Important ! : J'ai modifié le prologue. Si vous n'avez pas envie de le relire, le principal changement vient du fait qu'au lieu d'être schizophrène, Ivan est proie à un trouble de stress post-traumatique.
NdP : Ah, enfin ce premier chapitre ! Comme le prologue, je ne l'aime pas trop, mais on fait avec ! Et wow, 6000 mots au compteur… C'est un gros condensé d'au moins dix chapitres de la fanfiction originale oo'
D'ailleurs, j'avais premièrement l'intention de faire un chapitre par semaine, mais l'hôpital m'en a empêché. J'essaierai de tenir un rythme de un chapitre par mois minimum, même si j'ai pas beaucoup d'espoir…
Précisions : Elizabetha Herdevary est Hongrie, Julchen Beilschmitt, Prusse. Ned et Bella Mogens sont Pays-Bas et Belgique. Ce ne sont pas les noms que je préfère leur donner, mais j'ai pensé qu'il serait plus simple de les repérer visuellement avec des noms qui ressemblent à ceux de leurs pays ( Ned → Néerlandais, j'allais pas l'appeler Hollande, vous aurez compris pourquoi )
Traduction : cyka veut dire « salope »
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I
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Alfred s'avança résolument, souffla un grand coup, Matthew toujours au bout de sa main. Il regarda derrière lui encore une dernière fois, et vit le sourire rassurant de sa mère. Il reprit courage. Il opina de la tête vaillamment. Matthew serra son ours polaire en peluche contre lui, lâcha la main de son frère et lui adressa un regard peu assuré en entrant dans la cour.
Les deux enfants commençaient leur troisième année de primaire, dans la troisième école différente. S'ils avaient pris l'habitude de changer d'école, c'était déjà à cause des moqueries dont Matthew avait été victime maintes fois ; il était petit et ramenait encore un doudou à l'école, ne parlait que très peu et se cachait derrière son frère.
Son frère qui, malgré tout, n'avait pas plus de hauteur que lui et qui surpassait rarement les autres enfants.
Ça avait ensuite été pour des raisons qu'à leur âge, on leur avait conseillé d'ignorer encore. Ils savaient qu'il n'y avait pas que les moqueries de Matthew derrière leurs transitions fréquentes, car leur mère avait toujours eu l'air triste et que leur père avait toujours eu l'air fâché. Ils savaient aussi qu'il ne fallait en parler sous aucun prétexte, et, trop effrayés de faire un faux pas, ils étaient restés en retrait, acceptant simplement leur vie de nomades.
Les murs de la cour de cette école primaire étaient recouverts de silhouettes diverses peintes, et les vitres affichaient des dessins d'enfant ainsi que d'autres fruits d'une activité plastique. L'air suspicieux, les jumeaux s'étaient avancés dans la cour lentement, comme s'ils avaient affaire à une forêt menaçante.
Leur père, le matin même, avait été bien trop inquiet à leur propos. Il leur avait imploré de ne pas se retrouver dans des situations compromettantes et les avait bien trop dorloté pour ce qu'il en était. Mais c'était compréhensible. Matthew avait été anxieux à l'idée d'intégrer une autre école, et Alfred attendait avec défi de se battre contre quiconque viendrait gêner son frère – mais au fond, il était tout autant sous pression.
Leur mère n'avait pu quitter du regard ses deux enfants qu'après quelques stressantes minutes ; et aussitôt qu'elle eut tourné le dos, les jumeaux comprirent qu'ils avaient eu raison de s'inquiéter.
Après avoir atteint le milieu de la cour, Matthew se fit brutalement renverser par un autre enfant.
L'horreur se lut sur le visage des deux frères. La crainte que le manège ne recommence indéfiniment les prit au ventre.
- Mattie ! cria son frère en se précipitant vers lui. Ça va, Mattie ?
En voyant les mains meurtries de son jumeau et des larmes pointant à ses yeux, Alfred n'attendit pas la réponse avant de chercher du regard l'horrible personnage qui avait fait ça à son frère. Il était prêt à réagir au quart de tour et recommencer à se bagarrer comme dans l'école précédente, mais tomba nez-à-nez avec un garçon aux cheveux blancs et aux yeux rouges... Le blond miel frissonna. Ce démon faisait peur.
- Je suis désolé ! le démon cria, et Alfred réalisa enfin grâce aux traits fins et à la voix qu'il s'agissait en fait d'une fille.
Un autre garçon (ou était-ce une fille ?) avec un pansement sur la joue, jumelant son amie de la sorte, se tenait à côté, curieux. La fille blanche aux yeux rouges se pencha vers Matthew alors qu'Alfred se tenait devant lui dans une position de protection, prêt à combattre pour sa sécurité. Mais au lieu de crier d'arrêter aux autres enfants, il les regarda sans comprendre.
