CHAPITRE I . La Main Blanche


Des murmures dans différentes langues de la Terre du Milieu pouvait être entendus. Une terrasse de pierre, isolée du reste de la Cité était particulièrement bruyante en ce jour d'Octobre. Des sièges avaient été aménagés en hémicycle, tous faisant face au Seigneur Elrond. Aux côtés de ce dernier, ses deux fils, les jumeaux Elladan et Elrohir, et les deux conseillers, Glorfindel et Erestor, dont la sagesse et la réputation n'étaient plus à faire.

C'était imminent. Le Conseil allait débuter.

Debout, scrutant l'horizon appuyé sur son bâton, le Magicien Gris marmonnait des mots incompréhensibles, héritages des langues d'autrefois. Il grimaçait alors qu'il entendait les Maîtres Nains s'impatienter derrière lui. Les Nains avaient toujours été impatients, et il le savait mieux que tout autre, d'ailleurs. Mais en ce jour crucial, ce genre de comportement l'agaçait au plus haut point. On posa une main amicale sur son épaule.

« - Mithrandir, attendez-vous quelqu'un ?

Elrond le toisait curieusement. Dans ses yeux Gandalf devina un léger amusement, bien qu'il ne sache pourquoi le Seigneur d'Imladris se réjouissait tant. Le Magicien soupira, se souvenant de leur discussion une semaine auparavant sur le fameux visiteur qu'il attendait. En grognant des mots inaudibles, il se retourna pour prendre place ; le Conseil allait débuter.

Et Dùen n'était toujours pas arrivée.

Le Magicien commençait à ressentir de la culpabilité. Et il connaissait ce sentiment que trop bien... Après avoir entraîné Frodon Sacquet dans une Quête qui lui coûtera sûrement la vie, il avait peut être mené Dùen dans une mission qui avait eu le même prix.

Il observa la Terrasse un instant. Tous les représentants et leurs conseillers étaient assis, et discutaient entre eux à voix basse. Le Magicien Gris s'arrêta net, et regarda à deux fois ce qu'il venait de remarquer.

Bien que tout le monde soit assis, excepté lui-même, deux sièges demeuraient inoccupés. Gandalf plissa les yeux avec suspicion.

Il jeta un regard plein d'incompréhension au Seigneur Elrond qui se tenait toujours derrière lui. Son visage était impassible, mais le magicien compris qu'il se tramait quelque chose.

- Il semblerait que vous aussi, Seigneur Elrond, attendiez quelqu'un ?

Il s'appuya sur son bâton et se pencha en avant, comme pour mieux regarder dans les yeux du Seigneur elfe. Mais ce dernier ne dit rien et se plaça au centre de la terrasse, après avoir reçu la confirmation qu'aucun autre individu ne se trouvait à proximité du Conseil.

N'ayant pas obtenu de réponse à sa question, Gandalf alla lentement s'asseoir à côté de Frodon Sacquet, dont le visage était rempli d'anxiété et de fatigue. Il posa sa main sur l'épaule du Hobbit et y exerça une petite pression qui se voulait rassurante.

- Étrangers de Pays lointains, Amis de longue date, vous avez été convoqués ici pour répondre à la Menace du Mordor. Nul ne peut y échapper. Vous vous unirez ou vous périrez tous.

Sa voix était solennelle et sombre. Le silence régnait dans le Conseil ; tous les yeux rivés vers le Seigneur d'Imladris. Le Magicien Gris sentit Frodon trembler sous sa paume de main. Il retira cette dernière de l'épaule du Hobbit et la plaça de nouveau sur son bâton.

- Il me semble pourtant que, avait commencé un Nain en tapant le sol avec sa hache, le Mordor menace et ce, depuis toujours !

Sa voix était grave et montrait pleinement son agacement. Les autres Nains autour de lui acquiescèrent en hochant de la tête. Un autre prit la parole en se levant et en pointant Elrond du doigt.

- Pourquoi nous avoir fait venir si expressément aujourd'hui ? Les elfes se seraient-ils, après des millénaires, enfin rendu compte que Sauron était une menace ?!

Le Nain se rassit avec un air fier alors que les autres riaient grossièrement. Le groupe d'elfes de la Forêt Noire, qui était assis à côté d'eux ne purent retenir un regard haineux.

Le Seigneur Elrond les fit cependant taire avec un simple geste de la main. Ses yeux étaient devenus noirs, ses traits étaient devenus sévères. Il fit un pas en avant, silencieux sur le sol de pierre.

- Il y a une raison pour laquelle je vous ai appelés ici, Maîtres Nains, expliqua-t-il patiemment, et elle est, croyez-moi, de la plus haute importance.

Les Nains le regardèrent curieusement, tandis que les autres membres observaient l'échange en silence. Quelques uns se penchèrent en avant sur leur siège, attendant que Elrond énonce la Menace.

Le Seigneur elfe se tourna, et ce, à la grande surprise des autres membres, vers le jeune Hobbit. Ses grands yeux bleus toisèrent l'ensemble de l'assemblée avec appréhension. D'un mouvement fluide, Elrond lui désigna de la main la petite table positionnée au centre de l'hémicycle.

- Apportez l'Anneau, Frodon. »


Les voix sévères des gardes sifflaient derrière elle dans une langue qu'elle ne comprenait pas. Avec le sac en toile sur son épaule gauche, elle se mit à courir. Elle ne fuyait pas, non, il s'agissait d'atteindre le Magicien Gris et de lui apporter la Preuve. Elle suivit le chemin de pierres blanches avec hâte. Il la menait au travers de la Cité. En d'autres circonstances, elle aurait été ébahie devant la beauté de la Dernière Maison des Elfes, ses grandes bâtisses blanches se dressait au milieu de la luxuriante vallée. Les bâtiments étaient imposants, mais leur style était fin, raffiné. Bien différent de ce qu'elle pouvait voir à Bree.

