Merci à : stormland (merci ma fili-chouchoute, la suite est là !), Mina Wolf (oui j'essaye dans la mesure du possible d'écarter PG, j'espère y arriver ; merci de ta review et du compliment, car j'ai une sainte horreur des Mary Sue !), CFLM Angel (merci beaucoup !), Mathde (haha en effet le Quidditch sera plus présent, ne serait-ce que dans cette suite où j'ai passé un temps fou à assimiler les figures de ce sport comme la maniaque du détail que je suis ; merci de ta review !).


CHAPITRE 2 : Baby's in Black


Les mains agrippées au manche de son balai, Mélisande observait la foule étrangement bigarrée de rouge et de bleu. Elle comprit alors que l'adrénaline des matchs lui avait atrocement manqué, surtout après son arrêt brutal à la fin de sa sixième année. A ses côtés tandis que le commentateur faisait la présentation de l'équipe de Gryffondor qui arrivait, Orest lui souriait, confiant.

- Prête à marquer, Mel ?

- On ne peut plus prête, capitaine.

Et gare aux Cognards... Pestant contre sa petite voix intérieure, qui avait pour l'occasion le timbre de celle de Black, elle se força à ne plus y penser. Elle comptait sur Orest pour la protéger de ces dangereuses créations sorcières, et elle se sentait de toute façon plus motivée que jamais à les éviter.

Le coup d'envoi fut sifflé et le Souaffle lancé par l'arbitre. Gryffondor s'en empara aussitôt et les cris des supporters firent mal aux oreilles de Mélisande.

- Gryffondor a le Souaffle ! Tiens, il semblerait que la stratégie des Lions se soit adaptée à l'équipe contre laquelle ils jouent : plus de passes rapides auxquelles ils nous avaient habitués, mais de longues main-mises sur la balle, afin d'éviter à l'équipe adverse de les contrer. Et c'est une magnifique passe qui permet de marquer un... Buuuut !

La partie du gradin habillé de rouge et d'or se leva, en liesse. Le gardien des Serdaigle lança un regard désolé à Orest qui le réconforta d'un regard. Mélisande, elle, fulminait. C'était une idée stupide d'avoir voulu affronter les Gryffondor si tôt, ils n'étaient pas prêts. Mais loin de la décourager, cette idée lui donna encore plus de rage de vaincre.

Le poursuiveur adverse était en mauvaise passe : Mélisande le vit en proie à deux de ses coéquipiers et comprit ce qu'ils attendaient d'elle. Fendant le terrain à toute vitesse, elle se contraignit à ne pas ralentir, se préparant à heurter le poursuiveur s'il ne faisait rien. Généralement, cette figure portait ses fruits car aucune personne saine d'esprit n'avait envie de recevoir un choc aussi violent, mais il était arrivé des cas exceptionnel où les deux joueurs, têtus, avaient été sortis du terrain à cause d'une grave commotion.

Heureusement pour elle, son adversaire savait qu'il avait tout intérêt à abandonner pour cette fois. Effectuant un retrait calculé afin de se dégager de l'étau dans lequel les autres le compressaient, il parvint à se dégager mais lâcha le Souaffle que la jeune fille s'empressa de poursuivre, en donnant à son balai tout l'élan dont il était capable. En se saisissant de la lourde balle, elle sentit son cœur battre la chamade.

- Et c'est une formidable Pince de Parkin que nous livrent ici les Aigles ! Mélisande Green s'est emparé du Souaffle, va-t-elle réussir à marquer pour égaliser ?

La jeune fille vit les poursuiveurs adverses lui foncer dessus tandis que les batteurs se préparaient à la faire chuter, une nouvelle fois. Serrant le Souaffle contre elle, elle se tendit et se dirigea vers les buts adverses, tentant de distinguer ses coéquipiers, voletant en zigzag afin de dérouter ses poursuivants. Ceux-ci étaient trop loin pour qu'elle risque une passe qui leur aurait fait perdre la précieuse balle et elle continua à voler en direction du gardien de Gryffondor qui la regardait, goguenard. Elle vit un Cognard filer vers elle à toute allure et ne chercha même pas à viser : lançant la balle à toute volée, elle effectua un brusque écart pour éviter la balle qui se chercha alors une nouvelle victime.

- Bien joué, Green ! Serdaigle marque !

