Chapitre 2: Premières âmes

Les deux jeunes filles restèrent ainsi durant ce qui leur sembla être des heures, ou en tout cas suffisamment longtemps pour qu'elles soient calmées lorsque les trois chasseurs revinrent victorieux avec ce qui ressemblait à un petit chevreuil. Loah n'en avait jamais mangé et était curieuse quand à son goût. Kieren, quand à elle, sortit un grand couteau de son sac et commença à dépecer la bête. C'est à cet instant que Loah se rendit compte qu'elle n'était absolument pas faite pour travailler la viande.

Elle s'éloigna en courant, laissant les autres s'en occuper, croisant Elmoah et Torbigeta qui semblaient avoir découpé un arbre entier et qui revenaient avec des rondins plein les bras. Elle manqua de les percuter, puis s'arrêta au bord de l'eau, se concentrant sur le flux continu du ruisseau pour chasser les images de sang giclant partout. Elle commençait à se calmer enfin lorsque deux mains vinrent se poser sur ses épaules, lui arrachant un cri, la faisant se relever brusquement. Elle sentit alors une douleur vive au sommet de son crâne, mais ce ne devait être rien en comparaison du clavat qui se tenait la bouche, une expression terrible sur le visage. Paniquée, Loah se dirigea vers Elmoah avant de se figer lorsqu'une douce lumière bleu-vert partit de ses mains pour l'envelopper complètement. Ses traits se défigèrent alors, et il cracha un flot de sang par terre avant d'aller se rincer la bouche dans la rivière. Loah le regardait faire un peu pétrifiée, c'était forcément de la magie, mais elle n'avait jamais vu quiconque en utiliser sans magilithes. Elmoah lui lança un regard furieux en revenant de la rivière, et elle baissa les yeux, n'osant pas le regarder, elle ne vit que ses bottes en cuir s'arrêter devant elle et elle ferma les yeux d'appréhension. Aussi, lorsqu'elle sentit qu'il s'était juste planté devant elle sans rien faire, elle releva timidement la tête pour croiser son regard à la fois furieux et rassuré.

_Quand on blesse quelqu'un, la moindre des choses c'est de s'excuser, et on ne cours jamais ainsi sans raison. J'ai cherché des monstres pendant au moins cinq minutes avant que Kieren ne me dit que tu t'étais enfuie quand elle avait dépecé le chevreuil.

_J..je suis désolée...

_Et il va falloir te faire à la vue du sang, par ce que quand on tranche la tête d'un gobelin c'est bien ce qui giclera.

Loah ne put réprimer une grimace de dégoût. Elle savait qu'elle devrait s'y faire, mais elle n'avait jamais été confrontée à plus qu'une coupure jusqu'à présent, et elle devait bien avouer qu'elle n'était pas du tout enthousiasmée par l'idée d'égorger quoi que ce soit.

_Enfin bon... retourne plutôt voir Kieren et les autres qui s'inquiètent. Dans une caravane on est pas huit, on est un. Si l'un d'entre nous a un problème on en a tous un. C'est compris ?

_Heu.. oui... Elmoah...

C'était la première fois qu'elle prononçait son nom, et elle se sentit légèrement rougissante. Pourquoi fallait-il que ça lui arrive maintenant. C'est vrai qu'il était assez intimidant, mais ce n'était pas une raison pour bafouiller. Elle avait envie de lui crier qu'elle avait compris, mais elle ne put que baisser les yeux et attendit que le clavat parte pour aller retrouver la cuisinière.

Tous la regardaient avec une drôle d'expression, et elle sentit ses joues s'empourprer au moins autant que lorsqu'Elmoah l'avait engueulée. Elle bafouilla ses excuses et la plupart se désintéressèrent d'elle. Elle entendit leur chef appeler le Yuke pour allumer le feu, les chasseurs sauter dans le ruisseau, et la douce voix de Kieren l'appeler. Elle releva le menton et se dirigea vers l'établi de fortune qu'elle avait monté pour découper la viande. Loah se força à sourire malgré les vertiges qu'elle avait en voyant la flaque de sang et l'odeur forte qui s'en dégageait. La peau et les os étaient déjà placés en petit tas informe avec la tête, et la Clavat avait enfilé une pièce de cuir qui était complètement souillé de tâches de sang qui ne devaient pas dater d'hier. Luttant contre l'envie de vomir qui s'instillait en elle, elle s'efforça de penser à son frère qu'elle aimait tant.