Elle bouscula un elfe qui se trouvait sur le chemin, l'elleth à côté de lui retint un cri d'horreur en la voyant ainsi prendre ses jambes à son cou, poursuivie par les gardes, comme si elle était la voleuse de la pire espèce.

Un groupe d'elfes voisins à la scène l'observait avec un mélange de curiosité et de dégoût. Dùen eut beau croiser leurs regards rapidement, il semble qu'ils restèrent ancrés dans son esprit, puisque quelques temps plus tard, elle y repensait encore. Etait-ce son allure qui était si révulsante ? Ou le fait qu'elle soit à la fois le fruit des Hommes et des Elfes ? Elle tenta en vain de bannir cette idée de son esprit.

Secouant sa tête, elle se ressaisit, elle pouvait apercevoir au loin une terrasse surélevée ; dominant la vallée. Des silhouettes semblaient y discuter vivement ; mais ses yeux de Semi-elfe ne lui permirent pas d'en voir plus.

La main d'un garde lui saisit le bras avec une force extraordinaire. Elle se tourna, et lui assena un coup de poing dans le visage, avant de courir de nouveau. Elle entendit l'elfe gémir, et articuler sèchement des mots en Sindarin. Elle eut beau ne pas parler cette langue, elle devina avec aisance que cela était sûrement une injure.

Deux autres gardes la saisirent par les bras, et elle eut beau se débattre, c'était en vain. Ils parlaient rapidement dans leur langue, en la désignant du doigt. Elle essayait toujours de se délivrer de leur emprise, mais ils ne bronchèrent pas. Dùen dû se rendre à l'évidence, elle avait sous-estimé les elfes ; peut être était-elle trop habituée à la stupidité des orcs ?

« - Laissez-moi ! Hurla-t-elle en Westron, j'ai quelque chose de la plus haute importance pour le Magicien Gris !

Mais ils l'ignorèrent complètement, continuant de parler dans leur langue elfique. Pour la première fois de sa vie, elle regretta de ne pas avoir appris cette langue, et comme elle ne pouvait rien faire d'autre, Dùen jura, contractant sa mâchoire avec résignation et colère. Elle devait terminer ce contrat, une bonne fois pour toute. La récompense était tellement grande, tellement précieuse, qu'elle était certaine que la totalité des enfants de Bree pouvaient obtenir de chauds vêtements pour l'Hiver, Hiver qui arrivait à grands pas.

Un elfe aux cheveux bruns se tenait devant elle. Elle plissa les yeux, son visage, elle le connaissait vaguement. Il avait l'air sévère, surtout après avoir aperçu son acolyte qui se tenait le nez en sang.

- Vous êtes attendue par le Seigneur Elrond, fils d'Eärendil et Seigneur d'Imladris, annonça-t-il d'une voix froide et autoritaire, dévoilant son mécontentement.

Elle ne put se retenir de déglutir. Les gardes la lâchèrent lentement, mais ils restèrent à ses côtés, comme par précaution. Elle ignorait que Gandalf avait parlé de sa mission au Seigneur des lieux, tout comme elle ignorait qu'elle était attendue.

La Semi-elfe essaya de cacher son anxiété et son appréhension sous un visage impassible, mais elle avait l'impression que les elfes autour d'elle savaient cerner le plus profond de son âme. C'était une sensation désagréable, indescriptible. Elle l'avait déjà ressenti il y a bien longtemps, lors de sa première rencontre avec des elfes, elle n'était qu'une jeune enfant, mais le souvenir était vivace. Depuis ce jour, elle avait fait tout son possible pour les éviter, eux et leurs yeux qui, si on en croyait les récits des Hommes, voyait tout. Bien au delà de l'apparence, ils seraient en mesure de voir les sentiments et entrer au plus profond des âmes. Consciente que leurs yeux l'épiaient, Dùen dû lutter pour s'empêcher de baisser les yeux et regarder ses pieds, trouvant un soudain intérêt pour les pierres blanches qui composaient le chemin.

L'elfe brun devant elle abaissa cependant les yeux le premier ; ils allèrent se poser sur le sac en toile qui gisait maladroitement à ses pieds. La toile était souillée de sang, de poussière et de boue.

Dùen jeta un rapide coup d'oeil au reste de sa tenue ; elle était dans le même que le sac en toile. Sa peau d'habitude légèrement halée, comme celle des Hommes qui travaillent dans les champs toute la journée, était recouverte de plaques de boue séchée, d'égratignures et de sang noir.

Le sang noir.

L'elfe brun grimaça. Elle ne sut jamais si c'était par rapport à son apparence et son odeur, ou parce qu'il suspectait le contenu du sac.

- Peut-être que vous amenez quelque chose de la plus haute importance, commença-t-il avec dédain, mais le Conseil qui a lieu en ce moment est également crucial.

Elle ne dit rien, mais elle l'interrogea en silence. Elle nota son air supérieur et distant ; bien différent de la dernière fois qu'elle l'avait vu. Son air était grave, et Dùen comprit qu'il se tramait quelque chose.

- Prenez votre sac et suivez-moi, dicta-t-il en tournant le dos et en commençant à marcher en direction de la terrasse, vous êtes en retard. »


Tous les yeux étaient dirigés vers l'Anneau.

Il siégeait au milieu de l'hémicycle sur un socle de pierre. Des murmures. On chuchotait, parlait à demie-voix. La tension était palpable dans le Conseil. Elrond remarqua que les Nains s'étaient visiblement calmés à la vue de l'Unique ; et il ne sut pas s'il s'agissait d'une bonne ou mauvaise chose. Alors qu'il observait la réaction du reste des membres, une voix s'éleva soudain.

« - Ce sont des balivernes ! S'exclama le Nain Gloin en agitant les bras vers l'Anneau, qui nous dit que c'est bel et bien l'Anneau Unique ?! Rien !

Elrond grimaça intérieurement, notant que le silence des Nains fut bref, très bref. Il allait confirmer l'identité de l'Anneau lorsqu'une autre voix s'élevait.

