Disclaimers : L'univers d'Harry Potter appartient à JK Rowling, ainsi que ses personnages. Ne m'appartiennent que ceux qui ne sont pas apparus dans les livres HP, et ceux que j'aurais pu emprunter à d'autres auteurs, mais je n'oserais pas... Je ne suis pas comme ça, voyons... Ah oui, les titres des chapitres sont des titres de chansons, ils appartiennent à leurs auteurs aussi...
Spoiler : La fic commence un mois 1/2 environ, après la fin du T6. Je fais donc référence en long, en large et en travers au T6. Donc si vous ne l'avez pas lu et que vous lisez cette fic... Euuh, bah tant pis pour vous :p
Rating : PG-13, mais on est vraiment pas à l'abri d'une hausse de rating. Je ne connais pas exactement les nouveaux ratings de FF, mais je pense même qu'on pourrait considérer la fic comme une R (de l'ancien rating), et pas à cause de scènes explicites, bandes de petits pervers :p Quoique, ça sera à voir avec le développement... Sait-on jamais... Tout ça pour dire, que même si je la mets dans un rating moyen, je ne vais pas raconter que des choses gentilles.
Notes : Je remercie toujours mes beta-readeuses, pour leurs avis, leurs corrections, leurs encouragements et leurs coups de pieds aux fesses. Un grand merci à Bibiche pour sa review, je suis contente que ça t'ai plus, et j'espère que ce chapitre ne te décevra pas.
Chapitre 2 : ... And Hurricanes
Une douleur lancinante s'empare de mes genoux et remonte le long de mes jambes pour résonner dans tout mon corps. Je plaque mes paumes par terre et ferme les yeux, haletante. J'attends que l'étourdissement qui m'a pris s'estompe. Ma chute n'est pas grave, mais je vais avoir deux beaux hématomes pendant quelque temps. Avec peine, je me relève et regarde autour de moi.
"Mais, que…"
Où sont Harry et Ginny ? Et le rocking chair, les bibliothèques et la boite à bijoux ? Je ne suis plus dans la boutique de Monsieur Carlson. Je suis dans chez un apothicaire. Le mur à ma droite est quadrillé d'étagères couvertes de fioles, de pots en porcelaine, en terre... Certains, en verre, présentent des poudres, des branches, des feuilles et des parties d'animaux comme des yeux de tritons, des pattes de corbeaux et de lapins, du crin de licorne... Le mur de gauche expose quant à lui, une collection impressionnante de potions. La pièce est vaste et très peu éclairée. Je remarque que les rideaux en velours pourpres des vitrines sont tirés, laissant la boutique dans une quasi-pénombre, seulement éclairée par la lumière artificielle d'un lustre à bougies. Je continue mon inspection, et me dirige maintenant vers les quatre bibliothèques sur ma droite, pour découvrir des livres traitant des potions et de leurs ingrédients : des livres de base, comme des grimoires pour enfants ou les conseils pratiques pour la maison, jusqu'aux livres plus pointus et complexes, mais rien de très dangereux. Je m'avance maintenant vers le mur du fond. Derrière le comptoir se trouve un meuble immense, composé de plusieurs centaines de tiroirs de tailles différentes, chacun minutieusement étiqueté au nom de son contenu. De là où je suis, je distingue les mots "Bezoar", "Ambre", "Ventricule de Dragon" et même "Arsenic". Sur le dessus, sont rangés des bocaux aux articles plus exotiques et inquiétants que ceux des étagères accessibles aux clients. Sur le coté droit du meuble, un rideau semblable à ceux des fenêtres barre l'accès à l'arrière-boutique. Où suis-je ? Je ne me souviens pas avoir un jour mis les pieds ici... Je me dirige vers un des vitrines et entrebaille un des rideaux, pour découvrir :
"Le Chemin de Traverse !" s'échappe de mes lèvres et raisonne dans la boutique.
Je referme brusquement le rideau et me recule jusqu'à heurter une des bibliothèques. Je n'y prête pas attention. La rue que j'ai vu... C'était bien le Chemin de Traverse... Mais si différent... Bondé... Et pas d'une foule apeurée ou pressée... Non, juste le Chemin de Traverse d'il y a deux ans...
"Qu'est-ce qu'il se passe ?"
Pas le temps de me poser plus de questions, le raclement d'un meuble qu'on pousse s'échappe de la pièce adjacente, et avec lui des voix. Instinctivement, je m'empare de du livre de botanique et du pendentif que j'avais en mains lors de ma disparition et je me précipite entre deux rangées de livres. Je ne sais pas pourquoi je me cache... Après tout c'est une boutique ! Ca ne devrait étonner personne de voir quelqu'un ici... Mais j'ai l'impression que me concernant, cela pourrait m'attirer des ennuis.
A peine suis-je dissimulée que j'entends le froissement du velours, et le tintement d'anneaux sur une tringle en métal. Des talons claquent sur le parquet, puis des éclats de voix, une féminine et une masculine.
"Quand vas-tu comprendre que c'est non ! Je ne peux pas t'aider. C'est tout !"
"Mais pourquoi ? Tu ne vas pas me faire croire que vous ne savez pas faire ça !"
"Là n'est pas la question. Pour le moment, c'est juste impossible !"
Je me juche sur la pointe des pieds pour voir, au-dessus de livres, qui sont les deux nouveaux arrivants.
La fille qui vient de parler me tourne le dos. Je ne peux voir que sa longue robe noire et ses cheveux de jais, lui arrivant au milieu du dos, se balancer alors qu'elle secoue la tête. Son interlocuteur est un jeune homme d'environ 18 ans, il porte des vêtements de grande qualité à ce que je peux en juger, d'ici. Ses cheveux bruns sont attachés en catogan et il toise la fille de ses yeux bleus glacés, pleins d'arrogance.
"Impossible ! Tu parles ! Tu refuses seulement parce que c'est moi qui te le demande !"
Le ton est rempli de menace, mais la fille n'a pas l'air très impressionnée. J'ai même l'impression qu'elle a ri, comme si ce qu'il sous-entendait était complètement ridicule.
"Mon cher Ethan, quand tu auras fini ta petite tragédie, tu te rendras sans doute compte qu'ici nous sommes dans une boutique. Mon but, c'est de faire ce que mes clients me demandent et de gagner de l'argent pour pouvoir poursuivre mes études et reprendre cette affaire ! Alors si je te dis que je ne peux pas répondre à ta demande, c'est la vérité ! Et ça n'a rien à voir avec quelque chose d'aussi bête que tes histoires de famille ! Je ne mélange pas ma vie privée avec ma vie professionnelle !"
"Mais bien sûr... Donc si mon cher frère venait te demander la même potion, tu refuserais ? J'en doute fortement..."
"Sache que je n'ai pas plus de sympathie pour lui, que pour toi. Je n'en ai pour personne dans ta famille !"
"Pourtant tu passes ta vie avec lui..."
"Je passe ma vie avec mes amis, et par malheur il se trouve que nous fréquentons tous la même personne. Nuance. Si ton frère adoré n'était pas là, je ne verrais pas la différence."
"Alors puis-je savoir pour quelle raison tu ne peux pas me faire ma potion ?"
"Parce que c'est illégal ! C'est écrit dans la Charte des Fabricants de Potions ! Tu veux que je te la montre, peut-être ?"
"Tu es majeure pourtant... Et cette potion n'est pas interdite à la vente, à ce qu'on m'a dit..."
"Elle est interdite de fabrication aux personnes qui n'ont pas atteint trois années d'études à l'Ecole Supérieur des Potions ! La rater entraîne des effets irréversibles, et je doute que ta mère n'apprécie le résultat..."
"Tu n'en rates jamais aucune ! Tu es la meilleure de tout Hogwarts. S'il te plaît ! Si je me mets à genoux ou que je propose de te porter tes livres à l'Ecole, tu le ferais ?
Une pause. La fille a l'air de considérer la proposition. Aux vues du dénommé Ethan, ça ne doit pas avoir de prix.
