mon Seigneur, je vous remercie", se força-t-il à dire encore une fois.

Cette fois, il reconnut les sanglots de Narcissa.

"Quel est le problème avec toi, Lucius?"

Malfoy, surpris, remis de l'ordre dans ses pensées. Il tourna la tête sur l'oreiller pour observer Marcus, qui, appuyé sur un coude, le regardait avec une expression sérieuse. "Le problème?" répéta-t-il, gagnant du temps.

"Oui. Depuis fin août tu agis... étrangement."

"Dans quel sens?" Il ne voulait pas répondre à la question de Flint. Il ne voulait pas. Marcus était devenu son moyen de relaxation; le temps qu'ils passaient ensemble était un intermède de pur plaisir loin des sensations fortes et des terreurs qu'amenaient les jeux de pouvoir. Il reconnaissait qu'il en était même venu à prendre soin du confort du jeune homme. Il oubliait volontiers que le Seigneur des Ténèbres l'avait déjà vu dans ses souvenirs

"Distrait. Silencieux. Tu à l'air... Je ne sais pas, blessé en quelque sorte. Ce qui semble t'avoir laissé une marque, d'une quelconque façon."

"Une marque?"

"Tu sais. Mentale, pas physique." Il sourit lascivement. "Tu es toujours parfait de ce côté-là."

Malfoy laissa presque échapper un rire. "Oh oui. Tu peux dire ça. Il est difficile de traverser la vie sans marque." Il fit une très bonne tentative de ramener son sourire lascif. "Et tu es encore... très bien. Aucune marque sur toi... autre que celles que j'ai faites. Et elles guériront rapidement."

"Tout va bien alors!" Marcus hésita, et perdit son sourire. "Donc c'est vrai?"

L'aîné fronça les sourcils. Ses tentatives de diversion sur son amant n'avaient pas marché. "Qu'est ce qui est vrai?" Il prit une seconde ou deux pour que la réalisation le frappe de plein fouet, il avait commencé à penser à Marcus comme à un amant, non plus simplement comme une distraction.

En réponse, Flint tendit la main et traça le contour de la Marque des Ténèbres toujours visible comme une ombre indistincte sur le bras de l'aristocrate. "Ça. Est-ce que Tu-Sais-Qui est réellement de retour, Lucius? Mockridge pense que Fudge dit des conneries comme d'habitude, et je pense qu'il a raison."

Lucius pouvait sentir le danger, mais d'un autre côté c'était une opportunité en or. "Je ne sais pas… c'est en effet possible," dit-il avec réluctance. "Mais qui sait ce que la marque des Mangemorts ferait?"

"Je pense que tu le sais," rétorqua doucement le plus jeune. Malfoy ne pouvait plus ignorer le soupçon de défis. Les mots qui suivirent voulaient clairement signifier quelque chose. "Depuis que tu as été marqué contre ta volonté, bien sûr."

"Bien sûr." Il hésita. "Tu sembles remarquablement curieux à propos de cela, Marcus. Quelqu'un pourrait facilement penser que tu partages leur point de vue!"

"Et toi pas?" La question était crue, il se ramollissait. "C'est que, tu penses aussi, que les Sangs-purs devraient être à la tête du pouvoir, n'est-ce pas, Lucius? Ça marche pour moi. Peut-être que leurs point de vue n'ai pas aussi mauvais qu'il n'y paraît."

Lucius capta le regard de Marcus et ne détourna pas le sien. Il fut à moitié choqué en réalisant que Marcus était sérieux. Il ne voulait pas que sa distraction – non, son amant – soit impliqué de cette façon, cependant il pourrait être une source d'informations très utile. Mais le Sang-pur savait qu'il ne pouvait se permettre une autre erreur; il sait qu'il ne doit pas manquer de parler d'une nouvelle recrue potentielle de peur que quelqu'un d'autre ne le fasse; il savait qu'il était piégé.

"Bien, Marcus," continua-t-il, sa voix ressemblant à une caresse. "Continue de parler comme ça aux bonnes personnes – je veux dire aux mauvaises personnes – et tu retiendras l'attention du Seigneur des Ténèbres."

"Tu penses vraiment?"

"J'en suis sûr."

"Et bien, nous verrons, n'est-ce pas?" Le plus jeune sourit avec l'air de celui qui sait et laissa ses doigts courir sur l'aine de Lucius, le distrayant une fois de plus.