- Si le Seigneur Elrond nous présente cet Anneau, c'est qu'il doit être sûr de lui, Maître Nain.

Un elfe de la Forêt Noire avait parlé, appuyant bien ses mots et en jetant un regard noir au nain qui était assis à côté de lui. Le nain allait rétorquer quelque chose alors qu'une troisième voix s'élevait.

Un homme, arborant les armoiries du Gondor s'était levé, avec un vague geste vers l'Anneau il avait déclaré :

- Peut-être que Saroumane le Blanc pourrait nous en dire plus, énonça-t-il en jetant un bref coup d'oeil au Magicien Gris, sa sagesse n'étant plus à prouver, il pourrait confirmer l'identité de cet anneau et ne laisser aucun doute.

Il retourna s'asseoir alors qu'une autre série de chuchotements naquit dans l'hémicycle. Gandalf comprit alors qu'il fallait qu'il prenne la parole. En s'aidant de son bâton il se releva, il croisa le regard d'Elrond qui l'invitait à livrer ses informations. « Où est Saroumane le Blanc ? N'est-il pas venu pour ce Conseil ? » les mots chuchotés prenaient de l'ampleur sur la terrasse.

Gandalf se racla la gorge et adressa aux membres du Conseil un regard rempli de regrets avant d'annoncer :

- Mes chers Amis, commença-t-il en balayant de son regard l'hémicycle tout entier, Saroumane le Blanc ne pourra nous apporter le soutien nécessaire aujourd'hui, je le crains.

Un autre silence régna, les murmures s'étaient tus ; et la fraîche brise d'Octobre semblait être devenue une bourrasque d'Hiver ; glaciale et puissante. Il remarqua le regard inquiet de Frodon, ses grands yeux bleus suspendus à ses lèvres. Et comme personne n'osait prendre la parole, Gandalf continua sur sa lancée, conscient du tumulte qui allait suivre ses mots.

- Saroumane le Blanc nous a trahis, mes chers Amis ; il est désormais du côté de Sauron, le Seigneur des Ténèbres.

Sa voix était sombre et grave. Et le Conseil se figea, les mots était comme suspendus dans les airs, ils résonnaient presque dans ce silence de mort. Et comme Gandalf s'en doutait, ce fut un Nain qui bondit hors de sa chaise le premier.

- C'est un Outrage ! S'exclama le Nain Gloin avec colère.

Le Magicien Gris ne put retenir une autre grimace, et lança un regard noir au Nain. Un Homme se leva à son tour, les traits tirés par l'inquiétude.

- Saroumane nous aurait trahis ? Questionna-t-il les bras ballant, assommé par la surprise et le découragement.

Les elfes étaient silencieux mais leurs visages baignaient dans la sévérité, leurs yeux sombres et lugubres observaient la scène qui se déroulaient devant eux. L'Homme qui venait de parler se rapprocha de l'Anneau et le pointa du doigt.

- Et si cet anneau était factice ? Un piège de l'ennemi, que sais-je. Comment, sans Saroumane, pouvons-nous le savoir ?

- Le Seigneur Elrond et moi-même sommes persuadés de son... authenticité, interjeta Gandalf en s'avançant aussi.

- Et la trahison de Saroumane le Blanc, alors ? Demanda un autre Nain, en êtes-vous aussi certains ?

Il était clair là que le Nain réclamait ouvertement une quelconque preuve de la trahison de Saroumane, preuve dont Gandalf n'avait possession. Il grogna dans sa barbe des injures dans un langage ancien. Il remarqua que Elrond s'était positionné à ses côtés, comme pour soutenir sa déclaration. Le Magicien Gris allait rétorquer quelque chose au Nain, mais une autre voix l'interrompu.

- Certains.

Tous les yeux se tournèrent vers la voix qui venait de s'élever. Ils eurent la surprise de trouver une elleth à l'autre bout de l'hémicycle. Gandalf écarquilla les yeux et se tourna vers elle. Il s'autorisa un léger souffle de soulagement. Son allure était déplorable, couverte de poussière et d'égratignures ; mais elle était en vie. Il nota les gardes d'Imladris s'incliner devant le Seigneur Elrond avant de quitter la terrasse ; ils avaient sans aucun doute, accompagné la Semi-elfe jusqu'au Conseil. Il rétrécit les yeux, et échangea un regard avec Elrond. Il savait donc.

- Et qui êtes-vous pour affirmer une telle chose ?

Le Capitaine du Gondor, Boromir, visiblement agacé par ces discussions sans fin, s'était levé de son siège. Il regarda délibérément l'elleth de haut en bas avec dégoût. Son attitude tout comme son allure souillée semblait le révulser.

Consciente que les regards des autres membres du Conseil arborait la même aversion, elle s'avança légèrement, le coeur battant la chamade dans sa poitrine. Elle se concentra au mieux, afin de rester le visage impassible, mais elle sentait l'angoisse la ronger. Dùen n'avait pas l'habitude d'obtenir autant d'attention, par autant de personnes ; d'autant plus, qu'il ne faisait aucun doute que celles-ci étaient des personnalités de Haut Rangs. «Et toi, tu es quoi pour eux ? Une vermine, sans nul doute» cette pensée l'écoeurait.

Elle prit conscience du nombre important d'elfes à sa proximité et elle supplia les Valar qu'ils n'entendent pas son coeur se tordre et exploser à l'intérieur de sa poitrine. Elle croisa leurs regards, sévères, macabres. L'étreinte sur son sac de toile se resserra et elle s'avança, prenant son courage à deux mains.

Au lieu de s'adresser à l'homme qui venait de la questionner, elle se tourna vers Gandalf et lui dit.

- Vous aviez raison, commença-t-elle en essayant de son mieux pour cacher les tremblements de sa voix, Saroumane le Blanc vous a trahi.

Boromir, agacé par son manque de précision s'avança de nouveau, les sourcils froncés et les poings serrés. Il allait répéter sa question mais Gandalf parla le premier ; Dùen l'en remercia secrètement.