Les applaudissements des bleu et bronze résonnèrent sur le terrain. Ne réprimant pas le sourire réjoui qui étirait ses lèvres, Mélisande ne perdit pas de temps en vaines acclamations, attendit que le gardien lance à nouveau le Souaffle pour foncer en attaque et le récupérer. Elle vit alors les poursuiveurs adverses s'organiser et se diriger rapidement vers leurs buts, Potter en tête.

- Attaque en faucon, murmura Jane, sa coéquipière.

- On peut tout à fait contrer cette figure avec une défense en double batte, répliqua Mélisande en priant de toutes ses forces pour qu'Orest l'entende.

Comme s'il avait lu dans ses pensées, le jeune homme et le deuxième batteur avaient frappé le Cognard d'un même geste, lui donnant un surcroît de puissance. L'alliance des Gryffondor se désordonna pour l'éviter mais l'un d'entre eux, volant en contrebas, récupéra le Souaffle que James avait laissé tomber en voyant ses adversaires se précipiter vers lui. L'autre profita de cette diversion pour foncer vers les buts et lancer le Souaffle.

- Très belle attaque des Gryffondor, mais le gardien de Serdaigle s'était préparé et il a admirablement contré ce boulet de canon. Le premier match de la saison promet d'être riche en émotions !

Mélisande sentait les gouttes de sueurs perler sur son nez. Ce n'était pas seulement le premier match, c'était aussi son amour propre qui était en jeu. Dans les gradins, elle chercha Black du regard, et crut le distinguer aux côtés des autres Maraudeurs, un sourire en coin sur ses lèvres. Elle pensa avoir rêvé mais il agita la main comme pour la saluer, et elle détourna les yeux avec mauvaise humeur.

- Tu vas voir, quand on aura gagné, marmonna-t-elle avant de se faire rappeler à l'ordre par une poursuiveuse.

- Mel, le Souaffle !

Les Gryffondor avaient en effet repris leur attaque et se dirigeaient vers les buts. Pestant contre son inattention, elle se dépêcha de retourner en défense, mais cette fois les joueurs furent plus rapides et la foule put acclamer le second but de l'équipe rouge et or.

Ce fut la lutte durant de longues minutes, qui bientôt furent des dizaines. Au bout de deux heures éreintantes, aucun attrapeur n'avait vu le Vif et les deux équipes étaient au coude à coude : 110 points pour Serdaigle, 130 pour Gryffondor. Les Serdaigle sentaient qu'ils pouvaient gagner, malgré la pluie fine qui commençait à tomber.

- Oh, quelle misère ! Voilà que l'un des batteurs de Serdaigle a reçu un Cognard, va-t-il pouvoir continuer à jouer ?

Orest ! Mélisande tenta de distinguer son ami mais celui-ci était introuvable. Les cris venant d'en bas lui apprirent que leur batteur, touché à la tête, était tombé de son balai et avait été récupéré par l'infirmière. Mais Orest apparut à ses côtés, le visage fermé, la batte à la main.

- S'il ne se relève pas, nous devrons faire appel au remplaçant.

Mélisande observa avec angoisse le corps du batteur tandis que l'arbitre sifflait une pause dans le jeu. Il restait immobile, un mince filet rouge coulant le long de sa tempe. Madame Bibine agita la tête d'un air désolé et siffla un changement de joueur. Le remplaçant, un brun athlétique au teint clair, entra sur le terrain et salua ses coéquipiers avant de s'envoler. Le jeu pouvait reprendre.

Mais c'était comme si la perte d'un joueur avait déséquilibré l'équipe entière. Le gardien laissa entrer trois Souaffles, creusant encore l'avance des Gryffondor. Dans un ultime effort, Melisande puis une autre poursuiveuse parvinrent à marquer, mais cela ne suffisait pas, tout reposait désormais sur les attrapeurs.

Celui de Serdaigle semblait nerveux, comme s'il avait vu quelque chose. De son côté, l'attrapeur adverse scrutait l'horizon, parfaitement détendu. Il semblait compter entièrement sur son équipe pour marquer des points et attendre simplement que le Vif d'or vienne à lui.

- L'attrapeur de Gryffondor aurait-il vu quelque chose ? Il se dirige en effet vers les gradins nord, attiré par ce qui semble être... un éclair doré ?