- Hey, ça va ? la blanche s'agenouilla proche du blond à terre.
Les jumeaux s'échangèrent un regard et haussèrent les épaules. Matthew examina alors son ours sale avec inquiétude.
- T'as encore un doudou, toi aussi ?! la blanche aux yeux rouges sembla émerveillée. Moi j'ai un poussin, il s'appelle Yülbird ! Ça s'écrit J, U, L, et 'bird' comme l'oiseau ! Et le tien ?
- Uh...
- Au fait ! Mon nom c'est Yü-Essenn ! Ça s'écrit J, U, L, C, H, E, N, c'est allemand ! Mais on me surnomme Julia, elle gloussa. Et toi ? T'as l'air gentil et un peu bête !
Julia ignora les sifflements menaçants d'Alfred quant à l'insulte. Son frère lui fit signe que tout allait bien avant de répondre :
- M-Matthew.
- Et elle, à côté, c'est Lizzie ! On jouait ensemble et il manque toujours quelqu'un. Tu veux venir ?
Matthew serra sa peluche contre lui et rougit. Il hocha la tête doucement.
- On va aux toilettes pour te nettoyer d'abord.
Et le groupe quitta Alfred, avec un regard de son jumeau pour lui. Alfred ne mesurait pas encore la quantité des choses qu'il avait perdues à cet instant précis.
Depuis ce jour, deux choses ont changé pour Alfred : sa perception du genre identitaire, et la solidarité qui le liait avec son frère. Par la suite, il s'était beaucoup battu avec Julia, pour savoir qui avait le droit d'être avec Matthew ; et comme il avait été seul, à ruminer sur pourquoi cette fille s'amusait à voler le bonheur des autres…
C'est son frère et son attention qui lui apprit qui elle était.
Julchen était une fille albinos – et non un démon – qui avait la constitution fragile mais qui n'en tenait pas rigueur. Elle préférait les jours pluvieux, car elle n'avait pas à s'habiller chaudement et mettre une casquette pour éviter l'insolation immédiate. Elle avait appris à connaître son dessert préféré grâce à Matthew qui, plus tard, deviendra son meilleur ami. La jeune fille passait le plus clair de son temps à imaginer des machines et des armes pour se battre contre sa rivale et aussi amie la plus proche, Elizabetha – alias Lizzie. Elle aimait traîner chez Matthew pour manger des pancakes en compagnie d'Elizabetha, lorsqu'elle ne se prenait pas dans une énième bagarre contre Alfred.
Elizabetha, elle, considérait Julchen et Matthew comme ses meilleurs amis. Arrivés au collège, le trio devint un groupe, et rapidement s'ajoutèrent à la liste Ned Mogens et sa sœur Bella.
Matthew aimait être avec son frère et appréciait ses amis. Lorsqu'il n'avait encore que Julia et Elizabetha, il se glissait avec Alfred dans le même lit – car Alfred disait toujours avoir fait des cauchemars dans lesquels son frère disparaissait. C'était à moitié vrai.
Mais en grandissant, Alfred se contentait de moins en moins du soutien nocturne que son frère lui procurait. Il en arrivait à parler avec sa mère ou son père le soir, de peur que pour de bon, Matthew ne disparaisse.
Sa mère réussissait à chaque fois à le consoler un peu plus et le rassurer. Elle lui chantait des berceuses, était plus souriante. Reprenait des couleurs tout comme son père. Leur famille se remettait sur pieds. Leur foyer sentait bon. Même si Alfred se sentait un peu plus seul.
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Kiku Wang et Heracles Karpusi étaient déjà attablés lorsqu'Alfred les rejoint avec son propre plateau. Ils discutaient calmement, sûrement en train de réviser leurs cours de philosophie (ou pire, c'est-à-dire faire de la philosophie à laquelle Alfred ne comprenait honnêtement rien). Le blond comprit rapidement que les deux adolescents débattaient finalement sur n'importe quel sujet qu'ils avaient trouvé le temps de dénicher lorsqu'ils se retournèrent avec un même regard déterminé, prêts à demander qui des deux avait raison sur leur objet psychanalyste-Freudien-je-ne-sais-quoi. Ils s'arrêtèrent cependant dans leur élan en voyant l'air passablement énervé sur le visage de leur ami.
- Qui a-t-il, Alfred ? l'asiatique demanda.
- Un nouveau. En cours de physique.
- Cela ne devrait-il pas être réjouissant, au contraire ?
- Ce petit con s'amuse à me prouver A + B qu'il connaît plus de choses que moi, et même si j'ai essayé de défaire ses arguments, je me rends compte maintenant qu'il avait raison et que j'avais tort, grogna-t-il en posant avec force son téléphone sur la table, où des sites internet prouvaient sa faiblesse d'esprit.