- Dites-nous tout, très chère, l'incita-t-il.

Elle nota que ses traits s'était radoucit légèrement. Il avait incliné la tête vers l'avant et avec un regard insistant, l'invita à livrer ses informations.

En grimaçant, elle plongea la main dans son sac de toile, et saisit la crinière épaisse et sèche qu'elle sentait sous ses doigts. Le Conseil observait curieusement sa main sortir de son sac de toile. Et ce fut de la surprise et de l'horreur qu'elle vu dans leurs yeux à tous ; elle fut surprise de constater que même les elfes eurent du mal à conserver leur façade impassible.

Dans sa main, elle tenait la tête d'une créature ignoble. Elle frissonna, repensant à comment elle avait réussi à l'isoler et à l'attaquer. Leur duel avait duré longtemps ; plus longtemps que ce qu'elle avait imaginé. Il était plus grand qu'elle, plus imposant ; elle avait pensé ne pas faire le poids contre la bête.

C'était différent de ses autres Contrats.

C'était différent des orques... ce n'était pas un orque.

Avant qu'elle puisse ajouter quelque chose, une voix se fit entendre.

- Les Uruk-hai, avait sifflé un elfe blond en face d'elle, la voix basse et sinistre.

Sa mâchoire carrée s'était visiblement endurcie, ses yeux redevinrent noirs ; si noirs que Dùen frémit. Après avoir posé les yeux sur la créature dans ses mains, il avait soutenu le regard de la Semi-elfe pendant quelques secondes. Des secondes pendant lesquelles Dùen se trouva paralysée. Elle se sentait observée, épiée, oppressée. Elle ne réussit pas à décrypter le regard qu'il lui lançait. Ses yeux gris fixèrent la bête dans sa main, brisant ainsi l'inconfortable contact avec l'elfe de la Forêt Noire.

- Oui, Legolas, confirma Gandalf d'une voix sombre, des Uruks élevés par Saroumane.

Une autre brise d'Automne balaya la terrasse, la tête de la créature pivota légèrement, laissant apparaître clairement une empreinte blanchâtre, vaguement imprimée sur la tempe et le front de la bête.

- La Main Blanche de Saroumane, murmura un homme à la droite de l'hémicycle.

Ses cheveux noirs tombaient de chaque côtés de son visage et il avait ramené sa main sous son menton, à la fois pensifs et inquiet. Il se recula dans son siège, en pinçant ses lèvres.

Alors que Dùen abaissa son bras, il semblait que le Conseil se rendait enfin à l'évidence ; la trahison de Saroumane était véritable. Et pour le moins dangereuse.

Elle reposa le sac en toile aux pieds du Magicien Gris alors que s'élevaient d'autres voix. Elle ne daignait pas écouter, car le reste ne le concernait pas. Sa mission s'arrêtait là.

En se redressant cependant, ses yeux trouvèrent un petit objet brillant, soigneusement posé au centre d'un piédestal en pierre.

Elle fronça les sourcils alors que sa vue s'adaptait à la lumière que renvoyait l'objet précieux. «Si simple, si précieux. Si j'étais en sa possession, je le vendrais, les enfants pourront ainsi...» le fil de ses pensées s'altéra et son coeur manqua un battement. «Non, je pourrais le garder, pour moi seule...» ces sombres mots avaient été comme susurrés au creux de son oreille.

Elle frissonna, les voix du Conseil semblaient lointaines, troubles. L'Anneau renvoyait un éclat si attrayant, si attirant. Son coeur s'affola, et elle arracha ses yeux de l'objet scintillant, elle se mit à fixer le sol, les yeux écarquillés, son masque impassible définitivement oublié. Elle mit sa main sur sa poitrine, son coeur battait la chamade. Elle se mordilla la lèvre inférieure «Qu'est-ce que c'était ? ». Cette voix c'était elle, mais elle ne s'était pas reconnue. Comme si quelqu'un d'autre s'était introduit dans sa tête.

Les voix parurent soudainement plus proches ; comme si elle était revenue progressivement à la réalité. L'Homme du Gondor échangeait avec un Nain et Gandalf, toujours au sujet des Uruks. Elle croisa une nouvelle fois les yeux de l'elfe que le Magicien Gris avait appelé Legolas quelques minutes auparavant. Sans son masque, elle se sentait à nue. Son expression d'horreur dévoilée au monde entier. Il semblait lire en elle, comme dans un livre ouvert. Son visage était impassible, mais elle sentait que ses yeux la suspectaient. Elle se sentait piégée et mal à l'aise, à la merci de ces yeux sombres qui l'épiaient. Comme s'il n'y avait nulle part où se cacher.

Elle détourna la tête. Puis elle s'inclina négligemment en prenant soin de ne rencontrer aucun autre regard. Faisant demi-tour avec hâte, sans plus cérémonie ; au fond d'elle, Dùen voulait prendre ses jambes à son cou.

Mais on lui barra la route.

En effet, un bras était gracieusement tendu devant elle. Et le silence revint sur la terrasse, accroissant son malaise. Elle releva les yeux et les abaissa aussitôt, il n'était pas bon de fixer un Seigneur elfe dans les yeux ; c'était inapproprié et elle le savait.

- Dùen, fille d'Elchior, forgeron de Bree, appela-t-il.

Elle ne put s'empêcher, cette fois, de relever rapidement les yeux vers lui. La surprise difficilement dissimulée.

- Comment avez-vous...

Elle n'eut pas le temps de finir sa question car le Seigneur des lieux lui désigna un siège libre, entre le groupe d'elfes et celui de Gandalf.

- Prenez place, je vous prie.

Ce n'était pas une prière, mais plutôt un ordre. Son regard était comme ses traits, dur. Dùen jeta un anxieux coup d'oeil à Gandalf, qui avait l'air tout aussi surpris qu'elle. Cependant, il ne dit rien et se rassit à sa place, l'air visiblement troublé.