Mélisande eut à peine le temps de se ressaisir qu'elle vit en effet les deux attrapeurs manche contre manche, suivant de toute la vitesse de leur balai la petite balle dorée.

- Et c'est un nouveau but pour Gryffondor !

Elle sursauta. Potter venait à nouveau de marquer, et jetait sur elle un regard suffisant. Son ami lui avait-il expliqué leur pari ? Quoi qu'il en soit, il fit en sorte d'arriver à la hauteur de la jeune fille et lui murmura, la faisant frissonner :

- J'espère que tu n'as rien de prévu pour les prochains mois.

Il disparut avant qu'elle puisse répliquer. Que voulait-il dire ? Elle essaya de ne plus y penser : quel que soit le résultat de ce match, elle assumerait son choix d'avoir voulu plonger stupidement dans le piège que lui avait tendu le Maraudeur. Elle savait qu'il profiterait sans doute plus de sa victoire qu'elle de la sienne : à la rigueur lui demanderait-elle de porter une robe de Quidditch bleue pour le punir, mais lui saurait trouver la chose qui risquait de ruiner sa vie sociale et étudiante. Orest allait la tuer.

- On se ressaisit, ils n'ont que quelques dizaines de points d'avance ! tonna Orest à l'attention de ses joueurs.

Il avait raison, pensa Mélisande en reprenant son vol pour tenter de récupérer le Souaffle. Les attrapeurs semblaient avoir perdu la trace du Vif et tout était encore jouable. Une passe rapide lui permit de foncer en direction des buts adverses, où elle se retrouva de nouveau face à Potter. Il lui souriait, mais ce sourire était de mauvaise augure.

- Tu crois vraiment pouvoir marquer ?

- Je ne parle pas à mes adversaires, répliqua-t-elle en se préparant à tirer.

Elle sentit alors une pression sur ses côtés et ne parvint qu'à grand-peine à conserver la balle.

J'y crois pas, pesta-t-elle. Ils lui refaisaient la Pince de Parkin, et elle s'était laissée avoir. Nonchalamment, le poursuiveur rouge et or lui prit la balle des mains malgré l'effort qu'elle fit pour le garder, et elle fut libérée.

- Mais... Attendez, que vois-je ? Serait-ce la fin du match ?

L'attrapeur de Serdaigle tendait la main vers le Vif, et Mélisande se sentit chargée d'une émotion toute nouvelle. Enfin, ils allaient gagner ! Les doigts n'étaient plus qu'à quelques centimètres lorsqu'un horrible bruit de craquement se fit entendre, et le joueur recula sa main. Le Cognard habilement lancé par le batteur adverse venait de briser le manche de son balai et celui-ci chutait désormais sans que son propriétaire puisse le relever.

Mélisande fit alors quelque chose de stupide : se penchant en avant, elle donna toute son impulsion au balai afin de tenter de sauver son coéquipier. Elle le vit à quelques mètres, en chute libre, et tendit le bras pour le rattraper. Mais elle calcula mal sa trajectoire et, au moment où elle le tenait enfin, son balai ne put remonter suffisamment tôt pour leur éviter à tout les deux un roulé boulé sur l'herbe détrempée.

- Gryffondor s'est emparé du Vif d'or et gagne ainsi le premier match de la saison !

Les hurlements de joie des supporters étaient quasiment inaudibles pour la jeune fille qui, à terre, semblait incapable de se relever. Gardant obstinément les yeux fermés, elle songea que ce n'était qu'un rêve et qu'elle se réveillerait sur son balai, comme il y a quelques minutes. Elle priait Merlin et toutes ses représentations pour que ce ne soit pas la réalité. Malheureusement, la douleur qu'elle ressentit lorsque son capitaine la prit dans ses bras pour l'amener à l'infirmerie était bien réelle. Les larmes de rage se mêlaient à la pluie.

- J'ai essayé, tu sais, soupira-t-elle avant de perdre connaissance.

Orest se contenta de la serrer contre lui, en songeant que cette phrase ne s'adressait peut-être pas à lui...

o o o

Mélisande ouvrit les yeux avec difficulté, éblouie par l'éclat du soleil du matin. Où était-elle ? Manifestement, elle avait passé la nuit à l'infirmerie et avait bénéficié des soins experts de l'infirmière : elle ne ressentait plus aucune douleur si ce n'est un certain raidissement au niveau de ses muscles, sans doute car elle était restée longtemps immobile.

