Spoiler : 7x17 ' Fall from Grace '
Commentaires : Pour cette histoire d'anniversaire.. J'ai souri intérieurement ( parce qu'extérieurement j'étais en train de pleurer ) en regardant The Dig, et puis je me suis rendu compte que la période entre le 7x17 et le 7x18 était trop courte pour caser, euh.. Ce que j'avais envie de caser ( vous verrez bien dans 1 000 mots ), donc faisons comme s'il s'était écoulé un mois entre ces deux épisodes.
Bonne lecture !
House a prévu de rentrer tard ce soir. Son cas est particulièrement prenant et il est persuadé d'établir le bon diagnostic cette nuit. Il attend les résultats d'une hémoculture, qui devraient tomber dans la soirée. Il pourrait traiter le patient dès maintenant, mais s'il se trompe, c'est le décès assuré. Et un décès garantirait un procès à l'hôpital, et par conséquent à Cuddy. Il a changé, maintenant. Il ne veut plus la mettre en danger.
Il l'a prévenue qu'il serait très en retard, alors elle s'est allongée sur le canapé, enroulée dans une couverture. D'habitude, elle va se coucher et feint le sommeil dès qu'il rentre, attendant que le matelas s'affaisse à côté d'elle et qu'un bras puissant entoure sa taille. Ensuite, elle laisse passer un peu de temps, se retourne paresseusement, comme si elle dormait, et se réfugie contre son torse.
Il est un peu plus d'une heure du matin lorsqu'il pousse la porte. Il boite jusqu'au canapé, où il se laisse tomber, épuisé. Il ne dit rien, fixe un point imaginaire et se frotte machinalement la cuisse. Cuddy connait tristement bien cette situation. Ce soir, toutefois, il n'a pas fait la tournée des bars pour rentrer complètement éméché. Il boit, d'habitude. Et quand il résout le cas, il le fête avec elle et il la fait boire un peu, mais rien de bien méchant.
« Je vais te chercher un verre d'eau. »
Elle revient quelques instants plus tard, lui tend un verre accompagné de deux pilules d'ibuprofène. Il prononce son premier mot de la soirée en la remerciant, avale le tout et repose le récipient de cristal sur la table basse.
« Il est mort une demie-heure avant que j'aie les résultats. » lâche-t-il enfin.
Cuddy se passe nerveusement une main sur le visage et se rassoit. Elle ramène ses jambes sous elle et se blottit contre l'épaule de House. Elle n'essaie pas de lui dire qu'elle compatit, qu'elle est désolée ou qu'il n'y est pour rien, elle sait que ces mots n'ont aucun effet sur lui. Elle déteste qu'il soit aussi affecté par la perte d'un patient. Il dit que c'est le fait de ne pas avoir résolu l'énigme qui le chamboule, mais elle sait qu'il y a autre chose. Il ressent de l'affection, de l'empathie pour ses patients. Ne pas parvenir à les soigner à temps, c'est les trahir parce qu'ils ont mis leurs vies entre ses mains. Lorsqu'elle lui donne le dossier de son nouveau cas, qu'elle récupère aux urgences, à la clinique ou qu'un autre hôpital lui envoie, c'est en quelque sorte conclure un marché. Faire une promesse.
Dans ces moments-là, il n'en parle jamais. Il a simplement besoin de contact, de ressentir la chaleur d'un autre être humain, de savoir qu'il n'est pas seul.
House entoure le dos de Cuddy de son bras et la serre contre lui. Elle ferme les yeux, pose une main sur son abdomen ferme et il appuie sa joue rugueuse contre son front. Ils restent un long moment enlacés ainsi. Cuddy ressent alors l'immense fierté d'être son refuge et la seule à pouvoir à le réconforter... elle songe qu'avant elle, il y a eu des prostituées. Et maintenant, c'est fini. Ils sont ensemble depuis plus d'un an.
House n'a pas voulu fêter leur premier anniversaire, parce que selon lui, avec toutes les crises qu'ils avaient traversées, ils n'étaient vraiment un couple que depuis quelques mois au total. Et, toujours selon lui, ils étaient plus ou moins ensemble depuis deux décennies, et non pas un an.
Et elle est très contente qu'il ne l'ait pas emmenée au restaurant ou au cinéma. Il ne fait pas comme les autres. A la place, il lui fait l'amour.
Deux mois plus tard, ils sont recroquevillés sur le canapé, tendrement accolés. Quelques minutes s'écoulent avant qu'il ne demande :
« Qu'est-ce-que tu fais encore debout à cette heure-là ? Tu vas être crevée demain... »
« Je voulais te parler, mais ça peut attendre. »
Il se recule légèrement et la regarde dans les yeux. Elle préfère baisser la tête, mimant le sommeil. Elle est réellement fatiguée mais elle peut encore rester debout.
