Chapitre #2 – Still things aren't quite the same, between you and me

« Magnifique ! commenta Sherlock en ouvrant la porte du Love'n'Co. Il y a encore plus de monde que la dernière fois ! »

Watson ne répondit pas. Il avait pris la décision de ne plus se mêler des problèmes de son ami (bien qu'il ne se rend pas compte qu'il avait en effet des problèmes), donc de s'asseoir lui aussi à une table. A peine installé, il aperçut à l'entrée du restaurant la fameuse assistante de labo qui a-do-rait (la pauvre) Sherlock : Molly. Elle regardait avec effroi la table de Sherlock, qui parlait avec une jeune femme blonde. Visiblement, il était en train de lui parler un peu trop franchement, comme d'habitude, mais Molly ne pouvait pas le savoir et pâlissait à vue d'œil. Watson tenta de croiser son regard, mais elle ne le vit même pas. Il l'appela doucement et lui fit signe de s'approcher. Elle parut hésiter, regardant autour d'elle comme une biche traquée par un chasseur, puis s'assit en face de lui.

« Monsieur Watson, je voulais d'abord vous dire que je ne suis pas… enfin… »

« Pas intéressée ? devina Watson. Moi non plus, ne vous inquiétez pas. Je dois juste vous dire quelque chose. »

« Ah oui ? » dit-elle, visiblement distraite.

Elle ne cessait de jeter des coups d'œil vers la table de Sherlock, trop rapides pour constater que son « rencard » pleurait à chaudes larmes, et ne paraissait pas suivre la conversation.

« C'est à propos de Sherlock. » dit Watson.

Là, elle le regardait bien en face.

C'est cruel, mais il faut bien avouer que ça marche.

« En fait, Sherlock ne sait pas qu'ici on fait du speed-dating. Il croit que c'est un concours de vannes. »

Molly écarquilla les yeux.

« Vraiment ? »

« C'est pour ça que je vous déconseille d'aller à sa table… »

Molly eut l'air si triste que Watson ajouta précipitamment :

« Enfin, ce n'est pas une question de savoir ce qu'il pense de vous, c'est plutôt que… Bon, si, vous pouvez aller à sa table, mais ne lui posez pas de questions. Sinon, vous allez… enfin, vous voyez. »

Molly se plongea dans une longue réflexion, ne voyant pas le rencard de Sherlock courir vers le bar en larmes et vider trois whisky en maugréant quelque chose à propos des « salauds qui peuplent le monde ». Quelques secondes plus tard, ignorant la nouvelle fille assise en face de Sherlock (une femme étrange aux cheveux teints en roux très flashy), elle se précipita vers lui et lui colla une belle gifle avant de partir en zigzaguant un peu.

Prévisible.

« Attendez un peu, dit Watson à Molly, vous allez voir à quel point il est persuadé que cette fille est là pour qu'il s'amuse un peu. »

Leurs regards se tournèrent vers la table de Sherlock. Trois minutes plus tard et quelques hurlements insultants en prime, tout était clair comme de l'eau de roche.

« Il… il faut lui expliquer que c'est un restaurant de speed-dating, il pourra… trouver quelqu'un. »

Bien sûr, fais-moi croire que ça te fait plaisir.

« Bon, ben, je vais essayer… » murmura Molly en se levant, tentant de ne pas croiser le regard de la fille en pleurs quittant la table de Sherlock.

Watson ne savait pas quoi faire pour l'en empêcher. Après tout, il était son ami, pas sa chaperonne… Même si « ami » était un grand mot, étant donné qu'ils se connaissaient à peine. Voyant une table libre plus près de Sherlock que la sienne, il se décala et tendit l'oreille.

« Molly, commenta Sherlock. Je ne savais pas que les joutes verbales t'intéressaient ! Seras-tu à la hauteur ? »

Molly ne répondit pas, ce qui prouvait qu'elle avait bien compris la leçon et gardait son calme.

Vas-y Molly, tu peux le faire !

« Hm, Sherlock…, dit-elle en tournant entre ses doigts une mèche de ses cheveux. Penses-tu vraiment que ce restaurant sert à ça ? »

« Bien sûr ! Toutes ces femmes se sont confrontées à moi. »

« Est-ce qu'elles t'ont lancé des répliques ? »

« Evidemment. »

« Vraiment ? »

« Oui. Je le pense. »

Il y eut un silence.

« Sherlock, tu étais le seul à être comme ça, n'est-ce pas ? »

« Bon, d'accord, oui, mais ça ne change rien ! » répliqua-t-il, bougon.

