Merci à tous pour vos reviews et vos encouragements ! Ça fait chaud au cœur, et c'est une source merveilleuse de motivation. Merci beaucoup.

On m'a plusieurs fois posé la question du rythme de parution… malheureusement, je ne peux rien promettre. Au minimum un chapitre par mois, je m'y engage ! Au maximum… pas de limite. Un par semaine je suppose, le temps d'écrire et de relire. Tout dépendra de l'inspiration et du temps à ma disposition.

Pour le cadre de cette histoire, je conseillerai à ceux qui ne sont pas familier avec cette époque de regarder le film « Shakespeare in love » pour une illustration divertissante de l'époque et des théâtres élisabéthains comme celui décrit dans le premier chapitre.

J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira autant que le premier. Bonne lecture!

.

Chapitre 2

"Your brain is as dry as the remainder biscuit after a voyage"

W. Shakespeare, Comme il vous plaira

Un passant, ce jour-là, aurait été surpris par l'agitation dans les rues du Sud-Est de Londres. En effet, s'il était plutôt commun de voir de temps à autre un voleur se faire pourchasser par les autorités, il était plus rare d'en voir un pourchassé par un groupe de nobles.

Le spectacle, de prime abord, était assez cocasse.

Tandis que le jeune homme, grâce à sa petite silhouette, se faufilait habilement parmi les badauds et les échoppes, et semblait être familier avec son environnement, ses poursuivants avaient plus de mal. Ils étaient ralentis, non seulement par leurs épées encombrantes et leurs vêtements plus bouffants, mais aussi par les gens et les vendeurs qui n'avaient pas manqué de remarquer leur statut, et l'opulence qu'ils dégageaient. De partout, on mendiait, on les invitait à entrer dans un établissement, on cherchait à attirer leur attention sur un article…

Mais ce n'était que de prime abord. Une observation plus minutieuse révélait une situation bien moins amusante.

Car ces nobles-là ne se gênaient pas pour avoir recours à la violence. Un mendiant trop insistant ? Une prostituée trop effrontée ? Un marchand trop téméraire ? Au mieux ils les rejetaient violemment. Au pire, ils distribuaient des coups qui laisseraient des marques pour un certain temps, ou rendaient un doigt ou deux inutilisables. Et c'est bien parce qu'ils n'avaient pas le temps de dégainer leurs armes que le sang n'avait pas encore coulé. Comment ces chiens osaient-ils les toucher ?

Harry avait bien conscience de la brutalité de ses poursuivants Les cris de surprise et de douleur derrière lui ne lui avaient pas échappés. Il devançait peut-être ces gens de la haute, mais la distance qui les séparait n'était pas assez grande à son goût. Pour dire vrai, il était assez surpris de ne pas encore avoir réussi à les semer. Il pensait les perdre dans la foule, il pensait qu'ils seraient désemparés devant la réalité de la classe populaire, mais ils se révélaient plutôt coriaces pour des gens élevés dans la soie. Quoi qu'il en soit, il ne pouvait pas se permettre de reprendre son souffle ne serait-ce que pour une seconde. Il ne doutait pas que s'il était pris, ce serait plus que des bleus ou des doigts cassés qu'il récolterait; sa punition serait plus… permanente.

Peut-être était-il temps de recourir à sa petite astuce ? Non. Pas si tôt. Mieux valait garder un as dans sa manche au cas où la situation devenait vraiment problématique. En plus, il était toujours exténué après l'avoir utiliser, et si jamais ces hommes parvenaient tout de même à le rattraper, alors s'en serait fini de lui.

Heureusement, il avait un autre atout indéniable : il connaissait ces quartiers de Londres comme sa poche. Ce n'est pas vraiment comme s'il avait pris du plaisir à en étudier les moindres recoins, comme s'il était partit en exploration, comme tant d'enfant le font. Non, entre cinq et neuf ans, quand il avait été voué à lui-même, savoir quel chemin menait à un cul-de-sac ou pas était une question de vie ou de mort. À cette époque, il n'était pas encore aussi habile au vol à la tire, il fallait donc qu'il parvienne à perdre ses poursuivants occasionnels le jour. Et la nuit… la nuit il y avait d'autres monstres qu'il fallait fuir. C'était à ses dépens qu'il avait appris cette leçon.