_Tu es sûre que ça va Loah ? Tu es vraiment pâle...

_Oui ça.. ça va.. J'ai juste... Elle eut un léger haut le cœur, qu'elle dissimula en hoquet du mieux qu'elle put. J'ai juste un léger hoquet, ça va passer.

_Ha.. tant mieux. Dis, tu pourrais enterrer la carcasse pour éviter que l'odeur n'attire les monstres ?

Loah jeta un coup d'œil à la masse sanguinolente qui la regardait d'un œil vitreux, et pensa à toutes les choses qu'elle aimait dans ce monde, depuis le raisin coloré jusqu'au chatoiement d'une étoffe bien tissée, et commença à creuser le sol rougeâtre, humidifié par le sang. La petite pelle qu'elle utilisait lui faisait l'effet d'un couteau de boucher, et elle avait l'impression d'enterrer un peu d'elle avec ces restes.

_Ha, c'est délicieux, j'en reprendrais bien un morceau !

Le Lilty dévorait les bols de ragoût les uns après les autres. Loah peinait à finir le sien, à peine un morceau de viande se montrait qu'elle revoyait la chair sanguinolente et informe qu'elle avait dû enterrer.

Alors qu'elle enterrait les abats, elle avait fini par céder et elle avait vomi le peu que contenait son estomac. Heureusement Elmoah n'avait pas été là et seule Kieren l'avait vue et avait promis de ne rien répéter pour ne pas l'accabler d'avantage. D'ailleurs à son tour elle avait essayé de lui remonter le moral, lui caressant le dos en lui disant que ce n'était pas grave et que Loah n'était tout simplement pas faite pour ça. D'ailleurs elle lui faisait un petit sourire encourageant et posa sa main sur la sienne qui tremblait légèrement. Elmoah, qui était assis de l'autre côté, lui tapota l'épaule. Personne d'autre n'avait rien remarqué.

_Allons, ça ne sert à rien de déprimer maintenant, reprit le clavat, tu pourras commencer à déprimer si nous n'avons rempli qu'un tiers du calice dans six mois. Mange maintenant, sinon tu ne tiendras jamais plus d'une semaine vu que tu n'as quasiment pas de réserve.

Loah se mit à rire. Elle ne savait pas si c'était la remarque désabusée du clavat ou ses nerfs qui lâchaient, mais elle rit jusqu'aux larmes, alors que tout le monde la regardait, elle n'arriva à se calmer que plusieurs minutes plus tard. Tout le monde la regardait, ils devaient sans doute la prendre pour une folle, mais tant pis. De toute façon elle n'avait jamais été faite pour cela. Peu importait qu'on soit la plus agile ou la plus forte si on s'évanouissait à la première goutte de sang. Elle s'endormit tout de suite après manger, les paroles des autres caravaniers autour du feu se mêlant dans un étrange murmure apaisant.

Lorsqu'elle se réveilla les étoiles brillaient et la lune était haute dans le ciel. Quelqu'un l'avait mise dans sa couverture, et au bord du feu elle crevait de chaud. Elle se sortit de sa couverture, mais fut immédiatement assaillie par la froideur de l'air nocturne et se ré-emmitoufla dans sa couverture avant de remarquer que le chef de la caravane était assis sur le bord du chariot et la regardait. Ses yeux reflétaient les braises encore rougeoyantes et lui donnaient un air inhumain. Ils restèrent ainsi en chiens de faïence un petit moment, avant que Loah ne détourne le regard et se retourne pour essayer de s'endormir. Mais le regard du clavat lui brûlait encore plus le dos que le feu de camp qui s'éteignait peu à peu. Elle finit par abandonner l'idée de se rendormir et se releva pour s'asseoir à côté d'Elmoah sans un bruit, sa couette sur les épaules.

_Tu devrais sans doute rentrer maintenant, tu as beau avoir été sélectionnée, tu ne tiendras jamais le coup sur la route. Un poids mort est plus dangereux qu'une personne de moins.