La Semi-elfe s'avança, en serrant ses poings, non pas par colère, mais par peur qu'on s'aperçoive des tremblements qui animaient ses doigts. Elle remarqua du coin de l'oeil que les Hommes habillés aux couleurs du Gondor désapprouvaient fortement sa présence. Ayant vécu près de deux siècles dans le monde des Hommes, elle savait qu'une femme, et ce, peut importe sa race, n'était pas la bienvenue dans ce genre de rassemblement. Les Nains la fixaient également, elle les entendait marmonner des sons gutturaux dans leurs barbes en bataille ; ils ne voyaient sûrement pas d'un bon oeil l'ajout d'un autre elfe dans le Conseil. «Mais tu n'es pas une elfe...». Elle repensa aux elfes d'Imladris qui l'avait toisée quelques minutes plus tôt et son coeur s'alourdit.

Quant au groupe des elfes de la Forêt Noire, ils la suivaient également du regard avec attention, leur visage nu de toute émotion. Dùen ne put s'empêcher de remarquer Legolas, dont l'expression était bien loin de la neutralité. Mais il ne la toisait pas elle, mais le Seigneur d'Imladris, comme s'il essayait de lui faire part de son désaccord en silence.

Malgré ces protestations silencieuses, personne n'osa dire quoique ce soit et Dùen s'installa tout au fond du siège, agrippant de ses mains les accoudoirs de bois noble. Elrond, quant à lui, reprit sa place au centre de l'hémicycle.

- La trahison de Saroumane est grande, mais cet Anneau est notre principale Menace.

La Semi-elfe posa son regard sur l'Anneau avec réticence. Il était donc dangereux. Quelques Hommes en face d'elle se repositionaient avec malaise sur leur chaise. L'un d'eux se leva.

- Nous sommes donc sûrs qu'il s'agisse de l'Unique ?

- Il s'agit en effet de l'Anneau de Pouvoir ; l'Anneau Unique forgé par Sauron, il y a de ça quelques milliers d'années.

La voix du Seigneur d'Imladris était macabre, et semblait résonner dans la tête de Dùen. Elle se sentait abasourdie. C'était donc cela ? L'Anneau n'était-il pas qu'un Mythe ? Son étreinte sur les accoudoirs se resserra.

- C'est le jeune Frodon Sacquet, ici présent...

La voix de Gandalf s'évanouit dans la tête de Dùen. Frodon Sacquet. Ce nom lui était étrangement familier. Et quand elle se souvint enfin, elle ne put s'empêcher de murmurer ce qu'elle avait entendu, quelques jours auparavant.

- La Comté, articula-t-elle dans un murmure, Sacquet...

Lorsqu'elle releva les yeux, elle vit que l'attention du Conseil était, de nouveau, braquée sur elle. La Semi-elfe se maudit d'avoir pensé à voix haute, comme cela lui arrivait si souvent. Elle se justifia rapidement ; ayant la désagréable impression de subir un interrogatoire.

- Les Cavaliers Noirs, commença-t-elle.

Sa voix était à la fois claire et forte ; un ton à la limite de la nonchalance. Elle remercia les Valar de camoufler le tumulte d'émotions qui siégeait en elle.

- Ils sont passés à Bree la semaine passée, expliqua-t-elle, ils réclamaient et recherchaient un dénommé Sacquet...

Sa voix s'était altérée alors qu'elle rencontra le regard meurtri du Hobbit. Ses grand yeux bleus reflétait l'innocence d'un enfant ; et elle ne put s'empêcher de penser aux nombreux orphelins de Bree.

- Ils le cherchaient, sans relâche, termina-t-elle, tout bas, en fixant Frodon.

Elle était à la fois fascinée et horrifiée. Il était en effet impensable qu'un Hobbit, un Semi-Homme, dispose d'autant de courage et persévérance. Il était encore moins impensable qu'il eut ramené lui-même le maudit Anneau à Fondcombe. Ses grand yeux bleu azur la quittèrent, rompant le contact visuel.

- C'était donc vrai...

Un murmure la sortit de sa rêverie. Le Capitaine du Gondor, qui l'avait interrogée quelques minutes plus tôt, fixait l'Anneau avec le plus grand intérêt. Elle sentit ses entrailles se contracter douloureusement, se souvenant de ce qu'elle avait ressenti en regardant l'Anneau. L'amère soif de Pouvoir.

- Le Fléau d'Isildur a été retrouvé... C'est bien l'Anneau...

Dùen ne manqua pas le haussement de sourcils sur le visage du Seigneur d'Imladris. Il fixait le Boromir avec insistance, comme s'il le surveillait.

- En effet, confirma Elrond sans le quitter des yeux.

Le Seigneur Elfe raconta alors l'Histoire de l'Unique, en passant par la Dernière Alliance des Elfes et des Hommes, Isildur et une créature dénommée Gollum. Il expliqua également comment Frodon Sacquet en était venu à être en possession de l'Anneau. Dùen écoutait avec attention et s'autorisa un coup d'oeil rapide vers l'Unique qui siégeait au centre de la terrasse. Sous sa simplicité et ses beaux éclats, il cachait le Mal. Les cendres et le sang de milliers de victimes, Hommes, Elfes ou Nains... Elle se sentit comme malade ; consciente qu'une partie de son coeur continuait malgré tout à le désirer.

- Et cette créature des cavernes, mentionna un Homme du Gondor, ce Gollum, est enfermé, vous dites ?

- Oui, répondit Gandalf avec assurance.

- Hélas non, interjeta une voix à la gauche de Dùen

Le dénommé Legolas s'était levé de son siège, le visage lugubre et dur. Dans ses yeux assombris, Dùen vit un voile de regret. Elle tourna la tête vers Gandalf, et décerna sans difficulté sa surprise et son déplaisir. L'elfe de la Forêt Noire continua :

- Il s'est échappé, je le crains, annonça-t-il, un des miens, pris de pitié pour la créature, l'a relâchée.

