Je poste le chapitre 2, profitant de l'avance que j'ai pris. Je vais poster tous les jeudis, ça m'arrange, et si j'avance bien je me permettrais de poster un second chapitre par semaine. Mais je ne peux pas le promettre, alors je me tais :D (cela dit, j'ai hâte que vous en découvriez plus sur le contexte de cette histoire :3)

Ce chapitre est très sombre. Bon courage.


Clarke entendit des rires et pensa qu'il s'agissait de fêtards rentrant enfin chez eux. Mais elle se trompait lourdement et quand le groupe arriva à sa hauteur, il était trop tard pour fuir. Un coup de poing la prit par surprise. Elle qui essayait de calmer sa colère, cela ne fit que la décupler. Une colère vaine car cela ne l'aida pas à se défendre. Les deux acolytes de Gus, le chef de bande, attrapèrent Clarke et la maintinrent contre l'arbre.

- Qu'est-ce qui se passe Griffin ? Tu n'aimes pas qu'on te rende les coups ?

Clarke n'eut pas le temps de répondre, on lui colla un épais scotch noir sur la bouche.

- Tu sais ce que ça fait que de faire du mal, il serait peut-être temps qu'on t'apprenne ce que c'est de le recevoir.

La panique monta au visage de Clarke, ses yeux en débordaient. Elle leur aurait hurlé qu'elle n'y était pour rien dans ce qui était arrivé au père de Lexa, mais on lui avait retiré le droit de parole. On lui avait retiré le droit de se défendre. L'injustice lui donna de l'élan pour se débattre avec force. Elle envoya ses pieds valser mais Gus les esquiva. Il rit. Ses moqueries achevèrent Clarke qui ne parvint plus à se défendre. Cela aurait été bien difficile car les deux autres venaient de lui attacher les mains dans le dos.

- Tu as de la chance Griffin. De toutes les vengeances auxquelles on a pensé, on en a choisi une que tu apprécieras sûrement. Après tout... c'est dans ton sang, non ?

Sur ses propos, Gus craqua la chemise de Clarke et en arracha chaque bouton tandis que ses sbires lui ôtaient ses chaussures et lacéraient son pantalon. Une fois fait, ils la jetèrent au sol. Gus fut le premier à baisser son pantalon. Si Clarke avait pu hurler, elle l'aurait fait. Fort. Très fort. Avec l'espoir que quelqu'un l'entende et arrête ce calvaire. Mais cela continua. Chacun leur tour, ils lui assénaient de nouvelles douleurs, la déchiraient peu à peu, prenant le peu de dignité qu'elle avait pu conserver ces dernières années. Un poing s'abattit sur son visage. Elle entendit des rires. Son esprit tentait de l'éloigner de l'horreur de la réalité tandis qu'on la retournait. Le visage dans la terre. Les larmes se mêlant à la boue. Les feuilles mortes essuyant le sang qui s'écoulait de sa lèvre inférieure.

Combien de coups lui assenèrent-ils avant de la laisser semi-consciente dans le parc en pleine nuit ? Saignant, se transformant peu à peu en statue de glace. Clarke prit deux longues heures avant d'émerger. Avant de finalement bouger. Relever la tête. Se rendre compte que tout ceci était bien arrivé. Sentir la douleur se réveiller dans toutes les parties de son corps.

Elle s'adossa contre l'arbre. Les larmes coulaient encore sans qu'elle s'en rende compte. Clarke ne pleurait pas vraiment. Son esprit était trop embrumé, traumatisé, pour pouvoir exprimer cette détresse cinglante qui apparaissait en marques sombres sur son corps. Clarke voyait le monde tourner autour d'elle. La douleur était insupportable. Elle ne parvint pas à tenir assise. Elle se laissa vaciller, sombrant à nouveau.

Un chien la trouva en premier. Il avait senti l'odeur nauséabonde du drame qui s'était déroulé là la nuit dernière. Son maître s'approcha et prit le pouls de la jeune femme débraillée. Il fut soulagé de constater qu'elle était encore en vie. Il la secoua, libéra ses mains, et elle se réveilla en sursaut. La terreur dans son regard. Le promeneur saisit son téléphone dans le but d'appeler la police. Clarke l'arrêta dans son geste et le supplia de ne pas le faire. Tout allait bien. Elle l'affirmait. Elle se releva, avec peine, à l'encontre de la douleur, et essaya de réajuster ses vêtements déchirés du mieux qu'elle put pour cacher son corps. Elle lui assura une nouvelle fois qu'elle allait bien et qu'elle allait rentrer chez elle.

Elle partit. Mais pas en direction de sa maison d'accueil. Elle rejoignit le parc par une autre lisière et alla se réfugier dans la forêt. Elle s'écroula dans un amas de feuilles mortes et s'endormit à nouveau.