"Serais-tu désespéré à ce point ? Mais c'est toujours non. Si cela se savait, je perdrais mes droits de continuer mes études, le magasin serait fermé pour cause de travaux illicites, et j'écoperais en plus d'une peine d'au moins 2 ans à Azkaban ! Je n'ai aucune raison de le faire pour toi, même pour le plaisir de voir quelqu'un de ton rang se faire humilier ! Je ne le ferais pour personne... Sauf pour Lui bien sûr. Mais tu sais comme moi qu'il n'en a pas besoin."
Un froid s'est jeté sur la pièce. "Lui", ne me dites pas que ce "Lui" c'est...
"Alors pourquoi ta mère ne la ferait pas ? Elle a le droit. Et une Potion d'Eternelle Jeunesse, ça doit être du gâteau pour elle."
La fille part d'un éclat de rire froid.
"Parce que tu crois que ma mère n'a que ça à faire ? Elle prépare les potions pour le Jubilé du Maître ! Mais si tu veux, nous pouvons aller Le voir tous les deux et Lui expliquer que si tout n'est pas prêt à temps, c'est parce que tu as jugé que ta Maman chérie passait bien avant Lui. Malgré tout l'égard qu'Il a pour elle, je doute qu'Il apprécierait les conséquences que ton petit complexe d'Oedipe entraînerait sur Ses pouvoirs..."
Visiblement elle a touché une corde sensible. Le visage, déjà pâle, du garçon devient livide et des éclairs meurtriers zèbrent ses yeux. Il se dirige en furie vers la porte.
"Tes fréquentations te transforment en une vraie salope, Thisbé !"
Et il claque le battant derrière lui. La fille, Thisbé, soupire et part à sa suite. Elle s'arrête sur le seuil et appelle le jeune homme.
"Ethan ! Reviens ! Je ne voulais pas dire ça... J'ai une solution !"
Quelques secondes plus tard, il est de retour, les bras croisés et de mauvaise humeur, mais un petit sourire satisfait sur les lèvres. Thisbé retourne derrière le comptoir et en sort des parchemins et un carnet. Elle commence à le feuilleter et note différentes choses sur les rouleaux.
"Nous n'avons pas la possibilité de faire ta potion, mais nous pouvons demander une aide extérieure. Ceci, sont les ingrédients dont tu auras besoin. Je ne les ai pas tous en stock, je les ferai donc parvenir chez toi dans la semaine. Ensuite tu vas chez Severus et tu lui demandes de te faire la potion."
"Quoi ?"
Je clappe ma main sur ma bouche. Heureusement qu'Ethan a eu la même réaction que moi... Severus... Snape... Venant d'une fille qui parlait de servir un "Maître" il y a quelques minutes, je ne devrais pas être étonnée de l'entendre proposer les services d'un traître.
"Ne fais pas cette tête. C'est certain si tu y vas sans explications, il va te claquer la porte au nez. C'est pourquoi tu lui donneras cette lettre, dans lequel j'explique qu'il nous est impossible de préparer ta commande, et nous lui demandons donc ce service. Et bien sûr il fixera le prix de la potion. Oui... Attends-toi à sortir tes Gallions... Et dis-lui qu'en plus nous lui ferons 75 de réduction à sa prochaine visite." lui explique-t-elle avant de jeter un coup d'oeil à son carnet. "Ca fera donc 52 gallions, 13 mornilles et 15 noises (1). Et nous ne faisons pas crédit."
"Mais c'est une fortune !" s'exclame Ethan.
"C'est le prix de la qualité. Si tu veux que ta potion ai les meilleurs effets, il te faut les meilleurs ingrédients, et ils coutent chers. Mais je compte aussi la livraison à domicile à 11 mornilles (2) et la lettre pour Severus : 10 gallions." (3)
"Tu te fous de moi ?" s'énerve Ethan.
"Si tu veux venir chercher toi-même les ingrédients, il n'y a aucun souci. Mais chipotter pour ça..." dit-elle souriant.
"Ne me prends pas pour un imbécile, Thisbé ! Je parle de la lettre ! 10 gallions ce bout de papier !" crie-t-il.
"Oh ça...Et bien tu as le choix. Soit tu la prends et Severus fera la potion, soit tu refuses mon aide et tu te débrouilles tout seul. Je te rappelle que nous sommes un commerce, pas une oeuvre de charité, tu dois payer nos services." lui répond-elle sans sourciller.
"Je pourrais aller voir ailleurs et tu ne gagnerais rien..." remarque-t-il, avec un sourire en coin.
"Fais-moi croire que tu ne souhaites pas le meilleur pour ta mère. Tu sais que cette potion est extremmement compliquée et que les effets secondaires sont désastreux si elle n'est pas parfaitement préparée. Il n'y a que quatres personnes qui peuvent se targuer de la réussir à 100, ma mère et moi ne sommes pas disponibles et Nabe déteste tellement la tienne qu'elle serait capable de la rater délibéremment ! Il ne reste donc plus que Severus..." conclut-elle en agitant l'enveloppe.
Ethan la fusille du regard, soupire de dépit et sort une bourse de sa cape.
"Je ferai chercher les ingrédients." dit-il séchemment en posant l'argent sur le comptoir.
"Parfait, je te préviendrai quand ils seront prêts. C'était un plaisir de faire affaire avec toi, reviens quand tu veux" lui réplique-t-elle en souriant. "Oh, j'oubliais. Si malgré la lettre, Severus hésite toujours rappelle-lui que c'est pour ta mère. D'après ce qui se raconte au château, ça pourrait grandement faire pencher la balance..."
Elle lui dit cette dernière phrase en lui tendant les parchemins, un sourire trop grand pour être sincère lui barrant le visage. Ethan lui arrache les rouleaux des mains les rangent dans une poche intérieure de sa cape, puis sort du magasin la tête haute, sans la remercier. Je crois l'entendre marmonner entre ses dents un "Garce", alors qu'il referme la porte. Je me retourne vers Thisbé, toujours derrière son comptoir. Son sourire s'est effacé et elle fixe, le visage décomposé, l'endroit où Ethan vient de disparaître.
"Famille de malades..."
Elle soupire et soudain pose brutalement sa main droite sur l'étal.
"Mère !"
Elle attend quelques secondes puis réitère son geste.
"Mèèèère !" insiste-t-elle un ton plus fort.
Pas de réponse... Elle soupire à nouveau et recommence.
"Maman ! C'est urgent !"
Cette fois, une lumière blanche apparaît sous sa main. Thisbé regarde vers la lueur, et sans attendre d'autre réaction elle s'adresse à l'interphone magique.
"Mère, j'ai demandé un service à Severus, en ton nom. Le connaissant, il va t'appeler pour te demander confirmation. Peux-tu lui dire que c'est bon ? Merci."
Elle retire sa main du comptoir et la lumière s'estompe, mais avant sa complète disparition, elle appuie à nouveau dessus.
"Oh ! C'est pour une "Potion d'Eternelle Jeunesse". Et nous lui ferons une réduction lors de sa prochaine visite."
Elle abandonne pour de bon sa mère et commence à fouiller dans les tiroirs derrière elle. J'attends qu'elle retourne dans l'arrière-salle, pour reprendre le livre de botanique, ranger le collier dans ma poche et quitter ma cachette. Je m'apprête à sortir de la boutique quand j'entends toussoter derrière moi. Je me retourne et découvre qu'elle est revenue. Elle s'approche de moi avec un sourire.
"Puis-je vous aider ?"
Maintenant je peux mieux la détailler et je comprends pourquoi elle arrivait à s'imposer face à Ethan. Elle doit faire dans les 1m80. Son teint est extrêmement pâle et son physique plutôt squelettique. Ses cheveux noirs, très raides, et sa frange droite, coupée au-dessus de ses yeux noirs, eux aussi, lui donnent un air très sévère. Le sourire de pure politesse qu'elle m'adresse n'arrange pas les choses et je suis de plus en plus mal à l'aise. Son visage triangulaire et son long nez fin et pointu, la font ressembler vaguement à une souris, ce qui n'est pas très gracieux et lui donne un air hautain. Ses mains tiennent fermement un grimoire. Je les regarde et m'aperçois que ses doigts sont très longs et fins, rappelant cette impression de squelette.
