Mis à jour le 30/09/2007


CHAPITRE 1 : LE GRAND CONFLIT MONDIAL


Edward Elric restait debout à admirer le pittoresque champ herbeux qui s'étendait devant lui. Le soleil était levé, seuls quelques nuages blancs pelucheux parsemant le ciel. Une petite brise fit bruire l'herbe verte sous ses pieds. Le vent fit onduler ses cheveux blonds devant ses yeux, mais la scène était si charmante qu'il n'y prêta pas attention. Edward n'avait vraiment rien de plus à faire que sourire.

Un bruit au loin le ramena brusquement à la réalité. Quelques douzaines de mètres plus loin, il distingua Den courant vers lui à pleine vitesse en transportant une petite branche d'arbre dans sa gueule. Son sourire s'agrandit quand il s'en rendit compte ; pour qu'il revienne déjà, ou bien Den était très rapide en dépit de son vieil âge, ou bien l'absence d'auto-mail ne lui permettait plus de lancer des choses aussi loin qu'avant.

Le chien sauta sur l'alchimiste tandis qu'Edward récupérait le bâton de la gueule de Den. Le chien le poussa de la tête avec espièglerie pendant qu'Edward le caressait, voulant manifestement lui dire de lancer encore le bâton.

« Doucement Den, tu vas finir par épuiser mon bras si tu continues. » Mais le vieux Den ne semblait pas s'en soucier. Edward sourit et fit un pas en arrière en levant le bras en vue d'un nouveau lancer. Avant qu'il n'ait pu envoyer le bâton de bois voler dans les airs une nouvelle fois, une voix familière l'interrompit derrière lui.

« Ed ! Arrête de faire l'idiot ! Le déjeuner est prêt... On mange des spaghettis ! » cria quelqu'un. Ed s'arrêta un instant et fronça légèrement les sourcils. Toujours des spaghettis... j'aurais aimé qu'on essaye quelque chose d'autre. Ed garda cette pensée pour lui alors qu'il se tournait en direction de la voix. Mais toute frustration qu'il ait pu avoir ressentie se dissipa lorsque ses yeux se focalisèrent sur une belle jeune fille qui, au loin, lui faisait signe de la main avec un immense sourire. Son incroyable sourire devait être contagieux car un autre fendit le visage d'Ed.

« D'accord, répondit Ed alors qu'il faisait signe à Den de le suivre et qu'il commençait à revenir vers la résidence. On arrive Winry. »


Quelque part dans le Nord de la France – Juillet 1943

Alphonse Elric s'assit silencieusement dans le noir. Il était difficile de voir le reste de la pièce, mais le léger éclat du clair de lune filtrant à travers les minces fentes entre les planches de bois, parvenait à lui procurer assez d'éclairage pour distinguer une demi-douzaine de personnes qui dormaient paisiblement sur le sol sale. Ils ronflaient tous quelque peu bruyamment, et le grondement rendait Al un peu plus somnolant que d'habitude, mais un marmonnement étouffé sur le côté attira son attention. Il s'approcha plus près de sa source jusqu'à ce que la faible voix devienne plus distincte et qu'il puisse distinguer ce qui était dit.

« Winry... Winry... » Al soupira pour lui-même lorsqu'il vit la silhouette de son frère dormant plus loin dans un coin. Oh grand frère, il rêve encore d'elle... Al remonta la petite couverture couvrant son frère un peu plus fermement, celle-ci ayant commencé à glisser, avant de retourner à son poste d'observation.

Al regarda à travers le petit trou entre les planches de bois derrière lui. Dehors, il pouvait distinguer des terres cultivées entourées d'une forêt. Même si c'était l'été, l'air nocturne était frais et Al resserra sa propre couverture autour de lui pour se protéger du froid. Il regarda le paysage devant lui, ne vit personne et se rassit dans une position plus confortable.

En toute honnêteté, Al n'était pas sûr de savoir où ils étaient. 'Quelque part dans le Nord de la France', c'était tout ce que leur avait dit l'une des autres personnes. Beaucoup trop de choses s'étaient passées durant les deux dernières années. Les Elric avaient consacré leurs trois premières années dans ce monde à traquer la bombe atomique qui avait été volée de leur monde quand l'Organisation de Thulé l'avait envahi. Ils furent couronnés de succès : ils avaient récupéré la bombe et l'avaient cachée dans un endroit où ils espéraient qu'elle ne serait jamais retrouvée.

