LE MISANTHROPE
CHAPITRE 2
Retourner sur la "scène de crime" était probablement une erreur. C'était ce qu'Eren pensait en approchant la maison de Levi le jour suivant. Mais premièrement, lorsqu'il avait dit à ses parents ce qu'il s'était passé, sa mère avait insisté pour faire ses célèbres biscuits, même si ce n'était pas la faute d'Eren et Armin. Deuxièmement, Eren voulait vraiment faire quelque chose de gentil, au moins pour s'excuser d'avoir pénétré dans son jardin
Et c'est ainsi qu'il se retrouva là à tenir une assiette de petits gâteaux tout juste sortis du four, craignant pour sa vie.
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"Eren, tu dois lui amener mes biscuits. Si cet homme est LE Levi-heichou, le héros dont tout le monde parle, tu ne peux pas juste oublier ce qu'il s'est passé ! Nous lui devons tout ! Nos vies, notre liberté... Etre aimable avec lui est le moins que tu puisses faire !"
xXx
Savoir cela rendait Eren encore plus nerveux. Mais combien de personnes pouvaient-elles avoir le même nom ? Et faire parties de l'Armée ? Il était déjà assez effrayé comme ça, il n'avait vraiment pas besoin de savoir plus de faits intimidants à propos de cet homme. Ah oui, justement. Cet homme n'était probablement pas ce Levi. Le héros. Pas vrai ? Les héros n'avaient pas ce genre de regard acerbe, il en était certain.
Il examina la clôture et le portillon, espérant qu'il était ouvert pour ne pas avoir à l'enjamber et ne pas rendre Levi encore plus irritable. Si c'était même possible, à en juger par son regard noir du jour précédent. Heureusement pour Eren, le portail s'ouvrit facilement, mais il commença à transpirer juste à la pensée de devoir frapper à la porte.
Sa tête emplie de scénario plus malheureux les uns que les autres, Eren se dirigea vers la porte d'entrée en pilotage automatique et frappa trois coups.
Il attendit un peu et ne recevant aucune réponse, il frappa encore, sentant son courage s'accroître. Peut-être que Levi n'était pas là.
Mais hélas il entendit des pas sur le parquet à l'intérieur. La porte s'ouvrit, révélant le propriétaire de la maison.
Eren afficha son plus beau sourire. "Salut ! Désolé de te déranger...
- Alors pourquoi ?
- Pourquoi quoi ?
- Alors pourquoi es-tu en train de me déranger ?
- Parce que, euh..., Eren perdit rapidement son air décontracté. Je pensais t'apporter quelques biscuits... Pas mes biscuits parce que je ne sais pas comment faire des biscuits... Ce sont les biscuits de ma mère. Enfin pas les siens, ce sont les tiens maintenant, mais c'est elle qui les a faits..."
Ce n'était pas trop mal, non ?
Les sourcils de Levi tiquèrent. "Tu m'as apporté des biscuits.
- Ouais ! Pour, tu sais, le dérangement... La fenêtre et tout. Tu peux les prendre comme des biscuits d'excuses.
- Ne t'ai-je pas déjà dit de ne pas t'excuser si ce n'est pas ta faute ?"
Eren soupira. "Oui, oui tu l'as fait. Mais c'est aussi un remerciement pour... Ma mère croit que tu es le Levi-heichou, alors ce sont aussi des biscuits de gratitude... E-Es-tu ce Levi ? Le héros ?
- Je suis Levi-heichou, répondit Levi, son visage s'assombrissant soudainement, mais je ne suis pas un foutu héros. Je n'ai pas besoin de tes gâteaux", grogna-t-il en claquant la porte.
S'il avait eu quelques années de moins, Eren se serait probablement mis à pleurer sur le champ. Il ne comprenait vraiment pas l'amertume qui suintait des paroles de Levi. Pourquoi se sentait-il comme ça ? Les héros étaient des modèles, pas vrai ? Les héros souriaient, heureux d'avoir aidé quelqu'un... Pas vrai ?
Penser à Levi le rendait triste. Etait-il toujours si revêche envers les gens ? Si c'était le cas, il était probablement tout seul. La solitude pouvait rendre quelqu'un encore plus acerbe et malheureux, et ainsi formait une boucle de souffrance interminable.
'Etre aimable avec lui est le moins que tu puisses faire'. Eren se remémora les paroles de sa mère. Il essayerait. C'était vrai, Levi était un héros, le 'plus fort de l'humanité' et si Eren pouvait faire une chose, c'était bien d'essayer et d'être complaisant, même s'il était blessé en retour. Ayant appris que 'laisse-moi tranquille' voulait parfois dire le contraire (grâce à Mikasa et ses 'humeurs féminines' comme il aimait les appeler en plaisantant), Eren décida qu'il donnerait un essai supplémentaire à Levi. Pas que Levi soit une fille, mais ça pourrait marcher. La troisième fois sera la bonne.