Elle suit mon regard et relève ses yeux sombres vers moi, puis d'un coup elle les baisse de nouveau et fixe le livre que j'ai dans les bras. Je les vois qui s'ouvrent comme des billes. Elle doit croire que je tente de lui voler un bouquin...
Je ne sais pas ce qu'il me prend, au lieu de m'expliquer, je me rue dehors et cours le plus vite possible. Qu'est-ce qu'il y aurait eu à dire de toute façon ? Je ne sais pas où je suis ! Et pourquoi suis-je tombée là-bas ! Dans la boutique de ce qui semble être des Mangemorts... Je suis certaine de n'avoir jamais vu ce magasin. Un apothicaire, même sur le Chemin de Traverse, ça ne passe pas inaperçu... Surtout que ce Ethan avait l'air de dire que l'endroit était réputé et que Thisbé était la meilleure élève d'Hogwarts en potions. Pourtant je ne les y ai jamais vu !
Je continue de courir mais commence à manquer de souffle. Je me retourne pour voir si l'on me poursuit, quand je butte violemment dans quelqu'un. Le choc nous projette à terre.
"Vous avez le droit de regarder devant vous !"
La femme que j'ai bousculée se relève et époussette sa robe et sa cape avec humeur, en me jetant un regard méprisant. C'est ma journée, dis donc...
"Chérie ! Tu vas bien ?"
Un homme se précipite à ses cotés. Sa voix m'est plus que familière. Je le regarde ébahie.
"Professeur Lupin ?"
Il se tourne vers moi, surpris. Il doit se demander ce que je fais là et pourquoi j'ai quitté le Bazar des Carlson... Minute ! Il a dit "chérie ?" Aux dernières nouvelles Tonks n'est pas une magnifique brune aux mèches argentées. Bien que métamorphomage, je la vois mal prendre un tel aspect, c'est tout sauf son style. Ca manque de... fluorescence... Et surtout, je doute qu'elle soit capable de la suffisance et de la froideur que le regard ambré de la femme dégage. J'ai l'impression que ses yeux transpercent mon corps. Elle sait que je la détaille, alors automatiquement je détourne les miens et tombe sur mon ancien professeur. Quelque chose a changé en lui. Ses vêtements ne sont plus rapiécés... Ils ont même l'air neufs et assez chers. Et lui aussi, son regard est différent. Il n'a plus cette gentillesse qui le caractérisait tant. Il me semble plus tourmenté qu'avant et aussi plus sévère...
"Professeur ? Tu me caches des choses Remus ?" lui demande sa compagne, avec un sourire narquois.
"Eilane..." soupire-t-il. Puis il se tourne vers moi, l'air faussement navré. "Je suis désolé mademoiselle, mais je ne vous replace pas..."
Sa phrase résonne comme une gifle. Je ne comprends plus rien. Je suis perdue au milieu d'un Chemin de Traverse qui n'a rien à voir avec celui que j'ai quitté il y a une demi-heure. Et le premier visage familier que je rencontre n'a pas l'air de me reconnaître. S'en est trop... Mon cœur tambourine dans ma poitrine et je commence à étouffer. La nausée m'envahit et un sifflement commence à recouvrir les bruits de la rue. Je vois les lèvres de Lupin bouger, mais je suis incapable de comprendre un mot. Je vacille...
Le Noir...
Les derniers rayons du soleil couchant filtrent à travers les fenêtres du petit salon, où je me trouve à présent. Assise sur un sofa en taffetas vert, une tasse de thé à la cannelle, fumante dans une main, un petit cookie au chocolat dans l'autre, je regarde Eilane s'affairer dans la pièce. Elle allume soigneusement les bougies des lustres. La dernière s'enflamme, elle souffle doucement sur la longue allumette qu'elle tient puis se tourne enfin vers moi.
"Tu devrais le boire, sinon il va refroidir..." me dit-elle en pointant mon thé du menton.
Elle s'assied sur un fauteuil, de l'autre coté de la table basse prenant soin de ne pas froisser sa robe en soie. Elle prend délicatement la théière, se verse une tasse et me sourit vaguement avant de tremper ses lèvres dans la boisson. Je lui rends son sourire pour me donner contenance. C'est la première phrase qu'elle m'a adressée depuis le départ de Lupin, il y a bientôt trois-quarts d'heure. Et avant cela, elle n'avait pas non plus été très éloquente. On ne peut continuer à se regarder éternellement dans le blanc de l'œil, quand même...
"C'est très joli chez vous. Vous avez vous-même réalisé la décoration ?"
Tentative d'attirer son attention en la complimentant. Vu la façon dont elle se tient et dont elle parle, elle devrait adorer ça...
"C'est moi en effet. Merci"
Et le silence retombe. Tentative ratée... Cette femme est un vrai mur... Mais qu'est ce que Lupin peut bien lui trouver ? Hormis sa beauté, je veux dire. Elle est tellement à l'opposé de lui. Bon, je ne vois pas non plus ce qu'il fait avec Tonks, leur couple n'ayant pas grand chose en commun. Mais celui qu'il forme avec cette Eilane le dépasse de loin. Elle est froide et hautaine. Depuis que je suis arrivée, j'ai l'impression de l'insupporter alors que je n'ai rien fait. Sauf la bousculer dans la rue... Mais après explication, ça aurait dû la calmer... Mais ça a été tout le contraire...
Une sonnerie retentit dans le manoir. Eilane lève la tête et esquisse un sourire. Elle a l'air soulagée.
"Je vais ouvrir. Tu ne bouges pas !"
Où veut-elle que j'aille ? J'ai bien compris que personne ne devait me voir. J'aimerais seulement savoir pourquoi ils me font tellement de mystères ! Et surtout où je suis... Non, parce que Lupin et Eilane savent d'où je viens, je leur ai tout expliquer après avoir repris connaissance, mais eux sont restés de marbre, puis Lupin est parti faire une "rapide course".
Les bruits de talons m'indiquent qu'Eilane est de retour et elle n'a pas l'air d'être seule. Les double-portes s'ouvrent pour la laisser entrer, suivie de Lupin et de... Non ! C'est impossible !
"Sirius !"
La tasse me glisse des mains et se brise sur le parquet ciré. Je me lève d'un bond et je ne sais pas bien pourquoi, je me jette dans ses bras.
"Merlin, vous êtes vivant ! Quand Harry va apprendre ça !"
Est-ce mon geste ou bien mes paroles qui l'incommodent ? Je ne sais pas bien, mais il se raidit. Je m'écarte en me mordant les lèvres, gênée. Lupin nous invite à nous asseoir, moyen comme un autre de dissiper la tension qui s'est installée. Je me place à bonne distance de Sirius, mais je ne peux m'empêcher de le regarder.
Plus d'un an qu'on le pensait mort... Ses cheveux ont repoussé depuis. Ils lui arrivent quasiment aux coudes à présent. Comme à sa sortie d'Azkaban... Aux coudes ? Comment est-ce possible ? En un an, ses cheveux ne peuvent pas être devenus aussi longs ! Et je vois mal Sirius Black utiliser des potions capillaires... Ca ne va pas avec le peu que je sais de lui... Je remarque alors des petites cicatrices qui parsèment son visage tendu. Elles sont minuscules, on les voit à peine et elles sont là depuis un bon moment. Pourtant il ne les avait pas au Ministère... Je finis par rencontrer ses yeux pour m'apercevoir que lui aussi me dévisage. Mais contrairement à moi, il a le regard de quelqu'un qui vous voit pour la première fois. Et comme pour mettre fin à notre petit jeu silencieux, il se tourne vers Lupin.
"Je ne la connais pas" affirme-t-il, catégorique.
J'ai l'impression de me prendre la gifle de ma vie, et lui, comme pour enfoncer le clou, il ajoute :
"Granger, ça ne me dit rien... Pourtant Hermione, ça ne s'oublie pas comme prénom."
