Et bien pour commencer un grand merci à Dullberry, qui s'est précipitée pour rien puisqu'elle a été la seule à laisser une review (mais t'en fais pas, ça me touche quand même :)).
Pour ceux qui auraient lu l'ancienne version, je précise je compte mettre davantage l'accent sur les intrigues intra-Serpentard, et c'est pour cette raison que le chapitre démarre si abruptement.
Je crois que tout est dit... je vous souhaite donc une agréable lecture.
Chapitre 1 : L'Ainé.
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La voix de Severus emplit la pièce, avec comme toujours cette pointe de sarcasme qui lui était caractéristique. Il était incongru qu'il prenne la parole à cette table mais si quelqu'un ressentit le désir d'émettre une objection, il s'en abstint :
« Je déclare ouvert la réunion des Dernières Années pour l'élection de l'Aîné des Serpentard. »
C'était la formule, un peu pompeuse, qui annonçait le début d'une nouvelle ère – du moins l'espérais-je.
La tâche première de l'Aîné était de désigner l'Elu, un novice qui subirait les foudres de toute la maison. Une victime prédéterminée. Une pauvre âme martyrisée. Severus avait été un de ces Elus mais aujourd'hui, le visage fermé, il se dressait devant la petite assemblée, en cachant les cicatrices que lui avait values ses premières années à Poudlard. Le niveau magique qu'il avait atteint, aussi bien en potions qu'en sortilèges, lui permettait à présent de s'imposer comme l'un des Serpentard les plus influents de notre année.
Ah quelle somptueuse revanche ! Je lisais dans sa posture tout le plaisir pervers qu'il tirait de ce retournement de situation. Il était un Elu et cependant il était, non pas aimé – c'était impensable ! – mais craint et révéré ; et plus encore : c'était lui et lui seul qui venait de prononcer la phrase rituelle.
Une émotion, comme un élan de fierté maternelle, s'empara de mon cœur et je la laissai étirer sur mes lèvres un sourire de contentement. Severus l'intercepta et dans ses yeux j'entrevis un tendre reproche. Ne sois pas si ouverte sur tes sentiments, voilà ce que cela signifiait et comme à chaque fois je m'amusai de sa réserve.
Il se rassit. Edward River ouvrit la bouche pour s'exprimer quand l'impériale, l'aristocratique Narcissa Black se redressa. Tous les regards convergèrent vers elle en silence. Elle avait revêtu une robe noire à la coupe simple, resserrée à la taille par une large ceinture de velours sombre. Malgré sa sobriété, il était évident de part la qualité du tissu – tout en légèreté et en brillance – qu'il s'agissait d'un vêtement au prix exubérant. Elle arborait un médaillon d'argent qui mettait en valeur sa gorge laiteuse et délicate. La chevelure platine qui coulait dans son dos jusqu'à ses reins avait cette splendeur surnaturelle qu'on attribue aux Vélanes et à nouveau je ne manquai pas de m'interroger sérieusement sur son ascendance.
L'étincelle sérieuse et déterminée qui habitait ses prunelles affronta tour à tour les expressions hésitantes de nos camarades. Lorsqu'elle fut assurée d'avoir obtenu l'attention de tous, ses lèvres pincées s'entrouvrirent et laissèrent entendre une voix au timbre doux, et paradoxalement une voix vibrant d'autorité. En cet instant la Narcissa adolescente que je fréquentais, avec ses manières séduisantes et sa touchante naïveté, s'était évaporée.
Elle ne mâcha pas ses mots : « Après le désastre de l'année dernière, il me semble primordial de rappeler les devoirs que se doit assumer l'Aîné de la maison. »
Edward voulut répliquer – par ses paroles elle critiquait ouvertement un de ses plus proches amis – mais elle le réduisit au silence d'une seule œillade dédaigneuse.
« L'Elu sur lequel s'est acharné Miller était si mal en point qu'il a supplié ses parents de le changer d'établissement un mois seulement après la rentrée des classes. Il faudrait être stupide pour croire que Dumbledore n'ait rien remarqué. Fort de son autorité, Miller s'en est pris également à Gaia Spinelli…
– Elle l'a trompé avec un Poufsouffle, lâcha négligemment Preston Jenks, s'attirant par son intervention le regard courroucé d'une Narcissa qui ne supportait nullement d'être interrompue.