« Si tu étais prête à rester éveillée jusqu'à ce que je revienne, ça ne peut pas attendre. »
Elle a envie de lui dire qu'elle reste toujours éveillée et qu'elle ne peut plus dormir dans leur lit sans lui. Elle a tellement à lui dire... et elle ne sait plus si elle est capable de tout lui avouer. Toutefois, elle se jette à l'eau, un peu plus brutalement qu'elle ne l'aurait voulu :
« Je suis enceinte. »
Elle a relevé les yeux pour lui faire face et les baisse à nouveau, sentant les larmes affluer devant son air hébété. Elle sait qu'elle y est allée trop vite, mais elle espérait qu'il s'en doutait. Elle n'avait plus ses règles, et elle était nauséeuse à peine réveillée. Lui qui est brillant en déductions, il aurait pu le deviner.
« J'ai fait le test ce midi. » précise-t-elle pour briser le silence.
Il ne réagit pas. Il avait fini par le supposer mais il refusait de penser qu'elle pouvait avoir un bébé. Aucune de ses fécondations in-vitro n'avaient prises, et c'est de lui qu'elle était finalement enceinte. Elle a 44 ans, il en a une dizaine de plus ! Et maintenant, il doit affronter la réalité. Il soupire et, après un long moment qui semble durer une éternité, répond :
« Laisse-moi y réfléchir. Je ne veux pas prendre une décision que je regretterai ensuite. »
Il s'empare de sa canne, se lève et se dirige vers la porte d'entrée. Cuddy bondit, rabote le verre au passage qui se brise sur le sol.
« Ne pars pas ! On oublie tout et j'avorte ! Reste avec moi ! »
« Moins fort, tu vas réveiller Rachel ! »
Ils se taisent. Le silence est complet. La fillette est profondément endormie.
House essuie une grosse larme roulant sur la joue de Cuddy. Elle saisit son poignet, l'immobilise et embrasse sa paume.
« N'avorte surtout pas. » chuchote-t-il.
« Si tu ne veux pas de ce bébé, ce n'est pas grave. On a Rachel. Et peut-être que je ne serai même pas foutue de le garder... on est vieux, trop vieux pour ça. »
« Et toi ? Qu'est-ce-que tu veux ? »
« Je ne sais pas House... »
Son bras retombe le long de son corps.
« Je vais aller dans mon ancien appartement, un peu... J'y réfléchis et je reviens. » la rassure-t-il.
« J'aimerais que tu reviennes dans moins de neuf mois. »
Ils sourient.
« Quelques jours. » promet-il. « Pas longtemps. »
House embrasse tendrement son front. Elle relève la tête, sa bouche atteint la sienne et s'immobilise, à une très courte distance l'une de l'autre. Leurs souffles se mêlent mais la magie n'opère pas. Ce n'est peut-être pas le bon moment. Finalement, elle abandonne et le laisse partir, seul. Il disparaît derrière la porte qu'il referme et la solitude l'étreint.
Elle espère qu'il fera le bon choix pour eux.
« House ! »
Cuddy lutta pour se défaire des draps. Dans son sommeil agité, elle les avait enroulés autour d'elle, et elle pouvait à peine respirer. Essoufflée et encore secouée par ses souvenirs, elle roula sur le côté. Refusant d'être obligée de regarder le couffin vide, elle se tourna du côté droit, cette fois pour faire face au mur vitré de sa chambre d'hôpital. En plein milieu de la nuit, les couloirs étaient quasi-vides, arpentés par quelques infirmières qui effectuaient leur service nocturne.
Cuddy n'eut plus qu'à s'allonger sur le dos et à fixer le plafond. Elle ne voulait pas voir le lit vide de Mary, et elle ne voulait pas qu'on la voie. Elle voulait se faire toute petite et disparaître. Elle n'était même pas capable de donner la vie... Elle n'avait pas pu garder House.