"Par contre vous pouvez oublier les gens qui vous aident à fuir les Détraqueurs après votre fuite d'Azkaban ! Qui plus est, une des meilleures amies d'Harry !" je m'exclame en rage.
Ses yeux illuminés par la surprise, s'éteignent à la mention du nom d'Harry.
"Je ne suis jamais allé à Azkaban. Et je ne vois pas pourquoi Voldemort m'enverrait ses Détraqueurs. C'est quoi cette mascarade Remus ?"
Lupin n'a pas le temps de répondre, un tapotement nous arrive de la fenêtre. D'un bloc, nous nous tournons vers le bruit et découvrons un Grand-Duc qui attend patiemment qu'on lui ouvre. Eilane se lève, et entrebâille discrètement les battants de la fenêtre pour laisser l'animal entrer et ferme les volets. L'oiseau traverse le salon et se pose entre Sirius et moi.
"Bonsoir Aberforth" l'accueille poliment Eilane.
Elle a dit... Je me tourne vers le Hibou pour tomber nez à nez avec Dumbledore. Non, pas Dumbledore. Enfin si... Mais pas le professeur... Son frère, qui lui ressemble énormément, malgré l'absence de barbe.
"Mademoiselle" me salut-il en soulevant son chapeau.
Puis il fait de même pour les autres qui n'ont pas l'air surpris de le voir.
"Bon… Bonsoir" j'articule avec peine.
Je ne l'ai jamais rencontré et je ne connais de lui que les quelques histoires qu'Harry nous a rapporté, il y a quelques années au Terrier. Aberforth Dumbledore serait un excentrique, il se ficherait de l'avis des autres et il aurait des connections avec l'Ordre… En effet, ça a l'air de coller. Il est habillé comme un moine Tibétain…
"Népalais ! Un petit souvenir de mon dernier voyage à Katmandou. Des gens charmants par ailleurs ces moines."
Je le fixe en battant des paupières, interloquée. Il trempe négligemment un biscuit dans le thé qu'Eilane vient de lui servir, comme si je lui avais posé la question à haute voix. Ca me revient à présent… Il serait un des plus grands Legili…
"Legilimens, exactement. Mais l'un des plus grands, vous dites ça pour me flatter !"
"Je ne vous ai rien dit du tout ! Qui vous a permis d'entrer dans mes pensées ?" j'explose.
"Je m'excuse Mademoiselle, mais avec les temps qui courent, c'est malheureusement la chose la plus prudente à faire. Mais vous avez raison, il était impoli de ma part de vous faire subir ceci avant de m'être présenté, seulement vous sembliez me connaître alors cela m'a paru suspect."
Ses excuses n'ont pas l'air bien sincères, il tente surtout de me calmer…
"Vous ressemblez énormément au Professeur Dumbledore, c'était facile de faire le rapprochement." fais-je remarquer.
Mes mots n'ont pas l'effet escompté. Au lieu de rassurer l'assemblée, ils les ont surpris.
"Vous avez connu mon frère ?"
"Bien sûr. J'étais élève à Hogwarts"
"Mais quel âge avez-vous ?" me demande-t-il, à ma grande surprise.
"J'ai 18 ans… Mais je ne vois pas le rapport."
Au lieu de s'éclaircir, les choses deviennent de plus en plus confuses. J'ai l'impression qu'on ne parle pas de la même chose, pourtant c'est impossible.
"Si vous avez cet âge, c'est que vous nous cachez quelque chose. Ou alors vous nous mentez en plus de nous prendre pour des imbéciles !" me rétorque Eilane, en me fixant méchamment du fond de la pièce.
"Mais c'est vous qui faites des mystères depuis mon arrivée ! Je vous ai déjà expliqué ce qui m'arrive depuis cet après-midi ! J'étais chez un antiquaire avec mes amis, je suis tombée d'un rocking-chair en où j'étais assise en voulant attrapper un objet sur une table et soudain tout à changé autour de moi. Je me suis retrouvée chez un apothicaire, où deux personnes discutaient, ils semblaient être des serviteurs de Voldemort. Je suis sortie, pour me rendre compte que tout était différent, les magasins, les comportements, les gens que je connais ! On me considère comme une inconnue et maintenant, on s'étonne que je puisse avoir connu Dumbledore ! J'étais à son enterrement il y a deux mois, si vous voulez savoir ! Alors ne dites pas que je cache des choses !"
Mon emportement a eu l'effet escompté. Ils me regardent tous à présent… Avec surprise !
"Qu'est-ce…"
"Un enterrement ? Il y a deux mois ?" me demande Aberforth.
"Un peu moins. Mais qu'est ce que ça chan…"
"Où a-t-il eu lieu ?"
"Mais à Hogwarts, bien sûr ! Où d'autre ? Vous y étiez Professeur" fais-je remarquer à Lupin.
Ils se regardent tous avec étonnement. Ils sont aussi perdus que moi.
"Je n'ai pas rêvé tout de même ! Le Professeur est mort en juin lors de l'attaque d'Hogwarts par les Mangemorts !"
"Mademoiselle, il n'y a pas eu d'attaque à l'école depuis une vingtaine d'année maintenant… Et mon frère a disparu il y a 16 ans, mais on n'a jamais retrouvé son corps.'
Alors là…
"C'est impossible… Même si… Il est tombé de la Tour d'Astronomie ! La plupart des élèves l'ont vu ! Je ne suis pas folle !"
"J'en doute, mais il y a un moyen de le savoir… Peut-être pourrions-nous utiliser la Legilimencie, afin de comprendre ce qui se passe ?"
L'idée ne m'enchante pas vraiment, mais si ça peut me sortir de cette conversation sans fin…
"D'accord… Je dois faire quelque chose en particulier ?"
"Remémorez-vous les derniers moments que vous avez passé avec vos amis, et quand vous êtes prête, dites le moi." m'explique-t-il.
Je ferme les yeux, et je tente de me repasser notre excursion chez Monsieur Carlson.
"C'est bon" dis-je.
Je ressens comme un choc dans mon esprit, une sorte d'oppression, ce qui me déstabilise. Je ne sais pas trop quoi faire…
"Focalisez-vous sur le moment où tout à changé. Partez de l'Apothicaire, et ensuite remontez dans votre mémoire. C'est le plus simple."
Simple… C'est facile à dire… Je me concentre, et soudain je revois les étagères devant moi. Je suis à genoux, le livre sous une main, le pendentif dans l'autre. J'ai encore la tête qui tourne à cause de… Et soudain, ça devient très clair. Je me revois me lever du fauteuil, le tome sous le bras et me pencher sur la boîte à bijoux. Je regarde ce qu'elle contient, j'attrape une longue chaîne que je tire délicatement. Le papillon qui y est accroché se dégage de dessous une broche, je le prends dans ma main droite, et la pièce autour de moi commence à tourner. Les voix de mes amis se font de plus en plus lointaines, tout devient blanc, et quelques secondes plus tard, je m'écroule sur le parquet de la boutique.
Un second choc se fait ressentir, je me sens libérée. J'ouvre les yeux et découvre Aberforth le visage très soucieux. La ressemblance avec son frère me frappe encore plus.
"Et bien je pense avoir compris. Le pendentif que vous avez touché semble être un Portoloin…"
"Un Portoloin ne changerait pas toute ma vie !" fais-je remarquer.
"Mais un déplacement dimensionnel oui…" dit Eilane.
Toutes les têtes se tournent vers elle.
"Ca doit avoir l'air stupide, mais je sais que c'est possible. Lors de notre septième année, Tom et moi avions fais des recherches sur ce sujet. Pour…" elle me jette un regard gêné. "Il pensait que ça pourrait lui être utile. Mais finalement il a changé d'obsession…"
"C'est complètement fou… Un Portoloin qui m'aurait fait changer de dimension ? Et vous sauriez comment me faire rentrer ?"
"Malheureusement non, on n'a juste été capable d'envoyer des choses, jamais de les faire revenir…"
Le silence tombe sur le salon. Je regarde mes pieds, désespérée.
"Et je suppose que vous avez déjà repris le pendentif dans vos mains, depuis votre voyage ?"