Malfoy prit note de l'avertissement de Marcus avant de s'approcher encore une fois de son Maître. Il ne pouvait pas se permettre d'être vu comme un bien endommagé. Narcissa et lui travaillaient dure sur l'Occlumencie, une défense essentielle des deux côtés de la guerre. Car même ceux qui sont loyaux au Seigneur des Ténèbres devaient l'apprendre, en légitime défense, pour dissimuler leurs faiblesses autant qu'ils le pouvaient.

Le mage noir fut en effet suspicieux quand l'aristocrate l'informa de 'l'intérêt' de Marcus, mais à la surprise du blond, il accepta sa suggestion de ne pas marquer le jeune homme comme un Mangemort, que ses chances de maintenir sa couverture au sein du Ministère seraient bien meilleures s'il restait un simple partisan secret. En fait, son maître semblait se contenter de laisser Malfoy jouer ce jeu comme il l'entendait. Il avait même l'air d'être encore obsédé par-dessus tout par cette prophétie – prudent, distrait, presque (bien que le Sang-pur n'osa pas laisser cette idée se former entièrement dans son esprit en la présence de son maître) effrayé de ce qu'il pourrait dire.

Sa première idée fut de demander à son ancien mentor de glisser un mot sur Flint mais, à sa grande surprise, Horace Slughorn était introuvable. Son malaise augmenta quand il entendit des rumeurs comme quoi Dmbledore aurait suggéré que Slughorn allait retourner à l'enseignement. Si Slughorn s'était fait fuyant, il devait avoir des suspicions. Malfoy avait toujours douté de la fiabilité de l'homme, mais en aucun cas de sa valeur – juste comme l'autre semblait avoir les même doutes à son sujet.

Il se réjouit quand il entendit que le Ministère avait pris le relais pour combler les postes de professeurs vacants. Il avait pris grand soin de se rapprocher de Dolores Ombrage, et elle était exactement la sorte de professeur qu'il souhaitait voir comme professeur de Défense contre les Forces du mal à ce moment – une idiote lèche-botte avec un penchant pour l'autorité, aucun amour pour Potter, une capacité limitée, et une forte tendance à la cruauté. Un obstacle idéal à mettre dans le chemin de Dumbledore.

Ce qui n'était pas bon était le continuel échec pour retrouver la prophétie. Après l'incapacité de l'homme que Lucius avait ensorcelé pour entrer dans le Département des mystères (un fiasco qui produisit peu de chose excepté quelques informations sur les mesures de sécurité), cet imbécile d'Avery fit l'inhabituelle suggestion de mettre un membre du département sous Imperium. Lucius se nomma volontaire avec impatience. Non seulement son accès au Ministère et ses compétences en magie noire faisait de lui la personne la mieux qualifiée pour la tâche, mais il devait aussi faire son possible pour retourner dans les faveurs de son Maître. Il n'allait pas permettre que l'on associe la reconnaissance qui lui était dû avec un homme tel qu'Avery.

Il fondait de grand espoir en Broderick Bode, même si l'homme se battait durement contre son sort quand il en avait l'opportunité. Mais encore une fois, le potentiel triomphe du blond lui fut arraché; Bode tomba sous le coup des mesures de sécurité dont il n'avait pas connaissance – et que même maintenant il ne comprenait pas.

Lucius savait aussi bien que n'importe qui qu'il fallait prendre des risques dans le jeu du pouvoir. Mais sa position dans ce jeu dépendait des succès qui venaient couronner ces risques. Il savait qu'il avait besoin d'un refuge où il pourrait fuir si les risques qu'il prenait ne se révélaient pas rentables; la base d'opération du mage noir ne devenant de ce fait plus sûre pour lui. Échouer c'était risqué de perdre tout ce pour quoi il avait travaillé.

Narcissa et lui avait préparé cette éventualité avec soin.

"Tu sais quoi? Si je ne savais pas que tu me voulais pour mon corps, je penserais que tu aimes nos conversations sur l'oreiller, Lucius." L'humour de Marcus n'était pas exceptionnellement subtile, mais le blond n'attendait pas ça de lui. Juste des informations sur l'oreiller à propos du Ministère… et son corps sans marques, comme une distraction plus forte que jamais.

