Quand l'incident Mariemaia s'est terminé, on s'est tous retrouvé dans un de nos refuges. Enfin, tous. Je veux dire, Trowa, Quatre, WuFei et moi.

Alors on était là, réunis autour de la table, avec WuFei qui nous parlait de son boulot avec Sally et Une. Bon sang, il a tous fait de nous des Preventers.

Même Trowa, nom de Dieu.

Et puis on s'est mis à parler de notre problème actuel.

Heero avait de nouveau disparu sans dire au revoir à personne.

Qu'il aille se faire foutre. Sincèrement, ça a été ma première réaction. Ras le bol du Perfect Soldier et de ses crises existentielles.

Les autres m'ont regardé de leur façon particulière, je veux dire Trowa avec cet air impassible qui arriverait à foutre la trouille de la prison au gars le plus innocent du monde, Quatre avec cet air de reproche et de tristesse qui arriverait à faire gueuler « Peace and love » à Dorothy, et Wuffie avec son air méprisant de digne guerrier plein d'honneur qui pose son regard sur la misérable larve lâche et stupide qu'il a en fasse de lui, en d'autres termes, moi.

Nom de Dieu.

« Très bien, a fait Trowa. J'irais le chercher ».

Nom de Dieu.

« Ça va, ça va, je m'en occupe ! » j'ai dit le plus vite possible.

Après tout, la Mort ne relâche jamais ce qui est à elle. Et Heero ne le sait peut-être pas encore, mais il est à moi.

Ça c'est une chose.

L'autre chose, c'est que le seul truc qui me rend plus nerveux que Relena et Heero enfermés dans une chambre, c'est Trowa et Heero tous seuls.

Nom de Dieu.

Oui, je sais, je sais. Trowa et Quatre, Quatre et Trowa, c'est connu, y'a rien de plus évident, et le jour où ils seront plus ensemble, y'aura plus d'espoir pour l'amour, on n'a plus qu'à crever.

N'empêche.

Savoir Heero et Trowa ensemble, sans personne d'autre, ça me donne envie de m'effondrer sur un canapé en regardant un soap opera à la télé, avec cinq plaquettes de chocolat et un pack de bières, prêt à sauter sur le visiophone dès qu'il donne signe de vie.

Ça bien sûr si j'arrive à battre Quatre à la course de celui qui décrochera le premier. Oui, oui, le gentil petit Quatre. Même en mode Zéro, il est moins flippant que lorsqu'on attend un appel de Trowa et Heero qui sont en mission. Tous seuls. Sans surveillance. Sans chaperon. Libres de faire ce qu'il veulent.

Nom de Dieu.

Je me fais du mal, là.

Oui, parce que ça fait flipper Quatre aussi. C'est juste que…ah, c'est juste la façon dont ils agissent. Je veux dire, tous les deux silencieux, efficaces, imperturbables et cette foutue manie qu'ils ont de se comprendre sans parler.

Nom de Dieu.

Et on a beau savoir tous les deux, le petit blond et moi, que y'a rien entre eux, que Trowa n'a d'yeux que pour son Quatre et ses charmantes bestioles à dents pointues et Heero pour, euh, bon, sa mission et son ordinateur portable, ça nous empêche pas de nous bouffer les ongles, les doigts, la main et le bras à chaque fois.

Nom de Dieu.

Alors voilà, je suis parti à la recherche du savon de Marseille de ma vie. Enfin, j'aimerai bien qu'il fasse autre chose que de me glisser entre les doigts. Ouh, Heero dans mon bain.

Mais ne nous aventurons pas ici, je pourrais devenir indécent.

Retour sage au récit principal. J'ai retourné la planète et les colonies pendant trois mois et demi avec l'aide des Preventers, dont WuFei, Quatre et Trowa, et de son altesse royale Relena Darlian Peacecraft qui est une pro dans la chasse au Heero.