"Oui, quand je l'ai rangé dans ma poche" je soupire.
Je le sors, afin de le leur montrer. Je n'ai même pas le temps de le poser sur la table, que Sirius me l'a déjà arraché des mains. Je le regarde hagarde. Il tient la chaîne au-dessus de sa tête et fixe le papillon qui danse devant ses yeux.
"Je propose que nous examinions de plus près ce bijou. Je pense savoir par où commencer…" dit-il ne s'adressant à personne en particulier.
"Je suis d'accord. Mademoiselle… Quel est votre nom au fait ?" me demande Aberforth.
"Hermione Granger."
"Mademoiselle Granger, vous devriez aller vous reposer. Vous devez être beaucoup plus secoué qu'il ne le paraît."
"Nous avons une chambre d'amis à l'étage" dit Eilane. "Je vais la préparer. Viens avec moi."
Je me lève, et les autres font de même. Nous nous rendons tous dans le Hall d'entrée, où les trois hommes me souhaitent une bonne nuit, et me promette de faire leur maximum pour trouver une solution. Ils vont pour sortir du manoir, quand me viens une dernière question.
"Je sais qu'il est un peu tard pour vous demander ça, mais ici aussi vous êtes dans l'Ordre du Phœnix ?"
"Visiblement il y a des choses qui ne bougent pas." me répond Aberforth avec un sourire bienveillant.
Tous trois quittent la demeure. Je suis Eilane à l'étage puis dans un long couloir. Nous nous retrouvons dans une chambre de taille moyenne. Elle sort sa baguette magique et commence à s'affairer pour préparer le lit. Je m'assieds sur une chaise.
"Tu sais, je voulais m'excusez de mon comportement de tout à l'heure. Mais je pensais que tu devais être une espionne à la solde de Voldemort. Remus m'a interdit de regarder dans tes pensées avant qu'Aberforth n'arrive, alors j'étais méfiante." s'excuse t-elle sans me regarder.
"Ca n'est pas grave. La situation était compliquée." je la rassure.
Soudain, elle se retourne et me fixe la tête penchée sur le coté.
"Il y a une chose qui m'échappe. Tu connais Remus et Sirius, et on t'a parlé d'Aberforth. Mais qu'en est-il de moi ?"
" C'est à dire… Euhh… Je ne sais pas." j'avoue gênée.
Elle me regarde un sourcil levé.
"Comment ça ?"
"Et bien, sans vouloir vous vexer, je ne vous ai jamais rencontrée." j'explique.
"Je ne suis pas avec Remus, dans ton monde ?" me demande-t-elle, surprise.
"Non… Chez moi, il est…" j'hésite à lui révéler que, quelque part ailleurs, la personne qu'elle aime est avec quelqu'un d'autre.
"Oui ? Tu sais, vu la façon dont c'est parti, je pense qu'on peut tout se dire. Ca évitera peut-être des gaffes…" remarque-t-elle.
"Il est avec Nymphadora Tonks", je déballe à toute vitesse.
Je me demande si elle la connaît… Eilane cligne des yeux, fronce du nez et se retourne pour tasser un oreiller.
"Ah… Tonks… Vraiment !"
Visiblement, oui… Elle toussote légèrement puis me fait de nouveau face, un sourire un peu forcé sur les lèvres.
"Je ne veux pas t'effrayer et paraître pessimiste, mais je refuse de te faire croire que tout ira bien…"
Le changement de sujet est très réussi…
"Vous savez, je ne suis pas aussi naïve que j'en ai l'air… Je doute fortement qu'ils arriveront à me renvoyer chez moi dès demain. Tout à l'heure vous étiez la seule à penser au voyage dimensionnel. J'en déduis donc que le sujet est aussi développé ici, que chez moi…"
"En effet… Bon, tout n'est pas perdu. Aberforth a de nombreuses connections, peut-être connaît-il des personnes un peu plus qualifiées sur ce sujet. Mais à ta place, je n'espérerais pas repartir demain…"
Nous restons toutes les deux silencieuses. Elle a formulé les craintes que nous portions tous depuis que la situation s'est clarifiée. Je l'avais compris aussi, mais je m'attachais quand même à un minuscule espoir.
"Tu devrais dormir. Si tu veux, j'ai une très bonne potion de sommeil qui empêche les rêves. Ca t'aidera à te reposer. Tu auras besoin de force demain."
Je n'aime pas trop ce genre de remède, mais je serai incapable de trouver le sommeil sans ça, j'accepte donc sa proposition. Elle sort de la chambre, alors que j'attrape la robe de nuit qu'elle a fait apparaître plus tôt. Je me déshabille, l'enfile et me couche dans le lit. Je me demande ce que font Harry et les autres en ce moment. Ils doivent se faire un sang d'encre…
Eilane revient, un petit flacon en cristal bleu acier et une cuillère dans la main. Elle les pose sur la table de chevet et me souhaite une bonne nuit. J'avale la potion. Le liquide me glace la gorge et l'œsophage, mais soudain je sens une douce chaleur m'envelopper et ma tête touche à peine toucher l'oreiller que déjà, je m'endors.
"C'est une blague !"
J'avale mon toast de travers. Cette journée avait déjà mal commencé. Je me suis réveillée dans un lit qui n'est pas le mien, avec des vêtements qui ne m'appartiennent pas, dans une pièce que je ne connais pas. Un vent de panique m'a submergé quand cette histoire de voyage dimensionnel m'est revenue. L'entrée d'Eilane dans la chambre m'a confirmé que ça n'était définitivement pas un cauchemar. Et maintenant, Lupin m'annonce qu'Aberforth, Sirius et lui ont passé la nuit sur le pendentif sans rien trouver…
"Croyez-moi, je préfèrerais. Nous avons fait appel à nos membres les plus qualifiés, mais nous n'avons rien trouvé." m'explique-t-il.
"Mais hier soir, Sirius prétendait avoir une piste." je m'étonne.
"En effet, mais on n'a pas encore pu l'explorer. La "bonne" nouvelle, c'est qu'en ce moment même, il la vérifie." il m'adresse un petit sourire réconfortant.
"Et la mauvaise ?"
"Et bien, c'est la dernière que nous ayons…" avoue-t-il gêné.
Le silence se fait. Je ne sais pas trop comment prendre tout ça. Je plonge mes yeux dans mon café au lait.
"Si ça peut vous rassurer, cette piste a de grandes chances d'aboutir vers des réponses positives." tente-t-il.
"Est-ce que je peux savoir qu'elle est son idée ?"
"Bien sûr. Ce pendentif, ou plutôt le papillon, est le symbole des femmes d'une puissante famille de notre monde. Chacune d'elle hérite d'un de ces bijoux et ils sont ensuite passés de génération en génération. Sirius les connaît bien, il est donc allé les voir hier soir, mais il n'y avait personne. Il y est retourné ce matin. Il ne devrait plus tarder maintenant."
"C'est une vieille famille de Sangs Purs ?"
Le doute m'assaille. Monsieur Carlson a dit que les propriétaires s'étaient tous fait exterminer.
"Oui. Les Adayloth. Une des premières, je crois. Pourquoi ?"
"Dans mon monde, ils sont morts. L'antiquaire chez qui j'ai trouvé ce pendentif, il nous a expliqué d'où ça provenait. Cette famille s'est faite massacrer par les Mangemorts, après la chute de Voldemort. Ils l'auraient trahi. Mais s'ils sont vivants ici, j'ai des chances de repartir !"
Ma joie n'a pas l'air très communicative. Lupin recommence à me regarder comme hier soir.
"Désolée, ça n'est pas très poli de ma part, de parler de morts comme ça, mais je…"
"La chute de Voldemort ?" me coupe-t-il.
A nouveau un silence. Je ne comprends pas ce qu'il veut dire.
"Oui, sa chute… Il y a 16 ans…"
"Il y a 16 ans, c'est son avènement qui a eu lieu."
J'ouvre la bouche pour répondre, mais rien ne sort. Je n'ai rien à dire… Je ne sais même pas si j'arrive à réaliser ce que ça signifie. Avènement… Il a vaincu… C'est lui qui a gagné la bataille… Il dirige ce monde.