Il observa le jeune homme nu étendu à ses côtés; non, même Alistair ou Brian dans leur jeunesse ne pouvaient tenir la comparaison. Le blond n'avait plus eu le… le béguin pour quelqu'un, à ce niveau de simple désir, depuis de nombreuses années. "Les deux. Plus certainement pour les deux. Et… même si tu ne pouvais rien me dire, je te voudrais encore." Il put sentir ses joues se colorer légèrement – ce n'était définitivement pas quelque chose qu'il avait ressenti depuis de nombreuses années, un d'avertissement. Il se força à se taire avant de ne trop en révéler.

"Je pense que je le savais depuis la première fois que nos regards se sont croisés." Marcus n'avait pas perdu sa capacité à surprendre son aîné. Son amant souriait sciemment à nouveau. "A cette fête chez Nott, tu te souviens? Je t'ai vu me regarder. Je n'étais pas certain que ça signifiait ce que je pensais, mais c'était l'enfer, un peu comme Cordelia Urquhart me regarde toujours. Un regard affamé. Mais ça ne m'a jamais rendu dur quand elle le faisait, cependant. Ainsi, lorsque tu as essayé de me rencontrer, je savais ce que tu voulais. Je m'inquiétait de savoir pourquoi tu étais si long à la demander."

"Ça aurait été… embarrassant de faire une erreur." Lucius savait qu'il n'avait pas besoin de s'expliquer mais il sentait qu'il le devait à Marcus de toute façon. "Beaucoup de gens désapprouvent ces indulgences. Une proposition intime qui deviendrait publique serait très malheureuse pour un sorcier de ma position." Malfoy ne mentionna pas son échappée in extremis à la désapprobation populaire à deux occasions, il avait tout juste réussis à se sauver des conséquences de ses erreurs avec un sortilège de mémoire, jeté avant que le jeune homme ne puisse le dire à quiconque.

"Oui, ta position. Comment tu l'évalues ?" Flint avait le regard aiguisé. "Avec qui, Lucius?"

"Qu'est-ce que tu veux dire?" Le sang-pur savait très bien ce que le plus jeune voulait dire, mais c'était un autre sujet qui devait être approché avec beaucoup de prudence …

"Oh, tu sais ce que je veux dire… ou du moins, tu sais qui je veux dire." Continua-t-il impatient. "Tu continues à me dire des conneries, Lucius. Ça a toujours été très évident ce que je voulais, non?"

"Oui." Lucius arrêta de penser. Il devait avoir cette conversation à un moment donné, ou sinon il risquait la colère du Seigneur des Ténèbres; ça pouvait être maintenant. "Mais comprends-tu seulement les dangers? Tu peux difficilement t'engager dans un organisme qui, selon les registres officiels, a été démantelé il y a quatorze ans et n'a jamais été reformé."

"Je sais ça. Je ne suis pas stupide, Lucius! Mais en privé…"

"…tu ne devrais pas prendre d'engagement non plus! Il est –" il hésita "– prudent pour une telle organisation de ne pas se faire connaître en… marquant les nouvelles recrues." Il ne put manquer l'étincelle d'intérêt dans les yeux de Marcus qui fixait la marque sur le bras du blond. Il le regarda dans les yeux; ses compétences en Légilimencie étaient maigres, mais Marcus était dangereusement facile à lire et il put voir que son intérêt était réel. "Mieux vaut montrer ton intérêt par d'autre moyens."

"Tu détournes la conversation encore une fois," répliqua doucement le plus jeune. Il sourit et ponctua sa remarque d'une légère caresse sur le sexe de son amant, une tactique de distraction que Lucius était ennuyé de trouver ça bien trop efficace. "Qu'est-ce que tu… qu'est-ce qu'il veut que je fasse? Je ne veux pas que la seule chance pour un jeune Serpentard d'obtenir une position influente soit le Ministère."

"Très bien. Donc pour être direct, tu ne serais pas officiellement marqué par le Seigneur des Ténèbres comme un Mangemort." Il entendit la respiration précipitée du jeune homme tandis qu'il lui parlait sans faux-semblants pour la première fois. "Tu seras tenu de faire ce que tu fais maintenant, mais en faisant plus d'efforts pour obtenir des informations de valeurs, plutôt que d'attendre qu'elles te tombent entre les mains. Je peux te fournir un moyen de communication sécurisé. De temps en temps, tu pourrais aussi devoir utiliser ta position dans ton département, ou l'accès qu'on t'y accorde, pour acquérir des informations particulières ou mettre en place des mesures spécifiques. L'incapacité à effectuer de telles tâches ne sera pas tolérée. Est-ce que tu me comprends? Es-tu préparé aux risques que tu courras vis à vis de ta position, ta réputation, ta liberté et ta vie?"