En tout cas, une nouvelle fois, il ne pouvait que se féliciter d'avoir pris la peine de parcourir et de mémoriser ces allées. Il savait exactement où il allait, et avait déjà imaginé un plan. Oui, il serait bientôt débarrassé de ces noblaillons.

Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, vérifiant s'ils le suivaient toujours de près, et tourna à gauche au prochain coin, s'engageant dans une sombre ruelle en pavés bordée de maisons à colombage et en torchis.

Une ruelle qui se révélait être une impasse.

Il s'arrêta en plein milieu de l'étroit passage, suivis de près par ses poursuivants qui s'immobilisèrent à quelques mètres de lui, certains essoufflés, d'autres souriant à pleines dents d'un air satisfait. Mais tous avaient de la sueur sur le front, preuve de l'effort physique que cette course leur avait demandé. Bien. Savoir qu'il leur avait donné à tous du fil à retordre lui procurait une certaine satisfaction.

Enfin, peut-être pas tous. Il avait pensé un peu trop vite.

L'avantage, et le désavantage de cette ruelle, était sa largeur. Elle était si étroite que deux hommes adultes auraient du mal à se tenir côte à côte sans être compressé l'un contre l'autre. Le bon côté, c'était qu'il était sûr de ne pas être entouré, d'être attaqué par derrière. Le point plus problématique c'était qu'il n'y avait, en apparence, qu'une seule voie de sortie et que celle-ci était actuellement complétement obstruée par des nobles, presque alignés en file indienne. Aussi, il n'était pas surprenant qu'il n'ait pas tout de suite remarqué l'homme aux yeux rouge qui se tenait en queue de peloton.

Les autres nobles durent se déplacer pour lui faire place, jusqu'à ce qu'il vienne se placer devant eux, faisant face à Harry. Ce dernier pu étudier le visage du noble avec plus d'attention que lors de leur première, et bien brève, rencontre.

Il avait des traits ciselés : des pommettes hautes, un nez fin et droit, le teint pâle. On ne pouvait nier sa beauté, mais le seul mot qu'Harry aurait utilisé pour décrire cet homme en général était « cruel ». Car la beauté dont il était doté était la même que celle de Lucifer. Une beauté qui vous attire pour mieux vous trainer dans les fin fonds de l'enfer. En plus…

Il n'y avait pas une goutte de sueur sur son front.

Pire, il affichait même un sourire hautain et amusé, comme si poursuivre Harry n'avait été qu'un jeu d'enfant pour lui, une frivole partie de chasse.

Si c'était ce qu'il pensait, Harry n'allait pas le contredire. Pas encore du moins.

« Tu es bien téméraire gamin… » La voix de l'homme était de velours, et pourtant indéniablement ferme, autoritaire. Elle s'accordait parfaitement à son physique. « Ton petit tour pendant la pièce était amusant, et je n'en ai que faire si tu t'en prends à ces piètres excuses d'êtres humains…mais si tu es assez stupide pour t'attaquer à moi, Lord Marvolo Riddle, c'est une toute autre histoire. »

Il dit tout cela d'un ton très calme, son sourire toujours sur les lèvres, mais Harry put déchiffrer un éclat de colère au fond de ses yeux rubis. Alors comme ça il l'avait remarqué depuis le théâtre ? Mince, cet homme était d'une toute autre trempe que ceux qu'il allégeait de leurs bourses habituellement. Il fallait vraiment qu'il fasse quelque chose à propose de son impulsivité à l'avenir.

« Pas très bavard n'est-ce pas ? Ou est-ce la peur qui t'empêches de parler ? » Reprit l'homme après quelques secondes passées sans qu'Harry ne prononce le moindre mot. Les autres nobles ricanèrent.

Riddle fit un pas en avant, réduisant la distance entre Harry et lui. Le jeune homme se tendit.

« Quel est ton nom, gamin ? » demanda le noble.

« …Walter Parck » répondit Harry d'un faux air contrit. Il savait depuis longtemps que donner un faux nom était plus efficace que refuser de répondre. Les gens étaient satisfaits sur le moment et vous laissaient tranquille, sans que cela ne vous engage à rien à l'avenir.

« Menteur. » Malheureusement, tous n'étaient pas assez naïfs pour tomber dans cette petite combine. « Enfin, ton nom n'a pas vraiment d'importance. Ce que je veux, c'est récupérer ce que tu m'as dérobé gamin. Rends-moi mon bien. »

En énonçant cet ordre, Riddle avait baissé les yeux, capturant le regard d'Harry et plongeant dans les deux émeraudes. Le regard de l'homme était d'une telle intensité que le petit brun sentit le début d'une migraine apparaitre.