– Elle n'est jamais sortie avec Miller, contra-t-elle, catégorique. Il l'a harcelé pendant six mois et elle est allée voir Slughorn une bonne douzaine de fois. Bien entendu, notre très cher directeur de maison n'a rien voulu savoir parce que Miller faisait partie de son club. » Elle haussa le ton, voyant qu'Edward était sur le point de protester. « L'Ainé n'est pas sensé être une brute écervelée. Il serait utopique de croire que les préfets parviendraient à mettre de l'ordre dans les affaires des Serpentard… depuis trop d'années on les choisi en fonction de leur capacité à lécher les bottes du corps enseignant. Serpentard est la maison de l'ambition et pour que les désirs de chacun ne conduisent pas au chaos, il est nécessaire de placer une forte personnalité au sommet. C'est ce que représente l'Ainé. »
Elle se racla la gorge, rejeta sa chevelure en arrière d'un geste noble et volontaire avant de reprendre :
« L'Aîné est avant tout un Serpentard réfléchi qui doit savoir faire preuve de sang-froid, qui maîtrise le programme scolaire et plus encore. Quelqu'un d'intègre, qui pense au bien être de sa maison avant de s'occuper de ses petites affaires personnelles. »
Devos marqua son assentiment d'un ample mouvement de tête et la questionna :
« Qui proposes-tu ? »
Narcissa hésita. Allait-elle poser sa candidature ? Elle en avait l'étoffe, c'était certain.
« Kassidy Andersen, lâcha-t-elle brusquement. »
Je m'étouffai avec ma gorgée de vin. Venait-elle de prononcer mon nom ? J'allais refuser poliment quand River se dressa, les paumes fermement appuyée contre la table, penché vers Narcissa dans une posture qui indiquait sans aucun doute l'indignation :
« Mais enfin ! Tu n'es pas sérieuse ! »
Piquée au vif, je susurrai d'une voix vipérine, moitié suave moitié menaçante : « Pourquoi faire preuve d'un tel dédain à mon égard, River ?
– Allons, Andersen, tu ne peux quand même pas incarner une figure d'autorité auprès des plus jeunes ! »
J'haussai un sourcil pour marquer mon scepticisme – encore un tic que je tenais de Severus.
« Et pourquoi ça ? Parce que je fais une tête de moins que toi ? … Ah ! Non ! Je sais. Parce que je n'ai pas une paire de testicules sous ma robe de sorcier ! »
Narcissa ouvrit grand les yeux. Dans d'autres circonstances son expression outrée aurait été motif à taquinerie mais dans le cas présent je bouillais littéralement de rage. Je dus faire preuve d'un immense self-control pour ne pas bondir sur ma baguette et prouver sur le champ que mes sorts n'avaient rien de fragiles ou de délicats comme avait l'air de le suggérer River.
Il eut le bon sens d'afficher une mine embarrassée. J'avais donc visé juste. « Ce n'est pas ça, dit-il. Tu… ton niveau en métamorphose… »
Severus vint aussitôt à mon secours : « Tâte un peu de ses sortilèges et on discutera ensuite de son potentiel magique, veux-tu ? » La froideur de son ton fit blêmir Edward qui se rassit sans demander son reste.
C'était sans compter son acolyte, Franz Liemann, qui renchérit : « Sa rivalité stupide avec Black nuit à la réputation de notre maison. Narcissa tout à l'heure a affirmé qu'il nous fallait quelqu'un de posé, en bref le genre de personne qui réfléchit avant de se lancer dans un duel magique en plein milieu d'un couloir fréquenté… »
Je savais bien que ça finirait par me retomber dessus…
« … c'est pourquoi il me semble que River est un candidat plus approprié. On sait tous comment il a géré son conflit avec Diggory l'année dernière. »
Et c'est qu'en plus il avait l'air de croire à ses propres inepties ! Je ne pus contenir un éclat de rire. « Allons, allons ! Un peu de sérieux ! Diggory fait un mètre quatre vingt-dix et est batteur dans son équipe de Quidditch ! Il faudrait de toute façon être suicidaire pour se frotter à lui ! » Retenant à grand peine un sourire victorieux, je poursuivis avec légèreté en observant le fond de mon verre : « Quand Edward s'est fait largué par Magdalena, Mimi Geignarde s'est vue voler la palme du plus grand scandale larmoyant. Est-ce que c'est ça rester digne en toutes circonstances comme il sied à un Serpentard ? Est-ce que c'est ça représenter la noblesse de notre maison ?