Encore une que je pigerai jamais. A mon avis, elle doit être comme Une : une double personnalité. Complètement schizophrène. Des fois elle agit comme une vraie reine, et des fois comme une collégienne enamourée et hystérique.

Enfin, cette fois elle a été relativement raisonnable. Toujours prête à retrouver Heero, mais elle avait vraiment pas le temps. Alors elle m'a prêté son influence, avec un avertissement silencieux de ne pas faire de geste suspect sur *son* Heero.

Elle a pas encore compris que Heero m'appartient. A moi.

Bref. J'ai fini par le retrouver, sur L1, dans un laboratoire secret du dr. J.

C'est là qu'on rigole : Heero Yui, toujours si efficace, était en train de préparer sa cryogénisation. Oui, oui, comme dans congélation. Comme dans réveillez-moi à la prochaine guerre si vous avez besoin de moi.

Nom de Dieu.

Je lui ai envoyé mon poing dans la figure et j'ai tout pété dans le laboratoire. Il ne m'a pas tué ce qui est remarquablement surprenant. Je crois qu'il était trop choqué que j'ai pu réussir à le frapper sans qu'il le voit venir.

Une fois que je me suis senti plus calme, j'ai expliqué à Heero qu'on était tous à sa recherche, qu'on avait besoin de lui en tant que Preventer, et que on n'était pas du genre à laisser un copain se foutre en hibernation.

Et entre ses « Omae o korosu » et ses « Ferme-la, Duo », j'ai réussi à le ramener sur Terre où j'ai découvert pas mal de choses intéressantes.

Heero était terrifié par son image de héros, par les journalistes et par sa célébrité.

Heero était terrifié par l'idée de vivre.

C'étaient des choses qu'il n'avait pas appris à faire. Je veux dire, c'était facile, en quelque sorte, de suivre les ordres de quelqu'un, d'avoir un but offert par quelqu'un d'autre. Et maintenant, il était libre…

Je sais ce que la liberté peut être flippante.

Alors voilà, on a joué la famille. Tous les cinq. On s'est installé dans la même ville, Quatre et Trowa ensemble, WuFei pas trop loin, et Heero et moi ensemble…

C'était rassurant pour chacun de nous. Et puis, on bossait pour les Preventers, même si on n'en avait pas vraiment besoin. Avec tout le fric qu'on a piraté dans les banques d'OZ pendant la guerre…

Ça va faire un an, maintenant. Oui, bientôt un an que je vis avec Heero. Il s'applique à apprendre à vivre comme un enfant modèle qui apprend à lire. C'est douloureux de le voir se débattre pour agir normalement. Douloureux de constater comment quelque chose de si simple que d'aller acheter du pain ou demander un renseignement à quelqu'un est plus difficile pour lui que d'infiltrer une base secrète d'OZ. Douloureux de l'entendre faire des cauchemars entre la cloison qui sépare nos chambres puis de voir la lumière sous sa porte, signifiant qu'il va encore passer la nuit sur son ordinateur pour ne pas se rendormir. Douloureux de ne pas savoir quoi faire, de se sentir impuissant face au Perfect Soldier qui se noie dans un verre d'eau.

Je voudrais qu'il me laisse l'aider.

WuFei a Sally et les Preventers, Quatre a Trowa et ses Maganacs, Trowa a Quatre et sa sœur, j'ai la vie et Heero…

Mais Heero ne s'accroche à rien. Nom de Dieu, il s'accroche à rien ! Il se bat, il se débat, comme si la vie était une autre mission qu'il devait gagner tout seul, sans besoin de personne.

Les héros soutiennent le monde, mais qui soutient les héros ?

Bon sang, Heero, laisse moi t'aider…Arrête de te battre et regarde-moi, accroche-toi à moi… Moi je suis prêt à être ton épaule, ton pilier, tout ce que tu veux. Laisse moi te sortir de ton verre d'eau, je sais nager, et je nagerai pour toi.

Regarde-moi…