Néanmoins, il parvint à répondre, le menton bien haut et le dos droit : «Pardonnez-moi Messire. Je crois que je vais garder votre bourse. Prenez-ça comme un payement pour m'avoir fait autant courir. »

Il entendit des hoquets de surprise provenant des autres nobles, et vit passer un rapide éclat de surprise dans les yeux de l'homme qui lui faisait face. Surement n'avait-il pas l'habitude que l'on refuse de lui obéir. Mais cet éclat disparut, et à la place naquit une lueur d'intérêt qui fit briller ces deux orbes comme si elles étaient réellement faites de pierre précieuse.

« Ton audace est rafraîchissante, mais je me dois d'insister. Je puis même te promettre que si tu me rends ce qui m'appartient sans faire davantage d'histoire, je ne te livrerai pas aux autorités. » Susurra Riddle d'un ton doucereux.

Oh non, Riddle n'allait pas le livrer aux gardes, ça Harry le savait depuis que l'homme avait ouvert la bouche. Non, cet individu était du genre à laver son linge sale en famille. Pourquoi mêler un intervenant extérieur à ses affaires quand il pouvait lui-même s'en charger, de la façon qui lui plaisait ? Non, il n'allait pas le livrer aux gardes, tout simplement pour pouvoir punir Harry comme il seyait. Et Harry était prêt à parier que la corde de chanvre serait un acte de clémence en comparaison avec ce que Riddle gardait en réserve pour ceux qui l'offensaient.

Le noble était comme un serpent. Un serpent qui se tapit au sol, qui reste calme quand vous passez à proximité, quand vous pensez ne pas de devoir le craindre, pour enfin, au moment où vous vous y attendez le moins, frapper et vous infuser son venin mortel. Harry en avait bien conscience. Ce n'était pas évident, mais pour lui qui était habitué à analyser la posture des gens, tout dans l'allure du Lord et dans ces mouvements transmettait ce message. Dès qu'Harry lui rendrait ce qu'il lui avait volé, l'homme frapperait, soudainement, sans prévenir, comme le serpent qu'il était.

Il était temps de sortir l'as de sa manche.

Il soupira. «Si vous insistez tellement, je ne crois pas avoir beaucoup d'autres choix. Très bien, je vais vous la rendre… » Il sortit lentement une bourse verte de sa poche, sous le regard attentif de Riddle. « … j'espère juste que vous n'avez rien de trop fragile là-dedans, ou que vos larbin ont de bons réflexes ! »

Et sur ce, il lança la bourse en l'air. Tous les nobles la suivirent du regard. Elle passa au-dessus de la tête de leur meneur, trop haute pour qu'il ne puisse l'attraper, et tomba plus loin. Ce fut le noble aux cheveux noirs et bouclés qui l'attrapa.

« Je l'ai My Lord ! » s'exclama-t-il, tout excité, en agitant la bourse dans sa main.

« Bien Mucilber. Gardes la moi un instant, veux-tu ? J'ai encore une petite affaire à régler avec notre jeune ami… »Dit-il en se retournant, bien déterminé à faire payer le petit insolent maintenant que son bien était en main sûre.

Mais Harry n'avait pas perdu de temps. Dès qu'il avait jeté la bourse, et que tous les regards l'avaient suivie, il s'était mis à courir vers le mur qui fermait la ruelle.

Pendant sa course, il se concentra. Il focalisa son attention sur les muscles de ses cuisses, sur ses biceps, ses mains. Il concentra son énergie en ces différents endroits. Lorsqu'il sentit son flux énergétique interne se mettre en mouvement, et répondre à ses attentes, il sauta.

Les nobles, ayant reporté leur attention sur lui, avaient commencé à lui courir après, mais ils furent interrompus dans leur élan quand ils virent Harry se servir du mur comme d'un tremplin, pour ensuite rebondir sur la façade de la bâtisse à sa gauche, puis agripper le rebord en bois de la fenêtre de la maison à droite. Ils crurent qu'il allait se glisser à l'intérieur de l'habitat, et certains faisaient déjà demi-tour pour faire irruption chez l'habitant, mais le jeune homme fit tout autre chose.

