Chapitre 2 : Ce n'est qu'une question d'argent

Le lendemain, après un DS réussi (car elles étaient très intelligentes), elles se posèrent sur le banc au fond de la cour, en commentant les vêtements horriblement provocants d'un groupe de filles.

« Non mais regarde-moi ce vulgaire jean acheté à la friperie du coin ! », dit Phiphi d'un air dédaigneux.

« Sans parler de sa copine sapée en Emmaüs. », en rajouta Krikri avec un petit rire.

Les deux amies avaient fait le tour de leurs camarades et se levèrent en ramassant leur sac. Elles se dirigèrent paisiblement vers leur casier. Sur le chemin, deux garçons séduisants tentèrent pitoyablement leur chance.

« Salut les filles, dit l'un d'eux avec un sourire confiant. Ça vous dirait d'aller au bal avec nous ? »

Krikri et Phiphi se regardèrent puis se tournèrent vers les deux garçons. Celui qui avait parlé avait une cote incroyable au lycée. Grand, brun, regard ravageur, on l'appelait couramment le brun ténébreux. L'autre était un peu moins côté. Ses cheveux en bataille tombaient devant ses yeux réservés, timides. Toujours en jogging large, il plaisait bien à Phiphi. Les filles attendaient ce moment depuis une semaine. Il faut dire qu'ils n'avaient pas été discrets et que tout le lycée était au courant de leur intention d'inviter ces deux chaudasses au bal. Voulant cependant se laisser un peu désirer, elles refusèrent gentiment, puis firent mine de s'éloigner lentement. Toutefois, après avoir fait quelques pas, Krikri inquiète, chuchota à Phiphi :

« Merde, ils ne nous suivent pas ! Qu'est-ce qu'on fait ? On ne va pas se retourner quand même, ça fera looser ! »

« Mais non ne t'inquiètes pas, ils vont forcément revenir plus tard ! » répondit Phiphi, tout de même pas complètement sûre d'elle.

Juste après ces mots, un coup de vent ouvrit la porte de leur casier et elles furent littéralement aspirées. Elles glissèrent en hurlant dans un toboggan géant qui semblait ne pas avoir de fin. Après quelques secondes qui parurent durer des heures, elles tombèrent sur un énorme canapé rose, devant ce même homme qu'elles avaient rencontré la veille. Il leur lança pour la troisième fois :

« Bonjour les filles ! Alors, vous avez fait votre choix ? »

Krikri avait atterri dans une position légèrement embarrassante. Elle était avachie d'une manière peu élégante sur le canapé. Tournant la tête à gauche, elle remarqua que Phiphi était dans la même situation inconfortable. Le temps de s'asseoir tranquillement, Jéjé avait déjà perdu patience :

« Allons, remettez-vous de vos émotions et accouchez, pour l'amour de Dieu ! »

Les deux amies furent incroyablement choquées par ce vocabulaire grossier qu'il employait pour la première fois depuis qu'elles l'avaient rencontré. Cependant, se souvenant du choix qu'elles avaient fait au café, elles répondirent en chœur.

« On sera payée combien ? »

Jéjé les regarda d'un air blasé.

« Votre hésitation ne porte que sur une question d'argent ? »

La blonde et la brune se regardèrent et hochèrent la tête d'un même mouvement saccadé.

« Ah, la jeunesse ! soupira Jéjé. Dans ce cas-là, bienvenu au Whoops ! » Voyant qu'elles allaient riposter, il leva un doigt et continua : « C'est très impoli d'insister sur le salaire. Cependant faites-moi confiance : vous serez payées de manière très satisfaisante. Je vous propose maintenant de vous présenter les gadgets que vous conserverez toujours sur vous pendant les missions qui vous seront confiées. G.L.A.D.I.S., s'il te plait ? »

A ce moment-là, une imposante machine plus ou moins sphérique descendit du plafond et annonça d'une voix féminine :

« Bien le bonjour mesdemoiselles, je suis ravie que vous ayez été engagées. »

Les deux filles virent en elle une amie fidèle et murmurèrent :

« Et nous sommes ravies d'être là nous aussi. »

Jéjé sourit devant cette rencontre attendrissante et les invita à poursuivre la présentation des gadgets. Il leur montra tout d'abord un sac à dos en forme de cœur, à la fois fashion et pratique, car il contenait, leur expliqua-t-il, un propulseur qui en faisait aussi un moyen de transport aérien. Puis il leur fit essayer le com poudrier, un mélange entre un téléphone portable et un support à fond de teint.

« Il vous permet de m'appeler à tout moment, de prélever des échantillons et de les envoyer d'un simple clic au laboratoire du Whoops. Nous sommes en train de mettre au point un logiciel qui pourra vous permettre à l'avenir de changer de vêtements instantanément, également d'un simple clic. »

Sur ces mots, les filles retinrent un cri de joie : ce com poudrier serait encore mieux que la zone commerciale de Vannes ! Une fois encore, elles se regardèrent, l'une percevant parfaitement les sentiments de l'autre : elles avaient fait le bon choix.