– Ca n'a rien à voir ! s'écria River, visiblement blessé dans son égo. »
A l'autre extrémité de la table, Magdalena jouait avec sa baguette l'air de rien. On en était donc arrivé à là ? Parlementer un quart d'heure avant de régler l'affaire à coups de sortilèges ?
L'usage voulait qu'on se lève pour prendre la parole mais cette fois je demeurai assise, à regarder mes camarades par en dessous.
« Vous voyez à quoi nous en sommes réduits ? A s'entretuer pour un peu de pouvoir… Où s'est donc terrée l'unité des Serpentard qu'on vante tant dans nos discours ? Ne me fais pas croire, River, que tu te soucies des petits nouveaux : tu cherches juste à avoir un peu plus d'ascendant sur eux. Ne pense pas que je sois dupe. » Je jetai un coup d'œil à Severus. Mon homme lige, pensai-je, sans savoir d'où me venait ce terme. Mon protecteur, mon ombre loyale et implacable. Il était toujours debout dans sa cape d'étoffe grossière et sous les replis de sa manche je devinai des jointures blanches resserrées sur une baguette prête à servir. Et je compris soudain pourquoi Narcissa s'était retirée de la course et m'avait choisie moi. Nous avions des intérêts communs. Mais surtout j'avais le soutien indéfectible de Severus, qui se trouvait être le Maître en matière de magie noire dans l'enceinte de Poudlard. Avec lui à mes côtés, je ne craignais rien.
« Il est temps pour Serpentard de réapprendre quelques règles élémentaires concernant le respect et l'équité. Il est temps de nous réunifier. Severus, mon ami, rassieds-toi je t'en prie. Il ne faudrait pas qu'on croit qu'il s'agit d'une tentative d'intimidation. »
La mimique enjouée qui égayait mon visage ne trompa personne. Derrière cette affabilité factice se cachait une menace lourde de sens. Severus vous fera la peau si sa protégée n'est pas élue.
« Passons aux votes s'il n'y a plus de propositions. »
La gracieuse Narcissa distribua un parchemin vierge à chacun et déposa l'urne au centre de la table. Ses yeux bleus me souriaient chaleureusement au moment où elle regagnait sa place.
Magdalena Pomfresh et Franz Liemann procédèrent ensuite au dépouillement : deux voix pour River, le reste pour ma personne – résultat prévisible.
Dans le train ce matin je n'envisageais même pas d'être candidate et désormais j'étais l'Aînée des Serpentard. Une idée comme celle-là aurait été impensable quelques heures plus tôt ; en toute logique mon vote aurait dû aller à Narcissa.
Une main sur mon épaule ; je me retournai. Severus, à mon oreille, murmura : « Les deux qui n'ont pas votés pour toi, je les trouverai. » Devant pareil rictus j'ignorais s'il s'agissait d'une plaisanterie ou de l'aveu d'un méfait à venir.
Liemann pâlit subitement en l'apercevant si proche de moi, en plein messe basse. Et de un ! Severus avec cette tête-là avait tout l'air d'un cannibale à l'affût. Il salua Franz en réponse à l'attention qu'il lui témoignait et d'un pas mal assuré celui-ci s'écarta pour aller discuter avec Circée Sanders. Et de deux ! La pression de la main de Severus sur mon épaule se fit plus ferme. « Elle n'a même pas ouvert la bouche pour faire connaître son point de vue, la sale petite peste, soufflai-je à mon ami.
– Je m'occupe de ça, Kassidy. »
Son calme enjôleur m'arracha un rire bref.
Oh, nous étions soudés à Serpentard… par les mensonges, les menaces et les représailles.
J'avais mes alliés. Severus, mon homme de main, agirait dans l'ombre car personne n'aurait le front de m'attaquer ouvertement. Narcissa avait le charme, le charisme et l'intelligence d'un bras droit. Magdalena, enfin, me permettait d'avoir le soutien des « Serpentard d'en bas », ceux dont le nom n'était pas des plus nobles, ceux dont le sang n'était pas des plus purs. Aussi inattendu que ce puisse être, dans cet embrouillamini d'intrigues j'étais devenue le personnage central.