« Ah bon ? »

La voix de Molly commençait à trembler un peu. Watson voulut lui adresser un sourire d'encouragement, quand une femme s'assit en face de lui.

Et mince. Speed dating.

Elle était rousse, vêtue de noir mais sans avoir l'air triste : un magnifique sourire illuminait son visage, et ses yeux rieurs étaient la promesse d'une relation joyeuse et durable.

Hm, je m'emballe un peu.

Pendant une bonne minute, il oublia complètement Molly et Sherlock.

« Je m'appelle Florence, 23 ans. J'aime beaucoup votre pull ! »

Watson baissa les yeux sur son affreux pull à carreaux en laine.

« Eh bien, content que ça vous plaise. »

Silence.

« Ah euh, oui, poursuivit-il en se sentant rougir. John Watson. Je suis, euh… médecin. Mais pas à plein temps. »

« Ah ? Pourquoi ? » s'étonna Florence.

« Eh bien, disons que j'aide un… détective. Parfois. »

Parce que 90% du temps il se fiche totalement de ce que j'ai à dire.

« Comme Hastings pour Hercule Poirot ? » demanda la jeune femme avec un authentique respect.

« C'est ça. » acquiesça Watson, flatté par la comparaison.

Il se souvint alors qu'il devait, à la base, épier son Hercule Poirot personnel. Souriant toujours à Florence, il se remit à écouter.

« Molly, j'aimerais beaucoup pouvoir dire qu'un homme habillé de bleu préfère les sports collectifs, mais si l'on prend en compte le fait que les magasins de tennis vendent plus de bleu… »

« S'il porte des tennis, c'est qu'il fait du handball ! »

« Mais le football impose des chaussures à crampons, et en cela je dis que… »

Watson se retint de secouer la tête. Qu'est-ce que c'était que cette discussion ?

« John ? John ? »

« Hein, euh, oui ? » fit-il en clignant des yeux.

« Est-ce que vous voulez commander quelque chose ? »

« Ah, non, pas la peine, j'ai déjà dîné en fait. Mais peut-être que vous avez soif ? »

« Pas vraiment, je m'inquiétais un peu pour vous, vous aviez l'air dans la lune… »

« Vous avez raison, on ne devrait pas être dans la lune en compagnie d'une femme comme vous ! »

Watson n'essayait pas de séduire cette femme, se disant que ce n'était pas l'objectif de sa venue, mais il fallait bien avouer qu'elle était très belle. Les apparences pouvaient être trompeuses, mais elle paraissait gentille, attentionnée et passionnante. Watson lui parla de son métier, évitant soigneusement le sujet de l'Afghanistan, et elle lui expliqua qu'elle écrivait des livres pour enfants.

« Puis-je vous poser une question ? » demanda-t-elle timidement.

« Euh… oui ? »

« Pourquoi un homme tel que vous aurait-il besoin de faire du speed-dating ? »

« Hein ? Ah, euh… Je pourrais vous retourner la question ! »

Watson éclata de rire, suivi de près par Florence, puis expliqua :

« Non, en fait, j'accompagne un ami pour lui trouver une copine. »

« Serait-ce… l'homme avec le manteau noir, juste à côté ? »

Watson acquiesça puis voulut dire quelque chose, mais Florence fut plus rapide :

« Il a l'air insupportable. »

Il l'est.

« Ah ah, non, il ne le fait pas exprès. » l'excusa Watson.

« Donc il l'est. »

« Un peu. » avoua-t-il.

Florence rit doucement puis resta silencieuse, ce qui permit à Watson d'entendre Sherlock dire :

« Non, non, les grenouilles n'ont pas d'intérêt pour moi, du moins pas ce genre d'intérêt ! »

« Mais enfin, tout le monde sait qu'elle coassent ! »

Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer la logique de leur conversation ?

« Où habitez-vous, John ? » lui demanda Florence.

« Au 221b Baker Street. »

« Vous êtes seul dans votre appartement ? »

« Non, je suis avec… »

Soudain, deux mains apparurent sur la table.

« Avec moi. Je suis Sherlock Holmes. » annonça son colocataire.

« Sherlock ! s'indigna Watson. Tu étais avec Molly ! »

« Elle s'est mise en colère et m'a dit que le principe de ce lieu était le speed-dating, et ensuite elle est partie. Je vais rentrer, John. »

« Je t'accompagne, commença Watson avant de croiser le regard de Florence. Euh, tu veux bien venir aussi ? »

« Bien sûr, on n'a rien commandé, de toute façon, donc pas de problème ! »

L'expression de Sherlock était indéchiffrable, mais Watson savait qu'elle n'annonçait rien de bon.