Quand elle se réveilla, elle n'avait aucune idée du temps qui s'était écoulé. Sans téléphone ni montre, il était difficile de le savoir, d'autant plus qu'il faisait jour. Elle se redressa et fut prise de violentes nausées qui la firent vomir.

Son estomac était vide. Elle avait soif. Froid. Elle attendit la nuit pour se faufiler dans la maison qui était censée être la sienne pour un moment. Elle alla prendre une douche. Ce fut un lavage rapide, Clarke était épuisée. Elle se coucha ensuite.

Le lendemain matin, elle se rua dans la cuisine pour boire et manger. Elle avait très faim, pourtant n'arriva pas à avaler quoi que ce soit. Elle essayait d'oublier ce qui s'était passé. Mais elle en était durement marquée.

Elle dut se contenter d'un verre d'eau qu'elle faillit vomir ensuite. Quand elle remonta dans sa chambre, elle tomba sur Lexa qui sortait de la salle de bain. Celle-ci la dévisagea, mais d'une façon différente de l'habitude. Elle sembla concernée pendant un court instant.

- Qu'est-ce qui t'est arrivé ?

Clarke ne parvenait pas à croire que Lexa osait lui poser cette question. La jeune Woods n'était-elle pas l'instigatrice de son agression ? Clarke lui offrit un air de dégoût et alla s'enfermer dans sa chambre.

Elle essaya d'oublier. Pendant les trois semaines qui suivirent, le sommeil de Clarke était blanc. Pas d'images. Pas de rêves. Rien. Clarke se réveillait confuse.

Lors d'un énième cours de physique, Clarke fut prise de nausées. Elle essaya de les ignorer, gardant la tête basse, mais le professeur décida de la rappeler à l'ordre.

- Mademoiselle Griffin, comptez-vous répondre à ma question ou continuer de dormir ?

Clarke bondit alors de sa chaise et se précipita hors de la salle, courant jusqu'aux toilettes les plus proches. Les nausées avaient pris le dessus. Raven ne tarda pas à la rejoindre, envoyée par le professeur. Elle découvrit Clarke recroquevillée contre le mur des toilettes, la tête assez proche de la cuvette en cas de nouveaux vomissements. Raven ne demanda pas si Clarke allait bien. Cela se voyait bien que non. Elle attendit en silence. Clarke se leva quelques minutes plus tard, des larmes dégoulinant sur ses joues. Elle demanda une faveur à Raven. Celle-ci accepta.

Le midi, elles allèrent à la pharmacie et Raven acheta pour Clarke ce dont elle avait besoin. Elles revinrent au lycée et Clarke s'enferma dans les toilettes. Quand elle en sortit la mine déconfite, Raven comprit. Clarke était figée. Le regard perdu. Ses jambes supportant à peine le poids de son corps. Raven prit l'objet des mains de Clarke. Ni l'objet ni les circonstances ne mentaient. Clarke était enceinte.

En milieu d'après-midi, Clarke débarqua dans le gymnase. Club de sport. Aujourd'hui, basket. Ouvert à tous. Clarke savait qui serait présent. Si les joueurs étaient surpris de voir Clarke, elle ne fut pas surprise de les découvrir. Elle se retrouva dans l'équipe de Lexa, qui l'ignorait. Alors qu'elle se trouvait à deux pas d'elle, elle tendit le bras et piqua la balle de sa coéquipière qui la regarda avec un air grave. Mais Lexa n'eut pas à attendre longtemps avant de comprendre pourquoi Clarke avait fait ça car la balle atterrit contre le visage du défenseur de Lexa. Gus. Il se plia en deux, le sang gicla de son nez. Mais ce n'était pas suffisant pour Clarke.

Elle se jeta sur lui et il se retrouva au sol. Les poings de Clarke s'abattirent sur le visage déjà sanguinolent. Un joueur essaya de la saisir mais Clarke était déchaînée. Lexa vint aider à attraper Clarke qui fut tirée en arrière. Elle se débattait tant qu'il était difficile de la maîtriser et elle parvint à se libérer, s'en prenant cette fois à l'un de ses attrapeurs, l'acolyte de Gus. Mais celui-ci la vit venir et il lui asséna un coup au visage qui la fit s'effondrer au sol. Il eut le temps d'envoyer un violent plat du pied dans le ventre de Clarke avant que Lexa ne l'arrête.

Clarke croisa le regard vert et la rage qui bouillonnait en elle se transforma en panique. Elle sentait la masse d'élèves la regarder. Certains prêts à se jeter sur elle. Elle apparaissait comme une criminelle. La fille de son père.