Le problème était qu'ils n'avaient réussi qu'à s'attirer un peu plus d'ennui en conséquence. Ils avaient donc fui l'Allemagne et étaient retournés en Angleterre pour échapper à l'Organisation de Thulé, mais ce n'était pas suffisant. Finalement, Ed et Al avaient pris contact avec un professeur britannique qui étudiait leur monde depuis son invasion par l'Organisation. Il leur proposa de tenter d'ouvrir une nouvelle porte pour que les frères puissent rentrer chez eux. Puisque l'Organisation était sur leurs talons, ils décidèrent de tenter le coup. Mais comme nous le dirions, tout alla alors de mal en pis.

Au lieu de retourner dans leur monde, ils furent renvoyés en Allemagne... excepté le fait que l'on était alors en 1942 et qu'ils se retrouvaient donc plongés au cœur de la Seconde Guerre Mondiale. Les Elric étaient assez connus des membres de l'Organisation de Thulé et beaucoup d'entre eux étaient devenus des membres hauts placés du régime nazi. Ce fut donc en un rien de temps que les Nazis s'étaient de nouveau trouvés sur les talons des Elric, voulant se venger pour ce qu'ils avaient fait vingt ans plus tôt et voulant mettre la main sur les auto-mails d'Ed. L'Auto-mail n'existait pas dans ce monde, contrairement au leur où cela était courant. C'était considéré comme de la biotechnologie hautement avancée et les Nazis étaient très désireux de l'obtenir. Ainsi, les Elric avaient passé la dernière année en cavale, fuyant et se cachant de leurs poursuivants en espérant trouver une manière de quitter l'Europe continentale. Pour le moment, ils se reposaient dans une maison sûre, sur laquelle ils avaient eu la chance de tomber pendant leur fuite en compagnie de quelques autres réfugiés échappant à la persécution nazie.

Al poussa un nouveau soupir. Il n'aimait pas songer à leur situation, et même si son frère avait gardé le moral jusque là, l'aîné des Elric commençait à perdre courage. Al secoua la tête ; il se serait bien giflé mais son visage était déjà rouge et douloureux à force de le faire tout au long de la nuit pour se maintenir éveillé. Il jeta un coup d'œil à la montre d'alchimiste d'Etat d'Ed et s'aperçut qu'il était presque quatre heures du matin et presque la fin de son poste. Dieu merci, je vais bientôt pouvoir prendre quelques heures de sommeil. Le soulagement d'Al fut court, interrompu par le grondement de machines au loin. Immédiatement, il se retourna dans un mouvement brusque pour regarder au travers du petit trou d'observation. Il ne pouvait rien voir au-delà de ce qu'il avait vu précédemment. Il attendit une autre minute, et remarqua plusieurs phares qui se rapprochaient. Oh mince ! Il n'eut pas besoin d'en voir plus, ses instincts lui ayant déjà dit ce qui arrivait.

Al se tourna rapidement et rejoignit son frère qui était maintenant en train de marmonner quelque chose à propos de spaghettis et du goût horrible qu'ils avaient. Pourquoi ne rêve-t-il donc jamais qu'elle cuisine autre chose ? Al s'accorda un petit rire avant de commencer à secouer son frère pour le réveiller.

« Win... hein quoi ? marmonna Ed d'un air penaud alors qu'il commençait à revenir à la réalité.

- Ed, je pense que nous avons des ennuis », chuchota Al en montrant le trou d'observation. Ed rampa vers le petit trou et regarda au dehors. Il était difficile d'y voir quelque chose, mais il fut capable de distinguer quelques camions d'où débarquait un certain nombre de soldats, ainsi qu'un transporteur blindé armé d'une mitrailleuse tout près. Merde, comment ont-ils pu nous rattraper si vite ? Mais ce n'était pas le moment de paniquer. Al avait déjà commencé à réveiller les autres alors qu'Ed se secouait les méninges pour trouver un plan.

« Comment ça se présente ? entendit-il Al chuchoter depuis l'autre bout de la pièce.

- Pas bon, pas bon du tout. J'en compte 20... peut-être même 30. Et ils ont un camion blindé avec eux, rapporta Ed et il se retourna à temps pour voir un groupe de soldats s'approcher de la maison.

- On doit s'échapper ! On doit prendre la fuite ! suggéra l'un des autres, la peur se décelant facilement dans sa voix.