Défiant les lois de la gravités, il sauta de la fenêtre, et se propulsa jusqu'au toit voisin. Il n'en attrapa la charpente que du bout des doigts. Un des nobles fit la remarque qu'il allait s'écraser au sol mais contre toute attente, révélant une force insoupçonnée chez une personne d'une silhouette si frêle, il se hissa sur le toit.

Et disparut de leur champ de vision.

Tous restèrent bouche-bée. Pendant quelques secondes, le silence régna en maître.

Puis, lentement, avec hésitation et plein d'appréhension, les nobles baissèrent les yeux vers leur meneur.

Celui-ci se tenait immobile au milieu de la ruelle. Il ne quittait pas des yeux le dernier endroit où le jeune homme avait été vu. Son visage ne portait pas l'expression de colère à laquelle ses serviteurs s'attendaient, mais une avidité pure. Comme celle que l'on verrait, des années plus tard, chez les hommes qui découvriraient pour la première fois de l'or au fond d'une rivière du nouveau continent.

Il resta ainsi un instant.

Ses subordonnés commençaient tout juste à se détendre, rassurés que leur Lord ne sois pas fou de colère et que de ce fait, leur mort soit reportée, quand Tom Marvolo Riddle se tourna soudainement vers eux.

« Mucilber ! Ma bourse ! » Ordonna-t-il, sans hausser la voix mais d'un ton ferme.

« Oui, Maître ! » Le noble s'avança et fit une révérence, tendant respectueusement la petite pochette verte. Riddle la prit, et se figea sur l'instant.

Les autres nobles, sentant le changement chez leur Lord, se tendirent. Seul Mucilber ne sembla pas prendre conscience de son étrange réaction et leva les yeux, une expression satisfaite sur le visage.

Celle-ci s'effaça rapidement quand il remarqua le regard furieux que Riddle lui lançait.

BAM. Un coup de botte de la part de l'homme à son menton, et il s'affaissait à terre, tombant sur le dos. Ladite botte vint se placer sur son sternum et s'y appuya de tout son poids, lui coupant le souffle.

« Lucius ! » Aboya l'homme aux yeux rouges maintenant comparables aux flammes de l'enfer, tant une rage brûlante consumait leur propriétaire.

Le noble aux cheveux blond s'avança, et s'agenouilla devant son maître, gardant le silence mais posant un regard inquisiteur sur l'homme qui se dressait devant lui.

« Prend ça ! » Dit Riddle, en lui lançant la bourse. Dès qu'il l'eut en main, Lucius comprit. Oh, cette erreur allait coûter très cher à Mucilber. Sans aucun doute. Et justement…

« Dis-moi Mucilber… » Commença le terrifiant Lord. Il augmenta encore la pression sur le torse de son serviteur. « Y a-t-il eu tant de mariages consanguins dans ta famille que tu en es le triste résultat ? Ou ta nourrice t'a t'-elle fait tomber quand tu n'étais qu'un marmot, limitant irrémédiablement ton potentiel cérébral ? Il doit bien y avoir une raison expliquant que tu n'aies pas remarqué ça !» Il reprit la bourse des mains de Lucius dans un mouvement sec, dénoua la petite cordelette, et déversa le contenu de la sacoche sur le visage de l'homme sous ses pieds.

L'homme à terre ferma les yeux, s'apprêtant à recevoir de lourdes pièces ou des joyaux sur la figure. Quelle ne fut pas sa surprise quand tout ce qui lui tomba dessus, ce fut quelques bouts de tissus hautement colorés.

Oh !

« Juste Oh ! Mucilber ? » dit Riddle, le ton sarcastique. Parfois, il avait l'impression que son Maître pouvait lire dans ses pensées.

« Crois-moi, je suis loin d'en avoir fini avec toi! » reprit l'homme. « Mais nous réglerons tout ça une fois de retour au domaine. Après tout, nous n'allons pas nous abaisser au niveau de ces vermines et nous battre comme des chiffonniers dans cette ruelle crasseuse et pestilente. Mais soit assuré que quand ce sera terminé, tu auras enfin quelques neurones dans cet espace vide où devrait normalement se trouver ta cervelle ! Bien sûr, un tel processus ne sera pas sans douleur, tu comprends n'est-ce pas ? »

Mucilber hocha difficilement la tête, et le poids sur son sternum disparut. « En parlant de vermine… » Riddle se tourna à nouveau vers Lucius.

« Contactes Queudver. Je veux qu'il mène une enquête sur notre petit acrobate. Le rat a une semaine pour me faire un rapport, et il vaudra mieux que celui-ci soit concluant. Pour vous tous! »

Il reporta son attention sur l'homme qui peinait à se relever.