- De la pitié ? Se moqua un Nain avec dédain.

Alors que Legolas allait rétorquer une remarque cinglante envers le Nain, Gandalf tapa le sol de pierre avec son bâton, dirigeant ainsi l'attention vers lui. Legolas retourna s'asseoir, ses pas silencieux sur la pierre.

- Gollum est une créature qui a rencontré une destinée malheureuse, Maître Gloin, l'Anneau lui a rongé l'esprit, expliqua patiemment Gandalf avant de préciser :

- Et il n'y a aucun doute là-dessus ; l'Anneau est malfaisant.

- C'est un cadeau !

La voix de Boromir était vive et abrupte. Il avait bondi de son siège, le menton coincé entre le pouce et l'index ; l'air presque rêveur. Il jeta un autre coup d'oeil à l'Anneau avant de continuer ses dires, en marchant à pas mesurés devant les autres membres.

- C'est un cadeau des ennemis du Mordor, pourquoi ne pas utiliser cet Anneau ?

À ces mots, le coeur de Dùen manqua un battement. Elle remarque l'air macabre du Seigneur d'Imladris ; consciente que Boromir ne faisait ici que répéter l'Histoire. Isildur eut pensé la même chose que lui, et son destin tragique ne semble pas avoir atteint Boromir. La Semi-elfe lança un furtif regard au Capitaine qui marchait devant elle ; ressentait-il ce même désir pour l'Anneau ?

- Pendant bien longtemps, mon père, l'Intendant du Gondor, a gardé à l'écart les troupes de Sauron. C'est grâce au sang du Gondor que vous êtes tous en sécurité ! Donnez au Gondor l'Arme de l'ennemi ; utilisons-la contre lui !

Les mains moites sur les accoudoirs, Dùen se mordilla la lèvre. L'Anneau était malfaisant, et l'utiliser ainsi ne lui semblait pas sage. Oubliant son statut et les raisons qui l'avaient faite venir à ce Conseil. Dùen s'apprêtait à contredire le Capitaine lorsqu'une autre voix s'éleva.

- Vous ne pouvez l'utiliser. Personne ne le peut.

C'était l'Homme aux cheveux bruns. Il était assis et toisait Boromir avec un air incrédule et sévère. Le Capitaine, piqué au vif, se tourna et se moqua de l'Homme.

- Et qu'est-ce qu'un rôdeur connaît donc à cela ?

Son air était rempli de dédain.

Legolas se leva de nouveau, avec mécontentement cette fois.

- Ce n'est pas un simple rôdeur ! C'est Aragorn, fils d'Arathorn.

Sa voix sévère résonnait dans le silence qui s'était installé. Boromir se tourna vers l'elfe, le choc apparent sur son visage. Il termina en ajoutant :

- Héritier du Trône du Gondor. Vous lui devez allégeance.

Le dénommé Aragorn ne sembla pas apprécier l'intervention de l'elfe, l'amertume l'obligeant à pincer ses lèvres.

- Aragorn ? Demanda Boromir incrédule et soudainement nerveux, l'héritier d'Isildur ?

Il émit un son moqueur, bien qu'il était clair aux yeux de Dùen que sa nervosité ne faisait que grandir.

- Havo dad, Legolas.

La Semi-elfe fut surprise de voir qu'Aragorn, un Homme, connaisse si bien le langage des elfes. Legolas se rassit, sans quitter Boromir une seule seconde. Ce dernier le regarda rejoindre son siège, une ombre peinte sur son visage, avant de se rasseoir à son tour.

- Le Gondor n'a pas de Roi, il fixa Aragorn avec amertume, et il n'en a pas besoin.

Un malaise s'installa dans le Conseil. A sa droite, Dùen sentit Gandalf se pencher en avant, s'appuyant sur son bâton.

- Aragorn a raison, on ne peut utiliser l'Anneau.

- Vous n'avez pas le choix, conclu Elrond d'une voix ferme, l'Anneau doit être détruit.

Les membres du Conseil échangèrent des regards hésitants.

Un Nain bondit de sa chaise et souleva sa hache de ses deux mains. Dùen écarquilla les yeux avec surprise.

- Qu'attendons-nous alors ? Avait-il grogné.

D'un geste vif et brutal, il abattit l'arme tranchante sur l'Anneau. Le choc fut tellement fort, que la lame de la hache se brisa en dizaines d'éclats ferreux. Le bruit fut si terrible, que Dùen n'avait pu retenir un sursaut. Le Nain, qui avait été projeté en arrière, regardait l'Unique avec stupeur. Ses confrères Nains ne tardèrent pas à lui venir en aide ; le soulevant par les deux bras et le remettant ainsi sur pieds. Dùen hoqueta d'horreur et haussa les sourcils ; l'Anneau demeurait intact. L'air alarmée, elle se concentra de nouveau sur le Seigneur elfe. Ce dernier n'avait guère l'air surpris ; il expliqua :

- L'Anneau ne peut être détruit, Gimli, fils de Gloin, par aucun outil en notre possession. Il a été forgé par dans les flammes de la Montagne de Destin, et il n'y a que là où il pourra être détruit. Entrez en Mordor, et jetez l'Anneau dans les flammes qui lui ont permis de voir le jour.

Un frisson monta le long de la colonne vertébrale de Dùen.

Elrond balaya les ambassadeurs de la Terre du Milieu du regard avant d'ajouter d'une voix solennelle :

- ... L'un de vous doit le faire.

- On entre pas si facilement au Mordor, contredit Boromir, ses Portes Noires sont gardées par plus d'un orque. Il y a là-bas, un Mal qui ne dort jamais, et le Grand Oeil surveille. C'est une terre stérile, faite de cendres et de feu. L'air qu'on y respire n'est que fumée empoisonnée.

Dùen se retint de déglutir, son esprit ne semblait même pas pouvoir imaginer une telle Terre. La Terre dont le Mal était le Maître. Boromir conclut :

- Même dix milles Hommes ne pourraient y arriver. C'est de la folie.