Nous restons tous les deux sans parler. Incapables d'imaginer que le monde de l'autre puisse exister. Au fond de moi, j'ai toujours été persuadée que Voldemort ne pourrait jamais régner. Que forcément nous gagnerions. Parce que nous sommes le bon coté, parce que les gentils gagnent toujours, parce que perdre contre un monstre comme lui est tout bonnement inconcevable, et que jamais nous pourrions nous relever. Et j'ai sous mes yeux la preuve que je me trompais. Il aurait pu gagner… Il pourrait gagner… Il l'a déjà fait…
Je lève les yeux vers Lupin, perdu lui aussi dans ses pensées. Finalement il refait surface.
"Mais s'il est tombé. Pourquoi des Mangemorts attaqueraient encore votre monde ?" s'étonne-t-il.
"ll est revenu. Il y a 2 ans, il a trouvé le moyen de reprendre ses pouvoirs, et même d'être plus fort qu'avant. Quand j'ai disparu, je venais d'entrer dans l'Ordre du Phœnix de mon monde. Mes amis et moi allions partir en mission pour l'affaiblir."
"Votre monde est en guerre alors ?"
"Oui. Et de jours en jours Voldemort gagne de nouveaux partisans, par envie de pouvoir, par peur ou tout simplement parce que ses idées séduisent. La mort récente de Dumbledore ne va rien arranger." je soupire. "Mais qu'en est-il de votre monde ? Pour le peu que j'en ai vu, ça a l'air paisible. Personne ne se bat contre Lui ?"
"Vous savez ça va faire 16 ans. Les gens se sont résignés. Il y a bien sur encore quelques résistants, l'Ordre en est la preuve, mais nous n'arrivons quasiment plus à recruter. Nos membres les plus jeunes entrent souvent parce que leurs parents sont ou étaient dans l'Ordre avant eux. Ils ont grandi en connaissance de l'œuvre de Dumbledore et avec des gens qui le connaissaient. Mais la majorité de la population se souvient juste d'un vieux sorcier qui bien que très puissant a été vaincu par Voldemort. Et la jeune génération n'a rien connu d'autre, donc elle ne voit pas l'intérêt de tout changer. Pour ces gens, Il a toujours été là. C'est devenu leur quotidien."
C'est un cauchemar… Comment toute une société peut-elle se résigner à vivre sous le joug d'un monstre ? Je suis coupée dans mes pensées par le grincement de la porte de la cuisine. Eilane entre, suivie de près par Sirius. Tous deux s'assoient à la table. Eilane se sert un bol de thé et prend deux toasts dans la panière qu'elle beurre. S'arrêtant au milieu de son geste, elle pousse délicatement la corbeille vers Sirius qui lève un sourcil.
"Cesse de me regarder avec cet air de chien battu pour que je te serve. J'ai horreur qu'on quémande à ma table." lui dit-elle séchemment, avant de sourire malicieusement.
Je la regarde éberluée. J'ai beaucoup de mal avec sa personnalité changeante. Hier soir, elle était d'une froideur sans égale, et soudain elle est devenue sympathique. C'est le genre de femmes qu'on peut difficilement cerner. Elle pourrait vous annoncer la pire des horreurs d'un air serein, en vous regardant droit dans les yeux. Mais en même temps, elle est capable de vous apaiser en quelques mots…
Un frisson me parcourt et me ramène à la réalité. Je regarde mes hôtes qui déjeunent en discutant. L'ambiance dans la cuisine est étrange. Plutôt bonne enfant, mais pas véritablement joyeuse, et surtout empreinte de mélancolie. Comme si ces trois là avaient oublié ce que signifiait le mot joie, mais qu'ils tentaient tant bien que mal de le faire exister.
"Au fait, j'ai enfin réussi à parler avec Circé" s'exclame Sirius après une rasade de café. "Je lui ai montré le pendentif, et elle l'a reconnu. C'est bien un des leurs. J'ai dû lui expliquer d'où je le tenais, puisqu'elle avait vu celui de sa mère dans sa boîte ce matin."
"Comment a-t-elle réagit ?" demande Lupin.
"Aussi apathique que d'habitude… Pas vraiment surprise par le lien avec un voyage dimensionnel. Elle a refusé de me donner des explications… Elle a juste ajouté qu'Aberforth serait contacté dans la journée et qu'il faudrait voir la suite avec lui. Et elle m'a demandé de partir…"
"Et c'est tout ?" je m'étonne.
"Désolé… Mais Circé Adayloth n'est pas dans le genre bavarde. De plus, même si je ne suis pas vraiment un fugitif, Voldemort sait que j'ai un rapport avec l'Ordre. Une visite aussi matinale de ma part pourrait paraître suspecte. Mais bon, elle n'a qu'une parole. Nous n'avons plus qu'à attendre Aberforth…"
Attendre… J'ai l'impression de ne pas avoir fait autre chose depuis mon arrivée. A part répondre à des questions et collectionner les révélations. Vu la tête de mes compagnons, je ne suis pas la seule dans ce cas. Eilane se lève pour débarrasser la table et laver la vaisselle, mais d'un coup de baguette magique, sa tâche est vite finie. Elle entreprend alors de lire un livre. En face d'elle, Lupin est plongé dans la Gazette du Sorcier. Sirius quant à lui n'a pas l'air de trouver une occupation. Il croise et décroise les bras sans arrêt, regarde autour de lui, et tapote ses doigts sur la table en bois.
"Sirius, si tu n'arrêtes pas ce bruit, je t'assome !" lance froidement Eilane, qui bouillait intérieurement depuis quelques minutes déjà.
"Je n'aime pas attendre sans rien faire ! J'ai l'impression de perdre mon temps" rétorque t-il.
"Padfoot n'a jamais tenu en place… C'est une vraie pile sur jambes." tente vainement de le défendre Lupin.
"Je m'en fiche, qu'il fasse ce qu'il veut ! Mais qu'il arrête de tapper sur cette table !"
Je les regarde avec stupeur. Et soudain j'éclate de rire. Ils se tournent tous les trois vers moi surpris. Rien qu'à les voir, je peux dire qu'ils n'ont pas vu quelqu'un rire depuis des années.
"Excusez-moi, c'était plus fort que moi. Mais soudain j'ai eu l'impression d'être avec trois adolescents impatients. Ca m'a rappelé…" et je suis incapable de finir ma phrase.
Ginny, Ron et Harry…
"Ne t'inquiète pas Hermione, tu reverras tes amis." me console doucement Eilane. "Il n'y en a pas pour longtemps. Dans l'après-midi au maximum nous aurons une réponse d'Aberforth. Avec l'aide de Circé, nous trouverons un moyen de te renvoyer là-bas."
"Merci…"
"Bon, rester assis ici n'a aucun sens. Vous m'excuserez, mais je vais sortir. J'ai des courses à faire. Remus, je te laisse la maison." dit Eilane en se levant. Elle fait apparaître une cape légère sur le dossier de sa chaise.
"Je n'ai pas le droit de venir ?" lui demande-t-il, étonné.
"Il est hors de question de laisser Hermione seule avec Sirius. La pauvre…"
J'ai l'impression que leur petit retour en enfance de tout à l'heure fait toujours effet… En sortant de la pièce Eilane m'adresse un petit clin d'œil. Elle fait vraiment de son mieux pour que je me sente bien ici. Le contraste avec la veille est de plus en plus saisissant.
"Hermione, je voulais vous poser une question." me dit Sirius.
"Vous savez, dans mon monde, vous me tutoyiez, ça fait bizarre de vous entendre me dire vous…" lui fais-je remarquer.
"Vraiment ? Donc chez vo.. toi" il m'adresse une petite grimace. "On se connaît bien ?"
"Pas vraiment… C'est assez compliqué. On n'a pas eu le temps de vraiment faire connaissance. On ne s'est rencontré qu'à la fin de ma troisième année à Hogwarts, et tout ce que je savais de vous auparavant, ça n'était que des mensonges…"
"En trois ans, on n'a jamais eu l'occasion de mieux se connaître ?"