« Quand à toi Mucilber, une fois ta punition reçue, tu surveilleras jour et nuit le marché noir et les antiquaires. Tu sais que si le contenu de ma bourse venait à disparaitre, ou à tomber entre les mains du premier venu, j'en serai profondément déçu… »

Inutile de terminer cette phrase. Tous ceux présents savaient que décevoir Tom Marvolo Riddle revenait à se condamner à l'enfer sur terre. Suivi de près par un allé simple pour l'enfer sous terre.

….

À l'insu des nobles qui quittèrent rapidement la ruelle, Harry n'était pas très loin.

Il se reposait sur un toit en chaume, deux maisons plus loin. Pour une fois, il appréciait le fait d'être de petite taille et en sous poids. Il faut dire que cette matière, faite à partir de paille, n'aurait peut-être pas supporté son poids s'il pesait une dizaine de kilos de plus.

Il ne pouvait que remercier la providence que ces hommes aient abandonné la chasse. Après sa prestation acrobatique, il n'aurait plus été en état de prendre la fuite il était exténué, ses muscles le lançaient et s'engourdissaient un peu plus seconde après seconde. Il n'avait pas d'autre choix que de rester là, allongé et immobile. Si ses poursuivants l'avaient découvert, il aurait suffi qu'ils aillent chercher une échelle ou mettent feu au toit. Il n'aurait rien pu faire, si ce n'est attendre qu'ils s'emparent de lui, comme un fruit mûr attend d'être cueillis.

Harry avait découvert cette qualité spéciale, à double tranchants, quand il vivait encore chez sa tante. Son cousin ne trouvait aucun intérêt dans les livres, et préférait passer son temps avec ses compères à pourchasser Harry. Un jour, tandis que le petit Harry fuyait, courant de toutes ses forces pour échapper à ses assaillants, il avait souhaité de tout son cœur être plus rapide. Son attention s'était portée sur ses jambes, déjà douloureuses par l'effort requis, et il se souvenait s'être imaginé qu'il avait des jambes aussi puissantes que celles d'un cheval, des jambes qui ne fatigueraient pas.

Il avait ensuite eut une drôle de sensation, comme s'il pouvait sentir le mouvement du sang qui coulait dans ses veines, et comme si ce sang se dirigeait vers la partie inférieure de son corps.

Tout à coup, la douleur dans ses jambes avait disparu. Et il avait accéléré. Il avait couru à une vitesse encore jamais vue auparavant.

Il avait réussi à semer son cousin, mais même quand il s'en était rendu compte, il n'avait pas pu arrêter ses mouvements. C'était comme si son corps était pris d'une volonté propre. Finalement, ce fut quand ses réserves d'énergies s'épuisèrent qu'il s'écroula. Après cela, il ne put se lever. Ce fut un patrouilleur qui le trouva le soir, et le ramena jusqu'à chez lui en le portant sur son dos.

Harry avait laissé de côté cet évènement pendant quelques temps, jusqu'à ce que le même scénario se déroule à nouveau. Après cela, il expérimenta. Il découvrit que ce n'était pas que ses jambes, mais toutes les parties de son corps qu'il pouvait optimaliser : quand il se concentrait sur ses bras, il pouvait porter des choses plus lourdes. Sur ses yeux, il pouvait améliorer sa vision Une fois, il avait réussi à faire des trous dans un mur en se focalisant sur ses doigts.

Ce pouvoir ne durait jamais bien longtemps cependant, et venait toujours au prix d'une extrême fatigue et de muscles douloureux. Il ne devait donc pas y avoir recours n'importe quand.

Aussi, en cet instant, il était complétement incapacité.

Au moins il ne pleut pas, se dit-il, se plongeant dans l'observation des nuages, seule activité à sa disposition.

….

Il reprit le contrôle de ses membres dans la soirée.

Avant de rentrer chez lui, un détour par la boulangerie s'imposait. Ginny serait certainement de retour du théâtre à cette heure-ci, et il devait s'excuser pour les bouts de tissus qui ne parviendraient jamais à sa mère.

Au fur et à mesure qu'il approchait sa destination, une délicieuse odeur de pain fraichement sorti du four emplissait ses narines. Son estomac gargouilla. Il n'avait pas mangé depuis la veille au soir.

Il arriva devant la chaumière et toqua.