Les deux garçons se regardèrent, étonnés. Heracles prit la parole, la voix basse :
- Et quelle est sa sombre identité ?
- Ivan Braginski. 'Vient tout droit de Russie, ce sale commie.
Kiku eu l'air de se prendre un coup et plissa les yeux de douleur en soufflant « ouch » à l'entente du surnom.
- À ce point, il dit alors.
Alfred grommela avant de commencer à manger. Les deux autres suivirent le mouvement, et la voix d'Heracles s'éleva de-nouveau.
- À quoi ressemble-t-il ?
- À un sale commie.
Le brun se tourna vers Kiku pour demander à voix basse :
- À quoi ressemble un sale commie ?
- Je crois que c'est rouge avec une faucille et un marteau jaune…
- Une sorte de pokémon ?
Le japonais acquiesça, et Alfred souffla d'exaspération.
- Il est grand, fout la trouille, a un énorme manteau bleu marine et une écharpe blanche rosée, un nez à la Cyrano, les cheveux blond platine, bref un sale, détestable commie.
- Remarquable. Tu sais si vous avez d'autres cours communs ?
- Non, et je tiens pas vraiment à savoir si on en a, Alfred grogna en regardant avec désespoir son assiette d'épinards.
Ses deux amis eurent alors un mouvement de recul en voyant qu'aujourd'hui, Alfred avait pris des épinards. Aux yeux d'Heracles et de Kiku, il devait vraiment être d'une humeur massacrante pour faire un choix si fortuit. Ils eurent la bonne idée d'arrêter de parler de ce nouvel arrivant au moment où ils comprirent que le sujet pesait assez lourd sur leur ami blond pour qu'il ne prenne des épinards sans même ajouter de la viande au menu.
Le problème avec Alfred, ces derniers temps, était qu'il était impossible de lui parler de n'importe quoi. Ses parents étaient de plus en plus déçus des notes qu'il ramenait chez lui en dehors de ce qui concernait la physique, son petit frère le délaissait – du moins était-ce le sentiment qu'il éprouvait – au profit de sa côte de popularité qui croissait de jour en jour. Alfred s'enfermait dans des jeux vidéo et de l'astronomie, essayant de noyer son complexe d'infériorité face à son petit (certes de seulement quelques heures) frère. Il connaissait par cœur les constellations et leur apparition durant les saisons de l'année, avait appris les caractéristiques de chaque planète, et on aurait pu percevoir à travers ces gestes une profonde solitude.
Heracles et Kiku s'inquiétaient de ne plus pouvoir pallier à ce problème. De plus en plus, la joie d'Alfred s'effritait comme si le monde des adultes le cognait et qu'il ne pouvait pas contre-attaquer. Il n'arrivait plus à trouver à quoi s'accrocher, consolait son petit frère lorsque celui-ci connaissait des drames, ne disait plus rien à sa mère, évitait son père. C'est à cet âge-là qu'il comprit que la vie n'était pas comme dans les films, et cela faisait comme des coups de couteau dans le dos, au niveau de l'estomac. Alfred avait peur de se rendre compte de ce que ça ferait de ne plus avoir à ses côtés sa famille.
Kiku savait que ce problème était de longue date. Alors quelque part, que quelqu'un le distraie au sujet de l'espace était positif, si on omettait le fait qu'il s'agissait d'une personne essayant de le rabaisser dans son savoir…
Heracles haussa les sourcils, soucieux, vers son ami asiatique. Ce dernier secoua lentement la tête à la question muette ; « Qu'est-ce que l'on peut faire ? ». Le brun eut l'air d'hésiter un moment et se leva, se dirigea vers la cafétéria et revint quelques secondes plus tard avec une part de gâteau au chocolat. Il la présenta à son ami blond sans un mot. Alfred releva la tête et lui sourit fébrilement.
- Merci les gars.
Les deux sourirent doucement, et la conversation repartit sur League of Legends.
Alfred avait connu pour la première fois Kiku au courant d'une année de collège. Il avait ramené une vieille console et les deux adolescents s'étaient retrouvés à se combattre pour savoir qui atteindrait le meilleur score au Tetris. À cette époque, le blond avait gagné et depuis ils s'étaient donné rendez-vous pour des duels, sympathisant au fil du temps malgré le calme de l'asiatique. Alfred avait appris que son ami était concerné par la culture à laquelle il appartenait, et ils se découvrirent l'un et l'autre à travers leurs passions communes.