Elle se releva, tituba sur quelques mètres et fila aussi vite qu'elle put. Elle sortit du lycée, très vite, si vite que personne ne la suivit. Si encore quelqu'un avait essayé de la suivre, ce qui était incertain, mais Clarke avait l'impression d'avoir le monde à ses trousses.

Elle s'enfonça dans le parc, traversa la forêt, s'arrêta à la lisière séparant le parc et la ville sud. Elle s'écroula, de nouvelles nausées la firent se redresser pour vomir. Elle s'écroula de nouveau. Elle se réveilla un moment plus tard. Combien de temps ? Toujours aucune idée. Elle marcha au hasard dans le bois et fit un tas de feuilles mortes.

Elle creusa un trou avec ses mains nues et gelées et s'y installa, se recouvrant de feuilles. Elle voulait se cacher. Elle voulait disparaître. Elle était un monstre.

Quand elle se réveilla à nouveau, tout semblait différent dans le parc. Plus que quelques heures devaient s'être écoulées. Clarke sortit de son trou, frigorifiée. La moitié des feuilles qui la protégeaient s'étaient envolées. Clarke s'agenouilla pour vomir mais son estomac était vide. Il fallait qu'elle mange quelque chose. Qu'elle boive. Qu'elle se réchauffe.

Elle hésita longuement à la lisière de la ville. Elle se décida finalement à arpenter les rues. Peu de monde. Dimanche ? Aube ? Non, ce n'était pas l'aube. En passant devant un kiosque à journaux, Clarke découvrit la date. Trois jours. Elle avait dormi dans son trou pendant trois jours. Comment était-elle encore en vie ?

Le froid était encore présent mais il ne suffit bientôt plus à camoufler les douleurs. Les sensations revinrent et Clarke sentit son ventre la tirailler. Elle baissa les yeux et remarqua une tâche sombre sur son jean, à l'endroit de son entrejambe. Un sombre s'apparentant à du rouge.

Clarke paniqua. Elle parcourut les rues, essayant de se faire la plus discrète possible. Elle devait manger ou boire. C'était la priorité. Elle était exténuée. Manger d'abord. Dormir après. La douleur était trop forte.

Une petite épicerie. Une étale de fruits et légumes devant la boutique. Clarke prit deux pommes et se mit à courir. Elle s'écroula une ruelle plus loin. Elle croqua dans une pomme. Aussitôt avalée, aussitôt recrachée. Son estomac n'acceptait pas de nourriture après les mauvais traitements de ces derniers jours.

On la tira en arrière par les cheveux. Elle se retrouva dans la petite épicerie. Elle laissait des traces de sang sur le carrelage. Elle avait de la boue un peu partout sur elle. De la terre séchée. Gelée. La peau égratignée. Ses bras découverts. Sa tenue de sport trop légère pour l'hiver. Comment avait-elle pu survivre aussi longtemps ? La vie s'acharnait contre elle. C'était ce qu'elle se disait.

Elle essaya de quitter la boutique à deux reprises avant que le commerçant ne l'attache à une étagère. Clarke tira de toutes ses forces et fit s'écrouler tout un tas de produits. Boîtes en carton, boîtes de conserves, bouteilles... elle eut le temps de se prendre une boîte de sardines sur le visage avant de protéger sa tête de ses mains.

Le marchand lui hurla dessus. Enervé par cette chose étalée sur le sol de sa boutique, il perdit son sang froid et son pied s'abattit sur son ventre deux minutes avant l'arrivée de la police. Clarke vomit suite au choc. Vomit du rien. Un rien douloureux. La faim, la soif, le froid, le choc, la douleur. Tout ça provoqua en Clarke des spasmes. Des petits soubresauts, au début. Puis des tremblements. Et quand la police vit la jeune femme en convulsion, ils décidèrent d'appeler les secours. Clarke ne se souvint de rien entre le début des convulsions et son réveil à l'hôpital.

Elle n'arrivait pas à respirer, pourtant il y avait de l'air dans ses poumons. Des tubes obstruaient sa gorge et son nez. Clarke y porta la main avant même d'ouvrir les yeux et les en retira. Elle sentit le tube racler sa gorge et une nausée la fit se pencher en avant pour vomir. Ce qui ressemblait à de l'eau sortit et Clarke adapta sa vue sur cette flaque tâchant sa couverture. Elle regarda autour d'elle. Les barrières entourant son lit. Le son des appareils. L'aiguille plantée dans son bras pour permettre à toutes sortes de produits d'entrer dans ses veines. Les murs la piégeant ici. Clarke sentit la panique monter en elle. Le goût du sang dans la bouche. Elle s'était blessée la gorge en arrachant le tube.