Une dame à peine plus petite que lui, bien ronde et dotée d'une chevelure rousse où quelques cheveux gris avaient récemment fait leur apparition lui ouvrit la porte.

« Harry chéri ! » Elle le prit dans ses bras avant de faire un pas en arrière pour mieux l'observer.

« Tu vas bien ? Nous commencions à nous faire du souci pour toi. Ginny est rentrée il y a une bonne heure, et quand elle nous a dit que tu devais venir ici après avoir quitté le théâtre dans l'après-midi… »

« Je vais bien Mme. Weasley, ne vous en faites pas. »Dit-il en souriant. Cette femme était comme une mère pour lui. Il était convaincu que si elle n'avait pas déjà eu une famille si nombreuse, et si son mari et elle ne peinaient pas déjà à joindre les deux bouts, elle l'aurait adopté dès qu'elle l'avait vu, dix ans auparavant.

« Harry ! » S'écria une autre femme aux cheveux roux, mais plus jeune, en entrant dans la pièce.

« Ginny… tu sais que mon nom n'est pas un synonyme de bonjour, n'est-ce pas ? »

« Tais-toi un peu ! Tu as une idée de la frayeur que tu m'as faite ? Quand je sors du théâtre, le tenancier me dit que tu étais pourchassé par des hommes et quand j'arrive ici… »

« Pourchassé ? POURCHASSE ? » S'exclama Molly Weasley, perdant quelques couleurs. « Oh mon pauvre chéri ! Ils ne t'ont rien fait j'espère ? Qui était-ce ? Des voyous ? Des voleurs ? »

« C'étaient des… voleurs, c'est ça. » dit Harry en observant Ginny qui lui lançait un regard noir, les mains sur les hanches.

« Justement, » continua le jeune homme. « Ils m'ont pris les tissus que tu m'avais donnés Ginny. Désolé… » Il n'eut pas à forcer l'air penaud qu'il afficha se frottant la tête d'une main.

« Voyons Harry ! Ce n'est pas grave. Tant que tu es entier et qu'ils ne t'ont rien pris de plus important… mais vraiment, de nos jours, ces jeunes n'ont plus de retenu. Voler de telles pacotilles! Et à un jeune homme aussi intègre que toi ! Il est loin, notre Robin des Bois… » dit Molly, en soupirant.

Elle se redressa soudainement, comme si une idée lui était passée par la tête.

« Après tes mésaventures, tu dois être affamé, non ? Attends un instant, je vais te chercher quelques miches. Tu verras ! Elles sortent juste du four, de quoi te remettre d'aplomb après tant d'émotions. » Sur ce, elle quitta la salle de séjour pour se rendre dans l'atelier à l'arrière de leur maison.

Dès que Molly eut quitté la pièce, Ginny attrapa Harry par le col de sa chemise. Considérant le fait qu'il n'y avait pas une grande différence de taille entre les deux adolescents, Harry était plutôt intimidé par la féroce jeune fille.

« Idiot, idiot, idiot ! C'est une chose de voler les gens qui ont une bouteille à la main dès les premières heures du jour, c'en est une autre de t'en prendre aux nobles ! À quoi pensais-tu Harry ?»

« Comment sais-tu que… »

« Je te l'ai dit Tom, le tenancier, a tout vu. Il tenait à l'œil des clients qui avaient trop bu et qui sortaient de son établissement. Tu as de la chance qu'il t'ait à la bonne ! Quelqu'un d'autre t'aurait dénoncé illico presto. »

« Je me suis emporté, c'était une erreur mais… »

« Une erreur qui aurait pu te coûter la vie ! » Elle desserra les mains, lâcha son col et vint les placer sur ses épaules. Elle le regarda, des larmes dans ses grands yeux de biche. « Je sais que tu fais ça pour que Sirius et toi ayez une vie plus ou moins…convenable. Mais réfléchis bien. Je pense que Sirius préfèrera passer quelques jours l'estomac vide que de te voir pendu à une corde. »

Juste à cet instant, Molly revint dans la pièce.

« Voilà Harry. Je t'ai mis de quoi nourrir Sirius aussi. Ah ! Et les jumeaux te passent le bonjour, ils sont actuellement occupés aux fourneaux, mais ils t'invitent à revenir quand tu veux… conter tes exploits ? De quoi parlent-ils ? » Demanda-t-elle, l'air confus.