Heracles avait débarqué quelques années plus tard, au courant de leur première année de lycée. Il était avant tout la connaissance de Kiku, mais avait inévitablement fini par se lier d'amitié à Alfred, puisque dans tous les cas, les trois adolescents partageaient la même ambition suivant le très célèbre schéma : « Nourrir les chats d'abord, jouer à des jeux, se reposer, et seulement après, commencer à travailler. » Ce qui les avait menés jusque-là toujours à cette même conséquence : s'écrouler sous une quantité astronomique de travail dans les matières qu'ils privilégiaient le moins. Enfin ; du moins était-ce le cas pour Heracles. Car pour ce qui était d'Alfred, il n'avait jamais la fantaisie de toucher à ses devoirs. Et pour ce qui était de Kiku…
Il passait pour un intelligent garçon calme et ordonné, mais Alfred et Heracles le connaissaient mieux que ça.
Kiku habitait avec sa très nombreuse famille chinoise à côté du lieu de travail de son père et de sa mère, un restaurant qu'ils tenaient avec le reste de la famille. Yao et Lucy Lin Wang avaient fui la Chine et s'étaient installés dans le quartier chinois de New York.
Pendant longtemps, un petit appartement logeait dix personnes. Avant que le grand frère de Kiku, Tai, et sa grande sœur, Mei, ne commencent à travailler, les cinq frères et sœurs vivaient dans deux chambres ; et à présent que les deux adultes de la fratrie vivaient à l'étage au-dessus avec leurs deux oncles et leur grand-père paternel, Kiku avait réussi à se procurer une chambre personnelle.
Et cette chambre – comme il l'utilisait attentivement ! Parfaitement arrangée afin que tous ses posters et effets personnels se fassent valoir et soient soigneusement, logiquement gardés sur ses étagères ou contre ses murs. Son petit frère de quatorze ans, Im Yong, arrivait souvent pour jouer à un jeu avec lui, regarder des animés ou des dramas que leur petite sœur aussi appréciait. Ainsi vivaient-ils tous proches les uns des autres.
Kiku savait faire la différence entre rester chez soi et sortir publiquement, que son enthousiasme soit en jeu ou pas. Son image ne pouvait pas fléchir – elle l'avait déjà beaucoup trop été lorsqu'il avait eu l'audace de laisser Alfred et Heracles découvrir sa double identité.
Le premier à avoir été mis au courant fût Alfred. Ce dernier avait fait un détour dans son restaurant, fulminant contre son père qui lui avait reproché injustement (à son goût) d'épuiser trop rapidement leurs vivres, ainsi que d'être trop flemmard. Suite à ça, sa mère, pourtant douce et gentille, avait affirmé les dires de son père en essayant de lui faire comprendre qu'il prenait du poids. Ainsi, Alfred avait, avec beaucoup de maturité, fugué chez Kiku, qui n'avait pas osé le renvoyer chez lui. Leur après-midi se résuma à un Américain blond s'émerveillant sur littéralement tout (même les tatamis au sol) et jouant à des jeux vidéo en mangeant des chips aux crevettes.
Suite à cet événement, Alfred passa beaucoup de temps en compagnie de son meilleur ami, rancunier envers sa propre famille, dont – il avait le sentiment – l'acceptait moins que la famille de Kiku.
Et honnêtement, cela lui suffisait déjà bien assez de savoir qu'il n'y avait que la famille chinoise qui faisait mine d'apprécier sa présence, si en plus un terrifiant mec se faisait transférer dans son école et lui cherchait des faiblesses là où il n'était pas sensé en avoir…
- Sérieux ça me fout la gerbe ce genre de personnes.
Heracles et Kiku, qui avaient commencé à faire l'apologie d'un personnage, se retournèrent vers Alfred pour la troisième fois. Ils eurent un petit temps d'adaptation aux propos de leur ami (Heracles pendant un moment fût presque vexé qu'un de ses champions préférés se fasse si bassement insulter) avant que Kiku ne prenne la parole à son tour.
- Je pense que tu ne devrais pas te prendre ainsi la tête, Alfred. Il n'en vaut certainement pas la peine.
- …et puis, dans le pire des cas…Tu peux essayer de trouver un terrain d'entente…
- Heracles a raison. Et ne fais pas cette grimace, on essaie simplement de t'aider, on ne te trahit pas !
- Y'a pas moyen. Vous comprendrez lorsque vous le verrez…
- S'il s'agit de l'espèce de rugbyman qui vient d'entrer, alors non, je comprends toujours pas, fit remarquer Heracles.
Alfred se retourna, les yeux comme des soucoupes, vers son tout récent rival.
- …est-ce que cela veut dire qu'en plus de ça on va devoir le supporter à la cafétéria..?
- Manifestement, observa Kiku.
- Je reste sur mes positions, il n'a pas l'air si dangereux.
Le blond se retourna vers les deux bruns et fronça les sourcils. Il se sentait stupide d'être blessé du parti que ses amis prenaient. Et lui qui pensait qu'ils étaient là pour le soutenir… Pourquoi devaient-ils ne jamais savoir de quel côté ils étaient ?
- Vous essayez de m'enfoncer ou de dédramatiser ?
- T'enfoncer, répondit Heracles.