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Magdalena avait longtemps semblé plus jeune qu'elle ne l'était en réalité, avec son casque de cheveux noirs, ses doigts potelés, et ses lèvres roses, courtes et ourlées comme celles d'un nourrisson. Bien que de corpulence moyenne, elle avait des formes plus que convenables. Elle aimait jouer avec cet aspect femme-enfant en préférant tantôt sa tenue d'écolière – blaser et jupe plissée – tantôt des décolletés subtils et des rouges à lèvres vampiriques.
Dès notre retour dans la salle commune, elle s'était appropriée le sofa près de l'âtre pour y feuilleter un magasine de mode. LES BAS RAYÉS, NOUVELLE TENDANCE IMPORTÉE DES ÉTATS-UNIS. Depuis que Médée Breathford les a intégrés dans son défilé à Venise en mai dernier, les rayures ont investies les magasins américains. Avec un peu de retard, l'Europe s'y met. Plus de détails page 6, avec les photos de la nouvelle collection printemps-été signée Augustus.
Un soupir m'échappa. Les rayures ? Et puis quoi encore ! Une sorcière avec des bas rayés, ça manquait fondamentalement de crédibilité – quoiqu'après le retour de la verrue au début des années trente, il ne fallait plus s'attendre à grand-chose de la part des créateurs de mode…
« Je suis invitée Place Grimmault pour Noël. »
Trois têtes grimaçantes pivotèrent vers Narcissa. Elle oubliait souvent qu'elle était la seule parmi nous à être en de bon terme avec sa famille. Severus parlait si rarement de son père que je craignais le pire. Magdalena ne supportait ni sa mère, ni sa sœur. Et moi, je vivais avec une étrangère en guise de mère, une femme assoiffée de renommée et de richesse, et un pauvre diable de père, effacé mais aimant à sa manière. Comme la plupart des Serpentard, nous n'avions pas des relations aisées avec le reste de notre sang.
« Tu pourrais venir avec moi Kassidy, si tu veux. »
Pas la peine de lui demander pourquoi elle ne proposait ni à Severus ni à Magdalena. Le sang et le compte en banque leur faisaient défaut. A la rigueur, Magdalena, avec sa grand-mère « sang-de-bourbe », aurait pu être invitée à franchir le seuil du Manoir des Black – tant que ses mains « impures » resteraient enfoncées dans ses poches. Mais pour Severus c'était clairement irréalisable : en respirant le même air que lui, les Black succomberaient très certainement à une de ses horribles épidémies moldues – c'était du moins le genre d'âneries qu'ils proféraient à table, entre deux blagues racistes.
« Je ne suis pas sûre d'aimer l'ambiance. »
Narcissa eut un sourire guindé.
« Je comprends. »
Face à la mine songeuse de Magdalena, Severus et moi échangeâmes un regard soucieux.
« Quelque chose ne va pas ? l'interrogea-t-il prudemment. »
Elle nous surprit tout deux en confessant : « Je me demandais comment ça m'irait les rayures. »
Oui. Elle pouvait être consternante par moments…
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Les pieds vissés au seuil de notre salle de bain commune, j'observais mon reflet dans le miroir. De mon père, j'avais hérité d'une paire d'yeux noirs en amande, sombres au point qu'on les aurait dits emprunts de Magie Noire. Ma petite taille, ma silhouette svelte de brindille provenait de lui également. Tout le reste de ma personne je le devais à Mère : la natte blonde qui s'arrêtait à mi-dos, mon visage en V, ma peau diaphane, la courbe orgueilleuse de mes sourcils.
Ces yeux noirs, où prunelles et iris étaient presque indifférentiables, faisaient tâche sur cet univers blafard. Severus disait que c'était mon regard qui intimidait, plus encore que ma baguette.
La silhouette longiligne de Narcissa se dessina derrière moi.
« Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit-elle.
– Je suis l'Aînée, c'est… inattendu.
– Tu t'en sortiras à merveille. Et toujours mieux que River en tout cas. »
Ce qui n'était pas très compliqué en soit. Mais ce n'était pas véritablement ce qui me préoccupait.
« J'ai l'impression que quelque chose sombre chez les Serpentard. L'unité se fissure comme à l'arrivée de Grindelwald, ou pour les guerres des Gobelins, tu vois ?
– Il y a des petits accrochages c'est vrai, mais je ne crois pas qu'il y ait de quoi s'inquiéter. Pour le moment nous sommes à l'abri des guerres, à l'abri d'un nouveau Mage Noir.