Loah resta silencieuse, pensant à ce que lui disait le clavat. Il avait sans doute raison, mais d'un autre côté, elle avait envie de prouver à tout le monde qu'elle pouvait réussir. Sa fierté ne souffrait pas d'abandonner dès le premier jour. Et puis à force, elle s'y ferait forcément non ? Elle n'aurait qu'à se tenir éloignée de la cuisine. En tout cas elle ne pouvait pas rentrer, elle ne voulait pas rentrer, elle aurait trop honte d'elle-même pour ça. Et puis elle ne supporterait pas de voir les gens la regarder comme si elle était faible.

Elle se sentit toute drôle de penser ça, c'était à l'opposé de son caractère habituel, toujours posée et réfléchie. Mais sa mère lui avait toujours dit de suivre son cœur sans quoi elle le regretterait toujours.

_Non... Je vais rester, je suis sûre de tenir le coup...

Elle avait parlé d'une voix qui tremblait un peu, mais elle essaya de se montrer assurée. Ce fut au tour du clavat de rester silencieux. Elle en profita pour le détailler du plus près.

Perdu dans ses pensées il avait un petit air mélancolique qui le rendait plus humain, et malgré la balafre qu'il avait sur la joue, il était plutôt séduisant. Loah se mit à rougir, pourquoi elle pensait un truc pareil ? Elle ne s'était jamais intéressée aux garçons... La lueur du feu dissimulait son embarassement, mais elle n'osait plus relever les yeux, et encore moins le porter sur le garçon à ses côtés. Il finit par reprendre la parole.

_Tu as déjà utilisé la magie ? Si tu n'es pas capable de faire couler le sang par les armes il faudra bien que tu te rendes utile d'une autre manière. Généralement c'est trop dangereux pour une débutante comme toi, mais c'est mieux que quelqu'un qui hésite au moment crucial.

_Je.. je n'ai jamais utilisé la magie...

_Tu veux apprendre ?

Loah tourna son regard vers le clavat qui la regardait droit dans les yeux. Les lueurs orangées du feu de camp se reflétait toujours dans ses yeux, et créait des ombres irréelles sur son visage. Il avait de moins en moins l'air humain, mais Loah ne pouvait pas refuser. Il lui avait clairement fait comprendre que si elle ne pouvait pas se battre, il serait capable de l'emmener de force jusqu'au village. Elle répondit alors d'une voix plus faible qu'elle ne l'aurait voulu.

_O-oui... puis elle rajouta, s'il te plaît.

Le clavat s'enfila ensuite dans le chariot et fouilla dans son sac avant de lancer un petit objet qui brillait légèrement dans l'obscurité. Loah l'attrapa au vol et le regarda de plus près. C'était une pierre rouge grosse comme une cerise, enchâssée dans une broche en métal en forme de croix. Le bijou était assez joli, mais ce qui le rendait vraiment beau c'était les reflets de la pierre, comme si le feu de camp ne se reflétait pas sur sa surface, mais provenait des profondeurs sanguines du joyau.

_Elle est belle n'est-ce pas ?

Loah sursauta. Elle était tellement absorbée par l'étrange objet qu'elle en avait oublié la présence du clavat. Cependant le ton caressant du clavat était dérangeant. Elle frissonna légèrement.

_C'était une bague, mais je l'ai faite monter en broche par un artisan de Marr il y a trois ans. La perle est un magilithe éternel, il ne disparaîtra jamais. Comme j'en ai deux je te la prête, et puis je n'aime pas trop le feu depuis que je suis allé à Kilanda.

Loah bafouilla un remerciement, elle n'avait jamais entendu parler d'un truc pareil, mais il faut dire qu'il n'y avait jamais de caravanes qui passait à Sanoria, et que leurs caravaniers évitaient de raconter leurs souvenirs. Reportant son attention sur le bijou, Loah fut surprise de remarquer qu'il n'était pas froid, comme une pierre ordinaire. Il était plutôt chaud. Il était même brûlant ! Elle le lâcha en poussant un petit cri. La pierre qui s'était mise à rougeoyer s'éteint dès qu'elle toucha le sol, et le clavat la regarda avec un sourire moqueur.

_Voilà ce qui arrive quand on joue avec le feu.

_Mais je n'ai rien fait, protesta Loah, il est devenu chaud tout d'un coup.

_C'est par ce que tu l'as laissé se chauffer sans le contrôler. Il faut visualiser l'endroit que tu veux chauffer et relâcher tout d'un coup. Le clavat se leva et mit deux bûches dans le feu. Essaye de rallumer le feu.