- Dédramatiser, suivit son autre ami.
- Heracles je te déteste.
- Cette question était évidente, je pensais que tu saurais que j'ironisais…
- Tu ironises ? Depuis quand ?
Kiku eu un air paniqué à l'entente de cette question.
- …Car c'est un procédé de rhétorique utilisé depuis le…
- On sait, 'cles, on sait ! l'asiatique le coupa dans son élan, et soupira de soulagement lorsque la sonnerie des premières heures de l'après-midi sonna.
Au contraire, Alfred s'affola lorsqu'à mi-chemin de sa première heure d'algèbre, il eut le vague souvenir d'une flopée d'exercices auxquels il aurait dû répondre et qu'il n'avait pas eu la force de faire la veille.
A son grand dan, la journée n'avait certainement pas fini de se moquer de lui et de ses heures de procrastination intensives, résultantes à son goût, des erreurs qu'il avait commises depuis la matinée.
Et alors qu'il pensait que le massacre trouverait une fin au bout de la première heure de l'après-midi, premièrement il arriva en retard après s'être fait sermonné par son professeur d'algèbre, mais découvrit avec horreur que toutes les places étaient occupées mis à part celles du premier rang. Il ne pourrait donc pas passer l'heure à se reposer tranquillement ou dessiner dans ses cours comme il avait initialement prévu. Et pour rajouter un peu de piquant à la situation, le destin décida que le premier rang ne serait occupé que par le « sale-ruskie-trop-louche », qui arborait un de ses sourires inquiétants. Son expression d'horreur se mua en colère, alors qu'il procédait à l'information ; il partageait plus d'une classe avec Ivan Braginski.
Il posa avec rage son sac sur la table à l'autre bout de la rangée, défiant toujours du regard le Russe, qui fit mine de ne rien remarquer.
Ce que ne remarqua pas Alfred, cependant, fût que le cours n'avait pas continué après son arrivée. Le professeur s'éclaircit alors la voix pour faire passer ses intentions. Aucun effet sur le nouveau venu.
- Monsieur Kirkland, clarifia-t-il finalement.
Ce dernier se retourna finalement, ignorant la cause du ton si menaçant, prêt à dire qu'il écoutait et que rien n'était de sa faute.
- Je suppose que vous avez de quoi justifier votre retard à l'horaire de ce cours ? le professeur sourit de la même façon qu'Ivan, mais Alfred eu la lucidité de comprendre que ce rictus menaçant n'avait rien de naturel.
- Euh… Je reviens, excusez-moi.
Le petit rire moqueur provenant de sa gauche ne lui échappa pas, et il lança un regard noir au blond platine alors qu'il se levait. Le professeur présenta l'encadrement de la porte, amusé.
- Faites-donc, je ne vous retiens pas. Au futur, faites attention à l'heure. Et « réveil qui n'a pas sonné » n'est pas une excuse valable pour les cours de quinze heures !
On entendit le blond grommeler dans le couloir.
Lorsqu'il revint, presque vingt minutes après le début du cours, avec un pauvre billet justifiant qu'il avait eu affaire avec un précédent professeur, Alfred se laissa tomber dans sa chaise et sortit ses affaires d'Histoire des États-Unis.
Mais évidemment, il aurait été trop facile que ses tourments s'arrêtent en si bon chemin.
Car si le cours continuait, il n'était pour autant pas reposant, et le professeur s'acharna sur Alfred qui tentait tant bien que mal de dessiner quelque chose dans son cahier afin de calmer ses nerfs. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, Alfred ne détenait jamais la réponse aux questions posées. Et car Braginski était manifestement venu sur Terre pour le faire chier, le Russe répondait à toutes les interrogations, avec son air de Mary Sue et son dos bien droit. Lorsque le professeur le félicitait, enfin, il avait l'audace de se tourner vers le blond miel et de hausser les épaules, une expression de fausse compassion scotchée au visage.
Si Alfred avait été capable d'éplucher ce même visage et de faire couler de l'acide dans les orbites de ses yeux, il aurait sûrement déjà commencé la procédure. Or, il en était incapable, et jusqu'à ce que la sonnerie retentisse, il fulminait sur place.
Suite à ça, son professeur d'Histoire des États-Unis prit un malin plaisir à le garder après les cours, n'attendant même pas qu'Ivan soit sorti pour le réprimander quant à son attitude et à ses notes décroissantes. Tout du long, son regard noir ne quitta pas le visage presque satisfait du ruskie.
Enfin, le moment où Alfred pu rejoindre la population extérieure se présenta, mais évidemment, comme chaque instant de sa journée, il aurait été trop facile que cette maigre victoire ne soit pas gâchée. Par un Russe.
- Et… Pourquoi cette obstination pour moi ? le slave eut un sourire hautain.