Harry s'éloigna de Ginny, prit le sac que lui tendait Molly. « Rien de bien important Mme. Weasley. J'ai juste été engagé par une vieille dame il y a peu pour rattraper ses poules et la situation était assez risible. Ils aiment me charrier à ce sujet, c'est tout. »

Il offrit à la femme un sourire rassurant, posa un baiser sur sa main, puis sur celle de Ginny, et se dirigea vers la porte.

« Je vais y aller, si vous voulez bien m'excuser. Sirius doit attendre mon retour, et vu qu'il ne sait toujours pas comment allumer un feu, j'ai peur qu'il meurt de froid si je tarde trop. »

« Aucun problème mon chéri. Passes quand tu veux. » Lui dit Molly. Avant que la porte ne se ferme, il vit Ginny lui lancer un dernier regard, mi implorant, mi exaspéré.

….

Quand il parvint à la petite bâtisse que Sirius et lui occupaient et qu'il entra, personne ne vint l'accueillir. L'odeur de l'alcool flottait dans l'air.

Ah, ainsi c'était un de ces jours…

Il était parti tôt le matin. Ce qui signifiait que Sirius pouvait tout aussi bien avoir commencé à boire à midi qu'en début de soirée.

Il s'approcha de la paillasse sur laquelle dormait son parrain. L'homme respirait, et ronflait même légèrement. Bon, au moins, il était encore en vie.

Honnêtement, Harry ne pouvait pas vraiment en vouloir à Sirius pour ses problèmes de boisson. L'homme buvait jusqu'à s'en ridiculiser et à en perdre conscience, mais il ne le frappait ou ne le molestait jamais. Ce qui était bien mieux que beaucoup d'individus qu'il avait observé ou rencontré.

L'homme avait vécu huit ans d'enfer, et même maintenant il devait vivre cloîtré dans une chaumière miteuse. Pour quelqu'un de la haute, il était difficile de se remettre d'une telle déchéance. Harry lui-même avait des origines nobles, du côté de son père, mais étant donné qu'il n'avait jamais connu le style de vie qui allait de pair avec une telle naissance, il ne pouvait pleurer cette existence.

Il prit le pichet d'eau et remplit un gobelet qu'il plaça à proximité de son parrain. Il aurait soif à son réveil. Puis, il ferma la fenêtre sous laquelle dormait Sirius. Sirius dormait toujours la fenêtre ouverte. Il aimait voir les étoiles dans le ciel, cela le rassurait. Cela lui rappelait qu'il n'était plus enfermé dans une cellule sombre, avec des rats pour seule compagnie.

Alors Harry attendait chaque nuit que son parrain s'endorme, puis fermait les volets avant d'aller lui-même dormir. Il ne savait que trop bien qu'une fenêtre grande ouverte était une claire invitation au cambriolage nocturne. Bien qu'il n'y aurait pas grand-chose à voler chez eux, pour dire vrai.

Leur chaumière n'était pas bien grande une pièce principale où ils dormaient et mangeaient, une pour leurs besoins, et une où prendre un bain, à de rares occasions. Son espace personnel, dans la pièce principal, était celui au-dessus d'une mezzanine. Sirius lui avait installé un drap au plafond pour séparer cet endroit du reste de l'habitat, disant qu'un jeune homme en pleine croissance avait besoin d'intimité bien qu'Harry n'en fasse pas grand cas. Avoir un toit au-dessus de la tête et une paillasse pour dormir était plus que suffisant à ses yeux.

Cette nuit-là, ce ne fut qu'une fois monté sur sa mezzanine qu'Harry sortit la deuxième bourse verte, celle qu'il avait encore dans sa poche. Il était temps de voir quels trésors elle contenait, si importants aux yeux de Marvolo Riddle.

Il défit la cordelette et remarqua, amusé, que l'embout de celle-ci représentait une tête de serpent.

Il ouvrit la bourse.

En son sein, outre quelques pièces d'or, se trouvait une chaîne argentée au bout de laquelle était accroché un pendentif, sur lequel était gravé un grand « S ». à côté de ce pendentif reposait une bague. Un anneau doré surmonté d'une pierre noire, triangulaire.

..

Soooo ?

Vos avis et reviews sont toujours les bienvenus !

Par contre, les prochains chapitres n'arriveront probablement pas aussi rapidement. Celui-ci, c'est pour vous remercier pour votre soutien et l'enthousiasme montré si tôt pour cette histoire.

À bientôt