- N'avez-vous donc pas entendu ce que le Seigneur Elrond a dit ? Il nous faut le détruire ! Intervint une nouvelle fois Legolas avec fureur.

Il s'était une nouvelle fois levé, les poings serrés et la mâchoire contractée. Gimli, fils de Gloin, bondit également sur ses pieds et pointa un doigt accusateur vers l'elfe.

- Et je suppose que vous allez être celui qui va le faire ?

Le ton était accusateur et plein de mépris. La Semi-elfe se raidit alors que les deux autres elfes se levaient et allaient se placer aux côté de Legolas. La tension, encore montée d'un cran, avait fait perdre aux elfes leurs visages impassibles ; la colère et leur fierté ayant pris le dessus. Alors que Legolas demeurait silencieux, les deux autres articulaient des paroles fluides en Sindarin, mais qui paraissaient néanmoins agressives.

Gimli agita son doigt devant le visage de Legolas et ajouta avec passion :

- Je préfère être mort que voir l'Anneau dans les mains d'un elfe ! Avait-il ainsi hurlé.

Et tout alla très vite. Avant qu'elle ne puisse réaliser quoique ce soit, les trois autres Nains se tenaient sur leurs pieds, aux côtés de Gimli, hurlant des insultes et des paroles sombres. Les elfes faisaient de même.

Dùen ne sut pas ce qui lui passa par la tête à ce moment-là, mais elle se retrouva, elle aussi, sur ses pieds. Avec ferveur, elle s'interposa entre les deux groupes ; posant une main à proximité de Gimli et l'autre près de Legolas. Et dans le brouhaha persistant elle implora :

- Messires, s'il vous plaît.

Legolas la dévisagea alors que le reste des protagonistes l'ignorait pleinement. Ce fut bref, mais elle réalisa alors dans quelle position délicate et embarrassante elle s'était mise. Trop tard pour s'en dépêtrer cependant.

- Reste en dehors de ça, l'amie, avait grogné Gimli.

Il repoussa son bras couvert de boue avec une telle force, qu'elle faillit tomber en arrière. Avec l'élan, elle retomba grossièrement dans son siège. Elle se retrouva assise, comme si elle n'était jamais intervenue. Abasourdie et honteuse, elle regarda le Nain qui continuait à hurler, l'ignorant complètement. Il ajouta :

- Ne jamais croire un elfe !

Ce fut le chaos dans le Conseil. Les injures volaient. Les Hommes s'étaient ajoutés au tumulte général et Dùen ne fut pas surprise d'entendre Boromir réclamer l'Anneau une nouvelle fois. Gandalf se leva soudain, rejoignant le brouhaha :

- Pauvres fous, arrêtez sur le champ ! Ne voyez-vous donc pas que vous courrez à votre perte ?

Du coin de l'oeil, elle pouvait voir le Seigneur Elrond, assis dans son siège, se pincer l'arrête du nez en profond agacement. Agacement apparemment partagé par Aragorn, qui, nota Dùen, était resté assis, impuissant devant tant de grabuge.

- Je vais le prendre.

Elle vit Frodon se lever à son tour, les poings serrés ; le regard déterminé. Il semblait qu'elle était la seule à l'avoir entendu, et étrangement, elle pria qu'il ne se répète pas. « N'a-t-il pas entendu tous ces récits funestes concernant cet Anneau maudit ? Il serait fou de s'engager dans une telle quête. »

Il se répéta pourtant. Et le coeur de Dùen s'affaissa. Comme au début du Conseil, elle était à la fois admirative et horrifiée devant le courage du Semi-Homme.

- Je vais le prendre !

Sa voix était ferme et les autres l'avaient enfin entendu. Ils se turent et le toisèrent, tous plus surpris les uns que les autres. Elle savait que Frodon devait être aussi anxieux qu'elle, voire plus ; et elle ne put s'empêcher d'admirer sa bravoure. Le Seigneur Elrond, sous son regard sévère, semblait hésiter, peser le pour et le contre. Mais avant qu'il puisse donner un quelconque accord, Gandalf s'approcha du Hobbit et posa sa main sur l'épaule du Semi-Homme.

- Je vous aiderai à porter ce Fardeau, Frodon Sacquet, aussi longtemps que vous devrez le porter.

Ces paroles firent trembler Dùen, bien consciente qu'elles venaient de décider du destin de Frodon. Un destin sombre, désormais scellé.

Avec surprise, elle aperçut Aragorn se lever également de son siège, il s'agenouilla devant le Hobbit avec respect et il jura :

- Si par ma vie ou par ma mort je peux vous protéger, je le ferai. Mon épée est vôtre.

Le cerveau de Dùen eu à peine le temps d'enregistrer cette nouvelle information que Legolas s'approcha également du Hobbit, se détachant ainsi de son groupe. Avec un regard déterminé, il annonça solennellement :

- Mon arc est vôtre.

- Et ma hache.

Le Nain Gimli s'était aussi avancé, il croisa les bras sur sa poitrine. L'elleth remarqua l'éclat d'amertume dans les yeux de Legolas.

- Vous avez entre vos mains le destin de tous, Petit Homme.

Boromir marchaient à pas mesurés vers le groupe, il continua en se tournant cependant vers le Seigneur Elrond :

- Et si c'est en effet le désir du Conseil, alors le Gondor fera en sorte de l'exaucer.

Le coeur de Dùen s'emballa dans sa poitrine, et elle dû lutter pour l'ignorer.

- Monsieur Frodon n'ira nulle part sans moi !

Dùen sursauta, ne s'attendant pas à voir un deuxième Hobbit surgir d'un buisson derrière elle. C'était un Hobbit au visage rond et aux boucles blondes qui était apparut devant eux. Elle le dévisagea avec surprise. Frodon sembla cependant, aussi surpris qu'elle.

- Sam ! Avait articulé Frodon, incrédule.