Par hasard, les deux adolescents se retrouvaient en dehors de la salle de cours ensemble. Ivan semblait ne vouloir louper aucune chance de pouvoir emmerder l'Américain. Et avec sa fierté mal placée, Alfred ne s'autorisait pas le silence, surtout si cela voulait dire qu'il en finisse aux mains directement ; civilité, c'est ce qu'on lui répétait depuis le matin-même. A lui de prouver qu'il en était capable.
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
- Je pensais juste qu'il était vraiment idiot de ta part que tu passes ton temps à me regarder, non pas que cela ne me flatte pas, mais vu ton niveau en Histoire, c'est récolter ton ignorance.
Ne pas en finir aux mains. C'est ce qu'il s'était promis. Les sanctions qui en découleraient pourraient être terribles.
- Je me demande simplement qu'est-ce qu'un ruskie comme toi vient foutre aux U.S.
- Maintenant que je te connais, je me pose la même question.
- Si t'es là pour me faire chier, casses-toi tout de suite.
Il commençait à s'énerver. Avec l'espoir que la discussion se termine là.
- J'essaie simplement de faire la conversation, mais au vu de tes compétences sous-développées, je devrais peut-être me résigner…
- Ouais c'est ça, résigne-toi.
- Ton imbécillité m'impressionne et m'amuse. Ce serait tragique de gâcher un tel spectacle.
Et cet insolent petit con souriait, en plus de ça. Est-ce qu'il avait déjà arrêté d'arborer ce rictus insupportable depuis qu'il le connaissait ? Ah, oui. Pour réfléchir à comment l'écraser en physiques. Le pire dans tout ça, c'était qu'il n'avait même pas vraiment l'air sérieux, quoiqu'il fasse. Comme une sorte de gamin d'un mètre quatre-vingt.
- Bon, écoute ruskie…
- D'où te vient ce surnom affectif ?
- …ce n'est pas affectif…! Tu… Putain tu m'énerves, sérieux va te faire voir ! Si tu veux me prouver quelque chose, comme tu sembles si informé, c'est pas vers moi qu'il faut aller !
- Je ne te le fais pas dire ! Haha, tu es vraiment divertissant.
- Puis pourquoi tu gardes cet attirail ?! Mec on est pas encore en novembre et t'as déjà une stupide écharpe, et je parie que tu gardes une gourde de vodka dans ta veste. Si t'as tant que ça le mal du pays, tu peux repartir de là d'où tu viens, tu ne manqueras à personne ! Espèce de cinglé.
Un regard qui aurait fait trembler le plus courageux des Hommes incendia l'Américain, mais il ignora l'intention et continua sur sa lancée. Une aura menaçante commençait à entourer les deux adolescents, alors que les autres élèves s'écartaient subrepticement, craintifs du sort de l'inconscient blond.
- C'est vrai ça, pourquoi tu gardes toujours ton écharpe et ton manteau ? Tu vas pas fondre. Tu cacherais un truc ? Je veux dire, encore une fois, à part le fait que t'es en réalité un sale communiste de merde.
Il eut un léger frisson en sentant la main d'Ivan entourant son cou. O.K., il était peut-être allé un peu loin, se moquer aussi ouvertement de ses origines et des erreurs passées de son pays. Il pensa à la famille de Julia, et du moment où, dans son enfance, il avait eu la mauvaise idée de lui rappeler que la Seconde Guerre Mondiale était de leur faute. Comme il regrettait amèrement d'avoir fait ça. Et maintenant il s'en voulait de-nouveau, et c'était de la faute de ce sale… rat, qui avait sérieusement l'air d'être sur le point de le tuer. Toujours souriant cependant.
- Est-ce que tous les Américains sont si cons ou alors c'est juste toi ? Je garde mon écharpe pour, il resserre sa poigne, Le genre de spécimens ahuris comme toi. C'est une honte que personne ne te remette à ta place.
Le blond miel haussa les épaules.
- Pas étonnant que personne ne t'approche. À tous les niveaux, tu sembles puer.
Il comprit assez rapidement que si la main du Russe se resserrait plus que ça, il serait fini. Ce pourquoi il devrait arrêter maintenant de faire le malin. Mais il était hors de question, face à Ivan, d'avoir l'air effrayé. Ce serait se laisser démonter.
L'accent du slave était encore plus lourd et menaçant – il perdait patience.
- Quel idiot garçon. Tu fais beaucoup de bruit pour quelqu'un de cette taille. On dirait un chien. Je me demande si tes parents n'ont pas payé les profs pour qu'ils ne t'évacuent pas… Remarque, vu ta culture si étroite je commence à m'interroger sur tes prédécesseurs. Ils doivent au moins être aussi abrutis pour engendrer un tel bâtard.
- T'es tellement mort, sale ruskie.
Un sourire.
- Essaies donc, cyka.