Marcus avait cessé de le caresser maintenant. Son visage était sérieux, bien plus que d'habitude. "Oui. Ce sont les risques que l'on doit prendre dans le jeu que nous jouons, n'est-ce pas?"

"Bien sûr." Il observait Marcus, l'excitation d'une séduction bien construite, une urgence familière pour les autres pendant qu'il faisait courir ses doigt sur ce corps qu'il voulait bien plus qu'une conversation sur l'oreiller; une chose merveilleuse, presque une œuvre d'art.

Au moins l'un devrait être laissé sans marque.

Ce serait une tragédie de le perdre face au cauchemar atroce d'Azkaban… une tragédie que Lucius pouvait empêcher. Il fit une pause. "Marcus, si tu devais avoir besoin de t'échapper, j'ai préparé quelques endroits sûr où tu serais le bienvenu. Je t'expliquerai plus tard comment les trouver."

Flint sourit. "Mais pour maintenant?" Il était lui aussi dur, maintenant, la sensation d'avoir enfin obtenu ce qu'il voulait se traduisait physiquement.

"Ça." L'ouverture d'un nouveau combustible entre eux, le désir; la passion n'avait jamais été aussi forte, le besoin aussi pressant.

"Lucius!"

Il leva les yeux de son bureau, surpris par l'insistance dans la voix de sa femme. "Chérie? Quel est le problème?" Il se mit sur ses pieds et attrapa sa baguette, avant de remarquer que Narcissa n'avait pas l'air alarmée. A la place elle semblait plutôt excitée, comme si elle venait d'avoir un coup de chance et n'arrivait pas à croire ce qui lui arrivait.

"Viens voir!"

Il la suivait dans l'entrée du manoir. Il fut étonné et dégouté en voyant le petit personnage se tenant devant lui quand il réalisa d' il venait et les opportunités qu'il amenait avec lui.

Narcissa récolta soigneusement autant d'informations qu'elle le pouvait de la créature, qui était désireuse d'aider. Ce n'était pas autant qu'il l'aurait souhaité – elle était visiblement sous un grand nombre d'enchantement, pas seulement les plus communs, et il y avait de nombreux sujets sur lesquels elle ne pouvait pas s'exprimer malgré leurs essais. Mais c'était suffisant. Il découvrit que Potter avait un certain accès jusque-là insoupçonné dans les pensées du Maître, une révélation alarmante, mais tout de même… ça leur offrait un moyen de se conduire jusqu'au cœur de l'Ordre de Dumbledore. Un moyen d'atteindre son bien-aimé Potter. Une manière de retourner dans les bonnes grâces du Seigneurs des Ténèbres que seuls lui et Narcissa pouvaient contrôler.

C'est comme si l'amoureux des Sang-de-Bourbe qui servait de cousin à sa femme leur avait envoyé un cadeau de Noël inattendu. Quand la créature fut partie, ils levèrent un verre de champagne ensemble, portant un toast à l'homme – et à la chute de ses espérances, à la réalisation des espoirs de leur visiteur inattendu, à la restauration de l'honneur et de l'influence de la famille de sa femme et à la promotion de la sienne.

Oui, il était très heureux dans son mariage.

Les mois suivants furent parmi les plus énervants dont Lucius se souvient.

Les tentatives du Seigneur des Ténèbres pour mettre la main sur la prophétie procédaient d'une manière terriblement lente; le Département des Mystères était plus inaccessible que jamais, ses protections étaient toujours aussi mystérieuses, même si aucun Mangemort n'avait osé faire de commentaires pour que leur Maître change ses plans. Lucius était là pour voir son extase à la nouvelle que les propositions faites aux Détraqueurs avaient été fructueuses, et que douze Mangemorts prisonniers avaient été autorisés à s'échapper d'Azkaban.