Tendant le bras comme pour s'assurer qu'elle en était capable, elle se réjouit de constater qu'il était tout à fait valide. A vrai dire, elle ne savait plus vraiment à quel endroit elle avait été amochée, ayant reçu le corps de l'attrapeur de plein fouet. Elle lui avait sans doute évité un sérieux rendez-vous avec le sol, mais avait fait office de filet de sécurité. Se relevant à demi en grimaçant, elle tâtonna à la recherche du verre d'eau habituellement posé au chevet des malades. Elle l'avala d'un trait et soupira.

- Perdu, murmura-t-elle pour elle-même.

De peu, ils avaient perdu. Sans ce Cognard, elle serait en train de fêter sa victoire dans leur salle commune tout en réfléchissant au gage de Black. Au lieu de ça, elle passait son dimanche enfermée à l'infirmerie, elle qui détestait plus que tout les espaces clos. Non qu'elle soit claustrophobe, mais elle avait l'habitude des grands espaces où voler et avait du mal à rester immobile sans raison.

Elle craignait de voir le visage de Black apparaître derrière le baldaquin blanc de son lit, mais se dit qu'il aurait au moins la décence d'attendre qu'elle soit rétablie. Non ?

- Alors, comment tu te sens ?

Elle se tendit mais ce n'était qu'Orest, l'air de meilleure humeur que la veille. Sans doute avait-il fini par relativiser en se répétant le discours qu'il avait fait il y a quelques jours : ce n'était que le premier match, et ils avaient le temps de compenser leur défaite.

- Je ne suis pas en sucre, Orest. Je me dis juste que je dois être maudite : en deux matchs, deux Cognards.

- Le deuxième ne t'était pas vraiment destiné, commenta-t-il en s'asseyant sur le bord du lit, qui laissa entendre un léger grincement.

- Disons dans ce cas que je suis en quête du danger, sourit-elle.

- Ça, je le savais déjà.

Mélisande songea un instant à lui parler du pari, mais se dit avec raison qu'il risquait de lui faire une leçon de morale dont il avait le secret. Elle n'était pas d'humeur à admettre qu'elle avait une nouvelle fois eu tort de se laisser emporter par sa tendance à répondre aux provocations. Elle se demanda comment pouvait faire les gens pour rester distants et hautains dans ce genre de situation : sans doute Orest aurait-il réagi comme elle en entendant le Maraudeur dénigrer ainsi leur équipe, mais jamais il ne l'avouerait. Elle soupira.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Comme je vous l'ai dis, ce n'est que le premier match, et nous devons nous préparer pour la rencontre avec Poufsouffle à la fin du mois. Nous avons des points d'avance et leur équipe est forte, mais beaucoup moins dangereuse que celle des Gryffondor. Nous avons toutes nos chances.

- Je sais, c'est seulement que j'aimerais remporter la Coupe, avant de...

Il comprit sans quelle ait eu besoin de terminer sa phrase. Il savait la jeune fille attachée au château et, malgré sa volonté de fer de parvenir au métier de ses rêves, il connaissait également cette peur de mal faire qui était la sienne. Quitter Poudlard était entrer dans un monde d'incertitude, où les rêves n'étaient pas toujours possibles et où le moindre faux pas pouvait vous faire chuter. C'était sans doute pour cela qu'elle rageait, chaque année, de perdre à si peu de points face aux Gryffondor : si elle ne remportait pas une banale Coupe étudiante, pourrait-elle faire sa place dans l'équipe si populaire qu'elle convoitait ?

- Regarde ce que je t'ai apporté.

L'air mystérieux, surveillant l'entrée du bureau de l'infirmière pour ne pas se faire remarquer, il sortit une chocogrenouille de sa poche. Mélisande ne put s'empêcher de sourire.

- Tu sais bien que je déteste le chocolat.

- Je sais, admit-il. Mais pas la carte qui est à l'intérieur.

Mélisande se redressa brusquement, intéressée.

- Tu as trouvé la carte qu'il me manque ?

- Va savoir, répondit-il en tenant la chocogrenouille hors de sa portée.

- Orest, gémit-elle en tendant le bras.