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Eren avait rassemblé son courage pendant trois jours entiers. Cette fois, il ne laisserait pas les mots de Levi l'atteindre. Et il proposerait quelque chose d'autre – mais plus de biscuits. Les biscuits étaient bons pour les mémés.
Il avait décidé d'offrir son aide à Levi pour sa fenêtre. Avec un peu de chance, il l'aurait laissée cassée ces quatre derniers jours. Sinon, il aiderait pour autre chose. Même arroser les plantes – Levi en avait pas mal dans sa cour.
xXx
Alors qu'Eren tournait à l'angle de l'impasse, il fut surpris de voir Levi dehors. L'homme ratissait les feuilles, les rassemblant en de petits tas bien nets. Sans son visage renfrogné, il semblait un peu las, mais étrangement paisible. Ce qui bien sûr changea dès qu'Eren lança un 'salut'.
"Toi.
- Oui moi", répéta Eren avec un petit sourire.
Levi l'étudia un moment, puis laissa son râteau tomber sur l'herbe. "Attends ici", ordonna-t-il avant de rentrer dans sa demeure, claquant la porte derrière lui.
Attendre ici ? Il pouvait le faire – 'ici' voulait évidemment dire où Levi se tenait avant, pas vrai ? Vrai.
Haussant les épaules, Eren entra dans la cour et attendit comme il lui en avait été donné l'ordre, observant les environs. Levi avait un jardin assez grand pour comporter cinq pommiers, un poirier et deux cerisiers, ainsi que des plantes et des fleurs, enterrées ou en pots le long de la clôture. C'était comme si Eren les voyait pour la première fois, vraisemblablement parce qu'il était trop pétrifié pour remarquer quelque chose lors de ses deux précédentes visites.
Après quelques minutes, Levi ressortit, une assiette dans les mains.
"Qu'est-ce que tu fais dans mon jardin ?"
Eren cligna des yeux. "Tu m'as dit de...
- D'attendre là-bas.
- Oh. Pardon", s'excusa l'adolescent d'un air penaud.
Levi leva juste les yeux au ciel, pensant visiblement qu'Eren était un idiot fini. "Tu as oublié tes gâteaux l'autre jour.
- Ouais, acquiesça Eren en frottant sa nuque, souriant légèrement à la vue de l'assiette vide. C'était intentionnel. Tu les as aimés au moins ?
- Ils étaient bons, murmura Levi, comme s'il ne voulait pas l'admettre.
- Je, euh... C'est bien, non ? Et... et peut-être que je peux t'aider avec ta fenêtre ? Ou dans le jardin ?
- Quoi ? Pourquoi ?" À la place de son habituelle attitude revêche, la proposition rendit Levi perplexe.
"Je sais que tu as dit de ne pas m'excuser, mais je me sens vraiment mal à propos de ta fenêtre...
- Je l'ai déjà réparée.
- Peut-être que je peux aider dans le jardin alors ? insista Eren, de plus en plus désespéré à chaque seconde passée sous le regard scrutateur de son héros. N'importe quoi ? J-je veux juste être gentil... Je n'ai aucune idée de ce par quoi tu es passé, mais je sais que je suis vivant grâce à toi. Et ma famille... et mes amis..., bredouilla Eren jusqu'à ce que Levi ne lève sa main pour le faire taire.
- Quel est ton nom, gamin ?
- E-Eren. Eren Jaeger.
- Eren. Bien alors, soupira Levi. Arrête juste de jacasser.
- D'accord", et l'adolescent referma sa bouche dans un claquement.
L'homme le dévisagea avec méfiance. "Je vais en finir avec les feuilles aujourd'hui. Si tu veux tu peux repasser demain. Les pommes sont prêtes à être cueillies.
- Ramasser les pommes ? OK, ça semble amusant !
- Mon Dieu, marmonna Levi en se frottant l'arête du nez. Maintenant prends ton assiette et rentre chez toi. Allez."
Eren sourit largement et la récupéra, agitant joyeusement la main dans la direction de Levi en avançant nonchalamment vers le portail. Il l'entendit maugréer qu'Eren ne lui donnait que des maux de tête et comme quoi il était un gamin insupportable. Son sourire devenant plus grand encore, Eren descendit la rue en courant, manquant de trébucher et d'écraser l'assiette de sa mère. Il allait passer du temps avec un héros, et même l'aider – c'était un rêve de gosse, et le sien devenait réalité.
À suivre...