Elle savait que c'était dur pour lui, autant que pour elle. Mais lui n'affrontait jamais ses peines et ses problèmes. Il était parti, et elle n'avait aucune idée d'où il pouvait être. Elle était morte d'inquiétude, peut-être plus que d'habitude. D'habitude, elle n'avait pas tant besoin de lui et ce n'était pas une épreuve aussi grande. Aujourd'hui, il lui manquait terriblement. Et elle avait peur qu'il ne revienne jamais. Ils avaient perdu leur bébé, et il la laissait seule. Elle était effroyablement en colère contre lui, bien qu'elle se sentît incapable de lui en vouloir. C'était compréhensible. Elle ne savait pas ce qu'elle aurait fait à sa place. C'était facile de dire qu'elle serait restée, qu'elle aurait soutenu sa compagne. C'est en face de la situation qu'on se rend compte que c'est bien plus dur. Pour rien au monde, elle n'aurait voulu être à la place de House. C'était lui qui devait être fort, maintenant. Ils devaient l'être tous les deux.
Elle pensait aux endroits où il pourrait être. Chez lui. Dans un bar. Sur la route. Six pieds sous terre. Il allait faire un tas de bêtises, et elle allait devoir l'aider alors qu'elle ne pouvait même pas s'aider elle-même. Elle en avait marre d'être presque sa mère, mais c'était comme cela qu'ils fonctionnaient.
Elle avait fait tellement pour lui. Elle l'avait même sevré parce qu'il ne voulait plus retourner à Mayfield et être séparé d'elle. Elle ne le voulait pas non plus. Le lendemain de son mariage avec Dominika, elle était retournée le voir, et il avait accepté son aide. Parce qu'elle lui manquait et qu'il en avait marre de faire semblant pour la rendre jalouse.
« Mes pilules, Cuddy ! Mes pilules ! » crie-t-il à travers sa chambre.
Il transpire, boite plus que d'habitude, ses mains tremblent. Il essaie de se calmer, mais même sa volonté ne parvient pas à le ramener à la raison.
Cuddy reste stoïque. Elle lui a promis qu'elle le sèvrera, et elle le fera. Elle tiendra jusqu'au bout. Tant pis pour les dommages collatéraux, c'est pour leur bien à tous les deux.
« Douleur sur une échelle de un à dix ? » demande-t-elle le plus calmement du monde, comme elle le fait à chaque crise de manque depuis trois jours.
Trois jours qu'ils sont enfermés chez lui. C'est la partie la plus dure. Il est méchant, hargneux. Ses nerfs sont à vif. Elle n'a pas vu Rachel une seule fois pendant ce laps de temps. Et elle ne sait pas comment elle fait pour supporter ça.
« Dix ! Un putain de dix ! Donne-moi ces foutues pilules, bordel ! »
Il s'approche d'elle. Il la domine de toute sa hauteur et elle n'est nullement effrayée. Ses yeux sont injectés de sang. Ils essaient de lui cracher toute sa haine mais n'y parviennent pas. Il n'a jamais réussi à la haïr.
Il lui demande de la Vicodin une nouvelle fois. Sa réponse est la même. Elle ne lui donnera rien. Dans ses pensées embrumées, il arrive à se demander comment elle fait pour le regarder souffrir sans rien dire. C'est trop fort. Il a trop mal.
House la saisit au niveau du cou. Sa poigne est forte, trop forte. Sous le coup de la surprise, elle agrippe son bras et se laisse glisser au sol. Il suit le mouvement, l'allonge sur le tapis mais ne relâche pas sa prise. Elle étouffe, elle fait tout pour ne pas céder à la panique. Elle s'étonne d'avoir encore confiance en lui. Il ne la tuera pas, elle en est sûre. Et elle ne se débat pas. C'est juste un mauvais moment à passer.
Ses ongles s'enfoncent dans la peau de son bras, ses poumons sont au bord de l'explosion, son cœur veut traverser sa cage thoracique.
Elle est presque inconsciente lorsque la lucidité lui revient, il la relâche et recule précipitamment. Elle ne se relève pas tout de suite, prend le temps de respirer à fond. Elle tousse, se redresse et s'approche de House.
« Tu dois me détester... » murmure-t-il, fuyant son regard. « Je ne voulais pas... Je te jure... »
« Je sais. »
Elle lui adresse un sourire compatissant et lui caresse le bras. Il refuse de se tourner vers elle, de constater son visage rougi et ses marques sur son cou. Voyant qu'il ne réagit pas, elle le prend dans ses bras et le berce.
« Pourquoi tu perds ton temps avec moi, Cuddy ? Je te fais du mal et tu... »
« Tu es en manque. Ce n'est pas ta faute. »
« Si ça l'est. Je n'aurais jamais dû y retoucher. »
« Chut... Ce sera bientôt fini. » promet-elle. « Tu vas t'en sortir. On va s'en sortir. »
Et il a raison de la croire.
Elle sentit des larmes dévaler ses joues. Les essuyant maladroitement du dos de la main, elle ferma les yeux, espérant trouver un peu de sommeil.
TBC..