Elle devait sortir. Elle étouffait. Elle arracha le cathéter et se laissa glisser par-dessus la barrière, s'écrasant douloureusement sur le sol. Elle prit un temps pour se redresser. Une fois sur ses pieds, elle rejoignit la porte de la chambre et sortit.

L'hôpital, ce lieu si familier. Cet hôpital-ci elle le connaissait bien. Sa mère y avait travaillé vingt ans. Clarke traversa les couloirs. Elle avait plusieurs étages à descendre. Elle bifurqua, consciente de la présence d'une cage d'escalier pas loin. On évita les ascenseurs. Discrétion.

Une main lui attrapa le poignet.

- Clarke !

Elle se tourna. Non, pas elle. Panique.

- Lâche-moi !

Mais on ne la lâchait pas. Elle ne lâchait pas. Lexa la tenait fermement. Clarke se débattit plus encore et parvint à repousser violemment Lexa contre le brancard d'un blessé. Le temps qu'elle se remette debout et s'excuse, Clarke s'était engouffrée dans un ascenseur. Plus de discrétion. C'était déjà trop tard. Au rez-de-chaussée, Clarke se rua vers la sortie. Elle ne pensait qu'à courir. S'enfuir loin. Les gens la regardaient d'un air étrange. Clarke, dans sa chemise bleu ciel tâchée de sang sur la partie basse. Mais Clarke ne l'avait pas remarqué. Elle ne pensait qu'à courir.

La route menant au parking. Des voitures au pas. Clarke pouvait éviter celle qui arrivait. Mais elle ne le fit pas. Elle se jeta dessus avec force. La voiture freina. Clarke s'écroula au sol. La tâche de sang sur le bas de sa robe s'élargit encore. Bon endroit touché. Peut-être pas assez. Sa tête lui tournait. Elle perdit conscience. Retour à l'intérieur de l'hôpital.

Plus de tuyau dans la gorge. Simplement les petits tubes dans le nez. Rien de bien gênant. La première chose que Clarke ressentit cette fois fut le froid. Puis des sensations au niveau de ses cuisses. Elle ouvrit les yeux. Des mains étaient posées sur ses jambes écartées. Panique. Elle battit des pieds, repoussant l'homme à l'uniforme médical. Le bipbip de la machine à sa droite accéléra. Son cœur battait à un rythme dingue. Deux infirmières entrèrent pour tâcher de la calmer. La retenir dans le lit ne suffisait pas. Clarke tremblait. On approchait une aiguille de son cou. Elle vira à gauche, repoussant l'infirmière, passant par-dessus la rambarde du lit.

Une fois au sol, elle ne put se relever. Les infirmières tentèrent encore. L'homme partit, lassé, il avait d'autres patients à voir. Les infirmières quittèrent la pièce à leur tour. Il leur fallait des renforts.

Clarke convulsait sur le sol. Elle essaya de se traîner jusqu'à la porte, sans succès. Elle était coincée ainsi au beau milieu de la chambre. Elle ne contrôlait plus son corps.

Ses dents claquaient. Elle était gelée. Un filet de sang dégoulinait encore de son entrejambe. Clarke ne pouvait cesser de trembler.

Une personne entra en trombe dans la pièce. Personne ? On avait laissé Clarke ainsi sans assistance ? Elle s'approcha, saisit Clarke et la serra contre elle, la maintenant d'un bras, utilisant son autre main pour tenir les mâchoires vacillantes.

Clarke reconnut la personne. Cela aggrava d'abord les tremblements puis ils se calmèrent peu à peu, au bout d'un moment. Quand elle fut enfin calmée, elle fut ramenée à son lit.

- Ma mère est partie quelques temps avant ton réveil ce matin. Elle a du travail. Je vais rester, mais arrête d'essayer de fuir et laisse le gynécologue t'examiner.

Gynécologue, évidemment. Clarke se sentit terriblement stupide. Lexa avait tourné les talons, mais elle s'arrêta et refit face à Clarke.

- Je leur avais dit de ne pas le faire. A la fête. Personne ne mérite ça.

Elle revint près du lit, les mains croisées devant elle.

- Tu aurais pu me le dire quand je t'ai demandé ce qui t'était arrivé. On aurait réglé ça et les choses n'auraient pas été jusque-là.

Clarke laissa échapper un râle qui s'apparentait à un rire. Sa gorge blessée l'empêchait de parler pour le moment. Lexa la dévisagea, ne comprenant pas tout à fait sa réaction.

- Je ne te hais pas, si c'est ce que tu veux savoir. Je hais ton père et le fait que tu sois sa fille.

Sur ces mots, Lexa alla s'installer dans le fauteuil du coin de la pièce. Elle mit ses écouteurs dans ses oreilles et ferma les yeux.