- Nous aussi, nous partons avec vous !

La Semi-elfe fut étonnée de trouver deux autres Hobbits sur la terrasse ; eux aussi étaient apparus de derrière un buisson. Ils allèrent se placer entre le dénommé Sam et le Magicien Gris.

Elrond laissa échapper un soupir de résignation, et, retrouvant ses traits pleins de sévérité, il annonça :

- 9 compagnons... qu'il en soit ainsi. Vous serez la Communauté de l'Anneau.

Les membres du Conseil se levèrent tous, le rassemblement touchant visiblement à sa fin. Dùen suivit le mouvement et regarda nerveusement autour d'elle. Pour une quelconque raison, son coeur battait la chamade. Elle plaça une main sur sa poitrine et jeta un ultime regard dans la directions des quatre Hobbits. Ils n'étaient pas des enfants, elle le savait bien. Ils avaient assez de protection, elle le savait aussi. Mais alors pourquoi son instinct lui disait-il le contraire ? Elle baissa la tête, espérant ne rencontrer plus aucun regard. Elle entendit le Seigneur Elrond ajouter :

- Vous partirez demain, dès l'aube.

Dùen implora les Valar de lui permettre de quitter cette terrasse en toute discrétion, ne souhaitant ne plus avoir à faire avec l'Anneau. L'Anneau.

Elle posa une dernière fois ses yeux sur le sombre objet, puis ils glissèrent sur son futur Porteur. « Monsieur Sacquet est bien entouré, ne t'en fais pas pour lui. Cette Quête, cet Anneau maudit, cette Communauté ne te concernent pas. »

A pas hâtifs, elle se dirigea vers les escaliers de pierre, longeant la Communauté qui venait d'être annoncée. Toujours avec les yeux baissés, elle s'arrêta cependant à la hauteur du Magicien Gris, et lui annonça :

- Maître Gandalf, je vous attends en bas.

Elle ne vit pas son hochement de tête, ni son froncement de sourcils alors qu'elle ramassait furtivement son sac en toile. Elle s'inclina vaguement à l'attention du Seigneur Elrond, et elle dévala les escaliers, le coeur explosant dans sa poitrine.

Après s'être suffisamment éloignée pour ne plus entendre les voix de la Communauté et du Conseil, Dùen choisit de s'isoler, préférant marcher en dehors du chemin de pierres.

Le bruissement des arbres, le ruissellement du petit ruisseau devant elle... ces chants de la Nature, qui avaient souvent apaisé ses maux par le passé, ne semblaient cette fois pas calmer l'affolement de son coeur. Impuissante, elle se laissa tomber lourdement sur la berge du ruisseau. L'eau y était claire, pure.

Ses yeux tombèrent sur ses mains souillées. La boue desséchée avait craquelé autour de ses doigts, ses ongles étaient noirs et Dùen grimaça avec révulsion. Se penchant au dessus du ruisseau, elle y plongea ses mains et à l'aide de l'eau pure, essaya de retirer les saletés qui semblaient incrustées à tout jamais dans sa peau. L'eau était fraîche, et elle en profita pour s'en mettre également dans le visage à plusieurs reprises. « Pourquoi suis-je tant tourmentée ? »

Elle observa silencieusement son reflet dans l'eau désormais trouble du ruisseau. Ce qu'elle y vit l'assomma. Qui était-elle ? Était-elle seulement destinée à tuer des petits groupes d'orques toute son existence ? N'était-elle pas destinée à quelque chose de plus grand ? N'avait-elle pas, elle aussi, le droit de participer à cette Quête ? Elle vit le reflet de ses sombres sourcils se froncer, ses yeux gris, plus sombres qu'à l'habitude. « Et les enfants alors ? Tu vas les abandonner ? » elle grimaça, déformant ses fins traits.

Elle se laissa tomber en arrière, et faisant face au ciel, elle soupira. Son coeur ne s'était toujours pas calmé. Puis, tournant la tête, elle aperçut son sac souillé, gisant au pied d'un grand arbre. Maladroitement disposé, il laissait apparaître le front de la bête. Elle se figea.

La Main Blanche.

Qu'est-ce que Saroumane avait-il l'intention de faire avec ses Uruk-hai ? Et s'il s'en prenait à Bree ? Elle ne serait d'aucune aide, alors. Divers scénarii, tous les plus sanglants les uns que les autres, envahirent son esprit. Elle se releva soudain, comme réveillée d'un horrible cauchemar.

Et elle fit ce que dictait son coeur ; saisissant le sac en toile, elle retourna vers le lieu du Conseil. Ses jambes semblaient la transporter presque contre son gré. Elle gravit les escaliers avec précipitation et s'arrêta net dans un couloir de pierre, faisant face au Seigneur Elrond, Gandalf et le reste du Conseil.

- Dùen, mon enfant, j'allais vous rejoindre pour votre récompense, expliqua Gandalf en fronçant les sourcils vers l'elleth.

Elle l'ignora, se tournant légèrement vers le Seigneur Elrond, et ignorant du mieux qu'elle pouvait les regards surpris et interrogateurs de la Communauté de l'Anneau.

- Mon Seigneur, implora-t-elle en le regardant droit dans les yeux, je souhaite moi aussi, participer à cette Quête.

Alors que Gandalf et d'autres témoignaient de leur surprise, le Seigneur des lieux, lui, ne semblait pas étonné. Les poings serrés, elle fit un pas vers eux et ajouta :

- Je souhaite rejoindre la Communauté de l'Anneau. »


Elleth : jeune femme elfe

Havo dad : Asseyez-vous

Voici le Premier Chapitre de la Fanfiction : la Main Blanche. J'espère qu'il aura été à la hauteur de vos attentes ! Je réserve plein de surprises pour le personnage de Dùen. C'est un personnage partagé entre deux cultures, deux mondes ; et c'est ce tiraillement qui va beaucoup jouer tout au long de son aventure.

Je vous souhaite une bonne année, xoxo,

Netphis.