"Et bien…" je bredouille.
Comment suis-je sensée lui annoncer ça ? Mais à le regarder, j'ai l'impression qu'il veut vraiment savoir.
"Je suis mort c'est ça ?" s'exclame-t-il.
"Je… Euh… Oui… Désolée. A la fin de ma cinquième année. Durant une attaque au Ministère de la Magie…" je lui explique difficilement.
"Des Mangemorts ?"
"Bellatrix Lestrange… On ne sait pas véritablement ce qui est arrivé. Vous avez… disparu et Dumbledore a dit que vous ne reviendriez pas."
"Et hier soir, tu parlais d'Azkaban. Que s'est-il passé ? Je sais que j'ai mauvaise réputation, mais de là à être enfermé là-bas…" s'étonne-t-il.
"Une erreur judiciaire. Après la mort de James et Lily Potter, vous avez voulu tuer Peter Pettigrew. Mais il a mis en scène sa mort et vous avez été accusé des trois meurtres. Toutes les preuves étaient contre vous, jusqu'en troisième année où on a retrouvé Pettigrew. Mais vous n'avez jamais pû être réhabilité…"
"Peter" crache-t-il le regard emplit de haine. "Attends, pourquoi ai-je été accusé du meurtre de James et Lily ? A la limite je comprends celui de Peter, mais quel est l'intérêt pour Voldemort, de me faire accuser au lieu d'en tirer les mérites ?"
"Sirius, il y a quelque chose qui diffère entre le monde d'Hermione et le notre." explique Remus. "Là-bas Voldemort a disparu… Ca n'est pas lui qui a le pouvoir."
"Vraiment ?" me demande Sirius avec une lueur d'espoir dans les yeux.
"Oui, mais pas de quoi être optimiste. Il a fini par revenir. Chez moi, c'est la guerre." j'admets avec dépit.
Nous discutons encore un bon moment. Je tente de leur expliquer sans trop de détail, à quoi ressemble la vie dans mon monde, et eux me donnent des renseignements sur le leur. Apparemment, Voldemort a eu le champ totalement libre pour accéder au pouvoir, après la disparition de Dumbledore. Son corps n'a jamais été retrouvé, et ç'est ce qui a en partie causé la chute de l'Ordre. C'est arrivé au cours d'une bataille où beaucoup sont tombés, une fois de retour au quartier général, les membres ne savaient plus quoi faire. Dumbledore était-il seulement mort ? Beaucoup ont refusé de le croire et ils n'ont pas accepté que d'autres prennent la tête de l'Ordre à sa place. Les dissensions ont affaibli le groupe, et bien trop occupés à régler leurs problèmes internes, ils n'ont pas pu arrêter Voldemort. Quand il a pris le pouvoir, il a mené des actions contre l'Ordre. Certains sont morts, d'autres se sont cachés et un petit noyau est resté fidèle à l'œuvre de Dumbledore. Malheureusement ils ne sont plus grand chose. Leurs missions sont plutôt d'ordre à aider ceux qui pourraient souffrir du règne du Seigneur des Ténèbres. Ils n'ont pas non plus complètement perdu espoir de le renverser un jour, mais c'est un travail long et difficile. En tout cas, ils n'ont plus fait un seul éclat depuis presque quinze ans, pour faire croire à l'ennemi qu'ils n'existent plus. Ils se sont tous réintégrés dans la société et tentent de faire profil bas.
"Nous sommes toujours surveillés. Sans doute de moins en moins pour certains, mais ceux qui étaient proches de Dumbledore à l'époque doivent être encore plus prudent." m'explique Remus.
J'ai ainsi appris que leur reconversion a été plus ou moins mouvementée. Les professeurs Flitwick et McGonagall, qui sont toujours dans l'Ordre, n'ont pas eu le droit de retourner enseigner à Hogwarts, ils ont même perdu la majorité de leurs droits sociaux et personnels, parce que trop proches de Dumbledore. Pareil pour Aberforth, qui est même sous le coup d'un avis de recherche. Le cas d'Eilane est visiblement assez compliqué car Lupin ne savait pas trop comment l'expliquer. Mais pour des raisons obscures elle a pu garder ses privilèges et sa fortune. Lui n'a pas non plus été trop inquiété, il n'avait pas un rôle très important à ce moment-là. Il a profité de la réhabilitation des loups-garous, pour en faire sa mission pour l'Ordre. Il passe donc la plupart de son temps avec eux, afin d'amasser des informations. Quant à Sirius, il a refusé de s'intégrer à cette société. Il vit en marge, et partage son temps entre des missions pour l'Ordre et Grimmauld Place, où il vit seul.
"Mais dès qu'il en a l'occasion il vient ici, et c'est difficile de le faire partir" fait remarquer Lupin.
Au fur et à mesure d'autres nouvelles se greffent. Ainsi, Hagrid a été tué il y a une douzaine d'années. D'abord rejetté d'Hogwarts à cause de son statut de demi-géant, il a un jour été pris à partie par des Mangemorts qui l'ont torturé puis tué par pur amusement. Les larmes me montent aux yeux. Je sais pertinemment qu'il ne s'agit pas du Hagrid que je connais, mais je ne peux m'empêcher de pleurer sa mort.
De mon coté, j'apprends à Lupin qu'il a été mon professeur de Défense contre les Forces du Mal en troisième année, d'où ma tendance à l'appeller "Professeur", bien qu'il ne le soit plus depuis des années. Je dois donc maintenant l'appeller Remus, car ce titre honorifique qu'il n'a jamais eu ici, le met mal à l'aise.
Aux alentours de midi, Eilane refait son apparition, les bras chargés de paquets.
"Le Chemin de Traverse commence à être bondé" fait-elle remarquer. "Hogwarts n'ouvre que de dans trois semaines pourtant. Vous auriez vu la file d'attente pour prendre commande chez Madame Guipure ! J'ai crû que mon tour n'arriverait jamais..."
"Et qu'as-tu acheté cette fois-ci ?" lui demande Remus.
"Oh, trois fois rien... Hermione, je t'ai pris quelques petites choses au cas où tu devrais rester ici encore quelques jours." me dit-elle en me tendant un sachet.
"Mais... Merci, mais je vais vous rembourser !"
"Non, ça n'est pas grand chose. Juste du nécessaire de toilette, ce genre de choses... Je te l'offre, garde ton argent pour des choses plus importantes !" s'exclame t-elle, sur un ton qui exclus toute contestation.
"Merci beaucoup. Je suis désolée de vous apporter tout ces soucis."
"Arrête de t'excuser ! Ca n'est pas ta faute si tu es coincée ici." grogne Sirius.
Et pour mettre fin à cette conversation, Eilane déclare qu'il va être l'heure de passer à table.
Alors que nous entamons le dessert, le tintemment de la cloche à l'entrée du manoir nous interrompt. Eilane se lève et va ouvrir. Elle revient quelques minutes plus tard accompagnée d'une jeune femme aux cheveux châtains. Du moins, ils le sont quand elle entre dans la cuisine, car peu à peu ils deviennent bleus. Ses traits aussi changent pour laisser place à ceux de Nymphadora Tonks.
"Bonjour" dit-elle enjouée.
Nous la saluons en retour, et je vois Eilane qui jete un regard mauvais à Remus. Elle n'a visiblement pas digéré ce que je lui ai appris hier soir... Je les regarde amusée, elle, le menton levé avec un sourire suffisant, et lui ne comprennant pas le soudain changement de comportement de sa compagne. J'entends la chaise a coté de moi racler contre le carrelage, et je tourne la tête pour voir Tonks qui me sourie chaleureusement.
"Tu dois être Hermione. Je suis Tonks, enchantée" s'exclame t-elle en me serrant vivement la main.
"Euh... Enchantée aussi." je bredouille, ne sachant pas trop ce que je peux lui dire. Heureusement Sirius vient à ma rescousse.