Loah descendit du chariot et reprit le bijou dans la poussière. Elle le mit dans sa main et le sentit se réchauffer. Elle essaya de ressentir la chaleur et de la déplacer, mais lâcha le bijou qui avait laissé une trace rouge en forme de croix dans sa main.

_Je n'ai jamais dit que ce serait facile. C'est comme tenir une braise dans sa main. Mais le bijou n'est qu'une porte entre ton esprit et la Magie.

Loah réessaya encore, et encore. Une cloque s'était formée au cœur de sa paume droite, et elle était en train de faire subir la même chose à la gauche, quand soudain elle vit un cercle rouge devant elle. Elle lâcha le bijou et le cercle disparut aussitôt.

_Qu'est-ce qu'il y a ? Tu t'es encore brûlée ? Dit le clavat d'un ton blasé.

_N-non, c'est juste que... Tu n'as pas vu un cercle rouge ?

Le clavat eut l'air satisfait de la remarque car il souriait et descendit du chariot où il s'était assis pour la regarder se brûler.

_Le cercle n'est pas réel, tu ne peux le voir que lorsque tu as atteint la magie. Réessaye et concentre-toi sur les bûches, puis relâche tout.

La selkie réitéra et vit le rond rouge se matérialiser pour la seconde fois. Elle le dirigea vers le foyer, elle sentait la chaleur du bijou qui montait, mais elle n'était pas brûlée, elle n'existait plus, n'était plus qu'une porte ouverte. Ce sentiment de sérénité totale qui l'envahit la fit perdre le contrôle.

Une énorme flamme jaillit du néant de la nuit, sa lueur enveloppa les deux bûches et le Clavat qui se tenait au bord du foyer. La chaleur était intense et elle avait l'impression que son visage allait fondre. La lueur intense avait fait ensuite place aux ténèbres. Elle ne voyait plus rien, elle entendait des cris, du bruit partout, mais elle restait là, inerte. Elle n'avait plus qu'une image en tête, celle du clavat qui était debout au bord de l'âtre, attendant qu'elle démarre un petit feu. Des larmes coulaient de ses joues, le bijou reposait par terre.

Une douleur violente lui fit reprendre connaissance. Elle sentait sa joue lui faire mal, elle commençait à retrouver la perception du monde extérieur. Les couleurs floues revenaient à ses yeux, et les sons retrouvaient un sens. En face d'elle se trouvait Elmoah qui venait de lui mettre une baffe. Elmoah n'avait strictement rien, pas même une trace de brûlé. Loah ne comprenait pas, elle hallucinait sans doute. Une deuxième baffe lui fit prendre sur elle. Il était rare qu'une hallucination puisse mettre deux baffes.

_Abrutie ! Tu as voulu me tuer ou quoi ?

La caravane au complet la regardait. Elle essuya ses larmes machinalement du revers de sa main. À genoux devant le Clavat on aurait dit une condamnée devant son bourreau. Il avait dû comprendre que quelque chose n'allait pas, par ce qu'il se calma aussitôt et s'agenouilla devant elle pour la prendre dans ses bras.

_C'est fini, regarde je n'ai rien.

Loah, toujours à moitié inerte, ne put que pleurer doucement et s'endormit ainsi.

Le lendemain matin Loah fut réveillée une fois de plus par Kiara qui la secouait alors que tout le monde commençait à ranger ses affaires. Un peu affolée, elle se leva en quatrième vitesse, en évitant d'assommer sa compagnonne cette fois-ci, et réussi à tout empaqueter en un temps record, ce qui ne l'empêcha pas de finir sa collation du matin la dernière.

_Tout le monde est prêt ? Ce serait bien qu'on arrive à l'ancienne route de la Rivière Belle ce soir. Normalement il y a une maison de mog qui pourrait nous héberger pour la nuit. Mais ne pensez pas que vous dormirez dans un lit un soir sur deux, vous vous mettriez le doigt dans l'oeil !

Un peu léthargique, Loah suivit le mouvement de la caravane sans réellement participer. Elle finissait sa nuit en marchant, en quelque sorte. Ce ne fut pas avant que le soleil soit haut que Gul vint lui parler.

_Au fait Loah, il s'est passé quoi ? Tu sais que tu nous a fait peur hier soir...