Le poing du bras droit d'Alfred se dirigea avec vitesse vers le visage du Russe, qui n'évita pas le coup. Il recula un peu et porta une main à son visage, le nez saignant et le regard fou vers l'Américain. Ce dernier souriait en massant sa main droite ; mais fût rapidement moins heureux lorsque le genou de son adversaire rencontra son estomac violemment. Il tituba en arrière, et ses cheveux furent agrippés avec vigueur par la poigne du slave, qui retourna le blond miel face au mur et frappa sa tête contre. Pendant plusieurs secondes, on n'entendit que le bruit du crâne contre la surface dure, et finalement les deux adolescents furent séparés ; Alfred s'écroula presque mais tenta de donner un autre coup au visage du Russe avant de tomber dans l'inconscience, perdant.
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- Il a insulté ma famille et m'a fait tomber dans les pommes. J'ai eu un traumatisme crânien !
- Et vous, Braginski, qu'avez-vous à dire ?
- Rien. Ce garçon est stupide et m'a cassé le nez.
- Pauvre nez fragile.
- Tu es celui qui s'est évanoui après trois pauvres coups contre un mur en carton.
- Jeunes personnes, je vous en prie, intervint le proviseur. J'apprécierais vous poser une sanction. Ou, dans le cas échéant, vous virer définitivement.
Les deux adolescents restèrent muets.
- Voilà qui est plus agréable à entendre. Il est évident que vous êtes expulsés pendant au moins une semaine de l'enceinte de cette école, suite à quoi je vous demanderai de ne plus commettre d'actes aussi irréfléchis. Cette attitude est hautement incorrecte. Maintenant excusez-vous l'un à l'autre comme des individus civilisés.
Alfred regarda du coin de l'œil Ivan, qui souriait toujours avec insolence. Il décida de faire de même. Le proviseur ne semblait de toute façon pas avoir la force de les regarder, et parlait tout en remplissant sa paperasse. Cette conversation avait eu lieu plusieurs fois précédemment, ce pourquoi le directeur avait l'air si désintéressé…
- Désolé, sale commie.
- Monsieur Kirkland, gronda le directeur.
- Désolé, cyka.
Le proviseur soupira, agacé.
- Sortez. Et que je ne vous revois pas avant la semaine prochaine. Il va sans dire que si vous veniez à recommencer, je ne vous admettrai plus dans ce lycée.
Les deux jeunes hommes sortirent et résistèrent à l'envie irrépressible de sauter au cou de l'autre.
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- Ah bah tiens, ça faisait longtemps, Matthew regarda la lettre encore fermée avec le cachet du lycée. Qu'est-ce que tu as encore fait cette fois ? il haussa la voix vers la chambre de son frère.
- Rien ! une voix lui répondit, camouflée par la porte de sa chambre.
- Oh attends, Matthew réalisa. C'est à propos du traumatisme crânien qu'Ivan t'as fait ?
Des grognements.
- J'entends rien, Al.
- Ramène-toi alors !
- Peur de sortir ? le blond sourit en montant les escaliers, et ouvrit la porte de la chambre de son jumeau.
- Il m'énerve. Du genre, je le déteste tellement que je ne serais satisfait que lorsqu'il se sera étouffé avec sa propre dentition. Ou pire.
- Woah, même avec Julchen t'as jamais eu l'air aussi sérieux. Il est si exécrable que ça ?
- Bien pire.
- En espérant qu'aucune cousine éloignée ne finisse avec lui et que tu sois de-nouveau parenté avec tes « pires ennemis »…
Alfred grogna et Matthew ria doucement.
- Comment tu vas faire avec papa ? le plus jeune demanda alors.
- Justement, j'espère ne jamais lui dire.
- Ça ne va pas arranger ton cas, tu le sais ?
Alfred s'enterra dans ses couvertures, son oreiller contre son visage.
- Pourquoi tu t'occupes de moi comme ça si soudainement ? Toi aussi t'es là pour m'enfoncer ?
- Je t'en prie, Al. J'ai jamais voulu t'enfoncer.
- Et dire que c'est moi la victime dans l'histoire !
Matthew voulut lui répondre que ce n'était pas la première fois qu'il lui parlait de ce garçon, et que d'après ce qu'il avait compris, Alfred n'était pas totalement innocent ; en effet, la veille il avait déjà eu des cours de physiques avec Ivan, et n'avait pas été tendre avec lui.
Il soupira finalement.
- Au moins, ça va ?
- Non, putain. Ma tête me fait un mal de chien, j'ai passé l'après-midi dans des bureaux et à l'infirmerie, ils ont appelé maman qui a dû appeler papa, ma matinée était merdique, mon midi était merdique mis à part ce gâteau au chocolat, ma journée a été un putain d'enfer, non ça va pas !
Son frère leva ses mains devant son buste en signe protection.