- On y arrivera jamais », coupa rapidement Ed, rejetant l'idée. On pouvait entendre le bruit de bottes militaires qui résonnaient sur le sol, martelant le plafond du sous-sol. La maison avait été abandonnée depuis longtemps, et la cave était souvent utilisée comme abri temporaire par les réfugiés ou par les combattants de la liberté. « Tout le monde se contente de rester calme, et espérons qu'ils ne feront que passer et se remettre en route », dit Ed en faisant signe à tout le monde de rester silencieux. Ed et Al échangèrent un regard, sachant qu'ils ne pouvaient rien faire d'autre qu'attendre.

Plusieurs minutes s'écoulèrent, le groupe suivant intensivement les pas qui résonnaient du haut de l'escalier. Ed jeta un autre coup d'œil furtif à l'extérieur, et remarqua que les soldats avaient encerclé le bâtiment. Les pas venant de l'étage s'interrompirent soudain, et quelqu'un parlant allemand se fit entendre très clairement.

« La maison est sécurisée. Elle est complètement vide ; je ne pense pas qu'ils soient ici, monsieur. » Bien que l'allemand d'Ed et Al ne soit pas excellent, ils furent en mesure de comprendre ce qui était dit.

« Très bien, déployez les deux autres groupes pour fouiller dans les environs. Selon nos sources, les Elric auraient été aperçus passant par ici il y a peu de temps. Voyez si l'on peut dénicher des pistes », répondit une autre voix qui devait très probablement appartenir au commandant. Bien, si on attend patiemment, ils ne nous trouveront pas, songea Ed pour lui-même. Il regarda à nouveau Al, qui pensait probablement la même chose.

« Mais restez vigilants, ils pourraient être n'importe où. N'oubliez pas, nous les voulons tous les deux vivants, si possible, surtout l'aîné, le plus petit des deux. » Les yeux d'Al s'écarquillèrent à ces mots. Oh non ! Edward ! pensa-t-il alors qu'il se précipitait vers l'aîné Elric, mais il ne fut pas assez rapide. En l'espace d'un battement de cil, le visage d'Edward Elric vira rouge carmin.

« QUI EST-CE QUE VOUS TRAITEZ DE PETIT, ESPECE D'IDIOTS ! » hurla Ed à pleins poumons tout en agitant furieusement ses bras dans les airs. Avant qu'il n'ait pu poursuivre sa tirade colérique, Al l'avait atteint, avait saisi son frère à bras le corps et avait plaqué sa main sur sa bouche.

« Tais-toi ! » ordonna-t-il en lançant un regard furieux à son frère. Toutefois, Edward piquait toujours sa crise et il le poussa de côté.

« Ils m'ont traité de petit ! Petit ! Qu'est-ce que ça veut dire ! Je suis plus grand que toi ! cria encore Edward.

- Bon sang grand frère ! Ce n'est ni l'endroit ni le moment ! répliqua Al, exaspéré.

- MAIS ILS M'ONT TRAITE DE PETIT ! » Ed perdait totalement le contrôle, gesticulant dans tous les sens sous le coup de la colère.

« GRANDIS ED ! répondit Al, montrant quelques fêlures dans son attitude ordinairement calme.

- Grandis ? Es-tu en train d'insinuer que je suis petit, Al ?

- Ahem. » Les deux Elric se retournèrent brusquement vers la source de la toux et aperçurent un officier allemand de la Wehrmacht qui se tenait debout dans l'embrasure de la porte, affichant un air plutôt confus. Ed et Al regardèrent alors autour d'eux et remarquèrent qu'environ dix soldats allemands avaient tant bien que mal réussi à pénétrer dans la pièce, encerclant les frères et leurs camarades réfugiés, leurs fusils en joue.

« Depuis quand vous êtes devenus aussi bons pour l'approche furtive ? » fut tout ce qu'Ed trouva à dire, l'air hébété. Al se frappa juste le front de frustration.

« Selon les ordres du Führer, Edward et Alphonse Elric, vous êtes par la présente mis en état d'arrestation par le Troisième Reich. Rendez-vous ou nous ferons feu », récita l'officier d'une voix monocorde. Al lança à Ed un regard signifiant très clairement "espèce d'idiot", et Ed fronça les sourcils en réponse. Mais chacun savait qu'ils n'avaient pas le choix, et ils levèrent leurs mains en signe de reddition. Ed serra les dents d'un air agacé, mais il s'autorisa tout de même un juron.

« Merde... »

A Suivre...