Lucius ne considéra pas ce bienfait d'un bon œil. Les informations qu'il avait fourni à propos de son cousin par mariage ne s'étaient pas encore avérées vitales pour leurs plans, tandis que leurs anciens collègues venaient rejoindre leurs rangs en nombres de façon significative. Il se rappela du discours du Seigneur des Ténèbres dans le cimetière, et réalisa que ses partisans nouvellement libérés obtiendraient plus facilement des faveurs auprès de leur Maître grâce à leur dévotion à sa cause, une fois qu'ils se seraient remis des effets de leur emprisonnement prolongé.

Les mois suivants apportèrent un nouveau coup aux Mangemorts qui avaient évité un tel sort à la fin de la première guerre, quand le fils Potter trouva une place pour ses racontars dans un magazine trash. Lucius et Narcissa se préparèrent une fois de plus à fuir si nécessaire, mais heureusement, la réputation du journal et de son rédacteur en chef était si faible au sein du Ministère que Fudge fut seulement irrité par la contradiction que cela faisait avec le discours officiel, plutôt que d'être préoccupé par la minutie du rapport. Ce fut facile pour les 'courtisans' dont il s'entourait de le rassurer en lui disant que ce n'étaient seulement que les même accusations sans fondement que Potter avait fait la nuit du retour du Seigneur des Ténèbres.

Néanmoins, Lucius était au courant qu'il y avait plusieurs sorciers et sorcières qui avaient lu l'article et qui ne partageaient pas ce point de vue. Quand il visitait n'importe quel emplacement publique, ils chuchotaient derrière son dos quand il passait, et Marcus lui apprit que Cresswell l'avait étroitement interrogé sur leur relation (heureusement, il n'en soupçonnait pas la vraie nature). Ils furent obligés d'être beaucoup plus prudents quand ils se retrouvaient, et ces restrictions irritaient Lucius.

Et puis, soudainement, tout changea pour le meilleur.

Malfoy n'avait jamais fait particulièrement attention à Rookwood, mais il se révéla utile à propos de son ancien lieu de travail. Le plan pour obtenir la prophétie se résuma alors à trouver un leurre pour attirer Potter au Département des Mystères, et l'accès à Black que Lucius avait fourni se révéla décisif dans le plan qu'avait élaboré le Seigneur des Ténèbres. Lucius laissa échapper un soupir de soulagement quand il réalisa que cela avait restauré sa position à la tête des Mangemorts. Quand il fut sélectionné pour mener la mission dans le Ministère, il dû user de toute son aptitude en Occlumencie pour dissimuler son triomphe, il avait joué au jeu de pouvoir et gagné.

Enfin, le plan se concrétisait. La scène qui accueillit Lucius quand il se désillusionna fut en effet glorieuse.

Il se délecta de la confusion et de la terreur de Potter qu'il tenait en joue de sa baguette, qui révélait son triomphe. Il entendit sa folle de belle-sœur pleurer, "Le Seigneur des Ténèbres l'avait toujours!" et il lui fit écho, se complaisant de la vue de Potter pris au piège, impuissant, atterré par sa propre bêtise.

La façon dont Potter aurait dû être humilié, pas Lucius Malfoy.

Il se laissa aller à savoir sa victoire en écoutant à moitié ce que baragouinait le garçon pour essayer de gagner du temps, bien qu'il devait admettre qu'il avait au moins une lueur d'intelligence pour avoir trouvé leur plan. Même si sans aucun doute la Sang-de-Bourbe qu'ils avaient amené avec eux avait quelque chose à voir avec ça. Il la suspectait d'être liée à son échec avec le journal et sourit, un autre point qu'il pouvait considérer réglé.

Les événements qui suivirent furent moins glorieux.

Quand cet infernal gosse Potter s'échappa encore, quelques Mangemorts furent au bord de la panique. L'aristocrate était plus optimiste, le garçon n'avait nul part où aller, et ce n'était pas facile de sortir de ce labyrinthe. Et il n'était certainement pas assez fou pour exprimer ses doutes face aux partisans les plus fanatiques du Maître. Pourtant, son soulagement fut grand quand ils acculèrent Potter, cette fois dans la chambre des morts, sans aucun ami pour le couvrir et faciliter son évasion.