– Oui, pour le moment, Narcissa. »
Elle avait cette expression anxieuse sur le visage, comme à chaque fois que je me permettais de laisser surgir cet aspect de moi-même. Cette part d'instinct, de pressentiment que j'avais développé au fil des années. Magdalena s'en amusait, elle, et m'appelait « Prophète Andersen » dans un rire. Mais Narcissa craignait ce sixième sens qui m'habitait, comme certains craignent la Magie Noire ou les Détraqueurs : elle était mal à l'aise en songeant à ce petit plus qui s'était installé en moi.
« C'est encore un de tes trucs ? demanda-t-elle. »
Etait-ce du dédain ou de l'embarras, cette façon qu'elle avait de dire les choses ? Je n'avais jamais vraiment su. Et peut-être avais-je trop peur de connaître la vérité et d'admettre l'existence d'un fossé entre nous.
« Je n'en sais rien, Narcissa. Ce n'est pas de la divination. C'est beaucoup plus subtil, beaucoup plus détourné. Tu te souviens de la fois, avec l'escalier ? »
Elle grimaça à ce souvenir. Les yeux dans le vague, je relatai pourtant l'anecdote :
« J'ai éprouvé un malaise face aux escaliers durant toute la journée, et quand j'ai été obligé d'en emprunter un, je me suis déboitée la clavicule. Si j'avais été voyante, je me serais vue tomber dans les escaliers et le message aurait été on ne peut plus clair… Mais ce n'est pas aussi simple. Il s'agit de pressentiments, pas de visions malheureusement. Et en plus, comme tu le sais, j'ai toujours autant de mal à séparer les impressions « magiques » des impressions « normales ».
– Peut-être que ça viendra avec le temps. »
Si Narcissa ou Severus paraissaient accorder beaucoup d'importance à cette originale faculté, moi-même je n'en tirais pas grand avantage. Elle m'aidait dans mon quotidien et s'apparentait peut-être davantage à de la chance qu'à de la voyance. Elle me permettait notamment d'éviter Peeves, de prévenir quelques accidents mineurs (liés par exemple aux marches piégés ou aux couloirs inondés par Mimi Geignarde) et de dénicher aussitôt le livre que je recherchais à la bibliothèque sans perdre une heure à parcourir la rangée d'étagères. J'ignorais si je pourrais pressentir un jour des événements de plus grandes ampleurs.
En me détournant du reflet dans la glace pour enfiler une chemise de nuit je songeai que ça aurait été amusant d'avoir avant tout le monde les résultats des championnats de Quidditch.
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J'étouffais, étendue sur ma couchette dans la plus noire obscurité. Pas tout à fait physiquement, non bien sûr, mais moralement, au plus profond de mon être orgueilleux. C'était épuisant de simuler l'assurance là où il n'y avait qu'un grand vide en moi. Etre forte dilapidait toutes mes ressources et alors, affaiblie, je me retrouvais face à mes propres entrailles que le passé avait lacérées sans vergogne. J'avais mes failles et si je m'appliquais à les rendre impénétrables la plupart du temps, il m'arrivait de manquer à ma résolution. Bien heureusement, j'avais toujours pris soin de me passer de témoins lorsque je glissais sur la pente dangereuse du désespoir et des souvenirs indésirables.
Ce n'était certainement pas la première fois que ma gorge se nouait ainsi, douloureusement, la nuit, troublant mon sommeil et accompagnant des pensées moroses. Et comme à chaque fois je songeai à la naissance de ce phénomène. A Black. A cette rencontre dans le train. Combien de fois l'avais-je vécue ? Des centaines, des milliers peut-être ? J'en avais réinventé les détails, les dialogues, les gestes mais le fond en restait inchangé.
J'avais embrassé Père brièvement. A quelques pas de là, le nez froncé par un dédain souverain, Mère avait détaillé le Poudlard Express et mes camarades, s'attardant sur les bouches entrouvertes et les mimiques émerveillées des enfants nés de moldus. A cette vue, elle vibrait silencieusement d'un dégoût palpable. Et puis, surprenant l'attention dont elle était l'objet, elle avait fait un signe de main qui voulait tout dire à la fois.
Logan, pose donc cette valise, elle est assez grande pour la porter elle-même.