"Tonks est aussi dans l'Ordre ici. Tu peux donc parler ouvertement avec elle"
"J'ai reçu une note d'Aberforth dans la matinée. Au début j'ai cru mal déchiffrer le code, un voyage dimensionnel, ca paraît tellement impossible. Mais j'ai demandé à ma mère et elle m'a dit que c'était bien ça. C'est vraiment incroyable ! Dis-moi, on s'est déjà rencontré ?"
"Oui, à vrai dire, quand mon "voyage" a eu lieu, tu étais là." j'explique avant de lancer un petit regard désolé à Eilane.
"Ouah, ca fait bizarre d'entendre ça..."
"Tonks, je crois que tu as quelque chose pour nous" coupe Eilane d'une voix cassante.
Tout le monde se tourne vers elle et la dévisage, gênés, Remus l'air réprobateur.
"Désolée, mais il y a peut-être des nouvelles urgentes pour Hermione." s'excuse t-elle, sans conviction.
"Non, c'est de ma faute" dit Tonks. "C'est ma mission de vous apporter cette lettre, et je bavarde."
Elle sort un parchemin et le donne à Remus qui le lit.
"Tonks est la messagère de l'Ordre." m'explique Sirius. "Ses pouvoirs de métamorphomage nous sont extremmement utiles. Quand on doit communiquer et qu'on ne peut pas le faire directement sans risquer d'attirer l'attention sur nous, elle est notre intermédiaire. Comme ça, même si nous sommes surveillés, on ne peut pas découvrir notre messager, puisqu'il change tout le temps. Il y a longtemps qu'on aurait été découverts, si elle n'avait pas été là"
Sous le coup du compliment, Tonks devient rouge comme une pivoine. Du coin de l'oeil je vois Eilane rouler des yeux.
"C'est drôle, mais on a jamais pensé à ça, dans mon monde... Ca a pourtant l'air de fonctionner..."
"Vraiment ? Mais alors, qu'est-ce-que je fais, chez toi ?" me demande t-elle, surprise.
"De la garde rapprochée. Ton entrainement d'Auror nous est vraiment indispensable."
"Je suis une Auror ?"
"Pas ici ?" je m'étonne. Elle n'était pas dans le premier Ordre pourtant.
"Non... Je suis vendeuse dans un magasin de disques sur Redfog Road. Je n'aurais jamais pû accéder à l'Ecole des Aurors, j'ai déjà eu assez de chance d'être prise à Hogwarts."
"Comment ça ?"
"Hogwarts a un système de séléction très strict, chez nous. Les Enfants de Moldus et les Sang-mélés directs n'ont pas le droit d'y aller." m'apprend Remus, qui a levé le nez de sa lettre. "Après l'arrivée de Voldemort au pouvoir, il y a eu de nombreuses réformes. Les Enfants de Moldus ont été bannis de notre monde, mais par souci pratique, les Sang-mélés sont tolérés. Au début ils pensaient aussi les exclure, mais ils se sont rendus compte que ça serait difficilement vivable sur le long terme. Par contre, on leur a fermé l'accès à toutes fonctions à responsabilité et un code de castes à été mis en place..."
Je suis horrifiée par ce que j'entends. Et soudain je comprends tout.
"Mais c'est pour ça qu'on ne s'est jamais rencontré !" je m'exclame. "Je suis une Enfant de Moldus."
Je ne sais pas trop la réaction que j'attendais de leur part, mais en tout cas ça n'était pas les mines choquées et gênées qu'ils arborrent.
"J'ai dit quelque chose de mal ?" je demande.
"Non... Ca n'est pas ça... Mais... Euh... Ici, garde le pour toi." me dit Tonks, en pesant ses mots.
"De toute façon, elle n'aura pas à le dire." coupe Remus. "Aberforth a discuté avec Circé. Ils ont finalement décidé d'un plan. Hermione, tu vas devoir aller chez elle."
"Euh... D'accord..." j'obtempère. Je n'ai pas le choix d'un coté.
"Je vais t'accompagner" dit Sirius en se levant.
"Est-ce bien prudent ?" demande Eilane. "Tu y es déjà allé ce matin."
"Moi ? Non. Il y a un chien qui est allé gratter à leur porte à l'aube, mais moi je n'y suis pas allé depuis quelques semaines déjà." réplique t-il avec un petit sourire.
Je me lève à mon tour, et monte à l'étage chercher ma cape, ma baguette, le livre et le pendentif. Quelque soit ce plan, j'espère qu'il va fonctionner.
Et me voilà à nouveau sur le Chemin de Traverse. Je n'avais pas vu où se situait le manoir d'Eilane hier, puis que j'étais évanouie. Mais il se trouve dans une rue adjacente à la grande rue commercante. A l'exception de notre excursion sur l'Allée des Embrumes, l'année dernière, je n'avais jamais vu ce qui entourait le Chemin. J'étais loin d'imaginer que des maisons aussi luxueuses s'y trouvait. Je crois même que pour moi, le Chemin a toujours été une avenue qui partait du Chaudron Baveur et n'aboutissait nul part...
"Tu verras, on est toujours dérouté par Circé quand on lui parle pour la première fois. Elle a tendance a ne pas écouter ce qui se dit et à ne jamais répondre. C'est quelqu'un de très distant, il est même fort probable qu'elle fasse comme si tu n'étais pas là." m'explique Sirius. "J'ai insisté pour venir, parce que je la connais depuis longtemps. Ma présence la fera peut-être agir un peu plus sociablement."
"Vous ne me rassurez pas du tout..."
"Désolé, mais mieux vaut te prévenir. Mais ne pense pas qu'elle agisse comme ça par orgueil. Elle est ainsi depuis la mort de son mari. Ca va bientôt faire 10 ans, mais elle ne s'en est jamais remise. Depuis elle est quasiment déconnectée de la réalité. Mais c'est une femme très gentille."
"Je me demandais, est-elle dans l'Ordre ? Vous avez l'air de tous la connaître et Aberforth lui a parlé directement." je murmure pour que les passants n'entendent pas.
"Elle a une situation un peu compliquée. Elle a été Mangemorte pendant des années. Pas par conviction, mais par liens familiaux. Puis quand elle est tombée enceinte, Ambrose et elle ont réalisé que le monde que préparait Voldemort n'était pas idéal pour un enfant. Ils nous ont donc trouvé mais en même temps ils ne pouvaient quitter les Mangemorts. Ils ont donc été nos agents doubles. L'avènement de Voldemort les a convaincu de rester se battre avec nous. Malheureusement, Ambrose a été provoqué en duel pour une broutille, et il est mort. Quelques semaines plus tard, Circé nous a annoncé qu'elle quittait l'Ordre et les Mangemorts. Mais sa fille avait une importance capitale dans un de nos plans, elle l'a donc autorisée à travailler avec nous, malgré son très jeune âge. Voilà, nous sommes arrivés" dit il en poussant une porte vitrée.
Je me rends compte que nous avons marché tout le long de cette conversation, et que je ne regardais pas où nous allions. J'entre à sa suite et lève les yeux pour découvrir...
"Toi !"
Thisbé, les bras chargés d'ingrédients divers qui me fixe les yeux écarquillés. Je tourne la tête vers la vitre de la porte, où sont gravé les mots : Apothicaire Adayloth – Potions, Filtres et Antidotes.
Je suis de retour à mon point de départ...
(1) Environ 384 euros
(2) Environ 5 euros
(3) Environ 70 euros. Mais non Thisbé n'est pas du tout vénale...
Et voilà, la base est enfin posée. Je ne sais pas pour quand sera le chapitre 3, vu que je n'en ai pas écrit grand chose pour le moment... Je sais ç'est pas bien, mais bon j'ai plus de mal que prévu à développer le prochain point de vue...
Donc à la prochaine fois, où vous aurez le droit d'en découvrir plus sur ce monde, sur les Adayloth et surtout sur ce que sont devenus Harry, Ron et ceux dont on n'a pas encore de nouvelles...
Le personnage d'Eilane Snake appartient à eilane, son histoire est racontée dans la trilogie de "L'ascension des Ténèbres" (2025930 pour le premier volet.)