Magnanime, il la lui tendit et sourit de voir son visage s'éclairer à la vue du visage de Carlotta Pinkstone, l'ultime carte rare qui manquait à sa collection. Il ne comprenait toujours pas comment cette jeune fille à l'air si sérieux pouvait perdre son temps dans ce genre de futilités, mais cela l'amusait plus qu'autre chose. C'était une facette d'enfant qui perdurait dans cette adolescente grandie trop vite, qui avait très vite appris à se débrouiller par ses propres moyens et qui s'était toujours battue pour ce qu'elle voulait, avec une détermination inébranlable.

- J'imagine que j'ai l'insigne honneur de manger tes restes ?

Elle lui redonna la friandise sans regret, se contentant d'observer la carte scintillante.

- Merci, Orest. C'est ce dont j'avais besoin.

Sa présence ou un peu de cette joie qui l'avait envahie ? Nul ne saurait le dire, mais elle se sentait bien. Ce fut à cet instant que l'infirmière sortit de son bureau et demanda au jeune homme de laisser sa malade se reposer. Mélisande pourrait sortir d'ici quelques heures, mais devait boire une ultime potion afin de guérir les dernières contusions. De bonne grâce, celle-ci avala d'un trait le contenu du verre et se mit à tousser : la boisson était atrocement poivrée.

- C'est infect, dit-elle en cherchant à reprendre sa respiration. Je veux dire, se corrigea-t-elle devant l'air courroucé de l'infirmière, que j'ai connu meilleur. Ce n'est pas mauvais ? C'est très bon ?

A sa dernière proposition, l'infirmière consentit à partir et laissa Mélisande seule. Celle-ci tapota un instant ses oreillers et s'y cala confortablement, prête à passer les dernières heures de sa captivité à réfléchir. A quoi ? Elle l'ignorait, c'était quelque chose qu'elle découvrait sur le moment. Peut-être réfléchirait-elle à une nouvelle stratégie pour battre les Poufsouffle à la fin du mois. Loin de se sentir fatiguée, elle débordait d'énergie pour enfin montrer de quoi elle était capable : ce n'était pas une défaite contre les Lions qui pouvait définir qu'elle était mauvaise.

Ses yeux s'étaient fermés mais un bruit de pas attira son attention et elle les rouvrit.

- Black, soupira-t-elle. A croire que j'étais utopiste en pensant que tu attendrais ma sortie.

- Je venais simplement prendre des nouvelles.

Il avait l'air sérieux, mais elle ne se laissa pas prendre au jeu.

- Vraiment ?

- Bon, aussi pour me moquer un peu de toi, avoua-t-il en cessant de réprimer son sourire en coin. Je t'avais prévenue, non ?

Elle ne chercha même pas à corriger l'air de suffisance qu'il arborait, comme s'il était persuadé que tout ce qui sortait de sa bouche était parole divine.

- De notre défaite ou de ma propension à attirer les coups ?

- Les deux, je crois, réfléchit-il en venant près du lit, prêt à s'asseoir au même endroit qu'Orest avant lui.

Mais Mélisande lui envoya l'un de ses coussins dans la tête afin de le dissuader.

- Je ne t'ai pas invité à rester.

Quel était son lien avec le Maraudeur ? Elle ne l'aimait pas, et il ne devait pas l'apprécier outre mesure même si ses sarcasmes n'avaient pas l'âpreté de ceux qu'il réservait à d'autres élèves. Les quelques cours qu'ils avaient en commun ne les avaient encore jamais réunis et ils ne se croisaient que durant les matchs qu'elle disputait ou qu'ils observaient tous les deux en spectateur. D'ailleurs, elle ne connaissait rien de lui si ce n'est ce que tout le monde savait : un incorrigible séducteur doublé d'un égocentrique arrogant.

Comme à peu près tous les membres de ce groupe, songea-t-elle. Elle n'était pas du genre à fuir ses responsabilités, et c'est donc d'un ton ferme qu'elle s'exprima.

- Qu'est-ce que tu comptes me demander ? Acclamer Gryffondor durant tous ses matchs de l'année ? Porter tes affaires pour aller en cours ?

Le sourire du jeune homme s'agrandit.

- Pas vraiment. Mais, comme tu dis, je suis assez gentleman pour attendre ta sortie de l'infirmerie.