Mais leur triomphe fut interrompu par l'interruption de l'Ordre maudit! Le blond réussit à esquiver le premier sort d'une jeune femme, qu'il fut surpris de reconnaître comme sa nièce, et tenta désespérément de forcer Potter à lui céder la prophétie; mais il fut pris dans un duel contre le loup-garou apprivoisé de l'Ordre, qui se montrait malheureusement très qualifié dans la Défense contre les Forces du mal. Lucius était presque résigné quand un sort de Dumbledore le frappa, et il sut que le tournoi était fini.

Pendant que Lucius était assis, attaché et ensorcelé pour éviter son évasion, il eut le temps d'analyser la situation. Il savait que cette fois ci c'était un désastre et non un simple revers. Cette maudite prophétie! Au moins Potter aussi resterait dans l'ignorance de son contenu. Il était désolé de voir que le plan avait échoué, mais pas fâché de la savoir définitivement détruite.

Même si clairement ce n'était pas non plus un simple jouet du Seigneur des Ténèbres. Lucius frissonna tandis qu'il considérait ce fait et se demandait quelle sanction lui était destinée. Des deux côtés de la guerre.

Dans l'ensemble, Azkaban fut étonnement supportable pour l'aristocrate. Bien sûr il y avait la disgrâce, le fait d'avoir perdu la face, le mépris affiché pour le nom des Malfoy; tout cela était bien difficile à supporter, mais ça aurait pu être pire. Au grand soulagement du blond, il avait semblé que le Maître avait finalement réussi son plan de rallier les Détraqueurs à sa cause maintenant que son retour était connu de tous – la nécessité de les remplacer et de les combattre drainant doublement les forces des Aurors.

Même si sa place était peu enviable, pouvoir penser, rêver et se souvenir, au moins était-il capable de conserver ses souvenirs agréable pour compenser ses regrets amers et la colère de son échec – l'inquiétude continuelle à propos de la punition du Seigneur des Ténèbres pour être exact; le sort de ceux qui lui sont chers, Draco, Narcissa, Marcus …

Marcus?

Lucius se redressa vivement. Il se surprit à avoir listé Marcus Flint comme une personne à laquelle il tenait, et il se maudit pour la folie dont il avait fait preuve en laissant cela se produire. Sa relation avec Marcus était une distraction, une simple diversion… non, ce n'était plus ça. Il se devait d'être honnête avec lui-même, c'était une liaison. C'était devenu une question d'émotion pour la première fois dans ce que Narcissa appelait 'ses petits fétiches'. Il comprenait qu'il n'aurait jamais dû se permettre de placer Marcus à un tel niveau. Ni qu'il aurait dû s'autoriser à dire au garçon – non, au jeune homme – nombreux de ses secrets. Comparé à son fils ou à sa femme, Marcus n'était pas et ne pouvait pas être autorisé à être un rival pour son affection!

Pourtant, de tels souvenirs étaient précieux pour lui tandis qu'il était enfermé dans un endroit si désolé. Lucius n'avait jamais été un sybarite(2), mais il avait toujours apprécié les plaisirs charnels. Ce qui lui manquait beaucoup maintenant. De plus, les jours étaient longs mais il se refusait à donner en spectacle et créer des ricanements chez les gardes en se libérant d'une manière qui ne lui avait plus était nécessaire depuis l'âge de seize ans. Mais la nuit, quand la frontière entre les rêves et la mémoire est floue, ses mains et son esprit vagabondaient; il pouvait parfois presque sentir la douceur des seins délicats de Narcissa toucher sa poitrine, les cuisses de sa femme serrées autour de lui alors qu'il s'enfonçait en elle; d'autres fois, c'est la tension du dos musclé de Marcus qu'il semblait sentir contre lui, sa mains serrée autour du sexe de son amant pendant qu'il s'introduisait en lui; et à la lumière du jour suivant il était incapable de dire laquelle de ses fantaisie le soulageait le plus.


(1) 'my slippery friend' : 'slippery' pouvant être 'fuyant', 'instable', 'lubrique' et 'obscur'. J'ai choisi 'fuyant' parce que c'était le plus neutre mais quand on pense à Marcus ça pourrait très bien être 'lubrique', ou 'instable' parce qu'il n'est pas totalement fidèle, et 'obscur' parce que c'est évident. Mais 'fuyant' étant le premier sens que m'a donné mon cher dico...

(2) Sybarite, selon mon dictionnaire 'personne qui mène une vie facile et voluptueuse'.


La suite en début septembre.