Loah mit quelques secondes pour émerger, quelques secondes supplémentaires pour connecter les neurones de son cerveau embrumé avant de répondre.

_Je m'entraînais à la magie et j'ai dérapé, j'ai cru que j'avais transformé Elmoah en grillade

_Une grillade ?

Sursautant, Loah et Gul se retournèrent pour voir Miya les regarder avec intérêt.

_Au fait Loah, tu te sens mieux ? Faudrait pas que tu nous claque entre les doigts. Je sais pas trop ce qui s'est passé hier soir mais faut faire gaffe avec la magie. Mon cousin Wilfried s'est congelé lui-même. Ma tante ne veut plus voir un magilithe depuis.

_Oui oui, merci de t'inquiéter, mais ça va mieux, vraiment.

_Tant mieux, tant mieux, et pourquoi vous parliez de grillades ?

_Par ce que...

_Quelqu'un a parlé de grillades ? Cette fois c'était Erin qui se mêlait de la conversation. J'adorerais pouvoir manger des grillades, mais ça demanderait trop de temps...

_Ho oui, surtout avec les pousses d'oignon et...

Loah profita de ce que les carnivores discutaient grillades pour éclipser sur le côté de la charrette. Elle pensait encore à ce qui s'était passé cette nuit. Ce qu'elle avait ressenti en pensant avoir tué Elmoah. Elle mit les mains dans ses poches et sentit quelque chose au fond. Elle en ressortit la broche de feu. Son premier réflexe fut de la lâcher, mais elle la ramassa promptement. Prise d'une curiosité morbide elle examina le bijou à la lueur du jour. Elle n'était pas forgeron, mais la partie métallique n'était pas faite d'une matière qu'elle connaissait. Et à la lumière du soleil, la pierre rouge et lisse resplendissait de tous ses feux. Elle sentit à nouveau la broche lui chauffer les mains et elle la rangea. Elle ne voulait plus jamais avoir affaire avec ce bijou, elle le rendrait à Elmoah.

La journée se passa sans encombres. Le paysage plat et morne ne laissait pas la place à la surprise, et les reliefs les plus élevés qu'ils voyaient étaient des arbres plantés en bosquets épars sur la plaine. Au loin, reflétant le soleil, un grand serpent s'étendait en parallèle à leur route, la Rivière Belle qui se jetait dans la mer à Sanoria. Les abords de la rivière étaient dangereux, c'est pour cela que la route s'étendait à une distance respectable.

Le soleil avait à présent bien entamé sa descente vers l'horizon, et le paysage se faisait un peu plus vallonné, et la végétation se faisait plus dense. La rivière était à présent presque entièrement masquée par des arbres, et le chemin pavé se bordait de nombreux majestueux végétaux. Alors qu'ils arrivaient à l'ombre d'un bosquet, leur chef les firent s'arrêter.

_Bon, on va s'arrêter une heure. On est plus loin que ce que je pensais de la rivière, donc il nous faudra marcher une partie de la nuit aussi, mais on ne tiendra jamais le coup sans une pause.

Soupirs et grommellements accueillirent la nouvelle, mais tous les caravaniers s'écroulèrent assis par terre sous l'ombre fraîche des arbres. Leur gourde à la main, un peu de viande ou de fruits secs dans l'autre. Discutant tranquillement, profitant du court répit.

Éreintée, Loah s'assit contre un arbre, et ferma les yeux, s'endormant aussitôt.

Elle fut réveillée après ce qui lui sembla quelques secondes par Elmoah passablement irrité.

_Debout ! On repart tout de suite !

Sans avoir réellement eu le temps d'émerger, elle se retrouva sur ses deux pieds à suivre la caravane, aussi fraîche qu'un cadavre. Dans son esprit embrumé elle ne suivait pas réellement ce qui se passait autour d'elle, rêvassant à moitié, dormant de l'autre moité. Un yuke aurait pu danser nu devant elle avec un gobelin sans qu'elle ne le remarque vraiment. Après ce qui lui apparut comme un siècle ou bien une seconde ils s'arrêtèrent de nouveau, cette fois au milieu d'un champs. Le doux clapotis de l'eau coulant paresseusement se faisant entendre. Loah s'écroula littéralement pour finir sa nuit, elle entendit des voix, mais son corps refusait de bouger et elle sombra dans un sommeil profond.