Sa venue avait été calculée, à n'en pas douter. Il avait fait exprès de venir pour lui rappeler son engagement et la laisser dans l'ignorance jusqu'au jour fatidique. Mélisande comprit alors quelque chose : Sirius Black n'était pas qu'un simple dragueur, moqueur et méprisant. C'était également un foutu tortionnaire.

Le lendemain, Mélisande était comme d'habitude assise en classe de Sortilèges, en compagnie des Poufsouffle qui avaient cet avantage d'être des gens sérieux. On était loin du brouhaha des Gryffondor ou des ricanements discrets des Serpentard, elle put donc se concentrer sur ses cours et réfléchir à ce qui l'attendait dans les prochaines heures. Elle n'avait pas croisé Black au petit déjeuner, ni d'ailleurs aucun des quatre compères, et commençait à craindre pour sa vie. Sa vie, oui. Sept année dans la même promotion que les Maraudeurs lui avaient permis de se faire sa petite idée sur leurs habitudes.

- Mel ?

- Oui ? répondit-elle en se tournant vers sa voisine.

- Je te demandais si tu avais rendu le rouleau de parchemin demandé en Métamorphose.

- Pas encore, mais il est pour la semaine prochaine, non ? Je l'ai pratiquement terminé.

L'entraînement quotidien que le capitaine leur faisait subir avait quelque peu mis à mal l'habitude de Mélisande de s'avancer dans ses devoirs, mais elle était tout de même parvenue à écrire près de la moitié. Espérons que les retombées du pari n'allaient pas mettre à mal son travail scolaire, pensa-t-elle en bonne Serdaigle.

Soudain, une sensation de froid s'insinua dans son dos, et elle sentit, elle sentit, que c'était le moment. En effet, lorsque le cours prit fin et qu'elle sortit de la salle pour aller déjeuner, elle vit le petit groupe adossé au mur, manifestement en train de l'attendre. Black en tête, évidemment.

- Mon amour ! lança-t-il en levant les bras au ciel, attirant la moitié des regards féminins sur eux.

- On peut savoir ce que tu fabriques ? fut la réponse grinçante qu'il obtint.

Il ne répondit pas et se contenta de la tirer par le bras. Elle avait beau se débattre, rien n'y faisait. Une fois arrivés dans un endroit plus tranquille, ils furent rejoints par les trois autres. Le poursuiveur portait un sac qu'il tendit à son meilleur ami, un sourire au coin des lèvres. Les yeux de Mélisande passèrent du sac à son propriétaire à quelques reprises, jusqu'à ce que Sirius reprenne la parole.

- Bien, passons aux choses sérieuses.

- Franchement, vous étiez obligés de faire toute cette mise en scène ? soupira-t-elle.

- Bien sûr, répondirent-ils en chœur comme si elle avait posé une question on ne peut plus idiote.

- Étant donné que ton équipe a lamentablement...

- A quelques points près, s'il te plait, le coupa-t-elle d'un ton sec, outrée de ce mépris ouvertement affiché pour son équipe.

Les autres ricanèrent et Sirius haussa les épaules, les propos de la jeune fille lui passant manifestement bien au-dessus de la tête.

- Si tu veux. Étant donné, donc, que ton équipe a malheureusement et étrangement perdu, tu as jusqu'au prochain match pour changer la donne.

- C'est-à-dire ? demanda-t-elle, ne comprenant pas où il voulait en venir.

- C'est-à-dire que les conséquences de ta défaite de samedi sont dans ce sac - il souleva le dit sac afin de lui rappeler son existence - mais dans le cas où Serdaigle ne gagnerait pas contre Poufsouffle, je me réserve le droit de continuer notre jeu.

- C'est injuste ! se révolta-t-elle.

- La vie est injuste, répliqua-t-il d'un ton faussement sentencieux. Bien entendu, ta victoire future ne te donnera pas le droit de mener la danse, simplement d'y mettre fin.

Elle aurait dû s'y attendre. Les Gryffondor pouvaient bien critiquer les Serpentard mais ils pouvaient preuve d'autant de mauvaise foi. Un gage était un gage, et il venait de le prolonger alors qu'elle n'avait rien demandé. Elle ne comprenait même pas qu'ils aient envie de faire durer ce petit jeu, ils devaient avoir bien d'autres choses à faire. A moins qu'ils ne soient mutuellement offert comme cadeau de noël de traumatiser une innocente élève. Étant donné le plaisir visible que tous semblaient prendre, mis à part peut-être Remus Lupin qui la regardait avec un soupçon de compassion, elle se dit qu'elle n'était pas sans doute pas loin de la vérité.