- D'accord, j'ai compris. Tu veux manger quelque chose ?
- De la glace et des crêpes.
Et ainsi, sans un bruit, Matthew quitta la chambre de son frère, et pas même une minute plus tard des bruits provenant de la cuisine se firent entendre.
Alfred releva la tête pour être sûr que ce n'était pas son audition qui lui jouait des tours.
Mais non, son frère était bien en train de lui faire à manger. Déjà il lui parlait pour la première fois de la semaine, et maintenant il lui faisait à manger.
Est-ce que les gens s'étaient consultés avant pour le faire se sentir comme de la merde ? Il avait l'impression d'être le dernier connard de la Terre, coupable de ses mots et de ses actes immatures. Même ce nouveau Russe avait réussi à lui prouver A + B en un temps record qu'il était simplement le plus insupportable être humain du monde.
Il détestait sérieusement sa vie.
En entendant la porte d'entrée s'ouvrir, et le nouveau arrivant engager une conversation enflammée avec son frère, Alfred compris que son père était de retour et qu'il devait fermer sa porte à clef. Il estimait sa journée avoir été assez détestable comme ça.
Et en effet, en bas, Arthur Kirkland était arrivé chez lui en tornade, remarquant à peine l'un de ses deux fils dans la cuisine.
- Matthew ? Où est Alfred ?
- D-Dans sa chambre…
- Merci.
Et sur ce il prit à peine le temps de poser sa boîte de couture, et monta les escaliers quatre à quatre. Il tenta d'ouvrir la porte mais en tentant de la pousser, il se heurta contre elle. Il fronça les sourcils.
- Alfred, ouvre ta porte.
Aucune réponse.
- Alfred. Je ne vais pas te disputer, s'il te plaît, ouvre ta porte.
Toujours rien. Arthur commençait à perdre patience.
- Alf…
- Tu vas vraiment pas me disputer ? une voix à peine audible lui répondit.
Le père des deux jumeaux soupira.
- Non.
Un bruit de porte qui s'ouvre, et Alfred fit face à l'expression contrariée de son père. Il avait eu tort de lui faire confiance, visiblement.
- Espèce d'idiot ! Tu m'as fait peur, qu'est-ce qui t'es passé par la tête ?!
- Un mur, enfin presque, Alfred répondit d'un air las.
Arthur se jeta sur son fils et l'étreignit brièvement avant de s'écarter de lui, les mains serrant ses épaules, l'air grave et inquiet.
- Comment tu te sens ?
- J'ai un peu mal à la tête, mais ça va aller si je prends un médicament… il répondit cette fois avec incrédulité.
Son père n'avait plus eu l'air si concerné depuis qu'il était petit. C'était quoi ce bordel avec sa famille tout d'un coup ?
- Et le traumatisme crânien ?
- C'était vraiment minime, tu sais, sinon ils t'auraient appelé depuis l'hôpital…
Et de nouveau, son père eut l'air fâché.
- Qui était ce gamin ? N'a-t-il donc pas eu d'éducation ?!
Avant même qu'Alfred pu répondre, Matthew apparut et fit sursauter son frère et son père lorsqu'il prit la parole (ce qui ne l'empêcha pas de continuer).
- Je crois avoir compris qu'Alfred n'a pas été inoffensif non plus…
- Comment ça ?
C'est à partir de ce moment qu'Alfred tenta de s'éclipser, mais malheureusement, il n'avait pas acquis la compétence d'invisibilité que son jumeau avait perfectionnée avec le temps.
- Alfred, reste ici et explique-toi s'il te plaît. Comment se fait-il que ce garçon t'aie fait autant de mal ?
- J'ai… simplement répondu à ses menaces, le regard du blond miel était fuyant.
- Comment ça ?
- Je me suis pas laissé faire, c'est tout !
- Tu l'as frappé ?
Un silence.
- Alfred, réponds-moi. L'as-tu frappé ?
- …Possiblement…
- Alfred !
- Il l'a cherché !
- Oh mon Dieu…
Arthur se massa les tempes.
- Je pensais qu'on avait dépassé ce stade. Comment s'en est-il sorti ?
- C'est moi qui suis tombé dans les pommes ! s'offusqua le jeune Américain.
Matthew avait encore fait son apparition et fit frôler la crise cardiaque à son frère et son père.
- Euh… Les crêpes et la glace sont prêtes…? tenta-t-il hasardeusement
Le visage d'Alfred s'illumina et il détala à l'étage inférieur, reconnaissant auprès de son frère de l'avoir sauvé.
Au même moment, sa mère rentra du travail et se rua sur son fils, l'étreignant étroitement en répétant des mots rassurants et autres insultes à l'égard de la personne qui avait osé lui faire ça.
Matthew sourit à la scène, et pour la première fois depuis le début de l'année scolaire, il aperçut son frère rire.