Père l'avait laissé choir à mes pieds et son air chagriné m'avait ému tandis qu'il pressait mon poignet discrètement pour qu'Elle ne le remarque pas. J'aurais voulu le rassurer mais Elle aurait aussitôt décrété que ce sentimentalisme était grotesque et déplacé.
Ne fais pas honte à ta famille, Kassidy.
Comme si être lié par le sang aurait suffi à faire de nous une famille…
Allons-nous-en maintenant. Cet endroit me donne la nausée.
Les moldus et les impurs, n'est-ce-pas, Mère ?
Mais regardez où vous marchez, enfin ! Sang-de-bourbe !
Se heurtant à Mère et à ses traits agressifs, une adorable rouquine s'était excusée en hâte et avait déguerpi. C'est qu'en ce temps-là Lily Evans ignorait encore ce qu'allait lui valoir son ascendance…
Le hasard avait voulu que Black s'installe dans mon compartiment. Il était arrivé en retard – ce qui deviendrait une habitude chez lui à Poudlard – et son choix s'en était retrouvé limité : le couloir ou moi. Il m'avait préféré.
Nous étions tout deux sombres et préoccupés, malgré nos quelques onze années d'existence. Je découvris plus tard que la philosophie sang-pur dans laquelle nous avions baigné depuis notre naissance avait laissé des cicatrices similaires en nous. La méfiance et la dérision en faisaient parti.
Il avait engagé la conversation, le menton relevé dans une attitude de défit, l'air de dire que ma réponse quelle qu'elle soit ne suffirait pas à le blesser. Intimidée malgré moi, j'avais dû bredouiller quelque chose d'incompréhensible. Me devinant inoffensive, ses épaules s'étaient décontractées, sa carapace épineuse l'avait abandonné et le trajet avait été ponctué de discussions futiles et de rires légers.
J'avais cru de toute mon âme, de tout mon cœur, m'être fait un ami.
Cruelle désillusion lorsque quelques heures plus tard j'avais franchi la distance me séparant du promontoire où tabouret et Choixpeau n'attendaient que ma venue. Le regard amical et rassurant de Black avait apaisé mes appréhensions lorsque d'un geste impérieux, McGonagall avait placé le chapeau sur ma tête. A mon oreille la voix perfide avait déclaré que sans une once d'hésitation, ma place se trouvait à…
« SERPENTARD ! »
Et là, brusquement tout avait changé. Le château aurait bien pu s'effondrer à cet instant que j'en aurais été à peine plus bouleversée. Ça m'aurait même paru naturel en un sens.
J'avais relevé les yeux, un sourire timide accroché aux lèvres, pour heurter les prunelles dures et glaciales de mon camarade. En un éclair, j'avais vu déferler sur son visage les trois sentiments les plus pénibles à endurer : la déception, la rancœur et enfin le dégoût. Hébétée, étourdie par son attitude que je ne parvenais guère à comprendre, j'étais partie m'asseoir sous les applaudissements de ma maison d'accueil, l'estomac noué.
En moi, tout Poudlard s'était écroulé et mes illusions avec. Je gisais là, dans les ruines d'une amitié mort-née, suffoquant et implorant une main secourable. Jus de citrouille, soupe à l'oignon, tout n'avait plus qu'un goût de cendres, amer sur ma langue mourante. Narcissa Black s'était assise à mes côtés et je l'avais haïe injustement parce qu'elle portait le nom de la traîtrise. Elle m'avait paru laide, abjecte, écœurante dans sa magnificence.
Et ce fut à partir de ce soir précis que naquit en mon cœur l'animosité caractérisant depuis lors mes rapports avec Sirius Black.
Petite remarque sur mon héroïne : j'ai essayé d'en faire un personnage plausible, avec ses faiblesses morales et scolaires (carrèmment nullarde en métamorphose par exemple) et ses qualités (très bon niveau en sortilèges). Je suis la première à critiquer les Mary Sue bourrées de supers pouvoirs ("ouah ! je suis l'arrière-petite nièce de Trelawney et moi seule peut prédire comment vaincre Voldemort !") et je tiens à préciser que les pressentiments de Kassidy n'iront jamais jusque là. Donc pas d'inquiètude à avoir.
Sinon je prévois une petite confrontation Kassidy vs. Sirius Black dans le prochain chapitre :)
Une 'tite review ?