- Très bien, lâcha-t-elle. Qu'est-ce que je dois faire ?

Elle ne savait pas comment, mais elle leur ferait payer ça. Tandis que le jeune homme commençait à sortir divers objets du sac, elle se dit qu'il suffisait qu'elle emprunte la batte d'Orest, qu'elle parvienne à trouver le mot de passe des Gryffondor et que...

- Voilà, c'est pour toi.

Mélisande se retrouva en possession d'une guirlande magique lumineuse, d'un bonnet représentant un lion et d'une tenue écarlate, sur laquelle étaient cousues des boules de noël. L'héritier Potter lui tendit, de plus, une banderole dont elle ne distinguait pas très bien le texte. Elle le regarda d'un œil circonspect, ne sachant pas ce qu'on attendait d'elle.

- Prenez des cours de couture, un de ces quatre. Qu'est-ce que c'est ?

- Ça ? Ta tenue pour les prochaines heures, répondit Sirius avec un grand sourire.

- Déplie la bannière, lui conseilla James avec un rictus.

Mélisande obéit et se retrouva face à une véritable horreur, où étaient inscrits les mots suivant : "Je soutiens les Gryffondor, j'aime Sirius, vive l'équipe des Lions".

- On aurait aimé attendre noël pour véritablement justifier les boules, lui apprirent-ils, mais on était trop impatients de te voir la porter.

- Hors de question, siffla-t-elle en laissant tomber la bannière. Et d'abord je peux savoir pourquoi vous avez cru utile d'ajouter ce "j'aime Sirius" ?

- Question d'égo, répondit le concerné avec insouciance. Il est évident qu'on ne peut que m'aimer bien plus que tous les Gryffondor réunis.

Mélisande leva les yeux au ciel devant tant d'amour de sa propre personne. C'était un coup bas. Un foutu coup bas, pesta-t-elle en elle-même, jurant pour la seconde fois en un temps réduit.

- Et si je refuse ? tenta-t-elle.

- On trouvera autre chose, lui répondit le poursuiveur. Quelque chose de pire, ajouta-t-il comme si elle n'avait pas compris.

- Il ne me semble pas t'avoir parlé, Potter.

Le brun ouvrit la bouche pour répliquer, les yeux sombres, mais il fut calmé d'un geste par Remus. La Serdaigle eut l'impression de voir un double d'Orest et d'elle-même mais était bien trop sous le choc pour se permettre de sourire. Son cerveau fonctionnait à toute vitesse. Pouvait-elle risquer un gage encore pire, mais qui peut-être ne toucherait pas au Quidditch ? Car elle ne pouvait pas, non, elle ne pouvait vraiment pas afficher une allégeance aux lions qui n'était pas la sienne. Orest allait lui en vouloir, et, oh... Orest, gémit-elle en imaginant la réaction de son ami quand elle devrait s'asseoir à côté de lui au repas.

- Tu as le choix, conclut Sirius d'un ton nonchalant, sachant parfaitement à quoi elle pensait.

Son air semblait dénoter un profond amusement ainsi qu'un message codé, que Mélisande comprit comme ça : la prochaine fois, ma chère, tu sauras qu'il ne faut jamais parier avec Sirius Black. A vrai dire, elle le savait déjà, mais s'était laissée emporter comme une débutante. Inspirant profondément en se baissant pour reprendre la bannière, elle donna à sa phrase toute la fermeté dont elle était capable.

- Très bien. J'imagine que je dois commencer maintenant ?

- Bien vu. A ce soir Green, lança Sirius de ce curieux rire de gorge qui ressemblait à un aboiement.

Laissé seule avec sa tenue, Mélisande essaya de relativiser. Elle n'allait après tout que passer la journée déguisée en sapin de Noël, en portant un chapeau-lion et en affirmant devant tous qu'elle soutenait l'équipe qui venait de ridiculiser une fois de plus celle à laquelle elle appartenait.

- On peut toujours trouver pire, tenta-t-elle de se rassurer en se parlant à elle-même, soulevant la guirlande qui se mit alors à chantonner un air de noël dépassé.

Enfin, en théorie.